Jacqueline Coignard, dans Libération d'aujourd'hui, écrit un article où j'ai droit quasiment à la moitié d'une colonne qui se veut un procès en règle et de ma prétendue impatience médiatique - je bouillais, paraît-il, à l'idée d'un passage devant les caméras - et de l'aménagement d'une session d'assises à des fins qui m'auraient été strictement personnelles.
On peut s'étonner de la teneur, dans les circonstances que nous vivons, d'un tel texte qui, certes, permet à quelques avocats et magistrats de s'exprimer mais semble totalement dérisoire par rapport à la problématique de la justice.
Jacqueline Coignard, à laquelle m'oppose un contentieux à la fois insignifiant et signifiant, a cru trouver sur mon blog de quoi m'accabler. Ce qu'elle ne comprend pas ou ce qu'elle feint de ne pas saisir, c'est que la phrase qu'elle cite constitue une dérision à mon égard et que je me moque évidemment de la pensée que je prétends proférer. La note du 30 janvier, d'où elle a extrait ce passage, concerne tout autre chose qui ne l'intéresse pas, obsédée qu'elle est par la volonté de présenter comme sérieuse une saillie superficielle et me montrer comme affamé de sollicitations médiatiques. Un mot, tout de même, sur le début de notre querelle. Mme Coignard, annonçant une émission de Mireille Dumas à laquelle je devais participer, avait évoqué le "substitut Bilger zozotant ". Par courrier, je l'avais remerciée de communiquer une aussi formidable nouvelle et je lui avais promis, à l'avenir, de ne pas hésiter à parler d'elle sur le même mode éventuel : moche, grosse ou mal foutue. J'avais remis une couche dans le livre co-écrit avec Gaccio où j'osais dire - crime de lèse-journalisme - qu'il existait des journalistes nuls, même à Libération, ce qui ne me semblait pas une information d'une originalité stupéfiante.
Plus gravement, dans la demi-colonne qui m'est consacrée, Jacqueline Coignard prétend qu'une affaire de viol à huis-clos se serait terminée "à l'heure du thé " le 8 février. Même sur ce plan dont on peut se demander en quoi il pourrait susciter l'intérêt d'un lecteur normal, elle est incapable de fournir une nouvelle exacte. L'affaire de viol s'est terminée le 6 au soir, tard, et le lendemain la cour d'assises a été saisie d'un dossier de vol à main armée. Le 8 février, si son remarquable président n'avait pas reporté l'audition d'un fonctionnaire de police pour des raisons fort opportunes, je n'aurais pas pu, comme tant d'autres, assister à l'audition du juge Burgaud. Je l'aurais vivement regretté, d'ailleurs, et j'aurais été quitte, comme Alain Verleene, à la regarder plus tard.
Non, je ne bouillais pas d'impatience. Celui qui abaisse, c'est qu'il est bas, a écrit Montherlant. Mme Coignard n'en est pas loin. Il y a tant de vanité et d'arrogance, chez certains journalistes, qu'ils ne peuvent pas imaginer une seconde qu'on souhaite répondre aux invitations des médias pour d'autres motifs que le narcissisme et le culte de soi. Ils ne peuvent pas concevoir qu'on les apprécie pour ce qu'ils permettent, pas pour ce qu'ils sont forcément. Si j'étais obnubilé par le goût d'apparaître pour apparaître, je flatterais, je tiendrais un autre discours et j'adorerais Libération ! Je suis désolé de lui apprendre, puisqu'elle lit mon blog pour le travestir, que la passion de convaincre, l'envie de communiquer et la volonté d'expliquer constituent pour moi des stimulants infiniment plus puissants. Ils demeureront probablement toujours étrangers à cette journaliste déficiente quand elle recueille l'information - la rumeur a ses limites - et faible quand elle analyse la psychologie. Non, ce qui me préoccupe, ce n'est pas d'être un personnage mais d'avoir la chance de pouvoir dire et faire.
A Libération, heureusement, un Philippe Lançon, par exemple, me console d'elle ! Je sais bien que si je voulais plaire, il conviendrait que je courbe le dos et l'échine. Ce serait un honneur que de lire des faussetés sur soi. On sait qu'il ne faut jamais répliquer.
Outre le bonheur intellectuel que le blog me procure quand je lis tous vos commentaires, il me donne la satisfaction de réagir.
Je ne tendrai pas l'autre joue.
Ce qui est bas est insignifiant !
Rédigé par : olaf | 10 février 2006 à 04:55
Félicitations d'oublier vos principes religieux pour ne pas tendre l'autre joue aux coups d'une telle hystérique. Je croyais que les mauvais journalistes réservaient leurs inepties aux politiques ... me voilà consolée de partager ce désagrément avec un magistrat de votre niveau !
Rédigé par : ALCYONS | 10 février 2006 à 01:45
Bonsoir
""je lui avais promis, à l'avenir, de ne pas hésiter à parler d'elle sur le même mode éventuel : moche, grosse ou mal foutue.""
""qu'il existait des journalistes nuls, même à Libération, ce qui ne me semblait pas une information d'une originalité stupéfiante.""
""Celui qui abaisse, c'est qu'il est bas"".
Bigre ! Vous savez cogner franchement Mr Bilger, pour ainsi dire : la riposte est fulgurante. Partant je crois que Mme Coignard ne s'en remettra pas de si tôt, mais je dirai toutefois prudence parce qu' une contre-attaque risque de surgir à tout moment compte tenu du contentieux terriblement explosive qui vous réunit.
Maintenant, ce qui importe à mon sens et d'ailleurs comme le rappelle à la fois un commentateur (Peckinpache) et le titre de votre blog "Justice à l'écoute", c'est bien évidemment le lien établi entre un acteur judiciaire capital et les citoyens ordinaire que nous sommes notamment. Pour le reste, les chiens aboient, la caravane passe.
@+
Rédigé par : Hicham | 10 février 2006 à 01:08
Ha, cela faisait longtemps que je ne vous avais entendu requérir, voilà qui est roboratif.
Ce qui me désole dans l'article cité, outre l'évident règlement de compte purement gratuit, c'est que cette journaliste a eu la chance d'avoir sous la main Jean-Claude Kross et Serge Portelli, tous deux présidents de chambre, et surtout anciens juges d'instruction, dont la réputation est sans tache et la qualité reconnue unanimement dans le Barreau, et que fait-elle ? Elle cite en tout et pour tout deux phrases, avant de vous consacrer une colonne hors sujet.
Bon sang, qu'aurais-je donné pour pouvoir assister à cette audition en si auguste compagnie, échanger des idées avec eux ; enfin, écouter les leurs surtout. Il y avait de quoi faire une double page d'anthologie. Et à la place, une attaque ad hominem.
Quel gâchis.
Rédigé par : Eolas | 10 février 2006 à 00:02
Monsieur Bigler,
Même si je ne partage pas toujours vos réflexions sur certains sujets, et heureusement (pour la contradiction, l’avancement de la réflexion, et finalement le dépassement de certains préjugés).
À mon sens, l ‘échange constructif ne peut se situer sur les terrains des attaques ad hominem mais sur le terrain de la pertinence et de la richesse de la réflexion.
En tant qu’homme d’expérience, j’attends donc avec impatience votre réflexion sur la commission d’Outreau (s’agissant de la spécificité du contentieux relatif aux mineurs, à la formation et au travail des magistrats, au travail des auxiliaires de justice, de la place et du travail des experts).
J’attends également vos réflexions sur le terrain du budget de la justice, attendu qu’in fine nous avons aussi dans cette affaire, affaire à une justice des moyens, à une justice me semble-t-il avec des moyens qui ne sont pas à la hauteur de nos ambitions (cf. L’épisode du caméscope qui ne fonctionne pas au sein du commissariat de police de Boulogne, etc.).
Bref, en citoyen et en praticien, je salue votre courage de vous livrer régulièrement à un échange avec les citoyens que nous somesque, initiative rare faut-t-il le souligner.
Rédigé par : Peckinpache | 09 février 2006 à 23:04
"moi qui vous croyais catholique !
Rédigé par: Edgar "
je dirais même mieux :
" moi je vous vois cathodique ! "
( à quand chez Ruquier , par exemple ? )
sinon belle conclusion ou je vous rejoins :
"Je ne tendrai pas l'autre joue."
......même si jouer ( au qui perd , gagne par exemple )peut parfois "consoler" , non ?
Rédigé par : Cactus Joe | 09 février 2006 à 23:01
Laisser parler n'est pas forcément courber l'échine.
Il peut alors arriver que ce soit les autres, spontanément, qui rabrouent l'injurieuse (si elle l'est).
Et là, c'est encore meilleur.
Rédigé par : Udd | 09 février 2006 à 22:56
Votre note a le grand mérite d'apporter une réponse claire à un " ragot judiciaire " que J.Coignard s'est autorisée à relayer dans son journal .
Vos propos nuancés ou/et fermes , c'est selon , dérangent car ils révèlent votre indépendance intellectuelle qui fait que nous sommes nombreux depuis près de six mois à vous lire et à nous permettre de " vous commenter" ...
Au risque de vous provoquer un peu de rouge aux ...joues , je vous en remercie très sincérement .
Rédigé par : Parayre | 09 février 2006 à 22:33
Cher Ph.Bilger,
quel soulagement! J'ai effectivement sursauté à la lecture de Libération ce jour. Je n'avais pas repéré le nom de Jacqueline Coignard au bas de l'article, auquel cas je n'aurais pas longtemps ajouté foi aux attaques fielleuses portées contre vous. La fièvre médiatique dont vous sembliez, selon ses propos, avoir été saisi, ne correspond pas à ce que je connais de vous (par vos livres, par une ou deux Conférences du stage des lundis, et depuis ce soir par ce blog) mais j'avoue, à mon grand embarras, que je suis tombée dans le piège et me suis demandée quelle mouche vous avait piqué. Que Jacqueline Coigard soit incapable de percevoir l'ironie du passage qu'elle incrimine, le recours à l'antithèse et à l'autodérision que vous maniez si bien, avec constance et depuis longtemps, cela ne surprend guère. Plus désolante est mon incapacité première - et peut-être hélas, celle de nombreux lecteurs de Libé - à faire preuve d'esprit critique, ou simplement de recul. Je suis contente de ne pas avoir persévéré dans l'erreur et de m'être résolue à vérifier par moi-même. Il en résulte en outre pour moi l'agrément de désormais vous lire au jour le jour, ou presque.
Rédigé par : Parlamente | 09 février 2006 à 22:32
moi qui vous croyais catholique !
Rédigé par : Edgar | 09 février 2006 à 21:37