J'ai conscience de la provocation que peut représenter ce titre mais j'y tiens. Il m'est inspiré par un article paru il y a plus d'une semaine dans le Monde sous la signature de Sylvia Zappi. Son en-tête annonce que "Clémentine Autain raconte son viol pour expliquer son combat féministe ".
On peut ne pas apprécier cette dernière sur le plan politique. Candidate à la candidature de la gauche antilibérale pour l'élection présidentielle de 2007, elle brille par son culot, sa vivacité et son intelligence sur les plateaux de télévision. Elle fait l'objet d'un livre-portrait publié récemment. Elle y révèle - et l'a confirmé dans le magazine Elle - un épisode traumatisant qui l' a engagée dans le combat féministe. En effet, elle a été victime d'un viol à l'âge de 22 ans sur le chemin de l'université Paris-VIII-Saint-Denis, son agresseur étant un multirécidiviste armé d'un couteau.
D'abord, comment ne pas saluer le courage de cette jeune femme qui met en lumière un épisode intime et douloureux de son existence pour éclairer autrui, alors que par ailleurs, elle a toujours été d'une parfaite discrétion médiatique sur sa vie privée ? Nul doute qu'il faille, dans ces conditions, une force rare pour exposer publiquement ce qui ne se déclare en général qu'à des fins judiciaires, pour voir châtier les coupables. On ne sait d'ailleurs pas si Clémentine Autain s'est retrouvée aux Assises en face de son violeur.
Elle a tellement raison d'insister sur le terrible malaise qui fait que la victime d'un viol n'ose jamais raconter dans la vie sociale ce qu'elle a enduré, alors qu'elle pourrait évoquer sans trop de gêne la gravité d'une maladie, un " braquage " ou la disparition d'un proche. Ce silence est honteux qui enferme l'innocente dans la certitude absurde qu'elle serait coupable. Sinon coupable, du moins complice du crime qui l'a dévastée. Ou, au moins, l'ayant facilité. Il n'y a rien à faire pour abolir, voire atténuer cette injustice profonde qui renvoie d'abord la victime devant sa propre juridiction et la fait se condamner à tout coup. Combien de fois, lors de procès pour viol - et ils sont multiples, à croire que la libération des moeurs a exacerbé la sexualité au lieu de l'apaiser et de la civiliser -, ai-je été le témoin de ces détresses qui s'accablaient, de ces vulnérabilités qui se reprochaient à tort d'avoir été complaisantes ou trop faibles... Leur innocence ne pouvait être consacrée, intimement, que par la reconnaissance judiciaire de la culpabilité de l'AUTRE. Quel soulagement alors, dans les tréfonds de l'être, que ce verdict de condamnation parfois suffisant à lui seul, certaines parties civiles étant presque indifférentes à l'égard du quantum de la peine prononcée ! Les victimes arrivent aux Assises défaites, décomposées, plongées encore dans l'enfer proche ou lointain qui leur a fait craindre bien plus que la perte de leur liberté sexuelle et personnelle : toutes, violées dans leur corps, ont craint pour leur vie. Elles quittent les Assises, l'arrêt rendu, avec une conscience un peu moins douloureuse, un désespoir moins fatal et une esquisse d'aurore. On peut comprendre aisément que c'est notamment pour ces moments-là qu'être magistrat a du sens et du prix. On peut percevoir qu'il y a, pour le professionnel en recherche d'utilité et de légitimité, dans ces audiences où un peu de jour vient éclairer la nuit, des réponses bienfaisantes qu'un métier, quel qu'il soit, n'offre pas nécessairement.
Les larmes des victimes constituent le plus impitoyable des réquisitoires et j'ai souvent l'impression qu'après, nous sommes dans la redondance. Cette incroyable capacité de conviction portée par un visage brisé, par une parole nue et hachée doit nous rendre attentifs à l'évidence que le mensonge pourrait se parer des mêmes apparences et nous entraîner, en totale bonne foi, vers l'erreur judiciaire. Pour ma part, j'essaie de ne jamais l'oublier et cela me conduit à rudoyer, dans la politesse, des plaignantes qui ne deviendront véritablement victimes, et de cet accusé-là, qu'une fois la sanction édictée.
Les éloges sur l'activité policière et judiciaire sont trop rarement répandus pour que je ne souligne pas, depuis plusieurs années maintenant, l'exceptionnel investissement mis par les enquêteurs et les magistrats dans la lutte contre le viol, et le respect ainsi que l'attention dus à ses victimes. Sur ce plan capital, il y a un féminisme ancien qui a mis dans les têtes des enseignements ineffaçables.
Enfin, Clémentine Autain offre le meilleur de ce qu'un témoignage de cette nature est susceptible d'apporter. Non pas seulement l'enlisement dans une vision du pire et la résignation du malheur. Trop souvent plaidés par les avocats des parties civiles, les arguments de catastrophe à vie, heureusement, sont rendus caducs par la vie elle-même. C'est ce que Clémentine Autain vient doucement murmurer au nom de ce qu'elle a éprouvé et dépassé. "Une femme n'est pas condamnée à survivre après un viol. On peut vivre, se reconstruire, et même se sentir plus forte."
Cette force, on l'admire d'autant plus que la même avoue : "Ce n'est pas facile à porter, même avec le temps qui passe."
On remercie Clémentine Autain d'avoir su offrir en partage et l'aveu serein de sa faiblesse et l'espérance de cette reconquête de soi.
Quel avenir pour les victimes de viol ? Aucun ou quasiment pas : 9 cas sur 10 ne sont pas réglés par la justice... qui n'évoque que les affaires qu'elle traite. Quel Parquet, qui n'a légalement aucune obligation à agir même saisi d'une affaire flagrante, ira se soucier des victimes en errance, dont bon nombre n'ont l'idée que de témoigner de la destruction de leur existence sur tel ou tel forum ? Aucun. Deux affaires sur trois mènent au sacro-saint non lieu... Combien d'experts psycho traumatologues (et non des spécialistes de la résilience, concept si intéressant pour le trésor public) au sein des tgi ? Quel respect pour les victimes, les lois récentes qui les protègent et leur donnent légitimement accès à la procédure pénale, quelles applications de la circulaire d'E.Guigou dans les bureaux capitonnés des juges ?
RIEN.
Rédigé par : benson | 04 novembre 2007 à 20:22
Bonjour!
Aujourd'hui je suis rendu a 19 ans et je peux vous dire que oui peut-être qu'il y a une vie après mais pour quelque années elle est très difficile... Je suis une grosse victime...
tout à commencé a l'age de 5 ans et cela c'est terminé à l'age de 14 ans...Il me touchais , je criais je pleurais mais il me menacais de tuer ma famille... Je n'ambarquerai pas dans les détaille mais juste pour vous dire que tout est traumatisant ... j'ai passer en cours et tout le tralala et On tombe très bas dans ces moments. Ils a été jugé coupable et il s'est tuer après avoir eu sa centance... 5 ans après je commence a vivre une vie, je recommance a vivre. Par contre il est partie avec mon enfance, il me la voller, il m'a détruit pendant 10 ans de temps... Il y a un avenir après oui mais tu dois avoir parler, L'avoir dénoncer et tu dois rester forte et courageuse... Moi c'est ce que j'ai fait et aujourd'hui j'ai mon secondaire 5 et je suis entrain de suivre un cours en secrétariat et puis par la suite je ferrai mon cours en comptabilité... J'ai un appartement et je suis heureuse! Vous vouler en parler écrivez moi je suis toujours la pour en parler pour faire comprendre des choses a d'autre... j'aime mieux en parler qu'en pleurer
kym_villeneuve_19@hotmail.com
Rédigé par : Kim Larche | 24 novembre 2006 à 15:57
(Parayre,
Je ne pense pas que monsieur Bilger ait à se sentir visé. Tout d'abord, d'après ce que j'ai lu de ses ouvrages, je n'ai pas du tout la sensation que sa carrière fut linéaire. Ensuite, les guignols dans mon propos ne sont pas ceux qui « ont eu une vie sans détours » mais bien ceux que ça « gênerait que [...] qu'on puisse avoir eu dans sa vie des occupations très diverses ».
Je crois de toute façon avoir déjà dit à monsieur Bilger la haute estime que j'ai pour le magistrat qu'il m'apparaît être.
Je n'ai pas vécu plusieurs vies, mais je continue à en vivre une que j'espère aussi intense pour les années à venir que pour les années passés. Je me moque de savoir si c'est de la prétention où pas, mais je sais ce que c'est de mettre un bleu à 6 heures du matin et découper de la tôle sur échelle avec une disqueuse (oui, le code du travail précise pourtant que l'échelle n'est pas censée servir à travailler mais uniquement à se déplacer, mais ça je l'ai appris des années plus tard), tout comme de travailler dans un centre de recherche international en ne côtoyant presque que des docteurs, tous d'une origine culturelle finalement assez différente. Je n'ai pas envie de donner plus détails ici car je tiens à rester anonyme sur internet quand j'exprime des vues qui me sont propres, il serait donc ridicule que je m'étende et que je donne plus de détails qui permettraient à ceux qui ont déjà eu mon CV entre les mains de me reconnaître.
Alors quand on dit de moi que je serais un petit prétentieux se croyant omniscient, je n'en ai cure. Prétentieux, je le suis sans doute. J'ai la prétention de ne pas oublier ce que j'ai vu et entendu, car c'est ce qui m'a formé, a fait de moi ce que je suis. Je suis sans doute de ceux qui ont excessivement confiance en eux, mais je ne le vis pas mal et je crois qu'avoir une haute estime de soi est une bonne motivation pour tenter de toujours agir de manière honorable. Il est évident que personne n'est omniscient, que le champ du savoir, à l'échelle de l'humanité comme à celle d'un individu, est toujours plus restreint que le champ de l'ignorance. Pour ma part, je ne ressens pas le besoin de m'exprimer sur internet sur des sujets que je ne connais pas du tout - c'est pour ça que l'accusation de prétention à l'omniscience est biaisée, puisqu'il s'agit d'un raisonnement a silencio (tirer des conclusions de ce que je ne dis pas). Concernant le respect, pour ma part il n'est pas affaire d'éthique. Seule la tolérance est une affaire d'éthique pour moi : on doit tolérer ce qu'on n'aime pas parce que chacun à le droit d'être ce qu'il veut, tant qu'il ne nuit pas délibérement ou manifestement à autrui. Mais le respect, c'est autre chose. Je me réserve le droit d'être seul juge de déterminer à qui je l'accorde. Ceci étant dit, je ne suis pas très rancunier car ma mémoire est relativement sélective et a tendance à oublier assez vite le mauvais côté des choses. J'ai parfois la sensation que la mémoire a une capacité limitée, qu'on ne peut l'encombrer de trop de bêtises au risque de ne plus avoir de place pour ce qui en vaut la peine.
Pour ce que vous dites de votre vécu d'officier de marine, c'est tout à votre honneur de vous être opposé à des pratiques criminelles ou délinquantes. Ce que vous dites n'est pas surprenant, malheureusement -si ces sujets vous intéressent, je vous suggère vraiment de lire le bouquin de Fussel, bien traduit de l'anglais (évidemment, si vous aimez l'anglais, il vaut mieux prendre la version originale, quoique pas si facile que ça à trouver en France), « A la guerre, Psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre Mondiale » dont j'ai donné la référence plus haut-, toutefois, ces pratiques-là ne recouvrent pas la définition du crime contre l'humanité que j'évoquais plus haut. Il est important de s'en tenir à une définition stricte. Si on dilue le sens de termes comme « épuration ethnique », « génocide », on ne saura plus de quoi on parle. Même s'il est toujours vrai qu'il est délicat de hiérarchiser l'horreur.
Je conclue sans avoir peur de radoter, je pense que c'est important : qu'une personne soit violée du fait de soudards militaires, dans l'indifférence ou la suggestion de leur hiérarchie, ou du fait de soudards militaires qui obéissent sans conscience à une stratégie décidée et planifiée par leur hiérarchie, visant à détruire un groupe d'individus, la victime subit le même outrage. Surtout, que personne n'imagine que la distinction opérée entre les deux cas vise à minimiser quoi que ce soit.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 22 novembre 2006 à 10:45
Merci Guillermito pour le lien, c'est bien aux travaux de Lilly que je songeais. Disons qu'il est certainement plus facile pour un Nord-Américain ou un Britannique de traiter de ce genre de sujets sans passer pour un ingrat.
Vous avez raison de signaler que cette partie de l'histoire reste assez confidentielle en France. Le sujet est d'autant plus trouble que, si je me souviens bien, les recherches mettent en lumière une sur-représentation manifeste des GI noirs, chose qu'on ne peut pas dire partout sans se faire vite prêter des intentions (j'en parlais en septembre dernier : http://riesling.free.fr/20060927.html ).
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 21 novembre 2006 à 20:40
@ Véronique,
Je suis en accord avec Ph Bilger sur sa sémantique. La honte tend à nous faire mentir, à nous faire taire; voici pourquoi même si nous ne sommes pas coupables, nous avouons. Ce n'est en rien péjoratif.
Merci chère Véronique de savoir ne pas me résumer à cette partie humiliante de mon vécu, je vais vous faire un "aveu" : Je pourrais être beaucoup plus serein que je ne le suis, il suffirait de penser différemment, de ne pas m'occuper des sujets qui fâchent et de faire de la sophrologie. Seulement, j'aime ce mauvais caractère, la polémique, la responsabilité citoyenne, le débat. Il est bon de se sentir en vie avec de la joie, du calme, mais aussi de la tristesse, de la colère.
Je ne suis de surcroît pas humble et n'ai pas envie de l'être. Mon seul souci est de ne pas être méprisant, de ne pas me construire une estime en dévalorisant l'autre.
Rédigé par : LEFEBVRE | 21 novembre 2006 à 19:02
@Marcel Patoulatchi : je m'efforce , depuis les propos , inqualifiables et toujours inexpliqués , que vous avez cru bon , sans me connaître , de tenir à mon endroit , de vous lire cependant avec aménité ...Certains de vos propos m'ont intéressé voire même touché tant ils laissaient transpirer une passion , un souci de vérité , une personnalité attachante .
Vos derniers commentaires sur " les guignols " - auxquels je ne peux m'identifier tant j'ai eu une vie professionnelle diverse - m'ont à nouveau choqué comme dirigés notamment vers notre hôte qui poursuit une carrière linéaire ...et vers tant de mes proches que je respecte même s'ils n'ont pas connu , comme moi ou vous , apparemment , une existence " plurielle" .
Vous avez , à vous lire , vécu plusieurs vies : moi aussi mais je n'en tire aucune vanité et ne me considère pas moins "guignol" que ceux que l'existence a amené à tracer un sillon régulier !
Pour revenir à votre échange " public " avec " Doc" , j'ai , jeune officier de marine , eu à m'opposer à ma hiérarchie sur les comportements , en terre étrangère , commis pas certains de mes subordonnés .
Leurs exactions , sinon cautionnées , étaient favorisées , suscitées même par ma propre hierarchie : je ne l'ai pas accepté .
Pardon de vous interpeller mais , véritablement , vos certitudes arrogantes m'interrogent même si , par éthique , je vous respecte .
Puissiez-vous en faire autant de ceux qui échangent sur ce blog !
Rédigé par : Parayre | 21 novembre 2006 à 14:02
Marcel Patoulatchi : "le nombre de viols commis par des GI est loin d'être anecdotique". Il est estimé, pour la France, à 3500 de juin 44 à mai 45, et ils ont notamment conduit a 21 condamnations a mort par l'administration militaire US. Voir les recherches de l'universitaire américain J. Robert Lilly a propos de ce sujet difficile et relativement escamoté de l'histoire. Un article ici : http://superfrenchie.com/?p=941
Rédigé par : Guillermito | 21 novembre 2006 à 11:17
Doc,
En effet, « l’épuration ethnique fait partie de nombreuses stratégies de conquêtes et elle passe souvent par le viol ». Heureusement, l'épuration ethnique n'est pas le lot commun de toutes les guerres. Malheureusement, le viol est omniprésent partout où il y a des rapports de forces trop déséquilibrés (des hommes en armes face à des populations effrayées, par exemple), donc pendant la plupart des guerres (je dirais bien toutes mais je veux bien admettre ne pas avoir des connaissances sur toutes, c'est la seule raison de cette nuance) il s'en produit à large échelle, même lorsque ce n'est absolument pas une stratégie.
A titre d'exemple, le nombre de viols commis par des GI est loin d'être anecdotique (en Allemagne, mais aussi en France), alors qu'on ne peut soupçonner l'autorité nord-américaine de quelconque stratégie de cet ordre.
Ce n'est pas parce qu'un fait se produit à grande échelle et grande régularité qu'il est forcément la mise à exécution d'un plan concerté destiné à détruire un groupe d'humain (ce qui est la définition du crime contre l'humanité, cf Truche Pierre, « Qu'est-ce qu'un crime contre l'humanité ? » in L'Histoire, n°168, juillet 1993, p. 72-73). Les camps de concentration n'ont pas été inventés par les nazis (je parle bien des camps de concentration, pas ceux d'extermination), ils ont été pratiqués régulièrement par les grandes puissances coloniales. Dans ces camps-là, les maladies tuaient massivement. Mais faute d'intention manifeste, on ne peut vraiment parler de crime contre l'humanité (le crime contre l'humanité n'est pas défini par le dol éventuel).
Pour encore creuser cette question d'omniprésence de délits et crimes sexuels lorsqu'existent des rapports de force de grand déséquilibre et des situations mi-chaotiques, on fera bien de se pencher sur les accusations faites il y a quelques années à propos de certaines missions humanitaires, certaines ONG (critiques émanant notamment de l'intérieur même de ces ONG), notamment à propos de ces histoires de couvertures données contre des faveurs sexuelles.
Hors sujet : J'ai vu plus d'un élève de prépa ayant raté l'entrée à l'École des chartes, admis en licence, qui effectivement ne maîtrisaient pas un certain nombre de bases acquises par les étudiants en deug (oui j'emploie les termes d'avant LMD). Les prépas formatent très bien l'acquisition d'un certain nombre de savoir. Question développement de l'esprit critique et questionnement épistémologique, c'est une autre affaire.
(et s'il faut mettre des arguments d'autorités pour avoir le droit de s'exprimer, précisons que j'ai parmi mes proches à la fois des anciens « prépa » mais aussi des gens qui enseignent à des prépas ; je ne dénigre en rien les prépas, je constate simplement que leur objet et méthode est très différent de ce que propose l'université)
J'insiste, un article sur le site d'une association qui pour source prend wikipédia, qui confond allègrement les concepts, moi je n'appele pas cela de l'expertise. Je ne dis pas que ce n'est pas bien que des néophytes essayent de parler d'un tel sujet. C'est très bien qu'ils le fassent. Ce sont des sujets qui méritent la publicité. Mais non, pour moi, ce ne sont pas des experts.
Puisque vous voulez savoir ce que je considère comme de l'expertise en histoire militaire dans ses incidences pour les civils, voici une petite liste :
Walzer Michael, Just and unjust wars, London, 1978.
Fussel Paul, A la guerre, Psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre Mondiale, Paris, Seuil, 1992
Crane Conrad C., Bombs, Cities and Civilians, Lawrence, University Press of Kansas, 1993.
Harmon Christopher C., « ''Are We Beasts ?'', Churchill and the Moral Question of World War II Area Bombing », in The Newport Papers, n. 1, Newport, Rhode Island, War College Newport RI, 1991, p. 1-34.
Schaffer Ronald, « American Military Ethics in World War II: The Bombing of German Civilians », in The Journal of American History, Vol. 67, 1986, p. 318-334
et
Schaffer Ronald, Wings of Judgment. American Bombing in World War II, New York, Oxford University Press, 1985
etc.
Doutez-vous que si, à un moment où à un autre, j'ai été amené à lire bon nombre de bouquins de 400 pages en langues étrangères sur le thème, à obtenir des articles publiés dans des revues publiées seulement outre-atlantique, ce n'est pas tout à fait par le plus grand des hasards, ce n'est pas tout à fait par simple curiosité personnelle...
(Tant pis si ça gêne des guignols qu'on puisse avoir eu dans sa vie des occupations très diverses - tant pis pour eux s'ils ont eu une vie sans détours)
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 21 novembre 2006 à 09:25
Lefebvre, la question que vous soulevez à 20:56 m’apparaît également très intéressante. Ce que j’ai envie de vous dire et qui me semble capital, c’est le chemin que vous avez accompli pour pouvoir vivre avec le mal qu’on vous a fait.
La transmission de cette épreuve n’est pas un aveu. L’emploi de ce mot en fin de note de Philippe pourrait m’apparaître très discutable. Dire, expliquer, transmettre c’est exprimer qui on est, ce qui nous a constitué intimement, dans le malheur ou le bonheur. Dans la phrase de Philippe, je retiens donc l’adjectif serein qui, pour le coup, est pour moi le plus important.
Dans mon commentaire au sujet de ce post, j’exprimais une réserve quant à la médiatisation parfois très impudente de certains traumatismes, violences ou maladies. Car, à mon sens, cette médiatisation peut compromettre sérieusement la sérénité à laquelle a droit et qui est nécessaire pour toute personne qui a traversé quelque chose de très grave, de très difficile.
A vous lire depuis quelque temps sur ce blog, rien ne fera que je vous identifierai à ce que vous avez bien voulu nous dire. Vous n’êtes pas cela. Vous êtes une personne pleine de sérénité, de finesse et d’expériences et qui , dans une circonstance de sa vie a surmonté la violence qu’on lui a faite et l’a vaincue.
Rédigé par : Véronique pour Lefebvre | 21 novembre 2006 à 08:56
Comment s'étendre sans se répandre ?
Voici la question que je me pose.
Je pense au coming-out de Véronique Sanson sur son alcoolisme. Plus personne ne lui parlait de son album, mais bien de son addiction.
Comment ne pas être réduit à son vécu singulier lorsque l'on fait le choix de le révèler ?
Trois craintes m'assaillent :
- Celle d'être plus pris pour Le Faible plutot que Lefebvre.(la peur du jugement.)
- Celle de ne plus être critiqué, d'avoir un statut d'intouchable par l'attention et la gentillesse des autres.
- Celle que mes révoltes, ma désapprobation soit prises comme éléments de mon vécu.
J'ai essuyé beaucoup de rejets de mes confessions antérieures, je ne réussis pas pourtant à me taire. C'est comme cela, j'essaie d'apprendre à ne pas me juger. Je ne suis pas un exemple, à suivre, certainement une anti-thèse. J'ai fait ce que j'ai pu, le plus souvent et parfois ce fut bien pitoyable, mais toujours je me suis battu pour aller devant.
Dépenser tant d'énergie pour moins souffrir était nécessaire, j'aurais préféré pouvoir dépenser autant de force à la construction socio-professionnelle.
Espèrons que ce ne fut pas qu'un lamentable gâchis et que ces gros efforts me seront salvateurs et donneront une force supplémentaire pour des enjeux encore plus importants, encore plus riches. Je ne peux pas dire tout ce qui me pèse sur ce blog, aussi je m'en tiens à un fond vague. J'étais brillant et costaud alors que le faible à lunettes ou le gros qui dort au fond de la classe, ce fut cruellemnt plus logique. Étais-je un morceau de choix pour le prédateur rencontré ou étais-je une victime qui s'ignore ?
J'ai pris le goût du combat parce qu'il faut que je le mène pour mon fils et moi et me suis découvert des ressources insoupçonnées comme le courage, une honnêteté vis à vis de soi et l'humanité. Ce sont de belles récompenses. Je suis un peu moins écrasant et arrogant avec les autres, un peu moins "sale con", c'est déjà ça à prendre.
Rédigé par : LEFEBVRE | 20 novembre 2006 à 20:56
Merci Marcel pour vos précisions et aussi de bien vouloir me transmettre votre bibliographie experte.
Il n’en reste pas moins que l’épuration ethnique fait partie de nombreuses stratégies de conquêtes et qu’elle passe souvent par le viol.
(Marcel, vous avez raison : je n'ai effectivement pas pu bénéficier des enseignements d'une première année d'histoire, ayant été pris sur titres en troisième année, ce fut a priori une erreur…)
Rédigé par : doc | 20 novembre 2006 à 20:06
presque rien à voir mais du coup j'ai revu " vol au-dessus d'un nid de coucou "
merci à vous !
il s'agit d'un viol aussi en fait la lobotomie , non ?
Rédigé par : cactus | 20 novembre 2006 à 18:41
Pour rester dans l'" objet" de ce blog et surtout dans ce que je connais - n'étant pas , moi , omniscient - le tribunal pénal international de La Haye a reconnu le 27 juin 1996 et qualifié de crimes contre l'humanité, les viols commis en temps de guerre en Bosnie , en particulier à Foca , courant 1992 ...
Rédigé par : Parayre@yahoo.fr | 20 novembre 2006 à 14:23
Doc, toujours sur le sujet un peu hors-sujet du viol comme arme de guerre,
Relisez : « La tolérance des viols par la hiérarchie militaire dans de nombreux conflits n'est qu'une manière de calmer les troupes à moindre coût, pas un outil. ». Notez en particulier le « dans de nombreux conflits », une précision qui n'a pas été placée là par hasard.
Mon affirmation est plus nuancée que votre « Depuis des temps très anciens, les XXX ont toujours voulu », phrase type de celles qui en histoire sont vouées à être démenties (je vous assure, ça ne marche presque jamais, c'est d'ailleurs la première chose qu'on apprend aux étudiants d'histoire en première année : oubliez les phrases qui commence par « de tous temps », concept si fragile qu'il atteste plus de ce qu'on ne sait pas que du reste)
Le fait que le viol soit une pratique immémoriale n'implique pas qu'il ait été systématique et organisé, utilisé comme arme de guerre, cela partout et tout le temps.
Lorsque le viol est considéré comme du butin humain, ce n'est pas spécifiquement une arme de guerre. Pas plus que la mise à l'état d'esclave des mâles de la cité vaincue. Où alors tout et n'importe quoi est arme de guerre et le terme n'a pas plus de sens.
(Concernant les liens que vous donnez, excusez-moi d'estimer qu'il n'y a pas là la marque d'une expertise - je ne parle même pas du fait qu'ils se référencent entre eux. Dois-je vous fournir une bibliographie de ce que je considère être de l'expertise en la matière ?)
Quant à l'exemple donné par le premier lien, il est d'une pertinence discutable à ce propos. Il prouve qu'au cours d'une guerre le viol fut utilisé comme arme de guerre. En quoi cette guerre-là serait-elle représentative de toutes les guerres ?
Est-elle représentative de des guerres du Golfe ?
PS : Nous sommes bien d'accord que pour la victime, que ce soit une arme de guerre ou pas ne change rien à l'affaire.
PPS : Nous sommes bien d'accord qu'en prison aucun crime ne devrait pouvoir être commis.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 20 novembre 2006 à 08:55
Merci.
Rédigé par : Sophie | 19 novembre 2006 à 23:50
Marcel,
Prenez le temps de mettre "viol arme de guerre" dans votre moteur de recherche.
Ils sont nombreux à penser qu'il s'agit d'un outil, d’une arme :
http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huridoca.nsf/0/07b643696b04ee478025666d005928db?Opendocument
http://web.amnesty.org/library/index/fraAFR540762004
http://www.amnesty.be/spip.php?article1116
http://fr.wikipedia.org/wiki/Viol
Etc.
Depuis des temps très anciens, les conquérants ont toujours voulu procéder à une épuration ethnique, en tuant les fils pour éviter qu’ils vengent les pères ((cf. le sort d’Astyanax fils d’Hector et d’Andromaque) et en violant les femmes pour s’assurer une descendance acquise à eux, tout en humiliant les vaincus.
Que par ailleurs cela fasse partie avec le pillage des comportements de la soldatesque en territoire conquis est une chose mais on ne peut pas dire qu’il n’y a pas une démarche sensée de la part des chefs, un élément de leur stratégie donc une arme…
Vous avez très bien écrit sur ce sujet du viol. Devant les souffrances exprimées ici sur ce sujet, je ne développerai pas ce point « militaire » par rapport à votre opinion qui diverge de celle de nombres d’experts voire les liens non exhaustifs en supra.
J’aimerais aussi qu’en évoquant le viol, on n’oublie pas que de tels crimes sont commis sur des prisonniers en France…
Rédigé par : doc | 19 novembre 2006 à 21:24
Je ne sais pas si vous connaissez le blog « postsecret ».
C'est un site qui tous les dimanches publie des cartes postales envoyées anonymement par des gens qui confient un secret - souvent pesant.
La première carte postale de la série de ce dimanche évoque, je crois, le sujet de cet article. Et pour ce sujet, je pense que la parole des concernées est toujours bonne à écouter, à lire :
La carte :
http://photos1.blogger.com/blogger/994/593/400/reclaiming.jpg
Le site « postsecret » :
http://postsecret.blogspot.com
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 19 novembre 2006 à 17:46
Toute ma compassion pour Sophie, son époux et leur gamin. Les voies thérapeutiques et judiciaires sont les meilleures à prendre, vous avez bien raison. Je jure à votre fils que ses horribles crises d'angoisse s'atténuent avec le temps. Soyez patient, ce peut être long. Pensez à vous tous surtout et ne cherchez pas à comprendre la folie d'autrui, vous ne pouvez pas avoir la même logique intellectuelle que ce genre d'individu. Que votre fils n'oublie pas qu'il est victime et que le malade est l'autre. Bon courage à vous tous pour le rétablissement de votre petit qui viendra en son temps.
Rédigé par : LEFEBVRE | 19 novembre 2006 à 14:52
Une arme de guerre désigne un outil ou une pratique censée, dans l'esprit de ceux qui la manient, donner un avantage militaire.
La tolérance des viols par la hiérarchie militaire dans de nombreux conflits n'est qu'une manière de calmer les troupes à moindre coût (partage du butin humain), pas un outil. Ces pratiques ont d'ailleurs toutes les raisons de renforcer la cohésion de ceux en passe d'être vaincu. Je comprends parfaitement qu'un gamin de 15 s'engage s'il croit par cela pouvoir faire échapper le calvaire à sa mère et sa soeur.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 19 novembre 2006 à 11:07
J'ai lu avec intérêt l'interview de C. Autain et votre texte. Pour être la mère d'un jeune adulte qui nous a confié, il y a près d'un an, qu'il avait été violé par une personne, ayant autorité comme on dit, qui lui a fait subir des abus sexuels pendant plusieurs années à l'adolescence, je peux vous dire que c'est très dur à vivre. Pour lui d'abord bien sûr (sentiment de culpabilité, manque de confiance, troubles de la mémoire, divers symptômes post-traumatiques). Même si le fait de nous en avoir parlé et de trouver notre compréhension et notre soutien total l'aide. C'est très dur aussi pour nous parents car la culpabilité de ne pas avoir compris, ne pas avoir pu protéger notre enfant, est ravageuse. De pouvoir mettre des mots sur le mal-être perçu chez notre fils a cependant ouvert une nouvelle étape, et le soutien d'une association luttant contre la maltraitance est précieux. Il a récemment décidé d'engager une démarche judiciaire (nous y étions favorables mais il lui a fallu du temps pour trouver la force de faire cette démarche), motivé par l'idée d'empêcher que d'autres jeunes puissent subir le même sort. Mais, voyez à quel point cela est difficile, le jour où il devait appeler avocat et psy, il a du être brièvement hospitalisé suite à une énorme crise d'angoisse. La souffrance est immense, peut-être encore plus chez les garçons car le tabou est lui aussi immense. Je fais des voeux pour que la justice soit efficace et ne saurait trop insister sur la nécessité qu'elle agisse avec tact car les défenses qu'il s'était construit pour survivre étant tombées, une très grande fragilité en résulte dans un premier temps.
Rédigé par : Sophie | 18 novembre 2006 à 23:56
Il faut peut-être croire que quand nous sommes impliqués professionnellement dans de telles affaires, nous apprenons, par notre humanité, l’humilité et donc connaissons la difficulté à nous exprimer sans vouloir avoir la forfanterie de celui qui croit connaître, et sans l’innocence de celui qui, revêtu de tous les atours de son humanisme, avance sur cette lande sans crainte…
Lande qui se révèle être un des marécages de la turpitude humaine…
On est toujours « petit » devant de telles détresses humaines.
Voilà Jean-Dominique pourquoi j’aurais préféré me taire…
Mais il faut avoir l’humilité de savoir qu’on ne sait pas vraiment.
Rédigé par : doc | 18 novembre 2006 à 23:46
Jean-Dominique,
Vous avez raison : « …c’est terriblement délicat. »
Je le redis d’autres ont su mieux ici s’exprimer que moi…
J’ai un jour discuté avec un homme qui avait « récupéré » une femme allemande venant d’être violée par environ 70 soldats soviétiques et qui saignait fortement pour ne pas vous faire subir son expression plus triviale : « elle pissait le sang… ».
Le viol reste dans ce monde, comme au Darfour ou ailleurs, aussi une arme de guerre.
Il en va de la grandeur de notre Nation d’être impitoyable sur ce sujet avec nos ressortissants (P. B. m’a fait savoir son désaccord avec mon opinion sur des peines trop faibles dont acte…) mais aussi de faire entendre la voix de la France sur ces actes de viols collatéraux à nombre de conflits.
Rédigé par : doc | 18 novembre 2006 à 21:42
Marcel, mon propos visait essentiellement notre attitude à l'égard de victimes de viols. En tant qu'hommes, nous avons une responsabilité particulière pour se placer dans une situation d'équilibriste : ne pas banaliser mais aussi dédramatiser. J'admets que c'est terriblement délicat. Je m'interroge.
Sur le plan judiciaire, je n'ai évoqué que le cas du mensonge, qu'il faut bien déceler. La justice ne peut pas être compassionnelle lorsqu'elle doit démêler le vrai du faux. La possibilité du mensonge pollue la réalité des vrais crimes.
Ainsi je parlais de femmes dans un jury et non de magistrates. Mon expérience m'a montré qu'elles étaient plus pertinentes, plus clairvoyantes. Elles observent, elles croisent les regards et les décryptent, de femme à femme.
Je veux dire simplement notre responsabilité d'hommes à l'égard de nos compagnes ou amies : notre rôle est d'apaiser, d'aider à la résilience, de ré-anoblir le corps avili, de couronner la reine déchue. Elle est là, la virilité.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 18 novembre 2006 à 19:18
Merci d'avoir mis des mots d'une telle justesse sur un ressenti, au sortir de l'audience, bien difficile à qualifier.
En ce qui me concerne, notre affaire est close depuis l'arrêt en appel de la Cour d'Assises, début octobre. 10 ans de réclusion criminelle, cela ne résout rien, mais enlève il est vrai, en la rejetant sur l'AUTRE, un peu de culpabilité.
Rédigé par : Alliolie | 18 novembre 2006 à 14:31
Jean-Dominique,
Je n’ai jamais voulu dire qu’il faille se taire sur la dénonciation de ce crime.
Sur un plan social, il est évident qu’il faut condamner haut et fort un tel acte.
Se taire signifiait pour moi éviter une maladresse, une « compassion maladroite » pour reprendre votre très juste expression.
Ce crime est tellement ravageur au niveau de la personnalité de la victime que je ne me sentais pas les compétences de parler de leurs souffrances à la place de victimes qui ont chacune, par ailleurs leur vécu avant et après.
Quand vous dites :
« …aura su vite laver la souillure… » ou « …qu'il n'est pas possible de parler d'un viol comme d'une autre agression justement en raison de notre attitude spécifique à nous qui ne sommes… », je n’ai pas abouti à ces conclusions avec mon maigre vécu dans ce domaine.
Je ne connais pas la jeune femme en question et je suis très heureux si dans son cas elle semble avoir surmonté ce cataclysme personnel.
Pour ma part, j’ai plus connu des femmes brisées n'arrivant à verbaliser leur souffrance que de nombreuses années après, parfois jusqu’à 30 ans…
La meilleure reconnaissance de ce crime par les différents intervenants et l’amélioration de la prise en charge psychologique permettent certainement une meilleure acceptation d’un deuil d’une partie de son âme perdue par ce traumatisme.
Lefebvre et Marcel ont très bien écrit sur ce sujet et il ne faut pas oublier le pourcentage de viols non connus, laissant la victime isolée en danger moral.
Quant à la sanction pénale, les peines me semblent dans l’ensemble faibles pour une qualification criminelle.
Rédigé par : doc | 18 novembre 2006 à 14:17