J'ai conscience de la provocation que peut représenter ce titre mais j'y tiens. Il m'est inspiré par un article paru il y a plus d'une semaine dans le Monde sous la signature de Sylvia Zappi. Son en-tête annonce que "Clémentine Autain raconte son viol pour expliquer son combat féministe ".
On peut ne pas apprécier cette dernière sur le plan politique. Candidate à la candidature de la gauche antilibérale pour l'élection présidentielle de 2007, elle brille par son culot, sa vivacité et son intelligence sur les plateaux de télévision. Elle fait l'objet d'un livre-portrait publié récemment. Elle y révèle - et l'a confirmé dans le magazine Elle - un épisode traumatisant qui l' a engagée dans le combat féministe. En effet, elle a été victime d'un viol à l'âge de 22 ans sur le chemin de l'université Paris-VIII-Saint-Denis, son agresseur étant un multirécidiviste armé d'un couteau.
D'abord, comment ne pas saluer le courage de cette jeune femme qui met en lumière un épisode intime et douloureux de son existence pour éclairer autrui, alors que par ailleurs, elle a toujours été d'une parfaite discrétion médiatique sur sa vie privée ? Nul doute qu'il faille, dans ces conditions, une force rare pour exposer publiquement ce qui ne se déclare en général qu'à des fins judiciaires, pour voir châtier les coupables. On ne sait d'ailleurs pas si Clémentine Autain s'est retrouvée aux Assises en face de son violeur.
Elle a tellement raison d'insister sur le terrible malaise qui fait que la victime d'un viol n'ose jamais raconter dans la vie sociale ce qu'elle a enduré, alors qu'elle pourrait évoquer sans trop de gêne la gravité d'une maladie, un " braquage " ou la disparition d'un proche. Ce silence est honteux qui enferme l'innocente dans la certitude absurde qu'elle serait coupable. Sinon coupable, du moins complice du crime qui l'a dévastée. Ou, au moins, l'ayant facilité. Il n'y a rien à faire pour abolir, voire atténuer cette injustice profonde qui renvoie d'abord la victime devant sa propre juridiction et la fait se condamner à tout coup. Combien de fois, lors de procès pour viol - et ils sont multiples, à croire que la libération des moeurs a exacerbé la sexualité au lieu de l'apaiser et de la civiliser -, ai-je été le témoin de ces détresses qui s'accablaient, de ces vulnérabilités qui se reprochaient à tort d'avoir été complaisantes ou trop faibles... Leur innocence ne pouvait être consacrée, intimement, que par la reconnaissance judiciaire de la culpabilité de l'AUTRE. Quel soulagement alors, dans les tréfonds de l'être, que ce verdict de condamnation parfois suffisant à lui seul, certaines parties civiles étant presque indifférentes à l'égard du quantum de la peine prononcée ! Les victimes arrivent aux Assises défaites, décomposées, plongées encore dans l'enfer proche ou lointain qui leur a fait craindre bien plus que la perte de leur liberté sexuelle et personnelle : toutes, violées dans leur corps, ont craint pour leur vie. Elles quittent les Assises, l'arrêt rendu, avec une conscience un peu moins douloureuse, un désespoir moins fatal et une esquisse d'aurore. On peut comprendre aisément que c'est notamment pour ces moments-là qu'être magistrat a du sens et du prix. On peut percevoir qu'il y a, pour le professionnel en recherche d'utilité et de légitimité, dans ces audiences où un peu de jour vient éclairer la nuit, des réponses bienfaisantes qu'un métier, quel qu'il soit, n'offre pas nécessairement.
Les larmes des victimes constituent le plus impitoyable des réquisitoires et j'ai souvent l'impression qu'après, nous sommes dans la redondance. Cette incroyable capacité de conviction portée par un visage brisé, par une parole nue et hachée doit nous rendre attentifs à l'évidence que le mensonge pourrait se parer des mêmes apparences et nous entraîner, en totale bonne foi, vers l'erreur judiciaire. Pour ma part, j'essaie de ne jamais l'oublier et cela me conduit à rudoyer, dans la politesse, des plaignantes qui ne deviendront véritablement victimes, et de cet accusé-là, qu'une fois la sanction édictée.
Les éloges sur l'activité policière et judiciaire sont trop rarement répandus pour que je ne souligne pas, depuis plusieurs années maintenant, l'exceptionnel investissement mis par les enquêteurs et les magistrats dans la lutte contre le viol, et le respect ainsi que l'attention dus à ses victimes. Sur ce plan capital, il y a un féminisme ancien qui a mis dans les têtes des enseignements ineffaçables.
Enfin, Clémentine Autain offre le meilleur de ce qu'un témoignage de cette nature est susceptible d'apporter. Non pas seulement l'enlisement dans une vision du pire et la résignation du malheur. Trop souvent plaidés par les avocats des parties civiles, les arguments de catastrophe à vie, heureusement, sont rendus caducs par la vie elle-même. C'est ce que Clémentine Autain vient doucement murmurer au nom de ce qu'elle a éprouvé et dépassé. "Une femme n'est pas condamnée à survivre après un viol. On peut vivre, se reconstruire, et même se sentir plus forte."
Cette force, on l'admire d'autant plus que la même avoue : "Ce n'est pas facile à porter, même avec le temps qui passe."
On remercie Clémentine Autain d'avoir su offrir en partage et l'aveu serein de sa faiblesse et l'espérance de cette reconquête de soi.
Le bon goût est effectivement sévère à l'égard du mauvais .Ce n'est pas le premier ou le second qu'il faut défendre mais , comme Voltaire , le droit à l'un et à l'autre , de se montrer , car il en est du goût comme de tant d'autres choses qu'il est très difficile de distinguer les unes des autres .
Il entre beaucoup de sectarisme dans les exclusives et de préjugés dans les excommunications .Affaire de nuances ? Oui .Souvent , mais aussi oui et non parfois , car le choix est impossible ou bien il se situe ailleurs .
Je n'ai rien vu d'aussi beau sur l'orgueil que "Lord Jim " de J.Conrad .Il ne s'agit pas d'orgueilleux antipathiques.C'est , sbriglia , vous avez raison , trop facile .On les condamne et on se croit débarrassé de l'orgueil . Non , il s'agit d'orgueilleux parfois sympathiques , attachants et qui se perdent , ou bien tout d'un coup , sans que les badauds y comprennent quoi que ce soit , comme le grand Briarly , commandant le plus beau bateau de la ligne des Indes , comblé par la fortune , et qui se jette à l'eau , ou bien au bout du long chemin comme le jeune Jim et qui , après un contretemps dû autant aux circonstances ironiquement défavorables qu'à ses propres qualités de rigueur et de noblesse , en fait dix fois plus qu'il n'en faut pour être un héros mais qui , toujours hanté par le souvenir d'une occasion manquée , avance de dangers en dangers , de désespoir en désespoir , et rencontre enfin , apparemment par hasard la mort salvatrice .
Rédigé par : Parayre | 18 novembre 2006 à 14:13
Sujet éminemment délicat.
Je doute qu'il existe une bonne manière et une mauvaise d'aborder ce problème, je pense qu'il en existe une panoplie, plus ou moins mauvaises, et que, comme le dit stellar, « cette résilience n'est pas donnée à tout le monde ».
Le viol est très courant, les statistiques à ce sujet sont effrayantes (notamment quand elles posent la possibilité que moins de 10 % des viols connaissent un début de suite pénale). Il n'est donc pas dur de rencontrer au cours de sa vie une femme - ou un homme - ayant subi cela. Selon la personnalité de cette victime, cela peut avoir des conséquences très différentes. Certaines jeunes femmes deviennent obèses et martyrisent leurs corps. D'autres se prostituent (symboliquement ou réellement - un article du Monde dont j'ai perdu la référence estimait que la plupart des actrices de films porno ont été violées lorsqu'elles étaient jeunes). D'autres se contentent d'être mal dans leur peau et de se haïr sans trop de démonstrations exubérantes. D'autres, comme Clémentine Autain (je n'ose pas citer Lefebvre dans son commentaire précédent), parviennent à se bâtir, à être de fortes têtes charimastiques - mais il reste toujours quelque chose, malheureusement, manifestement. Même si ce quelque chose n'obère pas forcément tout avenir (pour reprendre le titre du billet de monsieur Bilger), heureusement.
Ceci étant dit, il me semble que les idées défendues par Clémentine Autain sont globalement niaises. « L'intelligence sur les plateaux de télévision » ne me semble pas être ce dont la France à besoin. On en a déjà un stock, d'intelligents « sur les plateaux ». Bref. Ce n'est pas le sujet, bien entendu, il convient néanmoins de garder un certain sens de la mesure quand on la décrit.
Jean-Dominique,
En février 2005, j'abordais le cas d'un procès pour viol (correctionnalisés pour certains, les faits restent des viols) dont le traitement me semble assez loin d'une complaisance de la magistrature pour les victimes.
Je vous invite à lire http://riesling.free.fr/20050205.html
(et, pour être honnête, http://riesling.free.fr/20050228.html )
Vous verrez que certains magistrats (juge des enfants, décidement, on a du mal à les oublier) pensent que l'audience d'un procès pour viol est le bon moment pour discuter de problèmes familiaux de la victime, comme si ces problèmes-là entraient en ligne de compte pour juger des agressions répétées (le charmant jeune homme avait eu le soin, à sa deuxième tentative qu'il n'avait pas pu concrétiser - c'est-à-dire sans pénétration pour une raison indépendante de sa volonté - d'avertir sa victime que « la prochaine fois elle y passera »). Un jeune homme qui selon la juge des enfants « ne comprend pas ce qu'il a fait de mal » : mais elle a quand même tenu à ce qu'un type qui ne comprend pas en quoi c'est mal de violer évite la prison.
Alors, Jean-Dominique, admettons que tous les cas ne sont sans doute pas semblables..
Et le juge dans cette affaire était une femme. Donc l'idée que les femmes comprennent mieux les autres me semblent somme toute très théorique.
La pratique immonde de l'excision est souvent le fait des femmes. Oui, des femmes arrivent à mutiler leur enfant avec un tesson de bouteille... On idéalise la femme comme avenir de l'homme tout simplement parce qu'on n'a pas remarqué que la délicatesse féminine était le corollaire de leur manque de pouvoir. Libérées, les femmes montrent qu'elles sont aussi fortes que les hommes ; dans le pire et le meilleur, que ce soit à Outreau, Abu Graib ou Séoul.
Lefebvre,
Je ne vous dirai rien sinon que je suis certain que vous avez raison de croire en vos chances - croire en soi, n'est-ce pas cela le plus important. Je ne veux rien dire de précis car après votre message je ne saurais que dire de juste. Quoi qu'il en soit, je me moque de savoir s'il est bon ou mauvais de compatir, de parler ou de se taire, je veux juste vous dire que vous avez toute ma sympathie, pour ce que ça peut valoir.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 18 novembre 2006 à 01:00
Il y a heureusement une vie après le viol, plus la même. Pas forcément une pire à terme. Ce qui est évident est qu'un grand bouleversement, une grande peur (celle d'être tué, de mourir dans l'instant) marque au plus profond de soi. La mort est présente alors dans la pensée, la conscience de ne plus être un jour aussi. Ces grands chocs obligent à accepter sa propre mort un jour prochain. L'acceptation : voici une clef supplémentaire à une vie plus sereine surtout pour éviter les combats perdus d'avance. Se battre, par contre, pour l'essentiel, le réaliste, est une motivation qui vaut la peine d'être vécue. Pour un magistrat, une victime, un philosophe : quel plus beau challenge d'aller chercher le juste, de le trouver parfois, de voir qu'il y a des êtres humains dignes de ce nom, qu'ils ne sont pas la marge, mais le plus grand nombre. Voir la belle vie, aller vers les bonnes personnes, s'offrir l'opulence de joie en récompense est certainement plus difficile que de se suicider ou de devenir meutrier. Un jour de grande fatigue et de faim, un homme du seizième, pourtant si décrié pour son argent, son statut, m'a emmené manger un bon steak dans un restau à viande des halles sans que je ne lui demande rien, nous avons parlé longtemps, très longtemps de nos vies, mais aussi de nos conceptions de vie, de culture... Lorsque je me suis retrouvé seul, ce fut le cul par terre que je me suis retrouvé comme dans la chanson de Brassens devant tant de gentillesse, je n'ai jamais oublié ce moment. Il n'y pas que les médecins qui sauvent des vies, d'autres avec leur coeur, leur profession, leur ressenti le font aussi. Je défendrai toujours la justice pour cela aussi, parce que, au delà de l'idéal républicain, elle a un rôle primordial pour l'individu. Si un homme, une femme, un enfant est martyrisé, la justice et son appareil le défendent du mieux de leurs capacités, lui évite même et surtout de sombrer dans la basse vengeance. Il y a certes des progrès notables en Europe et ils s'expriment essentiellement à travers la justice. Que de progrès en plus de vingt-cinq siècles sur le droit latin ou grec, sur le droit féodal, sur ce qu'était encore la justice au début du siècle dernier. C'est avec raison qu'il faut rendre hommage à de nombreux magistrats et être vigilant pour éviter toute régression. Dans notre raisonnement, il faut savoir inclure le maximum de nuances en n'omettant pas qu'il n'y pas que du gris clair et du gris foncé, mais aussi parfois du blanc et du noir. Que chaque situation demande examen et a sa complexité, tous les cas sont présents dans la réalité, d'autres surviendront entièrement inédits. La pire des paresses n'est pas physique, mais bien intellectuelle. La magistrature et la police, mais aussi les politiciens ont beaucoup fait pour les victimes de la pire des humiliations ces dernières décennies, c'est vrai.
Rédigé par : LEFEBVRE | 17 novembre 2006 à 23:07
Il y a dans le viol une destructuration profonde, je peux écrire quelques belles pages, en avoir des feed-back valorisants tout en me sentant analphabète, tellement idiot, aller courir deux heures, puis faire de la musculation et me sentir faible, si faible. Plaire à quelques femmes, recevoir des compliments plutôt flatteurs et me sentir laid, si laid. Cette sous-estimation, de l'ordre du maladif n'est donc pas rationnelle, j'en suis conscient et elle me dérange, bien évidemment, je ne l'exprime d'ailleurs jamais, c'est la première fois car elle fait pleurnicheur . Cette belle masculinité à la Hemingway, je l'aime, j'y suis attaché, je l'ai eue avant ces années de viol, je sais encore faire semblant de l'avoir, je sais aussi que je la retrouverai à terme à force de persévérance, de courage, d'actions allant dans le sens d'une reconstruction. Il y a une nuance entre la peine authentique et le désastreux apitoiement sur son sort que je n'ai pas. Par peur de ce dernier, je n'ai pas versé de larmes depuis de longues années, ces dernières sont coincées, ne sortent pas, me compressent la gorge et la machoire. Avoir eu la force de dépasser la peur qui me cloîtrait chez moi de façon systématique, quelle que soit son intensité me donne par contre une force morale impressionnante, c'est cette démarche qui fait de moi un opposant à l'Islam, au corporatisme où qu'il soit, au conformisme, à l'apriorité. Je prenais déjà la défense du plus faible jadis,je le fais à nouveau. Il ne faut pas avoir peur d'avoir peur, ce n'est qu'une émotion comme une autre et elle ne reste pas, elle se dépasse. Personne n'est condamné par son vécu, les addictions développées en réaction lors de l'adolescence sont maintenant loin derrière, une victoire que tant d'autres n'ont pas su obtenir, une autre fierté qui vient peser du bon côté de la balance. Un jour, justice viendra donner un sens à tous ces efforts, le chemin viendra apporter tout son lot de récompenses en sus. Il est malheureusement impossible de mener tous les combats avec la même intensité et l'énergie dépensée en rétablissement ne peut être mise ailleurs. J'adorais déjà les lettres avant l'humiliation et je serais devenu écrivain malgré tout, j'avais portant de meilleurs résultats en math car c'est une science qui donne des résultats objectifs... Je suis contre une littérature privée d'esthétisme et réduite à une forme de thérapie. Les stoïciens ont oublié hier, ne se soucient pas de l'incertitude de demain, seul compte aujourd'hui et chaque homme, chaque femme peut surmonter les problèmes d'une seule journée. Voici mon astuce, elle ne vient pas de moi, mais de Sénèque et Marc-Aurèle. Nous pouvons tous réussir avec un peu d'entraînement philosophique à être heureux aujourd'hui puisque c'est une journée unique où nous sommes nés ce matin et mourrons ce soir. Aujourd'hui mon jeune fils va me sourire, ma compagne va plaisanter avec moi, je vais aller contempler de beaux paysages, m'instruire, écrire quelques pages, aller courir, lire les bons billets de ce blog dont je fus privé quelque temps et chaque journée me restant sera obligatoirement ponctuée de joies similaires puisque j'ai fait l'examen de ce que j'aimais et détestais et que je me tourne en priorité vers les premières pour pouvoir mieux affronter les secondes. Simone Veil a été confrontée à une autre horreur, elle a continué de se battre sa vie durant et de quelle manière, voici mon modèle, ce qui fut possible pour elle, le sera pour moi. Les valeurs soit-disant obsolètes que sont l'honnêteté, le courage, la grandeur d'âme sont mon remède face à la petitesse de mes agresseurs. Tant pis si la facilité des escrocs intellectuels me fait passer pour un imbécile, un populiste, un mégalomane, l'abus de confiance est si bas. J'ai choisi ma voie et je crois en mes chances, je refuse d'être un condamné, une eternelle victime ou un nouveau bourreau. Je ne serai que rarement agresseur et toujours, je me défendrai.
Rédigé par : LEFEBVRE | 17 novembre 2006 à 15:12
Il y a, à mon sens, chez C. Autain plus que du courage personnel à exprimer publiquement le viol qu’elle a subi. Elle parle ainsi, non seulement en son nom, mais au nom de nous toutes, de vous tous, de nous tous. Je suis d’accord, sans les historiques du féminisme, rien, en matière pénale et du point de vue de la société, n’aurait été possible quant à la criminalisation du viol et de sa possible réparation judiciaire.
Mais c’est aussi grâce à ces mêmes historiques qu’une libération des mœurs a pu se produire et permettre ainsi une société plus civilisée pour ce qui est des rapports entre les hommes et les femmes.
" …à croire que la libération des moeurs a exacerbé la sexualité au lieu de l'apaiser et de la civiliser - "
Quand Madame restait à la maison pour faire le destin de son époux et de ses enfants, quand Madame n’avait que peu d’idées sur le fonctionnement de son corps et de ses virtualités, et quand Madame et Monsieur n'avaient que très peu de possibilités de contrôler les naissances, je ne suis pas certaine que côté sexualité civilisée, c’était réellement du top top.
Ce qui me semble également important dans votre note, c’est la question de la médiatisation de la victime.
Une femme comme C. Autain a le recul, la maturité et la construction intellectuelle pour maîtriser ce qu’elle veut nous dire au sujet du viol qu'elle a subi . Il y a parfois, notamment dans le domaine de l’édition, de la presse ou de la télé, des imprudences et des mises en spectacle de la victime qui, à mon sens, peuvent contribuer à la fragiliser encore plus. En matière de témoignage, l’emploi du " je " est évidemment capital . Mais il peut être aussi fatal. Je pense à certaines célébrités qui, en raison d’une impasse dans leur lisibilité médiatique, vont raconter, ou à qui on fera raconter, des traumatismes en tous genres.
La transmission d’une expérience de viol ou de toute autre violence , je suis naturellement d’accord avec cela, et ce, quand d’autant plus, un singulier rejoint un universel. Mais le témoignage brut et non maîtrisé, je ne dis pas qu’il ne se justifie pas et que les victimes n’ont pas le droit de l’exprimer, je dis seulement qu’il peut y avoir là aussi, de la part de la société, une sorte d’exposition malsaine. Un devoir de protection vis-à-vis de ces personnes s‘impose parfois pour permettre après le viol ou la violence infligée, non seulement de survivre, mais de vivre.
Rédigé par : Véronique | 17 novembre 2006 à 13:21
Permettez-moi Doc, mais non, il ne s'agit pas de se taire. C'est justement ce silence des autres, cette compassion spécifique qui persuade les victimes de la tâche indélébile qui les frappe. Ce que Clémentine Autain exprime, c'est qu'il n'est pas possible de parler d'un viol comme d'une autre agression justement en raison de notre attitude spécifique à nous qui ne sommes pas victimes.
Le viol est un crime immonde. En tant qu'homme, il me fait honte. Mais on ne sert pas la reconstruction des victimes en adoptant un silence gêné ou pudique qui renforce la souffrance plus qu'elle ne l'apaise.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 17 novembre 2006 à 12:06
J'ai lu aussi ce témoignage de Clémentine Autain. J'aime bien cette fille qui a un beau regard vrai. Comme vous le dites son témoignage est d'autant plus courageux qu'il ne s'inscrivait pas dans une nécessité, de nature psychothérapique ou judiciaire.
Plus que le sentiment de culpabilité je crois que c'est la honte de la salissure qui domine. Une femme violée peut très bien savoir qu'elle n'est en rien coupable de ce qui lui est arrivée, il demeure que son intimité a été fouillée, qu'elle a été possédée par un homme qui en garde le souvenir. Notre compassion, à nous les hommes, peut amplifier ce sentiment de salissure profonde. La chance de C. Autain a peut-être été d'avoir eu un compagnon qui aura su vite laver la souillure en réconciliant le corps et l'âme de la jeune femme. En demeure la conscience d'une agression sans la honte de l'avoir subie.
Cette compassion maladroite que nous pouvons manifester confirmerait en effet que la salissure est bien là, que la femme qui est devant nous, l'amie, la soeur, la compagne est authentiquement sale. Il nous revient à nous hommes, les compagnons, d'effacer cette saleté par une tendresse vraie, par une "fête intime" qui rétablisse la joie du corps et le respect de l'âme.
Sur le mensonge. Connaissant un tantinet le sujet pour l'explorer depuis plus de dix ans, je crois que votre méthode, pour brutale et paradoxale qu'elle puisse paraître à l'audience, est la seule possible. En la matière, le statut de victime pré-existe toujours, les magistrats cajolent, adoucissent, dorlotent. Pour la vraie victime, le procès est de toute façon une épreuve épouvantable qui ne sera pas aggravée par un questionnement un peu poussé. En revanche, dans le cas d'une plaignante menteuse, elle ne tiendra pas la distance si celui qui est censé être son partisan la pousse dans ses retranchements. Les avocats de la défense ne peuvent pas le faire, passant immédiatement pour des barbares. Seul le ministère public peut se le permettre. Et pour ce que j'en connais, il ne le fait jamais.
Dernier point : faire confiance aux femmes dans un jury. Une femme sait ce qu'il en est, elle voit le regard de la plaignante et sait ce qu'elle ressent ou pas. Les hommes sont tentés de donner des gages et ne discerneront pas le vrai du faux de peur qu'on les soupçonne de laxisme. Dans ces affaires, mon expérience me montre qu'un jury majoritairement féminin est plus clairvoyant.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 17 novembre 2006 à 11:10
Chut ! Ne faites pas trop de bruit aujourd'hui dans le “salon" de notre hôte pour qu'on entende loin, très loin, sa voix. Copier/coller/envoyer pour qu'il soit lu aussi !
Rédigé par : bulle | 17 novembre 2006 à 05:58
J’aurais à dire comme médecin mais Philippe Bilger a très bien exprimé la chose : aucune parole ne sera jamais assez intelligente pour avoir la prétention d’expliquer un tel vécu à la place des victimes…
J’ai donc la décence de me taire.
Rédigé par : doc | 17 novembre 2006 à 00:03
Il me semble qu'on ne peut reprocher aux avocats des parties civiles de plaider "une catastrophe à vie".
Au moment du procès, la victime est encore dans le traumatisme et ne s'est pas recontruite.
De plus, cette résilience ne semble pas donnée à tout le monde et la personnalité de Clémentine Autain semble assez exceptionnelle.
Enfin même, elle avoue que "ce n'est pas facile à porter, même avec le temps qui passe". Il s'agit donc bien d'un événement qui affecte une vie pendant une grande partie de celle-ci, voire la totalité.
Je ne sais pas s'il y a une différence (de nature, de degré) entre le traumatisme d'une victime de viol et celle d'une autre agression très violente. Avez-vous des éléments?
Rédigé par : stellar | 16 novembre 2006 à 23:35
Quand on a tout perdu
Au sortir d'un naufrage,
Que l'on est convaincu
Qu'il faut tourner la page,
Un vent léger se lève
Nous soufflant au visage
L'envie d'une autre grève,
D'un autre paysage.
On tend alors la toile
Pour un autre départ,
Admirant les étoiles
Au fond d'un ciel tout noir
Et les vagues nous mènent
Où les pousse la brise
Murmurant leur antienne
Dont notre âme se grise.
Rédigé par : Parayre | 16 novembre 2006 à 21:49