Depuis quelque temps, le rôle des blogs par rapport aux médias est questionné, approuvé ou dénoncé. Pour résumer, Sylvain Attal, dans le Monde d'aujourd'hui, soutient la cause des blogs tandis que Jean-Pierre Elkabbach, ailleurs, s'est fait plutôt le défenseur des médias traditionnels. Le débat est intéressant et contraint à une réflexion qu'il faut tenter de rendre la plus libre possible.
L'ouverture de mon blog au mois de novembre 2005 me donne aujourd'hui une certaine expérience pour formuler un point de vue sur cette relation, parfois cette confrontation, entre blogs et médias. D'une part, j'ai continué à lire deux à trois journaux par jour, quatre hebdomadaires et, bien sûr, le Journal du Dimanche. Je ne les lis plus tout à fait de la même façon car c'est dans la matière traitée par ces publications que je trouverai le sujet de mon prochain billet. C'est à la fois une force et une limite. Une force puisque le thème ne sera pas choisi par un décret de pure imagination et une limite, parce que je me fonde sur l'espoir que mes lecteurs éventuels auront consulté les mêmes sources. En ce qui me concerne, la création d'un blog n'a pas ralenti ma curiosité médiatique mais l'a amplifiée.
C'est pour cela que pas une seconde je n'ai regretté ce saut dans l'inconnu et vers des inconnus, et la liberté que ce blog m'octroyait. Certes, c'est un investissement considérable mais très largement compensé par la multitude et la qualité des commentaires qui viennent entourer affectueusement ou sur un mode acerbe la pensée initiale, qui l'obligent à se remettre en cause ou à se justifier. Ce n'est pas démagogie que de prétendre cela mais là où le droit de réponse est rarement utilisé dans la presse écrite ou dans l'audiovisuel, les blogs, au contraire, lui donnent droit de cité, institutionnalisant la réplique et façonnant de la tolérance à foison.
S'arrêter là serait fuir le véritable, l'indiscutable avantage du blog par rapport aux médias, dans le domaine de prédilection que le premier a désiré appréhender. J'insiste sur ce point car, par exemple pour un magistrat, il est évident que des frontières doivent être respectées et des limites demeurer infranchissables, même si des sympathies intellectuelles ont le droit d'être formulées. Reste que l'interdiction du politique partisan, surtout dans la période actuelle, constitue une contrainte difficile à respecter mais nécessaire. Mais pour ce qui regarde le blog, quel bonheur ! Justice, faits de société, liberté d'expression, ridicules contemporains, personnalités surfaites ou mésestimées, critiques de livres ou de films, tout passe au crible d'une intelligence, nous l'espérons tous, d'une subjectivité, c'est une évidence, et d'une liberté, c'est sûr. Le billet va se glisser dans les interstices des médias classiques. Il va murmurer quand le journal crie, il va crier quand la télévision fait silence ou s'enivre de sa puissance ou, pire, se vautre dans la contemplation d'elle-même. Il va pouvoir s'en prendre avec délice aux importants et aux importuns, il va oser nommer ceux qui nous accablent, il va oser rompre le cercle de l'habitude et de la bienséance pour vitupérer les fausses gloires, les étouffeurs de la parole et de l'écrit d'autrui. Le billet est tellement épris de liberté qu'il se donne même le droit de dire du bien de quelques-uns. Il regarde la société de près, défend ou attaque, Cyrano ou justicier non masqué, à visage découvert il pourfend, il arrache et il assume. Avec lui, le roi est souvent nu.
L'avenir va être magnifique. BHL entre au capital de Libération, tout le monde- à commencer par Laurent Ruquier samedi soir- prend au sérieux Alain Minc conseiller de tout le monde, Anne-Sophie Lapix devrait avoir Claire Chazal comme joker pour présenter le journal télévisé sur TF1 et pas l'inverse, en fin de mandat les promesses fleurissent, en Irak on pend. La comédie du monde suit son cours. Tant de travail encore à accomplir sur le blog. On n'en aura jamais fini avec la tâche modeste d'emplir les vides et de combler les creux.
Tout ce que les médias taisent ou négligent tombe dans l'escarcelle des blogs. Ils le prennent et en font de la liberté, ils vont dans les marges et ne se poussent pas du col. Ils ne remplacent pas les médias, ils les narguent. Ils évoquent des riens mais disent tout. Ils sont de minuscules aiguillons et gagnent de petites victoires.
Il faut faire blog !
Le blog est aujourd'hui partie intégrante de ma formation culturelle.
Consulter les blogs comme ceux de la famille Bilger ou des blogs d'avocats ou autres permet de puiser en plus d'une info un point de vue.
Outre les blogs il y a aussi les forums qui sont très intéressants.
J'en profite pour ajouter à mes favoris l'adresse du blog Pierre Alain Gourion.
Rédigé par : jean philippe | 06 janvier 2007 à 14:11
"Faire blog", l'expression est amusante mais un peu démagogique. En réalité, dans la blogosphère comme ailleurs (un peu moins qu'ailleurs, peut-être), qui se ressemble s'assemble. Pour un blogueur "de la base" (au capital culturel et financier modeste), il n'est pas question de "faire blog" avec les initiés, les "influents" et les industriels du blog.
Rédigé par : Eric Mainville | 06 janvier 2007 à 14:11
C'est vraiment d'actualité de savoir comment positionner les blogs face aux autres médias.
On remarque quelques tentatives d'adoubement, d'autres font un rejet épidermique. Il me semble que les blogs doivent s'affranchir des médias classique puisqu'ils complètent l'offre.
La légitimité des blogs en tant que média ne doit pas venir des médias classiques.
Je pense que si un blog déjà populaire devenait partenaire média d'un événement (sportif par exemple) il s'affranchirait justement des médias classiques.
Qu'en pensez-vous?
Rédigé par : Alexsailing | 06 janvier 2007 à 14:08
Votre remarquable analyse est empreinte d'intelligence, d'humilité et de bon sens. Cette notion de liberté si chère au blogueur vous honore. Car elle vient d’un homme issu du "sérail" pouvant aisément se complaire dans cette tranquillité relative qu'offre une profession sans risque majeur. A contrario des "entrepreneurs"qui peuvent et savent se remettent en question sur un simple coup de dés, épris de liberté qu’ils sont. Ce fut donc un plaisir de vous lire, un plaisir que je souhaite renouveler. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je place un lien sur mon site. Excellente continuation.
Rédigé par : de Peretti JF | 06 janvier 2007 à 12:25
D'accord, mais tous les blogs ne sont pas de la qualité de celui-ci.
Rédigé par : mike | 06 janvier 2007 à 12:17
D'accord avec vous/toi, Monsieur l'Avocat Général et cher Blogueur. Le blog décoince. Le blog ose. Le blog espère.
Merci de vous/ton implication : si Voltaire, Casamayor et quelques autres étaient là, ils seraient des nôtres !
Pierre Alain Gourion, ex Avocat, auteur du BenBlog
www.alaingourion.over-blog.com
Rédigé par : Pierre Alain GOURION | 06 janvier 2007 à 10:50
Je lis régulièrement depuis des mois avec beaucoup d'intérêt vos billets souvent 'rafraîchissants' ainsi que les commentaires parfois avisés. Je précise que je suis magistrate.
Je fais donc partie de ces inconnus qui n'éprouvent pas le besoin de se manifester pour mettre leur grain de sel mais qui suivent avec délice ce blog.
Rédigé par : hag | 06 janvier 2007 à 10:03
Bravo, magnifique plaidoyer ! Moins ancienne que vous dans le "métier", je suis fascinée par l'effet fédératif des blogs, par la quantité de gens talentueux que l'on y rencontre au hasard d'un clic curieux, par l'humanité que cette activité donne à des inconnus auxquels l'on n'accorderait probablement pas un regard, par principe, dans la "vraie vie". C'est épatant parce que ce n'est pas conventionnel, convenu, figé comme les média d'aujourd'hui mais cela ne les remplace pas.
Rédigé par : Marie-Christine BLIN | 06 janvier 2007 à 02:03