Je suis frappé, depuis quelque temps, par une tendance qui rend de plus en plus difficile la constitution des jurys d'assises. Certes, il y a toujours eu des demandes de dispense totale ou partielle à cause de contraintes familiales et/ou professionnelles. Le mouvement, cependant, s'aggrave aujourd'hui et il me semble intéressant à analyser car il est composé d'éléments contradictoires contre lesquels on a du mal à lutter.
Etre juré est un devoir, une mission civique, j'ose écrire : un honneur, même si ce terme n'est plus à la mode, car on a voulu que ce soit le peuple qui juge les affaires les plus graves, les crimes. Ces mêmes citoyens qui n'hésitent pas à mettre en cause les magistrats, à dénoncer les dysfonctionnements légers ou lourds de l'institution et à lui réclamer des comptes ne se sentent pas dans l'obligation de venir lui apporter leur concours. Ils s'estiment seulement créanciers sans jamais se percevoir comme débiteurs. Ils désirent protester mais refusent de s'impliquer dans ce qui, pourtant, leur revient de droit.
La réalité n'est bonne qu'à être critiquée mais, au fond, on a peur d'elle, on refuse d'y mettre la main et l'esprit. Parce qu'on éprouve de la peur, des peurs plausibles ou phantasmées. Parce que, dans l'arbitrage à opérer entre l'exigence démocratique et la vie personnelle et professionnelle, on choisit plutôt la seconde. Parce que, surtout, l'équilibre est rompu entre l'invocation de ses droits et la conscience de ses devoirs. Le lien nécessaire qui, dans une société digne de ce nom, unit les seconds aux premiers n'est pas loin de se déliter, chaque jour un peu plus, avec notre lâche et faussement navré assentiment.
C'est une infinie tristesse que de voir ainsi dégradée une mission que la loi a eu raison de donner au peuple. Si même le meilleur ne rassemble plus, qu'en sera-t-il du pire?
Les commentaires récents