Et on a échappé au pire puisque les gardes à vue ne seront filmées que pour les investigations criminelles. Nicolas Sarkozy a, semble-t-il, obtenu que le procédé soit élargi aux cabinets d'instruction et que les magistrats n'échappent pas à la sujétion imposée aux policiers. La nature des relations qu'entretient le ministre d'Etat avec les syndicats judiciaires l'a sans doute conduit à proposer cette extension, qui a suscité un tollé quasi-général de la part des magistrats et des avocats. Mais au fond, puisqu'on enserre l'activité policière dans un réseau de contraintes - qu'on baptise "garanties" -, il n'y a pas de raison que les magistrats instructeurs n'en bénéficient pas !
Plus subtilement, l'une des motivations de Nicolas Sarkozy pourrait être, non seulement de donner des gages à ses troupes mais de montrer l'absurdité du système de la transparence en réclamant sa mise en oeuvre à tous les niveaux. Pour peu qu'on pousse jusqu'au bout cette volonté, il ne faudrait pas longtemps, en effet, pour rendre impossible toute lutte véritable contre la délinquance et la criminalité.
Maintenant que ce projet de filmer en matière criminelle semble acquis et que l'élargissement est probable, force est de s'attacher à un paradoxe. La caméra va gêner le travail policier tandis qu'elle pourrait contraindre le juge d'instruction à ne jamais sortir d'un discours et d'une pratique de bon aloi. Nuisible ici, bénéfique là.
En effet, une enquête de police comme la mission d'instruction ne sont pas faites que de formalisme. Il y a infiniment de blancs et de silences qui n'apparaissent pas dans les procès-verbaux. Il y a de la confiance, des complicités, des pressions, tout un infra-langage, qui sont nécessaires pour obtenir la vérité et que l'enregistrement vidéo va supprimer. C'est dommage car entre le policier tellement courtois et urbain qu'il fait chou blanc et celui qui exerce des violences physiques et qui devra être sanctionné, il existe mille gammes intermédiaires sur lesquelles le professionnel d'expérience sait pouvoir jouer et qui lui seront sans doute interdites.
En revanche, qui peut dire que la caméra ne serait pas susceptible de modifier le comportement de certains juges d'instruction ? Entre la pratique officielle transcrite dans un dossier et la réalité d'un cabinet, il y a parfois une distance qu'il conviendrait de combler. Si les accusations formulées par les acquittés contre le juge Burgaud sont exactes, ce dernier a tenu des propos et fait preuve parfois d'une intimidation dont à l'évidence il aurait été contraint de s'abstenir s'il avait été filmé. La présence de l'avocat n'est en rien exclusive du rôle de la caméra puisque le premier, en veilleur, a pu échouer là où la seconde pourrait constituer une vraie dissuasion.
Loin de moi l'idée qu'Outreau n'a pas été un sinistre sans commune mesure avec les tragédies antérieures. Faut-il, pour en tirer les leçons, oublier que la responsabilité principale est judiciaire, du plus bas jusqu'au plus haut niveau. Restreindre prioritairement l'initiative et la liberté policières revient à se tromper de combat.
Au nom du passé et pour l'expier, ne rendons pas impossible la justice de l'avenir.
Les animateurs étaient affligeants de bêtise tonitruante et de vulgarité : j'ai admiré votre patience rassurante et apprécié les distances que vous avez su maintenir. Je tombais par hasard sur l'émission, je saurai qu'il faut la fuir!
Rédigé par : Marie-Christine Poncet | 04 septembre 2006 à 21:50
@ Panglos
Le bonjour de Candide, les respects de Cunégonde, qui progresse.
La transparence et les caméras ont au moins ce mérite indiscutable, à défaut des gardes à vue au moins sur les plateaux de télévision: Pierre Bénichou sonne creux. On le pressentait. On en est sûr. Dans votre prochaine vie, si je peux me permettre, essayez accordeur de piano.
Rédigé par : Fleuryval | 04 septembre 2006 à 21:04
Bonsoir,
Je suis atterré, mais pas vraiment surpris. La question que je me pose, c'est, eu égard à l'expérience des médias que vous avez, pourquoi aller se fourrer dans un guêpier pareil ? L'improbable Bénichou et la grosse bécasse immonde sont coutumiers de ces agressions vulgaires, démagogiques et poujadistes. Il est impossible d'exprimer quelque chose de sensé dans ces émissions.
Rédigé par : JYG | 04 septembre 2006 à 19:21
Ha Marie si vous saviez ( pour conclure )
"Ces "violents" (= les flics= les méchants) ont tous les jours des contacts prononcés avec les victimes." dites-vous !
perso un d'entre eux m'a "remis" une contravention pour excès de vitesse et arrèt auto-matique donc avec un grand sourire !
en effet , à sa question :
" vous avez vu à quelle vitesse vous rouliez ? "
JO de répondre naïvement :
" si j'avais regardé mon compteur , je ne vous aurais pas vu et ne me serais pas arrèté , non ? la sanction aurait alors été plus lourde !"
je vous le donne pour Emile , IL a ri et est resté calme !
comme quoi faut pas généraliser , pas que des méchants !
Rédigé par : cactus | 04 septembre 2006 à 18:06
la caméra vérité avec vous !
c'est certain !
sinon "Bon courage chez Ruquier Giscar ..." dit Marie que je salue !
là on recule , non ? :-)
ps ou ump : pouvez lui parler de moi ?
merci !
Rédigé par : cactus sous Marie | 04 septembre 2006 à 17:41
Merci Philippe (je me permets)
pour ce billet qui va à l'encontre de celui de Maître (et ceci est un bien grand mot!!!) Eolas.
Ne voulant pas m'énerver plus que nécessaire et laisser aller ma pensée plus loin qu'elle ne le souhaite, je ne lui réponds pas.
Toutefois en espérant qu'il vous lise, qu'il prenne un peu conscience de l'absurdité de ses propos en lisant les vôtres.
Il est évident que la présence de caméras dans les bureaux de fonctionnaires de police est totalement inutile.
De toute manière les interrogatoires "musclés" (et encore, vu les loustics de la grande criminalité, il va falloir qu'on m'explique en quoi les interrogatoires sont musclés!!) peuvent être effectués avant ou après les caméras...
Ce qui me choque le plus c'est de voir à quel point, les professionnels de la Justice et les journalistes oublient les victimes!!!
et c'est peut être là, la différence avec les flics!
Ces "violents" (= les flics= les méchants) ont tous les jours des contacts prononcés avec les victimes. A force de voir leur moralité mise à mal et mise en cause, je pense qu'un jour, lorsque la coupe sera pleine, ils vont craquer. On attend d'eux des résultats (comme vous le dites) mais avec de plus en plus de contraintes!
Etant une "spécialiste" (ceci est un bien grand mot!!) de procédure pénale, je me permets de dire que résoudre une affaire dans les temps et en luttant contre des moulins à vent devient de plus en plus difficile.
Et le pire c'est de savoir qu'un délinquant va se retrouver dehors à cause (ou grâce) d'une nullité de procédure due à la fatigue...
Notre société déresponsabilise de plus en plus les délinquants et c'est ce qui va nous conduire droit dans le mur (cf crise des banlieues). Toutes les excuses sont bonnes pour leurs méfaits!!
ça en devient pénible.
Je ne suis pas une adepte de la prison à tout prix mais il faut repenser la répression...
Quant à notre procédure pénale, je dois être la seule à le penser mais je trouve qu'elle n'est pas si mal faite que cela...
Des erreurs comme celle d'Outreau sont plus le fait de personnalité et surtout de manque de personnel!
Sur ce, je vous quitte en vous souhaitant une bonne journée.
Bon courage chez Ruquier car ...
Rédigé par : marie | 04 septembre 2006 à 10:08
Monsieur Ruquier va donc essayer de contenir des acolytes turbulents et souvent injustes (car cela fait rire!?) et invite des gens responsables, compétents, modérés et cependant convaincus pour donner une tournure plus décente à sa "commission"
Bonne chance!
Rédigé par : mike | 04 septembre 2006 à 09:28
"Plus subtilement, l'une des motivations de Nicolas Sarkozy pourrait être, non seulement de donner des ........gags à ses troupes"
Haaaaaaa bon !
alors OK !
Rédigé par : cactus | 03 septembre 2006 à 21:07
Nous n’avons pas besoin, après Outreau, d’effets d’annonce précipités. Une confiance dans le judiciaire ne sera restaurée que le jour où le citoyen lambda sera assuré que le travail et les missions de l’ensemble des acteurs intervenant dans une procédure seront accomplis normalement et correctement.
Sans que pèse trop lourdement le risque pour le citoyen d’être pris dans un piège aux causes et aux aspects multiples où plus rien n’est vraiment réfléchi, ni maîtrisé. Car ce qui continue à sidérer ce sont les garde-fous demeurés inopérants.
Les personnes qui ont souffert d’Outreau, ceux qui, légitimement, expriment une forme de d'hésitation ou de défiance envers le monde judiciaire, la Justice elle-même - 3ème pouvoir dans notre pays - et ce n’est pas rien, méritent infiniment mieux que ces petits deals entre deux ministères.
" Expier le passé...", Philippe, nous n’en demandons pas tant.
Mais juste ne plus avoir, jamais, cette sensation de gâchis qui s’accroche. Outreau reste incompréhensible, sauf à comprendre à travers cette affaire, une sorte d’inertie ou de paresse intellectuelles dans les pratiques et une banalité angoissante dans les fonctionnements.
Rédigé par : Véronique Raffeneau | 03 septembre 2006 à 16:30
Comment faire pour que la loi , la norme générale, ne soit plus prise en réaction au fait particulier, singulier ?
Qui ne voit que cela est une méthode désastreuse ?
Répondre à l'émotion (comme dirait quelqu'un), d'accord, mais la sagesse alors ?
Rédigé par : Udd | 03 septembre 2006 à 15:55
Mon cher Philippe, je vais donner un avis de Béotien.
Pour moi, le fait de filmer les interrogatoires policiers doit avoir au moins une conséquence bénéfique: interdire (en principe) les abus et les excès de certains interrogatoires dits "musclés".
Or, on imagine volontiers que ceux-ci ne concernent pas exclusivement les affaires criminelles, mais aussi ou surtout une délinquance plus quotidienne.
Par ailleurs, s'il existe des fonctionnaires de police enclins à la brutalité (on peut tout imaginer, n'est-ce pas), ceux-là trouveront toujours le moyen de tourner le dispositif.
D'aucuns (à une autre époque, je veux le croire) ont bien inventé les coups qui ne laissent pas de traces, les fameux bottins téléphoniques...
Cependant, efficace ou non, le procédé de surveillance ne pouvait être approuvé par le Ministre de l'Intérieur, soucieux avant tout (comme la plupart de ses prédécesseurs, ne soyons pas injustes) de soigner et de galvaniser ses troupes.
C'est pourquoi son intervention n'a qu'un seul objectif, à mon sens: saboter d'avance le système en l'élargissant d'une manière irréaliste: la réaction inévitable des magistrats devenant un prétexte pour (une fois de plus en France) ne rien faire.
J'exagère ? Voyez l'exemple des prisons.
Rédigé par : Gérard Lenne | 03 septembre 2006 à 01:49
Ah, peut-être un peu d'intelligence va-t-elle apparaître dans cette "émission"...
Enfin, si on ne vous empêche pas de parler, ce qui n'est pas dit...
Et il n'y a rien à faire, la réaction de Nicolas Sarkozy ressemble plus à un "si tu filmes mes hommes, je filme les tiens, na!" qu'à une juste répartition des films.
Enfin, je suis bien d'accord sur le fait que cela rique plus de rendre l'enquête difficile que de faciliter la transparence. Sauf si l'absence de résultat est la transparence souhaitée.
Rédigé par : Pangloss | 02 septembre 2006 à 22:06
Merci à vous pour cette brillante synthèse ! Il est agréable de savoir que lundi, dans l'émission de Ruquier, on fera appel à un magistrat de votre trempe, de ceux qui n'entretiennent pas la méfiance à l'égard de la police pour mieux éviter d'avoir à discuter les pratiques de ses confrères.
J'ai il y a peu écrit un court article évoquant ce thème http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=12841 , Il est heureux de voir qu'on peut compter sur certains magistrats pour ne pas se contenter de jouer sur l'image négative de la police pour faire disparaître le fiasco d'Outreau.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 02 septembre 2006 à 18:24