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Voici les sites qui parlent de Quel avenir après Outreau ? :

Commentaires

Jean-Paul Busnel

Bonjour,

Il n'y a rien à ajouter. Vous avez bien perçu l'ampleur des problèmes, notamment en ce qui concerne la formation des magistrats, trop "bêtement" universitaire, et vous donnez plus que des pistes de réflexion. Il ne est de même au noiveau de l'Instruction. Qaunt à votre proposition de bien séparer le siège du parquet, elle s'impose désormais, tant dans les faits que dans les textes.
Bravo pour votre recul.
Jean-Paul Busnel

Paxatagore

Une remarque technique : la loi permet désormais de ne traiter les demandes multiples de mise en liberté comme une seule, tant qu'il n'a pas été tranché dessus (ce qui était d'ores et déjà la pratique antérieure de nombre de magistrats).

JYG

République des avocats ?

Cher Monsieur,

Je ne vous «connais» pas depuis très longtemps, depuis le mois de mai dernier seulement, après la parution d’un article dans Le Monde sur l’affaire Moulin. Relire votre dernier paragraphe à la lumière de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire d’Outreau n’est pas sans saveur ! «… le barreau comme organe politique de pression …», écriviez-vous entre autres – c’est bien toujours d’actualité avec 10 avocats parmi les membres de ladite commission d’enquête, dont les 2 chefs de file, l’un d’entre eux ayant manifestement une vocation rentrée de procureur - au sens péjoratif du terme.

La mode étant à l’appropriation du débat par le citoyen lambda, même sur des questions pointues, je souhaite faire part de quelques commentaires d’un béotien en la matière qui, n’appartenant pas à la basoche, n’aura pas l’outrecuidance de gloser sur votre contribution.

= Le principe de la commission d’enquête est incontestable, le débat est toujours une bonne chose.
= Ceci étant, on peut légitimement considérer que ce devrait être tout sauf un spectacle et la conscience d’une différence nécessaire entre une certaine austérité du rapport écrit et les paillettes de l’audiovisuel m’aurait semblé raisonnable – pour ne pas écrire décente. Les débats auraient gagné à être filmés, enregistrés et diffusés ultérieurement, selon, en gros, le principe qui a présidé au procès Barbie, s’éloignant ainsi de la pression de l’émotion et du ridicule des chaînes de télévision nationales qui n’ont diffusé que la seule audition (partielle) de M. Burgaud, confirmant ainsi dans l’esprit de beaucoup de gens qu’il serait le seul responsable du chaos. Cela aurait également empêché certains députés de faire les paons, à destination première et évidente des téléspectateurs ainsi que de leurs chers électeurs. (Ce n’est pas le spectacle récent du Président de la commission aux côtés de deux rappeurs représentant des minorités visibles dans l’émission abracadabrantesque de M.Bern sur Canal Plus qui militera pour le contraire !).
= La « contrainte médiatique » est terrible, d’autant plus qu’à ce moment de l’affaire nous sommes à fronts renversés. Que malheureusement un crime spectaculaire et sordide survienne, la plus grande sévérité sera réclamée par les médias aux magistrats et la mise en détention préventive du premier suspect venu une obligation impérative, expédiant, au plus tôt, aux oubliettes les positions contraires défendues ces derniers temps.
= Les attaques perfides des membres avocats de la commission, professionnels du droit processuel avant tout - droit qui est devenu, tant au pénal qu’au civil, une arme comme une autre - fondant régulièrement leurs questions sur une pièce particulière d’un dossier de plusieurs milliers de cotes afin de mettre en difficulté l’auditionné s’apparente plus au jeu du cirque qu’à un débat serein. Sans même mentionner l’opportunité à peine cachée de faire le procès des auditionnés.
= Relevée par plusieurs intervenants, la différence fondamentale entre le dossier papier et le débat oral me paraît devoir être vu aussi à l’aune de l’augmentation exponentielle des textes législatifs et réglementaires – votés par le parlement et édictés par l’administration – que le magistrat instructeur et le parquet doivent scrupuleusement suivre à défaut de voir annuler des pans entiers de procédure et qui, dans une affaire complexe, conduit à un volume de papier impressionnant. Dans ce sens là, au moins, pour peu expérimenté qu’il fût, M.Burgaud n’a pas failli.
= La question primordiale des moyens et les rodomontades des députés à cet égard, si elles n’étaient pas tragiques, seraient risibles. J’aimerai voir expliquer comment et par quel stratagème les députés entendent donner plus de moyens à la justice comme ils l’affirment péremptoirement. Le sort réservé aux propositions de loi est bien connu, une rapide recherche d’un étudiant en 1ère année montrerait combien peu sont adoptées définitivement dans une législature (et je ne mentionne pas le temps mis à la publication des décrets d’application, par charité). Evidemment, il faudrait aussi la financer, ce qui obère d’autant la capacité d’action du Parlement avec l’obligation de créer les recettes correspondantes aux dépenses nouvelles. Reste le refus de voter le prochain budget de la justice s’il n’est pas en augmentation substantielle. Le 49-3 n’a pas été inventé pour rien, et, à quelques mois d’échéances électorales majeures, la fronde éventuelle des députés de la majorité n’ira pas jusqu’à la censure, on peut le parier. Les moyens de la justice sont une affaire de gouvernement d’abord, à mettre en perspective avec les impôts, corollaire d’une augmentation significative, et la dette. Les tenants du conservatisme, emmenés par M.Bot, peuvent dormir tranquilles.
= La révision de la carte judiciaire et la généralisation de pôles judiciaires régionaux, imposent, de facto, la fermeture d’un certain nombre de TGI de la France profonde. Cela me paraît être un marronnier, et le député qui voterait la fermeture du TGI de sa petite sous-préfecture aura le sentiment de se tirer une balle dans le pied. Faisons confiance aux lobbies les plus divers pour enterrer une telle tentative de réforme, surtout dans la période qui s’annonce.
= Cette question primordiale des moyens pèse sur un certain nombre de points : nombre de magistrats et auxiliaires, facilités pour une gestion moderne, encombrement des tribunaux, décence des conditions de détention provisoire, etc. Il s’agit logistique, qui dépend de décisions gouvernementales longtemps (et volontairement ?) retardées.
= Au-delà, pour ma modeste part, je constate deux grands dysfonctionnements. (1) La gestion des hommes, il est totalement inconséquent que les services de la Chancellerie aient pu désigner 3 juges d’instruction au Tribunal de Boulogne dont le plus ancien avait 6 mois d’ancienneté de plus que celui dont c’était le premier poste au sortir de l’ENM. (2) Les garde-fous, tant au niveau du JLD que de la Chambre de l’instruction que du Parquet n’ont pas fonctionné correctement.
= La question d’instruire à plusieurs me laisse un peu perplexe. Un juge qui instruit, les deux autres qui suivent l’affaire de plus ou moins près au gré de leur propre charge de travail, souvent excessive. A Boulogne, avec 3 juges, cela aurait voulu dire que tous les dossiers soient instruits collégialement, est-ce réaliste ou bien une telle mesure ne serait-elle que du « window dressing » comme disent les Anglais ?
= Si d’aventure le système passait à l’accusatoire, ce qui me paraît impensable, tant philosophiquement que pratiquement, cela aurait à mes yeux au moins l’avantage de supprimer les experts judiciaires et la dérive dans laquelle beaucoup se complaisent (sauf quand cela tourne mal) d’être juge à la place du juge. Dérive sans doute soutenue par certains magistrats qui considère volontiers les sapiteurs presque comme des confrères.
= Le reproche lié à l’existence d’un esprit de corps, ne me paraît pas valide. Il me semble même attentatoire à l’intelligence et à l’indépendance d’esprit des hommes et femmes de votre corps. Par exemple, l’immense majorité des officiers supérieurs de la Marine nationale sort de l’Ecole Navale, si un officier embarqué, jeune ou moins jeune, commet une bourde grave, le Commandant du navire le sanctionnera, sans état d’âme, même sortant tous deux de la même école. Où est le problème ? Je pense au contraire que cela favorise le dialogue entre juniors et seniors (sauf évidemment si le senior a 6 mois d’ancienneté de plus que le junior) et que la formation dans un vivier commun permet plus facilement d’appréhender les choses de la même manière à Arras, qu’à Draguignan malgré les spécificités locales.
= L’humanisme, le doute, la sagesse, oui, bien sûr. Est-ce que cela s’apprend ? Et où ? C’est un truisme de dire que juger, c’est décider, statuer, trancher et c’est ce que l’on attend des magistrats.

PS : 2 mots de plus pour me présenter rapidement. Je suis ex-commandant de la marine marchande, ayant ensuite participé à la direction de diverses compagnies maritimes et de négoce. C’est ainsi que j’ai été amené à superviser des services juridiques et contentieux. J’ai du apprendre, à marche forcée, quelques rudiments et cela m’a passionné, surtout le contentieux (civil) tant devant les tribunaux de l’ordre judiciaire qu’en arbitrage qui est le mode préféré de règlement des litiges du monde maritime et, depuis une dizaine d’années, je pratique l’arbitrage spécialisé.

en.marge

Monsieur
Nous suivons votre blog en lecteurs silencieux depuis ses débuts ou presque, et tenons à vous remercier. Vous vous exprimez simplement, vous expliquez avec clarté les méandres de l’institution judiciaire, vous ne prenez pas vos lecteurs pour des imbéciles. Pour tout cela, merci.
Voici maintenant vos suggestions de solutions aux problèmes. Toutes paraissent si sensées, si évidentes, qu’on en vient à se demander pourquoi elles ne sont pas déjà, sinon appliquées, du moins défendues par d’autres que vous. Surgit alors un doute : serait-ce pour les raisons par lesquelles vous expliquez une bonne part des dysfonctionnements, et que nous résumerons par : un corporatisme conduisant - là où il faudrait l’excellence - à la médiocrité ?
Il nous apparaît alors que cette question conduit naturellement à une autre, plus générale : que faire pour que cesse la trahison de nos élites ?
Vous en faites partie, pas nous. Nous, nous poussons les wagons, en bas, dans une vie devenue survie. Alors, continuez, Monsieur, et faites-en encore plus ! Silencieux, des lecteurs vous soutiennent, du sourire de leurs yeux heureux d’avoir appris.

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