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Voici les sites qui parlent de Un Etat policé ou policier ? :

Commentaires

Véronique pour Marcel

Ah non, alors ! Vous me dites que le livre dont je vous propose la lecture est disqualifié pour parler des prisons.

Faudrait savoir.

D’une part, pour vous Marcel, qui sait très peu sur la justice et son fonctionnement est qualifié pour donner son avis sur une mise en détention provisoire : " Rien n'est plus triste que lorsque les citoyens s'abandonnent aux experts. " 16-10 12h35, je vous cite Marcel.

Et d’autre part, vous me dites " Je ne conçois pas qu'on utilise une référence comme argument, sauf si cette référence est doté d'un crédit reconnu et neutre (tel un ouvrage scientifique). "

Vous accepteriez de lire ce livre, vous vous rendriez vite compte qu’on y parle des prisons, de l’administration pénitentiaire et de ses fonctionnaires avec pondération et un parti pris dépassionné, très informatif et qu’on y mesure la difficulté du travail de l’ensemble des personnes dont c’est la profession. J’y ai beaucoup appris justement sur cette complexité-là.

Enfin, n’étant ni une professionnelle des prisons, ni une experte scientifique dotée " d'un crédit reconnu et neutre ", ni une référence pour parler de l'univers carcéral, vous comprendrez aisément que sur ce coup-là, je préfère m’abstenir pour la question que vous me posez.

Marcel Patoulatchi

Véronique,

Je ne conçois pas un dialogue comme un échange de bibliographie. Je ne conçois pas qu'on utilise une référence comme argument, sauf si cette référence est doté d'un crédit reconnu et neutre (tel un ouvrage scientifique). Par ailleurs, quand un ouvrage a un titre médiocre et trop léger, il me paraît improbable que son contenu le soit moins.

Donc, non, je ne lirai pas votre ouvrage dont le titre même me semble être une insulte à la Justice en tant qu'institution.

Par ailleurs, votre point de vue est passablement énigmatique. Je ne crois pas que Philippe Bilger ait dit que les prisons étaient parfaites et qu'il était tolérable que s'y commettent des délits et des crimes, ni qu'il était favorable à la surpopulation carcérale. Où voulez-vous donc en venir ? Il serait bon que vous disiez si la prison vous gêne dans ses imperfections actuelles où si elle vous gêne en tant que concept. Il serait bon que vous disiez si le sort des détenus vous gêne lorsqu'ils subissent et commettent des infractions dans le cadre carcéral, ou si l'idée même d'écarter des individus de la société est ce qui vous gêne.

Armell pour Marcel

Marcel,
Je ne pense pas avoir indiqué que la police était mariée à la délinquance, mais elle l'était, et devrait l'être encore à l'ensemble de la population, du peuple, dans lequel se trouve, malheureusement des délinquants.
Je n'ai jamais eu une amende pour excès de vitesse, je me gare sur les places autorisées, et j'ai, par deux fois, fait appel à la police pour deux cambriolages en 20 ans (non élucidés d'ailleurs...). Je n'ai donc, à titre personnel, ni haine ni passion pour la police urbaine. Le "mal" n'est donc pour moi pas nécessaire car il n'a pas les moyens de fonctionner. D'autres polices me posent plus de problème, mais c'est un autre débat.
Il n'y a aucune excuse à caillasser des policiers ou des pompiers, à leur tendre des guet-apens. Non parce qu'ils sont policiers, simplement parce qu'ils sont des individus et doivent être respectés comme n'importe qui d'autre. Le code pénal prévoit me semble-t-il déjà toute une palette pour sanctionner ces actes. Ce qui m'inquiète le plus, c'est que la police, qui en tant qu'institution, doit représenter un refuge, une sécurité, soit aujourd'hui, par ses nouvelles missions et par ce qu'il en ressort dans les média, non plus un refuge mais une institution de répression au lieu d'être de prévention. Les gendarmes dans le temps se mettaient en vue sur les routes, et chacun respectait de par leur seule présence le code de la route. Aujourd'hui, ils sont cachés et arrêtent une fois l'infraction commise. La philosophie est quand même différente. Deux de mes gendres sont policiers. Celui qui est à la BAC, en banlieue parisienne un peu "chaude", a demandé un changement d'affection, alors qu'il avait choisi son poste. Pourquoi ? Parce qu'en désaccord avec ce qu'on lui fait faire. Parce qu'on lui demande de "faire du chiffre" et que son entrée dans la police n'était pas motivée par cela. Il pensait aider, prévenir et parfois réprimer. On lui interdit de prévenir. On leur a même interdit de sortir le véhicule et de silloner les quartiers pour se montrer. Pas par peur qu'ils se fassent caillasser... mais, je vous le donne en mille : par manque de budget pour l'essence !!! Par contre, dans cette cité-ghetto, ils ont des "sorties de contrôles de sans-papiers". C'est à dire que la BAC dont ce n'est pas la mission, sort de nuit, fait une descente en douceur, non parce qu'il y a un problème, mais pour repérer et interpeller les sans papiers. Et vous voudriez que dans cette banlieue les policiers soient bien vus ??
Marcel, je suis française depuis X générations, blanche, blonde (pas de remarque désagréable s'il vous plaît...), je roule en voiture dite de luxe, dans une ville très calme. Et même moi, j'ai peur de la police... Parce que comme Alphonse Allais (ce n'est pas récent) si on m'accusait d'avoir volé la Tour Eiffel, je commencerai par aller me cacher. Pourquoi d'après vous ? Parce comme vous le dites, la police ratisse large, de plus en plus large. Sans aller interpeller des vaches dans les champs, elle pourrait, en interrogeant pour retrouver un suspect, ne pas considérer et traiter dans un amalgame ridicule, tout le monde comme suspect. Je prends le métro. Ma belle-soeur, physicienne de haut niveau, prend le métro avec moi dans Paris. La différence ? On se fait contrôler pour les papiers. J'oubliais. Ma belle-soeur est noire. Noire, noire, comme disait Muriel Robin...

Véronique pour Marcel

Oui, Marcel, Monsieur Bilger relayant les conformismes sur la prison où ne vont que ceux qui le méritent et caricaturant, même avec subtilité, ceux qui dénoncent l‘indignité de ces lieux de malheur, très sincèrement, ça me fâche.

J’ajoute qu’il rejoint là la majorité des gens de tous les jours qui n’ont pas réellement d’état d’âme sur la réalité de nos prisons. Du moins, c’est ainsi que je perçois, peut-être à tort, le sentiment de la majorité de nos concitoyens sur cette question.

Monsieur Bilger est certes plutôt un réactionnaire, mais d'un profil très particulier et très singulier. C'est ce " très particulier " et ce " très singulier " qui fait de lui quelqu'un de complètement à part. Le concernant, je tiens beaucoup à ce " à part " . Je crains seulement qu'il n'y renonce et qu'il ne finisse par succomber à la loi du plus grand nombre que vous évoquez. Ce ne sera jamais son genre. Quoi qu'il en dise.

Marcel, pour le livre de P. Zoummeroff et de N. Guibert, , vous vous souvenez " La prison ça n'arrive pas qu'aux autres ", vous le lisez et on en reparle, d'accord ?

Ou si ce titre ne convient pas - mais, on a toujours intérêt à aller au-delà de la seule lecture d‘un titre d’un livre -, je vous propose " Le Bruit des trousseaux " de P. Claudel. Par ce témoignage, cet écrivain plein de douceur, d'attention à autrui, de style et de délicatesse nous parle de son expérience d'enseignant dans quelques-unes des adresses de choix de nos prisons.

LEFEBVRE

Lorsqu'une solution mise en place ne fonctionne pas depuis si longtemps, que la délinquance croît et s'aggrave dans les faits, il devient urgent d'en changer. La personne autrefois punie pour un acte délictuel était mis à l'index dans son quartier, sa ville. Il est aujourd'hui plaint pour les conditions de détention, admiré parce qu'ancien détenu, caïd, soutenu parce que victime de la société, de l'école, de sa famille, parfois de la discrimination lorsqu'il est d'origine maghrebine ou subsaharienne. Quel moteur le pousserait à changer, à se responsabiliser puisqu'on lui enlève toute honte, toute culpabilité en agissant ainsi ? Il est héros car il s'attaque à ce "système injuste" représenté par la police, héros parce qu'il est marginal, héros parce que riche sans travailler dans cette pensée dite moderne.
Si la justice virile dont parle Véronique existe un jour, qu'une dérive policière ou judiciaire en voie le jour et que l'abus de pouvoir devienne paroxystique, malsain, il sera à combattre avec la même vigueur. La démocratie est la responsabilité, nous en acceptons collectivement la règle. Nous avons donc non seulement des privilèges, mais aussi des devoirs pour la préserver. C'est parfois un combat, à d'autres moments un usufruit, souvent une implication. Ce n'est pas toujours de tout repos d'accepter les changements nécessaires, ce n'est jamais confortable. Devons-nous nous résigner et élever nos enfants dans l'idée qu'il faut être violent, ne plus respecter la propriété, le bien d'autrui et éviter de travailler pour ne pas avoir à payer pour les autres afin qu'ils puissent s'adapter à cette vie proposée ou être impopulaire, être le facho de Kassovitz, le plouc d'Ardisson et le pourri de droite selon Gérard Miller ? J'ai fait mon choix. Être dans les premiers à aller vers des idées nouvelles veut dire avoir la tête tranchée pour paraphraser la chanson de Guy Béart. Je n'ai nul doute là-dessus. J'agis avec mon intime conviction pour faire un petit clin d'oeil à la profession de notre hôte.

Marcel Patoulatchi

Véronique,

Ce que dit monsieur Bilger ne me semble pourtant guère conforme avec les débats qui portent sur la prison partant d'idées telles que « la prison ça n'arrive pas qu'aux autres » que vous avez vous-même relayé.

Peut-être que la position de monsieur Bilger est celle de la « très grande majorité ». Mais alors cette « très grande majorité » est surtout très silencieuse et ce silence fait qu'elle subira les évolutions futures au lieu de contribuer à les décider.

Faudrait-il que monsieur Bilger ait pour maître-mot la singularité, comme si la loi du nombre (prise dans un sens ou dans l'autre) était un élément de preuve toujours suffisant ? Je préfère personnellement qu'il soit à l'écoute, ce qui me semble être le cas ...

Parayre

Curieux débat que celui auquel nous sommes conduits : la " Justice" ne suivrait pas toujours la " Police " et il conviendrait que la première soit mise au pas et qu'elle avalise désormais toutes les conclusions , par définition incontestables , de ce corps qui détient la vérité !

Tout ceci est quelque peu caricatural et mérite pour le moins nuance , recul et réflexion .L'ancienne URSS et les pays de l'EST comme modèles de fonctionnement d'un Etat efficace au sein duquel Justice et Police marchent main dans la main , appliquant sans barguigner les directives du Pouvoir .

Je plaisante quoique ...Oui , dans notre pays la" Police " s'efforce globalement d'accomplir sa mission , oui la "Justice" s'applique dans la plupart des cas , restant dans son rôle , de contrôler son travail , de veiller à une application casuistique de la Loi en privilégiant les libertés individuelles dont elle est garante.

On nommait cela autrefois la " séparation des pouvoirs " ...

Pourvu que cela dure ! ! !

Véronique

" On oublie les délits ou les crimes et on plaint, on plaint, on plaint les détenus... "

Et si l'humanisme " vigoureux ", viril, puissant, que sais-je encore, était le nouveau conformisme et qu'il allait devenir, à son tour, pensée unique ?

Sur la prison, Philippe, aucune originalité, ni singularité, dans vos mots. Vous dites ce que la très grande majorité pense, dit et dit et répète, répète, répète...

Bulle

Il y aurait donc en France un ministre de la Justice... Je croyais à la lecture des journaux que le ministre de l'Intérieur lui avait volé son portefeuille.

LEFEBVRE

Vous avez raison : Il n'y a pas de solutions miracles. Les mesures aussi creusées soient-elles, aussi bienveillante puisse être l'intention, aussi forte puisse être la prise de conscience collective, il faudra un chemin long, sans que l'objectif se perde en route. Le dérèglement est important. Nous vivons le doux record de soixante ans de paix sur l' Hexagone et avons perdu l'habitude de nous battre, de devoir s'unir pour des causes vitales, d'affronter une réalité ardue. Nous vivons très bien en France, de façon confortable pour une immense majorité. Il est plus facile de critiquer des gouvernements, de les laisser dériver, de critiquer la société dans laquelle nous évoluons, de ne pas prendre de décisons. Il faudra bien choisir un camp malgré tout si la situation s'aggrave.
Le pitoyable anniversaire de cette tentative de prise de pouvoir, la traditionnelle flambée de Noël me semblent être des points de névralgie bien en deça de ce que devrait être l'après élection. Si la gauche passe et qu'elle s'entête dans son initiative d'absence d'initiatives pour ces quartiers, la situation va continuer de pourrir et la délinquance va affirmer son sentiment d'impunité. Dans le cas où N Sarkozy passe, cela va faire des mécontents dans cette voyoucratie et ça va brûler. Le Pen, quel que soit son score ne pourra pas passer au deuxième tour. La majorité silencieuse devrait continuer de se taire, en principe, ce n'est pas de son côté que le grand bazar va se mettre en marche. Ce sont les inciviques qui vont provoquer leur auto-destruction par leurs actes de plus en plus surenchéris, ils ne sauront pas faire demi-tour et légitimiseront les interventions fortes qu'il sera nécessité d'appliquer. Il suffit de s'asseoir sur le bord de la rivière comme le suggère le proverbe chinois.

nicolas

Il y avait ce soir sur France 3 un documentaire fort intéressant sur la recidive.

Malheureusement, j'ai donc raté l'émission de Guillaume Durand, diffusée simultanément et dont vous étiez l'invité. Je suis tombé dessus en zappant, une fois l'émission Pièce à conviction terminée.

Cela m'a permis de vous voir conclure en disant que ce serait pour vous une victoire si quelqu'un en lisant votre livre se disait: finalement magistrat est un metier passionnant. C'est ce que je me dis depuis que je lis votre blog.

Marcel Patoulatchi

Ajout à mon commentaire précédent :

Je n'ai pas donné d'exemple de ces citoyens se réconciliant si vite avec le concept de police lorsqu'ils sont concernés.

En voici, un : l'EHESS (évoqué en détail à http://riesling.free.fr/20060331.html).
Hormis le fait que l'EHESS ait ouvert ses portes à des casseurs lors des manifestations anti-CPE, l'EHESS est bien connu pour les positions de certains de ses enseignants. Ainsi, Gérard Noiriel, intéressant au demeurant, n'hésitait pas à écrire que "les petites révoltes urbaines d'aujourd'hui ont un caractère autodestructeur, puisqu'elles ne frappent que les milieux populaires eux-mêmes", trop empêtré dans une réthorique marxiste pour ne pas remarquer que la population des zones de non-droit n'est pas homogène, n'a pas de conscience de classe, ce qui aurait été nécessaire pour que l'on puisse parler d'autodestruction. Pour un Noiriel pour qui le respect des lois et l'intégration au sein de la société se décrit comme assujettissement "à l'ordre bourgeois", le point de vue sur la police semble prévisible.
L'EHESS est un lieu de recherche, le point de vue d'un enseignant ne saurait refleter celui de tous les enseignants, évidemment. Néanmoins, la recherche fonctionne par cooptation, Noiriel n'est sans doute pas entré là par le plus grand des hasards. Vu l'importante dimension idéologique présente dans son travail, on ne peut que soupçonner qu'elle recueille au sein de l'EHESS une forme d'adhésion au moins partielle.

La suite de l'affaire, c'est quand l'EHESS est victime de dégradations pendant les mêmes manifestations anti-CPE. L'EHESS déclare alors "Malgré les demandes répétées de la direction de l'Ecole, la préfecture de police s'est refusée à toute intervention, recommandant au contraire le recours à une société de vigiles" (http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2006/03/23/134-l-ehess-choisie-pour-cible).
D'un coup, hop, l'EHESS aurait bien pris une louche "d'ordre bourgeois" et semble très visiblement regretter que les "révoltes urbaines" n'aient point conservé leur caractère supposément "autodestructeur".

Cet exemple me fait toujours sourire, même si ce n'est pas charitable de sourire du malheur d'autrui.

Marcel Patoulatchi

Armell,

Je ne me rappelle pas d'un temps où la police était mariée avec la délinquance.

Quel serait donc le divorce ?

Avec les citoyens ? A vrai dire, il ne fait nul doute que les citoyens les plus prompts à condamner la police a priori à propos de faits dont ils ne savent rien, à hurler au diable lorsqu'ils se prennent une amende pour un excès de vitesse ridicule en application des décisions prises par les gens pour qui ils ont voté, ces citoyens-là ne semblent avoir aucun problème a se rappeller de l'existence de la police lorsqu'ils sont victimes d'une infraction. D'un coup, le "mal" leur paraît fichtrement "nécessaire". On pourrait dire que plus il y aura d'infractions, et plus les Français aimeront leur police... Ceux qui la haïssent le plus publiquement sont ceux qui commettent régulièrement des infractions et ceux qui sont suffisement privilégiés pour ne jamais avoir besoin de ses services.

Bien sûr, il ne fait nul doute que certains sont pris entre deux feux, notamment ceux qui ont la malchance d'avoir un profil correspondant à celui de 90 % de la petite délinquance. Forcément, il seront fréquemment suspectés à tort. Mais c'est inévitable, sauf à demander à la police de privilégier des contrôles de grabataires et des animaux de trait en Losère lorsqu'ils recherchent un jeune de 13 ans ayant volé et incendié une automobile. Plutôt qu'à donner dans l'absurde pour paraître plus chic, ce ne serait pas forcément aussi idiot de croire qu'il est encore possible de changer la donne, de rétablir l'Etat de droit de sorte à ce que la diminution du nombre d'infractions commises permette un allègement des dispositifs policiers actuellement nécessaires. Pour cela, il faudra assurément plus qu'un changement législatif non-suivi d'effet et des déclarations d'intentions. Il faudra se décider à mettre les moyens, pas à attendre qu'un capitaine de police soit grièvement blessé pour faire une seule enquête digne de ce nom, ni à retirer des fonctionnaires pour les mettre ailleurs dès lors qu'il y aura une amélioration notable de la situation (prime à l'inefficacité, moins de moyens pour ceux qui font du bon boulot !).

Armell

Vous résumez toute l'histoire d'un divorce. Et comme dans tous les divorces, chacun à ses torts, chacun campe sur ses positions, chacun veut plus où moins se venger de l'autre, à lui faire porter le chapeau de la responsabilité même du divorce. Peu de gens, à fortiori de corporations, sont capables d'une auto-critique suffisante pour reconnaitre ses propres torts. Tendre la main, faire le premier pas... La police de proximité était un pas en avant. Elle a été supprimée, désavouée même. Mettre les policiers une fois de plus à part, en infligeant des peines plus fortes . A quel titre le citoyen lambda n'aurait-il pas droit au même respect ? Et les SAMU, pompiers et autres qui se font caillasser aussi ? Beaucoup de démagogie dans le discours, ce qui ne serait pas si grave, s'il n'accentuait pas encore le fossé entre population et police. Dans le temps, on s'adressait à un policier pour lui demander son chemin. Aujourd'hui, cette démarche nécessite un effort. Tout est fait, et les médias en jouent fort bien, pour ne montrer que ce fossé, comme on ne montre que les bandes des banlieues. Cela est vendeur, cela se compte en voix. Mais cela n'est pas la réalité. Que vont faire des caméras à Saint-Denis depuis une semaine ???? Elles attendent le sang, pour le jeter en pâture, aseptisé et virtuel, à la face des hébétés qui avalent le JT de 20h. Ils en sont pour le moment pour leur frais. Et doivent enrager de ce manque à gagner. Ce n'est pas vendeur de dire que ça va, merci. La police est un mal nécessaire. Je dis mal car elle vient s'opposer, normalement, aux exactions. Un monde tout beau et tout gentil et la police disparaît. Comme les Restos du Coeur que chacun aimerait voir disparaitre, signe qu'on ne meurt plus de faim dans notre pays. Nous devons faire avec, le jeu étant de n'avoir jamais à la voir de trop près, soit en tant que victime, soit en temps qu'agresseur. Les institutions ressemblent aux hommes. Elles comportent les mêmes dérives de société : repli sur soi-même, manque de transparence, de communication.
Pour finir, concernant l'Observatoire des prisons, c'est un cataplasme sur une jambe de bois. La France se met dans les clous de l'Europe. Mais cela ne changera rien dans les faits. Et sans oublier les victimes de ceux qui sont justement condamnés, je pense à ceux qui subissent des détentions imméritées... et qui sont logés à la même enseigne.

nicolas

Les propositions de Nicolas Sarkozy et Pascal Clément sont très rapprochés des incidents(ces traquenards) dont on a entendu parler dernièrement. Ces faits sont d'une indéniable gravité.

Toutefois, cela me semble être des propositions faites à la va vite, pour rassurer les uns et les autres, sans avoir à la base une réelle réflexion. En période pré-électorale,il ne faut pas sous-estimer l'importance des dossiers relatifs à l'insécurité.

Et si la lourdeur des peines avait un effet dissuasif, cela se saurait.

Quant à Joeystarr (il me semble bien que didier morel de son vrai nom, ortographie son pseudonyme sans espace), il nous est surtout donné en modèle d'eveillé civique, plus que d'éveilleur. C'est lors des émeutes de l'année dernière qu'il s'est inscrit sur les listes électorales, et il ne s'en cache pas.

Eolas

« Les violences sont collectives mais la preuve doit rester strictement individuelle. Autrement dit, en l'état de nos textes, si quelqu'un accomplit un acte contre les policiers, il peut être poursuivi mais, en revanche, le groupe qui l'entoure, le protège, qui fait nombre, qui presse et menace, ne peut pas être collectivement incriminé. »

Qui l'entoure et le protège ? Et la complicité, alors ?

LEFEBVRE

Savoir nager en plus du plaisir apporté, permet de pouvoir sauver sa vie et d'autres. Si quelqu'un est en train de se noyer dans une eau particulièrement vivace, le sauveteur doit penser à sa propre survie, au devenir de sa famille, à la nécessité de rester disponible pour sortir de futurs nageurs en difficulté des eaux et assister impuissant à une mort affreuse, il y a parfois de tristes réalités. Où nous mène cette allégorie ? À ce que le policier qui vient pour une "interpellation-appat" doit penser avant tout à sa vie, à celle de sa famille, à la notion que la société a besoin de lui sur le moment présent et à l'avenir. Là sont ses priorités, or il est tenu de prendre des pierres au visage, de recevoir des coups de barre de fer, de se faire gazer, de voir sa vie et celle de ses collègues en danger face à une meute qui a décidé que la loi du plus violent était celle qui prévalait. Je défends de toute ma vigueur ces policiers, ces magistrats car c'est par leurs travaux répressifs et attachés à nos valeurs constitutionnelles que j'ai la chance de pouvoir être si libre dans mes pensées, mes actes, mes choix. Je n'ai pas un bourreau sur ce sol qui me dicte mon code vestimentaire, mon menu, mes contraintes, ma croyance, l'éducation de mon fils, le type de femme qui partage mon intimité...
J'apprécie JoeyStarr pour le fait qu'il ne soit pas raciste (ce qui devient rare dans le rap.) que son franc-parler admette que le racisme n'est pas unilatéral, qu'il fasse l'effort de s'améliorer en sortant petit à petit de l'inculture, de la fermeture d'esprit, il lui reste bien du chemin. Je n'aime par contre pas du tout qu'il légitimise l'incivisme, la violence par la pauvreté. Pas plus que cette culture de la repentance de devoir de mémoire qui nous culpabilise sur de fausses réalités. Déja, ce qu'il s'est passé, il y a cent cinquante ans, n'affecte plus personne par une souffrance directe à la différence de familles juives qui portent encore les conséquences de la Shoa. Aussi parce que le commerce d'êtres humains fut avant tout au niveau des chiffres plus une affaire arabe et de tribus noires qu'européenne.Ce n'est même pas nous qui l'avons inventé. Le mea culpa est étrangement ciblé exclusivement sur l'Occident. Surtout parce que l'esclavagisme existe aujourd'hui à Dubaï, en Arabie Saoudite et sporadiquement sur le continent africain, que je n'entends pas Joey starr, Besancenot... s'élever contre icelui. Cette omission dans leur logique d'équité sonne faux. Il n'existe pas plus de race supérieure que de race coupable.
La sanction forte me semble justifiée si elle est appliquée car elle reprend son rôle dissuasif. Je rejoins Kant sur ce point de vue toujours dans l'optique du meilleur pour tous. Si une âme n'a pas l'humanité requise pour ne pas s'attaquer à des pompiers et qu'elle agit gratuitement, méchamment en plus, ce n'est pas son confort qu'il faut préserver en priorité.
Je reste convaincu qu'une réaction forte à Strasbourg lorsque les voitures ont commencé à brûler en fin de Ramadan, à Noël, à la Saint-Sylvestre aurait permis que nous n'en soyons pas là aujourd'hui. Il vaut mieux savoir parfois être impopulaire, courageux et juste que complaisant, paresseux et injuste.

Cop

Un modeste commentaire qui ne porte que sur le premier paragraphe dont la lecture m'a fait bondir!

Il me paraît absdurde de toujours faire état de la souffrance des victimes lorsque l'on évoque le problème des conditions de détention des condamnés.

On peut valablement se pencher sur le sort des détenus sans être accusé d'oublier leurs vicimes.

Et je vous rappelle qu'il ne s'agit pas aujourd'hui d'apporter un confort, qui serait peut-être scandaleux, aux détenus. Il s'agit simplement de rendre leurs conditions de détention un peu plus humaines qu'aujourd'hui.

Les rendre humaines serait déjà un grand pas.

Le "face à face" du détenu avec lui-même ne sera-t-il pas plus intense?

Marcel Patoulatchi

Je dois dire que je ne considère pas que la police doive cohabiter. Demanderait-on aux magistrats de cohabiter avec les justiciables ? Soit le terme est mal choisi, soit il révèle quelque chose d'étrange.

Je pense en tout cas qu'une institution, que ce soit la police ou autre, ne doit pas chercher des liens avec la cité autrement que par la réalisation du mandat qui lui a été délivré par la cité. Le respect de la police tient à la mise en application de l'Etat de droit. C'est en tout cas à cela qu'il devrait tenir. La recherche de liens d'autre nature est généralement infructueuse mais en plus marque l'abandon du lien normal.
L'illustration parfaite à cet endroit, à mon sens, est l'expérience de gardiens de la paix entraînant des jeunes au foot : on part du principe relativement idiot que la délinquance pourrait s'expliquer par une méconnaissance du fait que certains policiers sont sympas (dès le départ, le concept est surprenant), on montre que certains policiers sont sympas, au final les jeunes retiennent qu'en effet certains policiers sont sympas (scoop ! quelle victoire !) mais ceux-là uniquement, pas les autres qui arrêtent leur ami soupçonné dans un trafic de stupéfiants - comment le seraient-ils plus qu'ils interpellent leur ami ? On salue comme une victoire le passage du "nique la police" au "nique la police (sauf Robert qui n'est pas vraiment flic)". Pour cela, on a deux fonctionnaires de police qui auraient peut-être du faire carrière comme profs d'EPS qui en tout cas n'auront résolu aucune infraction, provoquant l'insatisfaction des autres citoyens, ceux-là même qui voteront peut-être "contestaire" parce qu'ils ont l'impression que tout le monde se moque de leur sort.
Je ne trouve pas que cela soit une victoire pour la police. Je pense qu'il y a même là une démarche absolument naïve du problème qui consisterait à croire que la délinquance est engendrée par un malentendu entre jeunes et policiers. Avant d'imaginer une explication aussi tarabiscotée, on ferait mieux de s'interroger sur le rôle des trafics de stupéfiants qui permettent à des gamins de 11 ans de dire sans mentir à leurs enseignants en classe qu'ils gagnent désormais déjà plus qu'eux... Face à l'appât du gain facile sans réels risques, le petit match de foot ne pesera pas lourd. Le policier protège mieux les gamins lorsqu'il arrête un trafic (enfin l'interrompt pour un temps, au moins) qui les arrose que lorsqu'il essaye de leur prouver qu'il est un mec très cool qui gagnerait à être connu.

Mais je conçois bien que ça arrangerait bien du monde de croire qu'il suffit de créer des polices de proximité, peu importe le nom, pour résoudre ces problèmes là. Ca serait si commode, s'il ne s'agissait que cela. Je m'entonne même qu'on ne nous parle toujours pas d'école de proximité, dans la foulée. Voire de pompiers de proximité. On aurait des pompiers qui n'éteindraient plus d'incendies mais qui arpenterait la banlieue pour expliquer qu'en fait tous les pompiers ne sont pas des sales types.

Par ailleurs, je pense que c'est passer à côté d'une partie de problème que de croire que ces troubles visent "l'Etat" spécifiquement. On a coutume dans notre pays jacobin (ce n'est pas une critique mais un constat) de confondre Etat et Nation. Toutefois, si on s'intéresse aux discours pro-délinquants tenus par les jeunes en question (on peut dire "racaille" pour éviter que certains pensent que ces jeunes-là représentent l'ensemble de la jeunesse de France), on constatera assez vite que l'entité précise qu'est l'Etat n'est pas si importante. Non, lorsqu'un école ou une bibliothèque est brûlée, lorsqu'un bus est caillassé, lorsqu'un véhicule de pompier reçoit un réfrigérateur sur le toit, lorsqu'un infirmier libéral venant s'occuper des personnes âgées est accueilli à coup de battes de base-ball parce que la semaine précédente il a sauvé le sac-à-main d'une octogénaire, c'est plus la Nation, les autres, la société, qui est visée, que simplement l'Etat. Nombre d'Institutions sont attaquées. Certaines n'ont rien à voir avec l'Etat stricto-censu. Il ne faudrait pas croire qu'il y a là une entreprise organisée pour contester l'autorité de l'Etat. Il y a là une entreprise désorganisée pour imposer la loi de petits groupes au reste de la société.

all

Par vous j'apprends que Joey Starr ne votera pas Ségolène.

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