Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Il faut être simpliste…

Il y a donc un simplisme nécessaire de l’action, puisque celle-ci choisit, pratique, exclut et tranche. En entreprenant, elle abandonne une part du réel ; en accomplissant, elle en assume l’autre. À force de dénigrer le « en même temps » sans comprendre que, sur le plan intellectuel et médiatique, il était fondamental, on a inversé les priorités. Pour l’esprit, le simplisme est une tare. Dans l’action, il doit être une obligation. La malédiction française consiste à simplifier la pensée et à compliquer l’action.

Boualem Sansal immortel : il le vaut bien…

À ceux qui pourraient mégoter en regrettant que ce ne soit pas l’écrivain — ou pas seulement — Boualem Sansal qui ait été couronné, mais le militant de la cause française et le prisonnier intrépide, je répliquerais qu’il s’agit au contraire d’une formidable chance pour l’Académie française : celle de sortir un peu des livres pour entrer dans les vertus, de fuir les hommages abstraits et les considérations sans risque, afin de se consacrer à une personnalité d’une absolue plénitude morale et intellectuelle.

Il est chevalier et il le mérite !

Face à cette médaille du mérite légitimement octroyé – sans tomber dans la démagogie – et aux propos naturellement élogieux d’Emmanuel Macron, je souhaiterais formuler quelques observations, afin de prévenir le risque de faire d’Ali Akbar un exemple trop facilement généralisable.

Les citoyens se rebiffent…

Face à un fléau social qui ne touche plus seulement les métropoles et les grandes villes, je ne cesse de songer à ce renversement des valeurs qui, trop souvent, n’accable pas le transgresseur autant qu’il le faudrait mais qui, en revanche, fait subir l’enfer au citoyen – victime ou propriétaire – lorsqu’il s’est protégé, lui et les siens, parfois jusqu’à provoquer la mort du cambrioleur, et qu’il se voit reprocher de n’avoir pas respecté le sacro-saint principe jurisprudentiel de proportionnalité.

Emmanuel Macron : une descente fatale…

J’ai honte de cette indécence qui conduit certains à multiplier les hyperboles à l’égard d’un Donald Trump caractériel, fluctuant et erratique, simplement parce qu’il vient, indirectement, combler cette absence de patriotisme, cette fibre nationale qui se délite. Tout cela pour mieux viser Emmanuel Macron, qui se cogne, telle une abeille, à la vitre de la démocratie, et ne sait comment se sortir d’une nasse implacable.

Un billet, en attendant…

Je n’aurai pas l’inélégance de renier toutes mes affirmations au Monde mais dans la forme et le fond, j’ai des réserves. Dans le cadre d’échanges familiers et spontanés, une tonalité grossière, voire vulgaire – aux antipodes de ce que je suis – a été conservée, alors qu’elle aurait été supprimée si j’avais pu relire. De leur part, il y a eu là pour le moins une indélicatesse. Quant à la nature même du propos, les rédacteurs ont interprété négativement ce qui, dans ma bouche, était positif. Ainsi, lorsque je cite Serge Nedjar définissant CNews comme une chaîne d’opinionS, je l’approuve pleinement et j’indique que j’aime être, sans la moindre présomption, le « S » de CNews. Ils me font proférer, au contraire, une appréciation critique. Ce sont des détails, mais qui ont pesé lourd.

Du triste mais indéniable avantage d’être une brute…

C’est une tristesse, aujourd’hui, de voir le climat géopolitique offrir un triomphe facile aux atypiques et aux brutaux, aux Trump comme aux Poutine. Et l’on n’est pas forcément consolé quand on se persuade que le premier au moins vient au soutien des principes démocratiques. Ce qui peut susciter une part de doute ! Je ne peux me défaire d’une forte envie de continuer à saluer le président VZ, trop souvent vilipendé, calomnié, alors qu’il se bat comme il peut, inlassablement, pour son pays, contre un agresseur qui, dans la guerre comme dans une pseudo-accalmie, continue à tuer.

Amis, oui, mais comment ?

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » : Montaigne, inscrivant magnifiquement son amitié pour La Boétie dans une sorte d’évidence liée à l’absolue compatibilité de leurs deux personnalités, a sans doute occulté, pour beaucoup, le fait que l’amitié pouvait être diverse, contrastée, fluctuante, avoir mille visages et n’être pas forcément un long fleuve tranquille.

Marine Le Pen est-elle « antipathique » ?

Nous avons appris qu’Alain Duhamel n’aimait pas Marine Le Pen et la trouvait « antipathique ». Il ajoutait que ce sentiment était réciproque : leurs deux personnalités ne s’accordaient pas. On pourrait juger Alain Duhamel « antipathique » et pourtant il conviendrait de l’écouter et de le lire. Son apparence d’homme si bien élevé, sûr de lui, cultivé, dissimulant, sous une urbanité de bon aloi, une indéniable fermeté, voire une véritable roideur, est de nature à déplaire à certains. Mais je persiste : il ne faut jamais s’arrêter à ces blocages strictement personnels, car il est des êtres qui méritent que l’on dépasse ces humeurs, et Alain Duhamel en fait partie !

Bruno Retailleau est trop gentil…

Bruno Retailleau a eu des convictions, du courage, de la constance, de la rigueur, de l’honnêteté tout au long de sa carrière, depuis que la politique l’a saisi dans son univers à la fois sombre et magnifique. Qu’il n’hésite pas à faire place nette autour de lui et, si j’ose cette comparaison iconoclaste, un peu de la méthode de Mélenchon intimidant LFI lui ferait du bien !Chef de parti, c’est se donner tous les moyens d’être le chef, surtout lorsqu’on a été plébiscité.