Ces dernières semaines, la prison s'est trouvée au centre du débat public. Le restera-t-elle comme l'ont souhaité, le 14 novembre, les Etats généraux de la condition pénitentiaire ? Rien n'est moins sûr. Il me semble que le citoyen français a fait l'objet d'un "matraquage" où grandes consciences, médias, Observatoire international des prisons (OIP) et son président Gabriel Mouesca, détenus eux-mêmes qui ont répondu en masse à un questionnaire, se sont relayés pour tenter de nous convaincre de l'indignité de l'enfermement dans notre pays. Dans ce concert humaniste à sens unique, le réalisateur Bernard George a pris une large part avec le documentaire "Prisons : la honte de la République", diffusé sur Canal Plus - qui devient de plus en plus la chaîne du sport bavard et de la subversion chic.
Peut-on encore, après ce déluge de mots, de compassion et d'autisme intellectuel, émettre une réplique ? Il ne s'agit en aucun cas de célébrer la prison. Elle représente une necéssité dans un monde imparfait et personne ne peut entretenir un rapport joyeux avec l'exécution de la peine. Ce qui me frappe tout d'abord, c'est que des utopistes ont rêvé d'une société sans prison. On a aussi, souvent, reproché aux réalistes qui se résignaient à l'enfermement de le détacher atificiellement du tissu social et de considérer la prison comme un univers à part, sans lien avec l'humanité et la vie environnantes. Autrement dit, les idéalistes, eux, affirmaient à juste titre que le pénitentiaire ne pouvait être analysé que si sa relation avec l'amont - l'existence d'avant la prison - était clairement mise en évidence. Or les contempteurs de la prison d'aujourd'hui adoptent exactement la même démarche, mais à rebours. Pour pouvoir mieux accabler le monde pénitentiaire, ils l'ont détaché artificiellement de la société qui le justifie, des crimes et des délits qui l'ont suscité. De la sorte, on peut se permettre de proférer un certain nombre d'absurdités qui toutes tendent à faire croire que la prison secrète par elle-même des violences, des malfaisances et des inhumanités. Pétition de principe facile à tenir puisqu'on a décidé d'oublier que d'abord, la violence, la malfaisance et l'inhumanité sont nées hors de la prison pour y être enfermées afin de protéger les citoyens. Je sais bien qu'à un certain niveau de compassion partielle et partiale, on n'ose même plus rappeler de telles contraignantes banalités. Mais, puisque personne ne les dit, puisque les commentaires évacuent soigneusement tout ce qui serait de nature non pas à justifier l'indignité matérielle et humaine, parfois, de la prison mais à légitimer l'existence de celle-ci, force est de devoir énoncer qu'on ne se trouve jamais enfermé par le fait du hasard, que la détention provisoire est permise en France, en dépit de la présomption d'innocence, pour des motifs techniques et que les prisons sont pleines de condamnés pour des faits graves, crimes et délits.
Cela ne signifie pas qu'il convient de se débarrasser de cette population par l'indifférence. La décence des lieux qui l'abritent doit demeurer une préoccupation fondamentale. Mais, de grâce, qu'on nous épargne les "scies" sur la prison école du crime, quand à l'évidence la leçon a été apprise avant. Sur la prison responsable des suicides, quand ces êtres et leurs troubles de la personnalité devaient, à cause de leurs agissements, être incarcérés. Sur la prison " créatrice de bataillons de délinquants pour demain ", quand les délinquants ont du être enfermés dès aujourd'hui. Ce n'est pas la prison qui fait le délinquant ou le criminel. Elle est faite pour le délinquant et le criminel. Au moins Bernard George, à qui on doit "les bataillons de délinquants", a-t-il l'honnêteté d'avouer qu'il a réalisé un film "clairement à charge" et qu'on ne peut donc prétendre tirer aucune lumière décisive des morceaux soigneusement choisis qu'il nous propose, récits, entretiens et misérabilisme dont rien ne garantit l'authenticité du fond et qui omettent l'essentiel : la raison de la présence en prison.
Rien ne serait pire que fermer son coeur et son esprit à cette réalité pénitentiaire en s'avouant qu'on s'en moque et que bien d'autres exigences et sollicitudes sont prioritaires. Seulement, qu'on ne demande pas à l'enfermement de réaliser des miracles là où la liberté a échoué. Qu'on ne lui demande pas d'éduquer quand toutes les instances en amont ont failli sur ce plan et parfois même au grand désespoir des familles impuissantes. Qu'on ne demande pas à la prison de corriger l'humain mais de le sanctionner et, quelque temps, de préserver la société. Cela n'est pas contradictoire avec deux impératifs qui paraissent assez simples à réaliser. D'une part, profiter de ce temps pénitentiaire pour procéder à une formation, à une alphabétisation élémentaires et minimales. D'autre part, faire le maximum pour traiter la multitude des troubles de la personnalité qui n'abolissent pas la responsabilité pénale mais exigent de l'analyse et des soins.
Il va de soi que pour rémédier à l'insupportable surpopulation qui rend la vie collective difficile, voire ingérable, il faut construire de nouvelles prisons et remettre en état celles d'aujourd'hui. J'entends bien l'argument classique qui soutient qu'il y aura ainsi un "appel d'air" pénitentiaire et donc davantage de détenus. J'avoue n'être pas convaincu par cet apparent bon sens qui se fonde sur l'idée fausse que les magistrats, pour les détentions provisoires comme pour les condamnations, seraient trop répressifs. Je ne le crois pas. Il n'y a pas d'autre solution que de construire pour tenter de mettre en oeuvre une vie en prison où la dignité puisse être davantage respectée parce que le lieu offrirait un espace suffisant.
C'est loin d'être tout. J'ai déjà écrit un billet sur l'heureuse initiative d'un contrôle extérieur sur le fonctionnement pénitentiaire. Ce regard externe, qui pourrait être confié au Médiateur de la République, n'aura d'efficacité que si ce dernier ne manque pas de moyens et de légitimité. Il bénéficie de la seconde pour exercer sa vigilance démocratique et s'occuper du contrôle général des prisons, il disposera à coup sûr des premiers.
Au sortir de l'enfermement, dans ce sas parfois si malaisé à franchir entre la prison et la vie libre, dans cette période délicate où, faute de soutien, la résolution du libéré est susceptible de fléchir, il serait utile de multiplier les structures associatives qui aideraient ceux qui souhaitent l'être et donneraient ce "coup de pouce" pour favoriser une destinée honnête.
Enfin, il faudrait réunir population pénale et personnel pénitentiaire pour qu'une politique efficiente veuille bien les prendre en charge, l'une et l'autre. Je suis persuadé qu'on n'intéressera la société française aux prisons - qui l'inquiétent et à la fois la rassurent - qu'en parvenant à présenter au citoyen la globalité d'une situation, où le sort matériel, financier et humain des surveillants sera associé à la restauration de la dignité des détenus. Ne s'occuper que de ceux-ci, c'est aller à l'échec. Cette politique qui prendrait la prison pour un tout lié à la société aurait d'autant plus de chance de réussir que le questionnaire empli par beaucoup de prisonniers montre que leurs revendications n'ont rien d'exorbitant et sont de bon sens.
Aussi, je crois que la campagne développée ces dernières semaines, parce qu'elle a parlé des condamnés sans évoquer les crimes, parce qu'elle a préféré les facilités du coeur hémiplégique à l'honnêteté d'une interrogation dure et lucide, parce qu'elle a oublié la société, non seulement n'a pas convaincu mais a fait régresser une cause légitime si on l'appréhende en son entier.
Mais on a du mal à résister aux grands mouvements d'indignation collective et le réel est tellement compliqué !
Une petite question qui n'a aucun rapport avec le sujet "une prison sans société":
Quelle est votre position sur les grèves des avocats relatives au problème de l'aide juridictionnelle et donc à celui de l'accès au droit ?
il est tout de même intéressant de connaître l'avis d'un magistrat sur ce point, d'autant plus que je crois que le mouvement va sérieusement s'amplifier dans les semaines à venir, au point de poser d'importantes difficultés dans les juridictions francaises.
Rédigé par : Avocat breton | 22 novembre 2006 à 13:34
Un article de Libération, le canard qui va se « positionner » clairement à gauche selon son nouveau dirigeant (en gros, qui va choisir un segment de la population pour lui délivrer l'information qu'il attend très précisément) a publié aujourd'hui même un article qui vaut le coup d'oeil :
http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&type=skr&news=22282
Intitulé « Je suis libérable, pour l'instant, en 2022 », on a le droit à un laïus à propos d'un condamné, ancien adepte de box thaïe, apparemment modèle, qui en cours d'assises « opine du chef » quand son complice déclare que « [Les QI] ne sont ni plus ni moins que les QHS qui ont été fermés. On y torture les gens en toute impunité. En France, Guantanamo existe" », cela « sous les applaudissements du public ». Bref, selon cet article, on enferme un « bon camarade » (c'est un sous-titre de l'article », qui n'hésite pas à revendiquer que « les seuls ennuis que j'ai eus, c'est avec la justice, pas avec les gens ». On pourrait le croire, puisque l'article suggère que les «les ennuis judiciaires ont commencé» par des « Outrages et rébellions » (non, il ne faudrait surtout pas penser que les outrages et rebellions puissent être conséquence d'autres faits...).
Dans l'article, si on nous donne une idée des faits reprochés à l'intéressé, on ne les confronte pas réellement à ce qu'il nous dit. Bref, un type dans Libération peut dire sans être contredit qu'il n'a jamais eu d'ennuis qu'avec la Justice, pas avec les « gens », alors qu'il est accusé ou condamné de vols à main armé, détention d'explosifs.
Si on nous parle bien de cette « attaque d'un fourgon de la Brink's à Gentilly le 26 décembre 2000», on ne nous parlera pas de l'importante saisie d'armes lors de l'arrestation conséquente, le 27 décembre à Paray Vieille Poste. C'est-à-dire d'un lance-roquettes, une vingtaine de fusils d'assaut et autant de pistolets-mitrailleurs, fusils à pompe et armes de poing, 100 kilos de munitions, un kilo et demi de plastic, des mètres de mèche lente, 66 détonateurs, gyrophares et brassards « police ». Un drôle d'équipement pour un amateur du genre humain qui n'a eu en fait de problèmes qu'avec la Justice.
Pour ma part, je ne me choque pas de savoir cet homme-là en prison jusqu'en 2022, je m'en félicite plutôt.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 22 novembre 2006 à 13:24
Ca faisait longtemps que je n'avais pas été en total désaccord avec vous !
La prison existe et constitue en soi un univers qu'il convient de regarder sans être contraint de considérer ce qui a amené les détenus dans ce lieu.
Les détenus ne sont pas tous, loin s'en faut, des angelots mais :
- Vivre et dormir à 3, parfois 4 avec un matelas par terre, dans 9m2, est-ce normal ?
- Ne pas disposer, notamment en hiver,d'une eau supérieure à 4 degrés pour se laver, est-ce normal ?
- Contraindre à la promiscuité les tendres et les durs, faisant des uns les objets sexuels des autres, est-ce normal ?
Vous avez en prison des publics qui ne sont pas tous des gens violents et qui sont amenés à le devenir pour survivre dans cette jungle. Avez-vous vu deux vieux détenus, l'un innocent (on n'est jamais là par hasard ?), l'autre condamné pour fraude fiscale, se chicorner pour dormir dans le lit du bas, parce que monter dans le lit du dessus constitue une épreuve pour chacun ?
Les personnels ne sont pas les salopards qu'on décrit, j'en témoigne. Ils vivent dans la même crasse que les détenus. Allez faire un tour à Fresnes, dans les logements de fonction des gardiens : c'est indigne.
J'en aurais tant à dire, sur le fond et la forme, que ce ne serait pas un commentaire mais un bouquin.
Oui, en comparaison d'autres systèmes pénitentiaires de pays inductrialisés, la prison française est indigne de notre rang.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 22 novembre 2006 à 12:20
Quand il y a des problèmes dans une classe composée d'un tiers d'élèves qui sont déjà connus de la police, on soupçonne l'enseignant d'être mal formé. Quand il y a des problèmes dans la rue lors d'un banal contrôle dans un quartier où l'on brûle quotidiennement des voitures et où il est écrit « nique la police » sur 85 % des murs, on soupçonne le policier d'être mal formé.
Je ne suis guère surpris qu'on ait vite fait de soupçonner que les gardiens de prison soient mal formés, comme si c'était de leur formation que dépendait le fait que l'argent est présent dans les prisons, comme si c'était de leur formation que dépendait la surpopulation carcérale.
Certains doivent se sentir vraiment bien formés, pour être persuadés que tous les problèmes du monde s'expliquent par l'absence de formation - et en fait, lorsque formation signifie déontologie basique, d'intelligence - des fonctionnaires. Qu'il est drôle ensuite de parler de respect, de récompense, pour ces fonctionnaires, qui pour la plupart, je le pense, ne cherchent pas de « récompense » autre que le sentiment d'avoir contribué utilement à la société - et certainement pas qu'on se permette, hors contexte, de juger à l'emporte-pièce leur intelligence et leur déontologie prise dans le concret, en suggérant que s'ils avaient été « mieux formés » ils auraient agi tout à fait différemment.
Ce n'est pas tout à fait nouveau que l'application des peines est l'enfant pauvre de la matière pénale. On s'accordera néanmoins à remarquer que depuis quelques années, on bâtit de nouvelles prisons. Du coup, on ne peut pas dire que la Nation s'en moque, on ne peut pas jouer au preux chevalier seul à avoir pris conscience de certains problèmes, certains problèmes qu'on ne peut croire pouvoir résoudre du jour au lendemain.
Ceci étant dit, il est tout à fait vrai qu'on ne devrait pas se contenter de nouveaux bâtiments mais qu'on devrait sans doute innover pour que les prisons ne proposent pas l'oisiveté (et les petits trafics) aux écroués mais au contraire, du sport, de l'enseignement et de la culture. Pour ces tâches-là, je ne crois pas que ce sont des gardiens de prisons qu'il faut recruter, mais bien des enseignants, des bibliothécaires, des psychologues - et si on veut des bons et pas des rebuts ou bien des trop idéologisés, ça aura un prix.
Bien sûr, il ne suffit pas de déclarer ce qu'il faudrait faire, encore faut-il que chacun soit prêt à payer le prix de cette politique. Et c'est sans doute là que le bat blesse... Dans une société qui réclame toujours des baisses d'impôts (mais pas trop de contrôles sur l'usage de l'impôt - les garden party de l'Elysée ne semblent pas sur le point de disparaître), il est délicat, injuste, de fournir plus de service public aux écroués qu'aux autres citoyens.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 22 novembre 2006 à 10:10
Ce sont des mesures à le fois bonnes pour la société, les victimes et les détenus. Tout le monde y trouve un compte raisonnable, partial et réaliste. Les prisons sont à construire, je l'ai déja dit dans plusieurs posts, idem pour les sanctions à appliquer, pour l'accompagnement, cela va de soi, c'est communément admis, il ne manque rien dans le réalisme. Un citoyen, avocat général ou autre peut il proposer ce genre de mesures à l'assemblée , être entendu quelque part ?
Rédigé par : LEFEBVRE | 22 novembre 2006 à 01:27
La prison n'a certes pas, en l'état, un programme éducatif performant, la preuve ils ont laissé ressortir Loïc le Floch Prigent dans le même état, sinon pire. Ce dernier affirmait dans l'émission présentée par Bern que plus de quatre vingt pour cent des détenus seraient tout à fait aptes à sortir dans l'immédiat.
Belle injure aux magistrats, aux institutions, au fonctionnement républicain. Belle connerie surtout, comment imaginer que des cas violents quelle que soit la forme de cette violence vont cesser leurs agissements sans sanction alors qu'une partie d'entre eux recommencent malgré la sanction (je ne connais pas la proportion) ?
Cet homme a eu entre les mains des responsabilités qu'une majorité d'entre nous n'aura jamais et il n'est pas capable du plus élémentaire réalisme. Preuve supplémentaire que le diplôme et la fonction ne font pas l'homme, qu'il faut bien plus que cela. M C Jean Gabin (pauvre famille Gabin) expliquait dans le même débat qu'il avait été obligé d'aller braquer à sa sortie de prison alors qu'à quelques stations de métro de la Santé, rue de Dunkerque et alentour se trouvent des dizaines de boîtes d'intérim prêtes à embaucher sans formation pour le bâtiment ou la manutention.
Son problème n'était donc pas le travail, mais la réflexion, l'envie d'être très riche tout de suite, sans effort, d'être le chef sans en suivre la formation et le sens civique.
Il a finalement trouvé un créneau : "chanteur."
La fonction rebus et poubelle comme celle d'"écrivain" où le souci n'est plus le fond ou la forme, car qui relate encore une histoire dans la dernière? qui crée encore un texte avec rime, chant lexical et mélodie dans la première ? Son single nous en dit d'ailleurs long sur sa prétention créatrice et productive : "j't'emmerde".
Ni lui, ni son compagnon d'opinion Loïc n'ont eu à un seul moment le tact de dire : C'est mal ce que j'ai fait, des gens en ont souffert, la société et son fonctionnement n'ont pas été respectés.
Cette période d'isolement n'est pas profitable à tout le monde, l'examen personnel n'était visiblement pas au rendez-vous pour le col blanc ou le survêt, basket, casquette.
S'il pouvait y avoir des cours de prise de conscience des individus en sus des mesures justes humaines de réinsertion en plus de la formation, ce sont des individus dans ce genre qui en seraient les premiers bénéficiaires.
Ils trouveraient le confort de vivre en paix avec eux-mêmes et les autres, de servir les siens, les Français en étant boulanger, juge, menuisier ou prof d'histoire plutôt que les léser.
Rédigé par : LEFEBVRE | 22 novembre 2006 à 01:11
« Au moins Bernard George, à qui on doit "les bataillons de délinquants", a-t-il l'honnêteté d'avouer qu'il a réalisé un film "clairement à charge" "
Un esprit retors a-t-il jamais demandé à Bernard George ce qu’il pensait des conditions de « détention » vécues par le directeur du centre de tri postal de Bègles et quatre de ses collaborateurs retenus dans une salle le 25 mai 2005 par une soixantaine de grévistes et qui, selon la direction régionale de la Poste, « n’ont pas pu s’alimenter ni aller aux toilettes pendant vingt heures… »
Les bonnes consciences ou les belles âmes de ce pays se sont-elles inquiétées ou ont-elles manifesté leurs craintes de voir ces cinq détenus d’un genre très particulier,devenir d’authentiques délinquants ?
Les associations de défense des droits de l’homme se sont-elles insurgées contre de telles conditions de «détention» sans procès et sans avoir eu possibilité de recours à un avocat, et contre « l’indignité de cet enfermement » ?
Rédigé par : dab | 21 novembre 2006 à 22:41
Il s'agit effectivement d'une cause légitime et ambitieuse : manque de places manifeste , taux d'encadrement humain parmi les plus bas des pays du Conseil de l'Europe , taux de récidive de plus de 60% , contenu du métier de surveillant à parfaire , allongement des temps de détention ...
Solidement ancré dans l'inconscient de ce ventre mou qu'est l'opinion , le sentiment d'abandon qui caractérise tout ce qui tourne autour de la prison a toujours la vie belle .La nation continuera longtemps de se soucier fort peu du sort réservé aux cent mille personnes qui séjournent chaque année plus ou moins longtemps en milieu pénitentiaire .L'opinion réclame avant tout de la sûreté , de la punition et de l'oubli !
Elle manifeste du reste bien peu d'intérêt pour celles et ceux qui , en son nom , assurent la garde et l'accompagnement vers la liberté des citoyens qui ont transgressé la loi .Elle réserve un sort identique aux hommes qui s'occupent d'autres hommes : comment sont récompensés , reconnus l'infirmière , l'instituteur de banlieue , le policier de terrain , l'éducateur ? Notre reconnaissance collective , au XXI °siècle , va aux marchands , à ceux qui s'activent autour de la circulation du produit .
A l'intérieur des murs , il est urgent d'agir en profondeur sur les régimes de détention , d'ancrer l'idée qu'une personne détenue est une histoire , un visage , un nom et pas d'abord un numéro .Il convient , vous avez raison , de construire des établissements , d'opter pour des tailles modestes ( deux cents places ) et de réserver des priorités pour donner du contenu au temps ; l'inactivité est génératrice de déstructuration de la personnalité .Formation , enseignement , sport , accès à la culture doivent prendre place dans une journée carcérale prolongée dans les lieux pour peines .
Donner du sens à la sanction : les personnels pénitentiaires ne sont pas mandatés pour excuser ou effacer l'acte ayant entraîné la condamnation .En revanche , investis par la loi d'une mission de garde et d'insertion , il leur incombe , avec d'autres , de travailler la question de la faute avec le détenu : quel regard porte-t-il sur son/ses acte(s)?Comment les explique-t-il ,comment veut-il se projeter dans l'avenir ?Pour quelle vie ?En augmentant le nombre de surveillants , en les qualifiant avec une formation plus poussée ,du sens sera donné à la sanction qui cessera alors d'être "sale" , négative ,synonyme d'oubliette des Temps modernes.
On doit être plus imaginatif en garantissant la sécurité due au citoyen et ,chaque fois que cela est possible , en éduquant celui qui est écroué , c'est-à-dire étymologiquement ex ducere , le conduire dehors ...
Rédigé par : Parayre | 21 novembre 2006 à 22:07
Limpide. Dommage que sur Canal, on ne (vous) lise (sûrement) pas.
Rédigé par : Emmanuel | 21 novembre 2006 à 19:16