Des idées bizarres me passent par la tête. Hier, je désirais écrire un billet sur la décision injuste rendue par la commission de contrôle et de discipline de l'UEFA au détriment de l'équipe de Lille, bien moins à ménager que celle de Manchester United. Heureusement, une erreur technique m'en a dissuadé. On aurait trouvé que je n'étais pas assez sérieux. Un article de Michel Deléan consacré, dans le JDD d'aujourd'hui, aux "paradoxes du juge Courroye" me ramène dans le droit chemin. Excellent texte au demeurant dont le rédacteur a la gentillesse de citer un extrait de l'un de mes billets mais qui oscille, sans choisir, entre les soupçons du monde judiciaire sur ce magistrat - qui va être tout de même nommé procureur à Nanterre malgré l'avis négatif du CSM - et la haute opinion que Philippe Courroye a de lui-même.
Le droit chemin, c'est une réflexion qu'il convient d'engager sur les notions d'autorité, d'ordre et de respect. On sait que Nicolas Sarkozy, dans un discours prononcé à Perpignan le 23 février, a défendu "ces valeurs de la France réelle enracinées au plus profond de notre peuple".
Elles sont en effet fondamentales mais elles dépendent de deux autres sans lesquelles elles perdraient leur légitimité et leur force : le courage et la capacité d'exemplarité. Placer le débat sur ce terrain, ce n'est pas fuir le concret d'une campagne présidentielle, c'est au contraire en établir les fondements, instaurer une chance véritable de changement. De la même manière qu'une politique pénale réussie étant une contradiction dans les termes à cause de l'inventivité quotidienne de la transgression, la philosophie et les principes inspirant les pratiques sociales et judiciaires deviennent forcément de ce fait capitaux et constituent par eux-mêmes une salutaire métamorphose, de la même manière aucun Etat ne pourra prétendre à l'adhésion profonde des citoyens, quelle que soit leur obédience singulière, s'il ne se veut pas d'abord MORAL. La morale sera une idée neuve en France.
Voeu pieux, ne va-t-on pas manquer de répliquer tant les pratiques des politiques ont placé dans la tête et le coeur de tous les démocrates de bonne foi un pessimisme résigné et impuissant, voire un peu d'aigreur. Ils nous ont tant menti qu'on ne les croit plus. Sans cesse floué, sur le plan du respect des engagements politiques et sur le plan, plus important, de la moralité supérieure de l'Etat et de ses institutions, le citoyen n'attend même plus de voir, il ne regarde plus. Les promesses de campagne présidentielle, pour classiques qu'elles soient, et peut-être sincères, ne suffiront plus. L'avenir aura-t-il ou non le goût et la saveur d'une République irréprochable ?
L'autorité, l'ordre et le respect, pour représenter les valeurs fortes autour desquelles un espace public peut s'articuler et prendre sens, exigeront, pour être admis, non seulement du courage pour les remettre au centre citoyen de notre pays mais l'exemplarité de l'Etat, du Président et des gouvernants. Il ne sera plus concevable de nous faire marcher avec cette injonction si souvent gagnante : faites ce que je dis, pas ce que je fais. Cette exigence d'exemplarité émane de tous les corps en attente de réforme, en désir de bouleversement. Ils obéiront aux ordres de ceux qui seront légitimes pour les leur donner, pas en raison de leur statut officiel mais de leur moralité profonde et appliquée. La vie sociale bouge, elle ne viendra plus naturellement se plier aux hiérarchies et aux dépendances traditionnelles, elle dira oui à qui sera capable de lui inspirer du respect par son autorité, son courage et son aptitude à mettre en accord ce qu'il croit utile et nécessaire et ce qu'il accomplit.
Surtout, l'ordre et l'autorité, qui sont les conditions pour assurer une bonne et équitable justice, seront d'autant plus aisément restaurés partout où la tranquillité publique, l'enseignement et la formation, la cohésion et l'harmonie civiques l'exigent, que le respect sera accordé à l'ensemble des citoyens, quels que soient leur statut, leurs conditions d'existence et leur origine.
L'Etat moral, c'est un Etat qui doit donner autant qu'il aspire à recevoir. Il doit perdre la graisse de superfluités inutiles qui favorisent moins la démocratie qu'elles ne montrent ce qui clive une société, les fractures de l'injustice et de la misère.
Je voudrais tellement que ces beaux mots de respect, d'ordre et d'autorité structurent demain une société dont on sent que dans ses profondeurs, elle attend en effet une morale - mais en action.
Ce qui distinguera le discours moral de Nicolas Sarkozy de l'Ordre juste de Ségolène Royal, ce n'est pas leur substance mais leur incarnation plus ou moins réussie dans le réel. Si l'un ou l'autre reste à l'état de virtualités, la démocratie boira son calice jusqu'à la lie.
On verra alors dans quel Etat on sera.
Je finis le dernier petit pamphlet de Jacques Généreux. Roboratif, mais pas si tant de mauvaise foi que ça !
Cette droite n'est pas celle de mon enfance, dit-il. Pas faux.
(Ca prend une heure, et ça vaut le coup --à mon avis)
Rédigé par : Yves Duel | 25 février 2007 à 21:38
Il est normal que la commission ait rejeté la réserve de Lille : la décision de l'arbitre était justifiée.
Dans l'esprit du football, la défense de Lille a commis une faute, on accorde un coup franc au MU. S'il décide de le jouer vite, c'est son droit le plus strict et il convient à l'arbitre de le laisser jouer rapidement.
Le fait de placer un mur aurait fortement réduit l'avantage qu'impose l'esprit du jeu.
Il est clair que l'esprit du jeu du football et le fair-play ne sont pas la même chose : l'esprit du jeu est de gagner, le fair-play est l'esprit de compétition.
L'arbitre est là pour protéger l'esprit du jeu.
MU n'a pas été fair-play, mais l'arbitre ne peut rien y faire.
Rédigé par : Raph | 25 février 2007 à 21:34
un état désuni :
l'état des unis d'une France sans âme ou l'état désuni en un seul état d'âme ?
nous reste notre liberté de penser, non ?
Rédigé par : Cactus aime le mot dit | 25 février 2007 à 20:21
Bonsoir,
je n'ai pu m'empêcher de publier dans l'Aviseur international ce texte de "rappel mémoire".
Bien sincèrement
Marc Fievet
Rédigé par : Fievet Marc | 25 février 2007 à 17:49