Ségolène Royal (SR) et Nicolas Sarkozy (NS). Et réciproquement. Ils prennent toute la place et sans doute les médias ne font-ils que constater un état de fait. Ce couple, pour l'instant, domine le champ politique. Qu'on me permette une incursion rapide dans leur "cuisine" pour m'étonner du slogan de campagne qui semble avoir été choisi par NS, puisque SR, apparemment, n'a pas encore fait connaître le sien. Ce serait "Avec Nicolas Sarkozy, tout est possible". Etrange idée qu'une telle phrase dont le coeur est neutre - le possible, selon, est négatif ou positif - et qui risque d'être détournée ou retournée avec infiniment de facilité ! J'imagine déjà les "même le pire" auxquels les adversaires se feront un plaisir de ne pas résister. Je suis frappé, comme technicien de la conviction judiciaire, de voir à quel point les spécialistes d'une discipline - en l'occurrence, les publicitaires - manquent parfois d'une intuition qui devrait leur crever l'esprit.
Revenons, après cette digression qui m'a fait frôler la politique, à un débat infiniment plus sérieux et qui, lui, se rapporte profondément au judiciaire. Il me semble passionnant parce qu'il oblige à réfléchir sur la relation entre la démocratie et la justice, sur la perversion d'une dictature qui salit tout ce qu'elle touche et ne saurait être vantée sans risque.
Ségolène Royal a déclaré en Chine : "J'ai rencontré un avocat qui me disait que les tribunaux chinois sont plus rapides qu'en France. Vous voyez, avant de donner des leçons aux autres pays, regardons toujours les éléments de comparaison".
Une telle appréciation, dans son principe, peut être analysée comme une flagornerie diplomatique, qui ne me regarde pas, ou comme la volonté de penser et de parler librement, même à l'étranger, même sous le contrôle tactiquement bienveillant d'une dictature. Je n'ai pu m'empêcher d'éprouver parfois une allégresse roborative devant certains propos de SR qui tranchaient heureusement avec une double langue de bois : celle de la classe politique et celle du parti socialiste. Il y avait une fraîcheur dans les boutades autoritaires qu'elle proférait, une singularité dans son discours sur les valeurs, les repères et les limites, à tel point qu'on avait du mal à départager son humanisme vigoureux de celui de son adversaire. Mais venir célébrer la rapidité de la justice chinoise, sans percevoir que cette qualité est gravement décrédibilisée dans un système où la justice aux ordres est l'émanation d'un Etat exerçant une emprise totale, relève moins d'un anti-conformisme provocant que d'une terrible inadaptation à la réalité, rencontrée le temps d'un voyage mais subie à vie par une multitude. Cet enfermement dans un système de valeurs abstraites, comme s'il était indifférent de les voir incarnées dans l'espace démocratique ou sous un joug dictatorial, ne laisse pas d'inquiéter. Ce n'est pas la même chose que de vouloir une justice de rigueur et de vigueur dans un pays comme la France - saturée, quoi qu'on prétende, de démocratie - et de l'acclamer sous des cieux infiniment autoritaires. Une justice au service des citoyens s'oppose clairement et frontalement à une justice de l'Etat et pour l'Etat.
Ce n'est pas seulement parce que la Chine condamne à mort ou que la justice chinoise est expéditive, comme le souligne Patrick Devedjian. Ce n'est pas seulement parce que les familles paient les balles des milliers de personnes fusillées, comme le rappelle Bruno Thouzelier, président de l'Union syndicale des magistrats. Ce n'est pas seulement parce que rapidité ne rime pas obligatoirement avec qualité, selon la légère critique de Me Jean-Pierre Mignard, l'ami et conseiller de SR qui l'a accompagnée dans cette galère chinoise. C'est surtout - et une nouvelle fois c'est Paul-Albert Iweins, président du conseil national des barreaux, qui a le mot juste et courageux - parce que "toute personne connaissant un minimum la justice chinoise sait qu'elle est terrible". On n'hyperbolise pas l'efficacité d'une justice quand elle n'est pas justice. Parce que l'espace dans lequel elle se meut ne la rend pas rapide mais indigne. Et que son efficacité n'est que de la brutalité qui se trouve un prétexte juridique.
SR, dans sa déclaration, a abordé également un double thème qu'elle cultive volontiers. Celui de la nécessaire comparaison entre les pays, celui de l'arrogance française qui aime donner des leçons. Qui pourrait nier la pertinence d'un tel raisonnement, même en matière judiciaire ? Encore faut-il savoir mesure et raison garder. Tout dépend des Etats, des systèmes juridiques, des pratiques que l'on compare à la France. Par rapport à la Chine, ce n'est certainement pas accabler notre pays que d'effectuer une telle comparaison, c'est au contraire l'ennoblir pour son respect des libertés et la qualité de sa justice. Pour cette vision internationale de la justice, rarement adoptée, SR part d'un principe directeur valable mais faute de savoir l'ajuster à la diversité incomparable des pays et des régimes, elle lui fait perdre tout sens. Comme si chez elle, en tout cas pour la chose judiciaire, le point de vue théorique devenait délirant parce qu'il refuserait de s'infléchir sous le poids de situations pourtant infiniment contrastées.
Revenons de Chine et demeurons en France. NS aurait-il vanté, lors de son voyage aux Etats-Unis, leur justice humaine ou, en Chine, l'obéissance des magistrats, quelle immense et durable bronca aurait éclaté ! Elle ne se serait pas arrêtée de sitôt. La polémique suscitée par la déclaration judiciairement et démocratiquement choquante de SR est demeurée, elle, circonscrite et nos grandes consciences, si promptes à se mobiliser dans le cadre d'une démocratie irréprochable comme la nôtre, n'ont rien trouvé à redire au sujet de propos tenus sous une dictature. Deux discours, deux poids et deux mesures.
Nul doute que demain ces belles âmes, humanistes mais sélectives, sauront rechercher dans tous les recoins de notre Etat de droit du grain à moudre et de la controverse à développer. On s'attaquera au bilan de NS en oubliant qu'on ne peut, en même temps, critiquer les résultats au demeurant estimables d'une politique et sans cesse lui refuser les moyens d'être encore plus efficace. Les mêmes qui dénoncent l'échec du ministre d'Etat dans la lutte contre l'insécurité et la délinquance se plaignent de résider dans un Etat totalitaire où les citoyens seraient trop protégés et surveillés. Il faut choisir : Etat désarmé et impuissant ou Etat dangereux et omnipotent ?
Je suis persuadé qu'en dépit de son faible écho médiatique, cette polémique sino-française aura tout de même les plus heureux effets sur le citoyen de notre pays. Il aura compris que dès lors que le terreau démocratique est assuré et la vigilance républicaine en éveil, la justice peut se permettre de ne pas répudier l'efficacité, de favoriser la rigueur, de vouloir la rapidité et de s'assigner des objectifs au service de la société des honnêtes gens. On va enfin arrêter tous les faux procès qui jouent à nous faire peur comme si nous étions en Chine alors que nous sommes en France. Une société démocratique, et on n'a rien à craindre évidemment d'une justice exemplaire. La justice, qui se dessine et se construit, sur fond de paysage civilisé et policé, ne peut que donner du prix et de la valeur à ce qui fait un service public efficient. Là où la rapidité, en Chine, est une descente aux enfers, elle constituerait une heureuse surprise en France.
La démocratie ne constitue pas une immense machine molle au gré de ceux qui la servent ou s'en servent. Elle peut, elle sait se défendre. Et elle aura la justice de sa force et de sa qualité. Les institutions ne créent pas forcément la démocratie. Elles dépendent aussi d'elle. Qui est première et source de tout.
"On n'hyperbolise pas l'efficacité d'une justice quand elle n'est pas justice"
N'y a-t-il pas mélange des genres dans cette phrase : justice en tant que valeur morale et justice en tant qu'institution ?
Rédigé par : Nicolas | 22 janvier 2007 à 04:08
A Lefèbvre,
« @ Dab, si les gens concernés ne peuvent plus aller en Suisse, ils iront au Luxembourg… »
Ah oui ! Vous me dites cela parce que Ségolène est déjà allée au Luxembourg hier, où elle a été photographiée par un photographe de Reuters à coté de Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois !
Cf/ http://fr.news.yahoo.com/17012007/290/photo/premiers-accrocs-dans-la-campagne-presidentielle.html
Elle aura pas perdu de temps.
Exigeons la suspension de ce photographe pour, non pas un mois, mais trois mois et quatre jours au moins !
NB. Je suppose que vous connaissez la technique pour aller sur le site annoncé à partir de ce blog dans un commentaire : copier le lien puis le coller dans un texte, faire retour juste après et cliquer dessus.
Rédigé par : dab | 18 janvier 2007 à 15:58
@ Dab, si les gens concernés ne peuvent plus aller en Suisse, ils iront au Luxembourg, aux Iles Caïman, à Gibraltar, quelle importance ?
N'y a-t-il pas priorités plus grandes pour le pays et ses habitants ?
Je pense que beaucoup de changements doivent passer par la justice et le changement des mentalités, il me faudrait plusieurs pages pour expliquer mon point de vue, ce qui est certain, c'est que nous allons avoir des élections moins dans l'identique que dans l'identitaire.
Rédigé par : LEFEBVRE | 18 janvier 2007 à 01:47
A Lefèbvre,
"Ségolène Royal propose de boycotter la Suisse si elle est élue, ne riez pas cela est vrai."
Et en mesure de rétorsion les Suisses détourneront les eaux du Rhône et du Rhin vers l'Italie ou l'Autriche ,au moment où le réchauffement climatique va assécher nos fleuves et rivières !
Voyez donc comment il fait Poutine avec son gaz !
Mais c'est de l'inconscience,elle ne pense à rien !
Rédigé par : dab | 17 janvier 2007 à 23:01
@ Ségo,
La justice est aveugle, elle ne doit être ni de droite ni de gauche, elle doit servir impartialement les justiciables.
On n'a que trop vu, ces dernières années, les injustices et les humiliations générées par des juges sectaires.
Si jamais vous devenez magistrat, alors je ne peux que souscrire aux derniers propos de Lefebvre : mettez vos convictions de côté si vous en êtes capable et tenez-vous en aux faits et à la procédure. C'est toute la difficulté de ce métier.
Cela dit, je vous souhaite bonne chance et bonne année
Rédigé par : Francis | 17 janvier 2007 à 22:29
@ Dab,
Ségolène Royal propose de boycotter la Suisse si elle est élue, ne riez pas cela est vrai.
@ Ségo,
Je vous souhaite bonne réussite pour l'ENM et votre avenir professionnel.
Ne reniez en rien vos idées, mais je vous en conjure, en exercice, mettez tous vos préjugés, votre ressenti, vos convictions de côté et tenez-vous en aux procédures. Je dirais la même chose à une sensibilité de droite, soyez-en certain.
La vérité, juste la vérité en âme et conscience.
Rédigé par : LEFEBVRE | 17 janvier 2007 à 21:14
Ce que je regrette actuellement, c'est que cette campagne électorale, qui pouvait s'avérer intéressante, est en train de mal tourner.
De la vie privée de NS et Cécilia, en passant par les fausses allégations sur les impôts de SR et la guerre contre les médias de F. Bayrou. On est en train d'arriver et de s'enliser dans tout ce qu'il y a de plus abject dans la politique et qui dégoûte les Français.
Où sont les idées ? Où sont les propositions de nos candidats et candidates ?
C'est une élection essentielle où de nombreux problèmes ( insécurité, chômage, croissance, logement, justice, retraite, santé ...) restent à résoudre.
Les Français n'attendent pas de savoir si la "bravitude" est une sottise ou une figure de style.
Les Français n'attendent pas de savoir si SR paie l'ISF ou pas.
Les Français n'attendent pas de savoir si NS vit toujours avec Cécilia.
Les Français n'attendent pas de savoir si M.Bayrou a fait 20% de passage télé contre 27 à NS et SR.
Les Français n'en ont que faire de savoir si M.de Villepin donnera ou pas son soutien à NS.
Les Français veulent des réponses aux questions essentielles, des vrais débats de fond sur les idées et pas des attaques en-dessous de la ceinture.
Parce que si les hommes et femmes politiques continuent comme ça, on se réveillera le 23 avril au matin avec Jean-Marie Le Pen au second tour.
Et personnellement je ne tiens pas à revivre la même chose qu'il y a 5 ans.
Enfin, un petit clin d'oeil pour LEFEBVRE : je serai toujours de gauche, ne vous inquiétez pas, car je pense (mais ce n'est qu'une opinion personnelle) que seule la gauche a permis à notre pays de faire les plus grandes avancées sociales qui sont aujourd'hui les fondements de notre société et qui doivent être défendues becs et ongles contre le désir de libéralisme à l'excès de certains hommes politiques de droite ( et je ne cite personne ). Je crois que c'est avec le PS que la France peut avancer de la meilleure des façons.
Quant au concours de l'ENM, j'ai bien compris à la réflexion de l'un de mes professeurs que politique et concours ne font pas bon ménage.
Je saurai me tenir à carreau.
Rédigé par : Ségo | 17 janvier 2007 à 16:12
@ Ségo
Si, comme l'écrit Véronique, il faut vous reconnaître du courage à défendre vos opinions, il n'en reste pas moins qu'il est vain de vouloir justifier ce qui n'est qu'un écart de langage.
Personne ne peut en effet imaginer que Mlle Royal a crée ce néologisme sciemment, déterminée à créer un nouveau mot s'appliquant en particulier à la bravoure féminine et destiné à rentrer dans le dictionnaire de l'Académie Française.
Sa langue a tout simplement fourché, ce qui arrive aux meilleurs d'entre nous et ce qui me gêne le plus n'est pas tant ce fameux néologisme que la volonté de certains de vouloir à toute force lui donner un sens, démontrant ainsi une inquiétante capacité à l'argutie partisane.
Rédigé par : Francis | 17 janvier 2007 à 12:09
@ Ségo
Je ne comprends pas cette idée de vouloir absolument inventer de nouveaux mots comme celui de "bravitude". Vous nous dites "courage au féminin". Jack Lang a fini par dire "bravoure attitude". Mais nous étions là, comme je l'ai dit, dans le grotesque au mieux de sa forme.
Très sérieusement, je pense que l'emploi de ce mot peut indiquer une façon de travestir le réel. Un courage politique n'a nullement besoin de ces artifices. Il y a une action qu'on mène à bien, ou pas. Il y a un risque qui est pris et assumé de décevoir et de déplaire, ou pas. On nomme les dysfonctionnements, les lourdeurs, les passifs et les faillites. On se mesure avec les difficultés réelles qui font souffrir et désespèrent. On se confronte aux réalités sans faux-fuyants, ni secours verbaux et verbeux en forme de trompes- l’œil. On avance dans... le doute et la certitude mélangés.
Je crois qu’il n’est pas dans l’intérêt du projet que porte Ségolène Royal d’enfermer ce dernier dans des mots qui, à l’exception des quelques passionnés de la chose sémantique et des médiatiques rieurs, seront appréciés et repris. Les premiers, pour justifier et presque s’enivrer de leur inadaptation au réel. Les seconds, pour ne faire que de la petite phrase moqueuse à profusion.
Je pense que les premières positions de Ségolène Royal, il y a quelques mois et là, non sans une allure politique certaine, méritent mieux que cela. Et à cause de cela, Ségolène Royal mérite mieux que des Jack Lang, pour illusoirement et ridiculement défendre ce qui, dans ses mots, n’est là que pour caresser et conforter une partie de son électorat et pour séduire une classe médiatique qui, dans l’ombre et les cercles d’initiés, sera féroce à force d’être outrageusement flattée. Tous ceux-là ne sont pas à la hauteur et ne méritent pas ce qui, dans ses mots, il y a quelque temps, pour le coup, était juste.
Ségo, je ne regarde pour ainsi dire jamais les journaux télévisés. Je ne partage pas tous les enthousiasmes quant à l’action de Nicolas Sarkozy. Il y a eu des mots de sa part, en raison de l’utilisation ou de la reprise qui pouvait en être faite, qui ne me conviennent pas. Il y a des postures médiatiques qui m’insupportent, une propension à faire de l’image sécuritaire et des positions sur ce sujet que je lui conteste.
Mais je reconnais à l’homme du courage et de la détermination dans la mission qu’il s’est assignée. Il a permis un débat public autour des questions de sécurité que les fous de nouvelles sémantiques ont ignorées et méprisées. Même dans l’excès, il s’est confronté à un réel pour tenter, d’une part, d’en faire exploser des tabous et d’autre part, de le rendre un peu moins ignoble pour ceux qui, en premier, ont à s'y confronter dans leur vie quotidienne, et à en souffrir.
Rédigé par : Véronique | 17 janvier 2007 à 05:41
"On n'hyperbolise pas l'efficacité d'une justice quand elle n'est pas justice"
On croit rêver !!! Elle est où la justice française si elle ne condamne pas les responsables des crimes de la France, de la colonisation jusqu'au génocide du Rwanda ? Voici un site pour rappeler les pires saloperies de la France : http://perso.orange.fr/jacques.morel67/ccfo/crimcol/node1.html
Rédigé par : Nicolas | 17 janvier 2007 à 00:43
@ Ségo,
Loin de moi l'idée de vouloir changer vos idéaux, vous avez le droit et même je dirais le devoir d'être de gauche et de défendre vos positions.
Je la critique, vous l'idéalisez, mais je suis presque certain que nous cherchons la même chose avec des méthodes différentes.
Ce que vous dites sur le monopole du coeur est vrai et c'est aussi grotesque à mes yeux que la bravitude.
Que NS se réclame de Jaurès est inepte, mais c'est idem pour Strauss-Kahn, avouez-le.
Pour le concours de l'ENM, faites au mieux pour votre avenir et pensez à votre réussite personnelle, avant de privilégier le collectif, vous pourrez vous le permettre plus tard si vous le souhaitez. S'il y a des règles officieuses ou des appartenances à avoir, prenez-les, vous êtes jeune et ne pouvez changer le monde ou le contexte actuel, vous avez besoin avant tout de gagner votre vie.
Faites-moi plaisir, restez à gauche, investissez-vous dedans et s'il vous plaît, changez-la.
Rédigé par : LEFEBVRE | 16 janvier 2007 à 21:37
"Car sinon que dire de NS qui reprend à son compte les paroles de Jaurès (qui doit se retourner dans sa tombe, le pauvre)" a écrit Ségo...
Comme Mitterrand l'a invoqué avant, ça le remettra en place...
Rédigé par : sbriglia | 16 janvier 2007 à 19:11
Ségo,
NS a le courage de rester à son ministère alors que la facilité serait de faire assumer sa politique par un successeur de circonstance afin de se préserver.
Alors si un présidentiable venait à reconnaître ses échecs, vous considérerez certes que c’est un honnête homme mais pour être franc faudrait être suicidaire pour le faire, ou c… !
Vous savez, à gauche, on n’a pas le sens de la repentance particulièrement développé non plus…
Je n’ai pas dit que l’excellence du magistrat passait par une lobotomie, bien au contraire elle doit faire appel à la plupart de ses ressources mnésiques dans nombre d’affaires pour bien les aborder.
Je ne suis d’ailleurs pas en désaccord sur tout avec vous et je partage votre vision lucide de la police.
Rédigé par : doc | 16 janvier 2007 à 14:49
@ doc,
je n'ai jamais dit qu'avec la gauche, les crimes et délits auraient diminué. Je n'ai pas dit que la gauche aurait mieux fait.
Je fais simplement remarquer que quelqu'un ( à savoir NS ) qui a basé ses 4 années de travail en tant que ministre de l'Intérieur uniquement sur les chiffres de la délinquance, et bien ce monsieur doit admettre le fait que sa politique a échoué.
Le fait de dire au JT de TF1 qu'il a réussi sa mission, qu'il n'y a pas eu de problèmes et de bavures tout le temps où il était ministre de l'Intérieur est quelque peu erroné, ne croyez-vous pas ?
Est-ce un parti-pris de dire que sa politique est un échec ? Ou pour être un excellent magistrat faut-il être lobotomisé par la propagande des chiffres lancés par le ministère de l'Intérieur qui de plus s'avèrent dans certaines hypothèses comme faux ( à l'instar des chiffres erronés des voitures brûlées le jour de l'An )?
Alors désolé, doc, de ne pas faire d'extrapolation sur le fait de savoir si la gauche aurait mieux fait ou pas que NS. Le fait est que la gauche n'est plus au pouvoir depuis 5 ans et donc seul NS peut être jugé sur sa politique.
Que voulez-vous que je vous dise doc ? Qu'avec une augmentation de la délinquance sous NS, c'est super, NS a fait un travail remarquable ?
Force est de reconnaître que son travail est difficile. Mais quoi de plus objectif que de dire qu'il a échoué, comme a échoué la gauche quelques années auparavant.
@ Francis,
à vous lire ( "l'indéfendable" ) on croirait que SR a commis un crime en inventant ce néologisme.
De plus, nombre d'écrivains, d'artistes,, d'hommes politiques ont utilisé ces formules de style sans susciter autant de réactions négatives. Au contraire, certains reprendront ces mots inventés de toutes pièces. Pourquoi alors une SR n'aurait-elle pas le droit de le faire.
Mais j'espère que votre futur vote ne s'arrêtera pas uniquement à un choix sur la réthorique des candidats.
Car sinon que dire de NS qui reprend à son compte les paroles de Jaurès ( qui doit se retourner dans sa tombe, le pauvre ) ou encore qui attribue le célèbre "monopole du coeur" à F. Mitterrand.
Désolé de ne pas être d'accord avec vous, "la bravitude" de SR n'est pas pour moi une sottise.
Rédigé par : Ségo | 16 janvier 2007 à 13:47
@ Francis
Dès que j'aurai un moment je répondrai à Ségo sur sa défense du mot " bravitude" que moi, je ne défends pas. Et encore moins Jack Lang et les journalistes autour prenant les électeurs pour des demeurés... le pire en matière de " communication " politique. Je lui répondrai également sur NS, bien que je n'aie pas regardé TF1.
Mais je crois aussi qu'on peut reconnaître à Ségo une sorte de bravoure (au sens courage tout court) à défendre ses opinions. Ce n'est pas rien d'affronter ici presque que des " à droite ".
Enfin, le fait qu'il accepte de se confronter ici à des opinions majoritairement opposées à la sienne est plutôt bon signe pour un postulant magistrat.
Vous ne croyez pas ?
Rédigé par : Véronique | 16 janvier 2007 à 13:47
@ Ségo
Je me permets de citer un extrait de votre note à Véronique du 15/01 à 20h01:
"Vous faites ensuite l'allusion à l'émission "Arrêt sur images" où vous trouvez surréaliste et ridicule le fait que Jack Lang défende le néologisme utilisé par SR lors de son voyage en Chine.
Moi, contrairement à vous ( désolé de défendre une nouvelle fois SR ), je trouve que ce néologisme a du sens et était destiné à féminiser le mot bravoure qui n'a pas d'équivalent féminin, ni même le mot brave. Car appliquez-le à une femme ( "brave femme" ) et il prend un sens péjoratif.
La « bravitude » que propose SR c'est la bravoure au féminin qui correspond au courage de faire face, de tenir bon dans l'adversité ou le danger. Une attitude qu'elle a raison de nommer pour la faire exister."
S'il s'agissait là d'un pur exercice de réthorique, il serait remarquable.
Malheureusement, ces arguties d'une exceptionnelle mauvaise foi semblent refléter la réalité de votre pensée et donnent froid dans le dos lorsque l'on songe au métier auquel vous vous destinez.
Ainsi, selon vous, le mot bravoure ne saurait s'appliquer au courage des femmes. Il faudrait parler de la " bravitude " de toutes les femmes braves qui ont jalonné l'histoire, de la " bravitude de Jeanne d'Arc, de Lucie Aubrac, etc... C'est une plaisanterie.
Que n'avez-vous la bravoure et l'honnêteté intellectuelle d'admettre in petto que Mlle Royal a tout simplement dit une sottise et la passer pudiquement sous silence plutôt que défendre publiquement et sottement l'indéfendable !
Rédigé par : Francis | 16 janvier 2007 à 12:24
A doc,
"Même en 10 ans, cela fait beaucoup."
J'ai rectifié, à partir de ce qui est écrit à la première ligne de la présentation du livre d'Antoine Gaudino "La mafia des tribunaux de commerce" sur la couverture verso, à seule fin que ne soient pas écrites sur ce blog des choses que mes connaissances ou des éléments à ma disposition me permettent de qualifier d'erronées.
Le fait, de ma part, de diviser ainsi par dix le chiffre annoncé par Citoyen ignare ne signifie nullement que je relativise le scandale afin de le faire mieux supporter.
Et pour moi, un seul emploi perdu, de ce fait, c'eût été encore un emploi perdu de trop.
Rédigé par : dab | 16 janvier 2007 à 09:06
Ségo,
Vous commencez à avoir quelques travers de certains de vos futurs collègues (je réserve le terme confrère à un niveau supérieur dans la qualité des relations professionnelles et personnelles).
Je ne défends pas M.Sarkozy mais je vous pose la question : avec la gauche restant au pouvoir, le chiffre que vous avancez serait-il supérieur ou inférieur, les actes cités absents ou plus graves encore ?
Alors ne pas prendre en compte le passé ne permet pas sereinement de juger le présent et encore moins d’appréhender l’avenir.
Rédigé par : doc | 15 janvier 2007 à 23:32
dab,
Même en 10 ans, cela fait beaucoup.
Je crois avoir lu quelque part que les revenus d'un liquidateur judiciaire pouvaient avoisiner plusieurs centaines de milliers d'euros annuels : cela peut aiguiser certains appétits !
Rédigé par : doc | 15 janvier 2007 à 22:51
Véronique,
L’humour permet souvent d’aborder des sujets sérieux et comme j’ai une fâcheuse tendance à saisir les « perches » tendues tout comme à abuser du phénomène de prétérition, j’ai saisi dans la légèreté de votre propos, la dérive sérieuse qui pouvait donner matière à débat.
Quelques roses Baron Girod de l’Ain à vos pieds pour me faire pardonner !
Rédigé par : doc | 15 janvier 2007 à 22:43
A Citoyen ignare,
"Si on s'en tient au bouquin d'Antoine Gaudino, un million d'emplois par an sacrifiés pour alimenter les réseaux des tribunaux de commerce..." (v/commentaire 15 janvier 12h57)
"un million d'emplois"
Non "par an" mais "en dix ans"
Rédigé par : dab | 15 janvier 2007 à 21:41
@ doc
J'essaie de résumer mon propos. Je vous assure que j'ai besoin de suivre le fil de ma propre conversation.
En fait, je crois que ni Ségo ni moi-même n'avons disserté réellement et sérieusement sur " la politisation " des oraux à l'ENM.
1 - discutant avec Ségo de la phrase de Ségolène Royal, je le mets en garde - sur le mode du sourire - de ne pas citer SR, si la question du concours porte sur les systèmes judiciaires étrangers dont pourrait s'inspirer notre pays. Je pressens seulement que dans un cas de figure comme celui-là, si en face de lui, il y a des pointures en matière judiciaire, il risque l'explosion directe.
2 - Ségo répond - dans le sourire, je crois - qu'il ne faut pas que je m'inquiète. Il se tiendra à carreau et sera soucieux de ménager la " sensibilité politique " du jury
3 - Je lui réponds alors - toujours sur le mode du sourire - qu'en cas de citation de la phrase de SR, ce n'est pas précisément " la sensibilité politique " des membres du jury qui serait mise à mal, mais plutôt leur philosophie et éthique judiciaires.
Et là, je précise qu'en tant que postulant magistrat il a le droit de ne pas être tout le temps d'accord avec Ségolène Royal.
Voilà tout.
En fait, nous avons à peine effleuré le sujet et, je le pense, sur un mode plutôt plaisant.
@ Ségo
Si ce n'est pas de cette façon dont vous avez lu le film, merci d’exprimer votre version.
Rédigé par : Véronique | 15 janvier 2007 à 20:56
@ Véronique,
je vous remercie de vous soucier de ma capacité à penser tout seul comme un grand. Oui, il m'arrive de ne pas être d'accord avec SR et de le dire. De plus je ne sais pas où vous êtes allée chercher le fait que je pourrais citer, le jour de mon concours, la phrase de SR sur la justice chinoise. Mais passons.
Vous faites ensuite l'allusion à l'émission "Arrêt sur images" où vous trouvez surréaliste et ridicule le fait que Jack Lang défende le néologisme utilisé par SR lors de son voyage en Chine.
Moi, contrairement à vous ( désolé de défendre une nouvelle fois SR ), je trouve que ce néologisme a du sens et était destiné à féminiser le mot bravoure qui n'a pas d'équivalent féminin, ni même le mot brave. Car appliquez-le à une femme ( "brave femme" ) et il prend un sens péjoratif.
La « bravitude » que propose SR c'est la bravoure au féminin qui correspond au courage de faire face, de tenir bon dans l'adversité ou le danger. Une attitude qu'elle a raison de nommer pour la faire exister.
De plus, chacun sait que les batailles politiques sont toujours précédées de batailles sémantiques.
Enfin, Véronique, j'ai regardé le JT de TF1 de dimanche soir. Et j'ai trouvé surréalistes les paroles de NS. Voilà le candidat UMP qui estime que ses 4 ans en tant que ministre de l'Intérieur se sont passés de la meilleure des façons. Pour lui et je n'invente rien : pendant ces 4 dernières années, il n'y a eu aucun problème en France ( au niveau de la sécurité intérieure ) et aucune bavure.
De deux choses l'une, soit il a la mémoire qui flanche et c'est inquiétant pour quelqu'un qui veut être Président ; soit il a la mémoire sélective et dans ce cas-là c'est assez terrifiant pour un candidat à la présidence.
Parce que si les émeutes dans les banlieues ne sont pas des incidents selon lui.
Parce que si pour lui des jeunes qui meurent brûlés dans des transformateurs électriques sous les yeux de la police ne sont pas des bavures policières.
Parce que si pour lui une augmentation de 15% des violences aux personnes n'est pas inquiétant.
Je me demande ce qui pourrait être grave et inquiétant selon lui et ce qui pourrait arriver s'il était élu, par malheur, président de la République.
Et dans ce cas-là, son slogan prendrait toute sa force : à savoir tout est possible et surtout le pire.
Rédigé par : Ségo | 15 janvier 2007 à 20:01
@Véronique,
Je suis désolé que vous confondiez démocratie et technocratie....
Quelle démocratie lorsque vous n'avez plus qu'un choix unique où les deux parties sont devenus si similaires, ma seule préférence pour NS est que la droite est un peu moins hypocrite que la gauche, un peu moins manipulatrice de pauvres. Il n'y a pas cette culpabilisation de ceux qui gagnent beaucoup d'argent pour d'autres qui en gagnent aussi, c'est plus honnête.
Vous ne voyez donc pas cette pensée unique, dirigée en un seul sens. Si je ne suis pas partisan d'un passage en force de la constitution européenne, par exemple... je vote pour qui ?
Les autres, me direz-vous, on ne les entend pas, je n'ai pas le droit élémentaire de savoir ce qu'ils pensent exactement, ni ce qu'ils proposent, seuls PPDA ou Denisot me le disent, mais disent-ils la vérité ? Je suis plus que sceptique.
Oui, j'en reste à mon goulag à ciel ouvert, un goulag idéologique, un enfermement spirituel (qui vient de l'esprit).
Pour Jack Lang, vous êtes étonnée de sa malhonnêteté intellectuelle, vous la découvrez, elle vous surprend ?
Quelle démocratie, celle qui recule en vous disant qu'elle avance, celle orchestrée par quelques publicitaires.
Allons Véronique, vous êtes bien trop perspicace pour être dupe...
Je continue de désirer de la justice, des avancées... Pour qui est-ce encore supportable ?
Que je n'aimerais pas avoir des fonctions qui visent au bien et qui sont réduites à néant par ceux-là.
Il ne s'agit pas de tomber dans un idéalisme niais, mais d'être en droit d'exiger un peu plus de Droit.
La démocratie en l'état ne fait plus la différence, je suis le premier désolé de cela.
Ils n'ont même pas l'humanité de savoir mettre une balle dans la tête des gens spoliés, c'est pire, ils sont indifférents, ils savent que ces derniers n'auront jamais la parole...
Rédigé par : LEFEBVRE | 15 janvier 2007 à 18:38
Je reprécise mon propos, par rapport à la teneur politique des billets de Philippe : un homme qui a des convictions claires et assumées en connaît également les contours et les limites. Ce que l'on demande à un juge est paradoxal : il doit être partial, car c'est la fonction de juger qui l'exige, dans un contexte impartial, qui est celui du libre examen de chaque cause.
Le magistrat sans conviction claire, ou réfugié dans une neutralité proclamée, n'est, à mon avis, pas fiable : s'il n'a pas été capable de porter un jugement ferme sur ce que tout citoyen peut et doit juger, à savoir les choix d'organisation de la vie en société, comment serait-il en mesure de juger sur ce qui requiert des capacités de jugements autrement plus complexes, lorsqu'il s'agit d'apprécier non plus des options de société, mais des comportements humains ? N'est-il pas alors, dans cette hésitation, perméable à toutes les pressions d'opinions, de hiérarchie, d'intérêt ?
A l'inverse, je trouve qu'il est sain qu'un magistrat sache ce qu'il pense de la société dans laquelle il évolue et évoluent les justiciables. C'est cette conviction qui peut mettre à l'abri les justiciables des comportements mécaniques des juges, comportements qui mènent à tous les excès, à Outreau mais aussi aux juges de Vichy.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 15 janvier 2007 à 14:57