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« février 2007 | Accueil | avril 2007 »

Les formes de la justice : de Jean-Luc Delarue au Président Jacques Chirac

Le Figaro évoque l'"Affaire Delarue : polémique sur des juges très prévenants".
On sait que l'animateur, pour le vol très agité qu'il a fait endurer à certains passagers, a été condamné à trois jours de stage citoyen par le tribunal de Bobigny, après mise en oeuvre du "plaider-coupable" à la française, qui est une excellente procédure.

Beaucoup d'avocats, dans cette juridiction, s'étonnent de la "jurisprudence Delarue" qu'ils estiment d'une étonnante mansuétude. Le personnel d'Air France se déchaîne sur le Net, paraît-il, pour dénoncer ce jugement laxiste.

Je n'ai pas à commenter une décision de justice et, pour parler franchement, celle-ci ne m'intéresse pas. Elle relève de la liberté des parties et leur accord a été homologué par le tribunal, un point c'est tout.

Attachons-nous plutôt aux formes de la justice, à la manière dont un prévenu est traité, à l'incidence de son statut et de son éventuelle célébrité sur le regard judiciaire. Si l'article du Figaro contient des informations exactes sur ce  plan,  Jean-Luc Delarue aurait bénéficié d'un certain nombre de dérogations choquantes, la plus discutable étant le retrait d'un document de son dossier. Je n'ai pas envie de reprendre la liste de ces légères distorsions par rapport à l'habitude judiciaire mais il est clair que Jean-Luc Delarue n'a pas connu le sort - encore une fois dans les formes, j'insiste là-dessus - des personnes citées comme lui ce jour-là à Bobigny.

Une telle inégalité me gêne. Je ne suis animé par aucun sentiment d'hostilité à l'égard de cette personnalité médiatique. Je me souviens avoir vu Jean-Luc Delarue, peu de temps avant son équipée aérienne, au Parc des Princes  où à chaque but du PSG, il avait une attitude franchement hystérique. Je me suis demandé alors s'il cherchait à se faire remarquer - c'était réussi ! - où s'il avait perdu, déjà, le contrôle de lui-même. Ce malaise devant les privautés qu'on octroie à des prévenus "particuliers" ne date pas d'aujourd'hui. Je me souviens avoir été effaré de constater que durant plusieurs jours, on avait conduit François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres vers le tribunal correctionnel par des chemins détournés, qui passaient notamment par la cour d'assises de Paris. Ce privilège octroyé m'était apparu superfétatoire. Et surtout maladroit.

Ce sont ces formes parfois dérisoires de la justice qui donnent ou non l'impression au citoyen qu'elle est une institution commune à tous et égale pour tous, ou au contraire une machine qui même dans les petites choses  n'a que le désir de complaire aux puissants. Cette démarche de révérence est d'autant plus absurde que, sur le fond, il est patent que la justice de classe n'est plus à l'ordre du jour et que les magistrats, dans leur esprit collectif, ne favorisent plus l'élite, les détenteurs d'un quelconque pouvoir. La liberté absolue du juge face à celui dont il va infléchir le sort par une condamnation ou par une relaxe est protégée précisément, en amont et dans le cours de l'audience, par le traitement totalement égalitaire qui a été mis en oeuvre et constaté publiquement. Le contraire revient à faire douter de tout et je ne suis pas loin de penser que la " jurisprudence Delarue" n'a été contestée qu'à cause de la violation de l'égalité des formes. L'apparence a rejailli sur la réalité. La suspicion sur le dérisoire a pollué la validité du fond.

Cette réflexion ne concerne pas seulement le cas de Jean-Luc Delarue. Dans le Figaro Magazine, les deux pages toujours passionnantes de Sylvie Pierre-Brossolette sont consacrées notamment au possible avenir judiciaire du Président Jacques Chirac, une fois son mandat terminé. La formule usuelle, selon laquelle la justice doit suivre son cours, se rapporte au fond de ce qui pourrait être décidé par les magistrats en charge de ce dossier et ne nous regarde pas pour l'instant. Mais les formes, en l'occurrence, devraient être plus que jamais respectées. Avec intelligence et lucidité. Un ancien Président de la République est redevenu citoyen ordinaire mais l'intuition laisse percevoir qu'il ne le sera pas tout à fait sans que cela implique de sa part une quelconque supériorité sur les autres ou, de la justice, une révérence de principe qui viendrait altérer l'équité de l'action. Rien ne serait pire que la grossièreté de la convocation du juge Halphen par un simple courrier à l'Elysée. Rien ne serait plus ridicule qu'une courtisanerie de mauvais aloi.

J'espère que la justice est devenue suffisamment adulte pour savoir échapper, si l'avenir la confronte à cette situation, à l'inélégance comme à la soumission. N'oublions pas qu'elle pourrait se définir comme une forme suprême de politesse et de savoir-vivre.

Le train sifflera deux fois

On l'aurait presque oublié. Celui qui a mis le feu aux poudres, celui qui a voyagé sans ticket, celui qui, interpellé par un agent de la RATP, lui a porté un coup de tête, celui qui faisait l'objet d'une interdiction du territoire, celui dont la situation administrative était sans doute irrégulière, celui qui a été condamné à sept reprises mais impliqué, en outre, dans quinze affaires notamment pour des violences et des vols, celui qui, âgé de trente-trois ans, a ameuté l'environnement et entraîné, de la part d'une multitude de jeunes gens qui traînaient gare du Nord selon leur habitude, les émeutes qui ont commencé mardi soir et qui ont pris la police pour cible.

On l'aurait presque oublié, ce Angelo H, tant on a feint de passer sous silence sa responsabilité capitale dans les affrontements qui ont suivi. C'est d'abord lui le coupable, et personne d'autre. Ensuite, que les bandes alertées en aient profité pour, selon une habitude déplorable, "casser du flic" et causer des dégâts importants dans les commerces proches relève d'un mécanisme qu'on peut tenter d'analyser.

La contrainte légitime exercée par la police suscite une libération de la violence illégitime qui s'en prend aux fonctionnaires puis, au-delà d'eux, à cet Etat détesté et honni. Certaines images nous montrent le comportement agressif de policiers dont l'intervention "musclée" a suscité des réactions et des protestations. Il est indéniable qu'entre la cause originelle des événements et les interpellations finales, des actions ont pu être commises par les forces de l'ordre qui dépassaient, dans la mêlée et l'hostilité générale, les limites que dans nos cabinets, bien à l'abri du réel, nous nous plaisons à assigner à ceux qui sur le terrain s'affrontent au pire et au détestable. La police de proximité n'y changerait rien dès lors qu'on est chargé de contrôler des individus ou des groupes qui ne veulent surtout pas d'une proximité paisible avec la police.

Le coupable, c'est donc Angelo H. Celui au sujet duquel un consensus aurait dû se créer et qui, dans un Etat de droit digne de ce nom, n'aurait mérité aucune complaisance. Or toute cette histoire est racontée depuis mardi soir comme si elle avait commencé APRES l'interpellation de cet homme et qu'elle ait été sans rapport avec cette dernière, rendue ingérable. C'est ainsi qu'on voit certains candidats tenir des propos surprenants. Olivier Besancenot - je ne suis pas sûr qu'il plaisante - affirme que s'il y avait eu la gratuité des transports, rien ne se serait produit. Mettons en place le communisme intégral, il n'y aura plus de vols faute de propriété privée ! Plus sérieusement, dans sa  réaction initiale, Ségolène Royal, d'habitude mieux inspirée en matière de sécurité, met en cause "la façon dont le contrôle  a été opéré".  Le contrôle, et non pas celui qui l'a rendu nécessaire. Jack Lang, conseiller vraiment "spécial" de la précédente,  non seulement fuit la nuance mais tombe dans le grotesque. "Le seul et unique responsable de  la situation, c'est l'ancien ministre de l'Intérieur. Sous son règne, les délinquants ont prospéré. Nicolas Sarkozy a été en permanence un fauteur de troubles et de  violence."  Comment peut-on, de sang froid, proférer de telles absurdités ? Lorsque l'exigence de responsabilité est pervertie à ce point par l'obsession de la rivalité,  il n'y a plus rien à dire.  Quant à François Bayrou, il reste dans sa veine coutumière, prétendant se situer entre la répression de l'un et la mansuétude de l'autre mais ne nous guidant guère sur la voie à suivre.  En tout cas, il se garde bien, lui aussi, d'évoquer  le responsable de ces échauffourées collectives, préférant s'en tenir au reste qui n'est pas l'essentiel.

En continuation de cette impasse faite par les  politiques, des médias ont naturellement emboîté le pas en mettant sur le même plan police et jeunes émeutiers, forces de l'ordre et jeunes casseurs, fonctionnaires en intervention protectrice et jeunes violents inspirés par la seule haine.  Cette perpétuelle et mensongère balance entre l'honorable et le transgressif n'a pas été sans incidence, depuis longtemps, sur la perception que notre société a eue de sa police, de son statut et de son rôle et de ceux qui, parfois gravement, résistaient à son action. La première était systématiquement déshonorée tandis que les seconds bénéficiaient d'une approbation choquante.


Il n'y aura pas de miracle. Je crains que des crises de cette nature ne se reproduisent, d'autant plus insupportables qu'elles sont le fait de minorités parfaitement identifiées et qui, laissées impunies, dégradent et attaquent, volent et brûlent et, par contagion, entraînent. Certes, je veux bien admettre qu'un discours politique ne puisse se voir imposer l'obligation d'une compréhension approfondie mais il me semble qu'une bonne volonté collective, un désir d'union, une lucidité non partisane seraient susceptibles d'aboutir à des recommandations pertinentes.

Remettre l'Etat de droit sur ses pieds et accepter d'incriminer les véritables responsables et coupables. Reconnaître la mission éminente et difficile de la police en ne mélangeant pas celle-ci, dans l'appréciation, avec les délinquants qu'elle est chargée d'appréhender. Même si cela choque les adeptes de l'indifférenciation, d'un côté il y a le Bien et de l'autre le Mal possible. Qu'elle transgresse les règles, et il conviendra de poursuivre les fonctionnaires dévoyés. Qu'on arrête de lui faire un procès comme si par principe elle était coupable.

Elaborer une nouvelle loi anti-casseurs, anti-violences collectives. Le téléscopage fréquent entre une transgression initiale, une interpellation difficile et une masse venant s'agréger pour faire opposition, violence et co-action exige que le code pénal, le moment venu, sache être complété par des dispositions capables, dans le même mouvement, d'incriminer le singulier et le pluriel solidaire sur le plan de la commission des infractions de groupe. Il faudra admettre, à la charge de celui-ci, une responsabilité qui saura réparer les lacunes d'une administration classique et défaillante de la preuve demeurée individuelle, donc inadaptée à ces conflits.

Il y a une politique de vigueur, de fermeté, de rigueur à tenir et à assumer. J'adhère totalement au fond de celle-ci telle qu'elle a été conçue depuis plusieurs années. Je répète qu'il est absurde de soutenir que ces émeutes démontreraient son échec. Elles démontrent plutôt son existence et la crainte qu'elle inspire. Elle suscite une résistance de la part de factions qui, de toutes manières, même si on leur offrait les conditions de l'insertion sociale et nationale, n'auraient que le désir de mettre le feu, dans tous les sens, à leur bout de territoire, à notre idée de la République, à la démocratie et à ses règles. Ce qu'il convient en revanche d'accomplir, et c'est un problème non plus de fond mais de forme, c'est de transmettre  cette volonté de fermeté avec mesure et modération. Il y a des injonctions et des ordres répétés qui, pour l'éducation des enfants, aggravent la situation plutôt que de l'apaiser. Le fond rigoureux est nécessaire mais sans doute convient-il d'éviter que la manière de le présenter excite plus qu'il ne pacifie. Le langage n'a pas à jeter du sel sur une société ici ou là à vif mais de la sérénité. Je crois que la sévérité n'est pas exclusive d'une telle démarche.

Bientôt les deux tours de l'élection présidentielle. Après les émeutes de la gare du Nord, le train sifflera deux fois. Que personne ne s'imagine que le rapport entretenu avec ces événements sera sans effet sur le vote de nos concitoyens. Il y a des démagogies qui coûteront cher et des compréhensions molles et lâches qui pèseront lourd. A rebours, des courages, des évidences, des soutiens qui ne seront pas oubliés.
Le train ne sifflera que deux fois.

Une posture

La Directrice de l'école maternelle parisienne, dont a beaucoup parlé ces derniers jours, invoque "un devoir de résistance". Il me semble très dangereux, dans une démocratie, dans un Etat de droit, de galvauder les mots et de brouiller les repères. Résister à qui, à quoi ? Cette posture serait simplement grotesque si elle ne révélait un profond délitement de l'esprit public. Je ne doute pas une seconde qu'on va applaudir cette parole de combattante. L'ennui pour elle, c'est qu'il n'y a pas de guerre.

Une odeur de poudre, un coup de foudre ?

Il y a quelque temps, j'ai découvert une revue mensuelle, "Philosophie magazine". Sa lecture m'a passionné. Le numéro du mois d'avril 2007 nous offre, en particulier, un dialogue exclusif entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray. C'est un débat qui "assure" et qui rassure en pleine campagne présidentielle.
Avant d'expliquer pourquoi, je voudrais aborder deux autres points d'importance inégale.
D'abord, dans le Monde, une étonnante contribution à la défense de Josiane Bigot par Didier Peyrat, magistrat, et Frédéric Zajac, avocat. Etonnante non en raison de l'apologie, que pour ma part j'ai déjà développée dans deux billets, mais à cause de ses modalités. Je suis surpris en effet qu'avec une touche d'aigreur, les rédacteurs reviennent sur la convention UMP consacrée à la justice, en continuant à me mettre en cause - j'y suis habitué, cela ne fera jamais que la quatrième fois ! - mais surtout en visant nommément deux collègues et "quelques autres" : nous aurions été présents "un peu ostensiblement". Que les médias dénoncent n'est pas surprenant, ils appellent cela informer. De la part d'un magistrat, j'avoue ressentir une certaine gêne. Qu'on se défende soi-même ou qu'on vienne au secours d'un collègue qu'on estime injustement attaqué, soit, mais qu'on s'appuie pour ce faire sur une mise en cause totalement inutile ne laisse pas de me troubler. L'important n'est même pas que Didier Peyrat ait lui-même risqué de subir une mesure disciplinaire et que collectivement et individuellement - j'ai écrit un post en sa faveur - on ait pris son parti. Il me semble qu'il aurait pu, au regard de ce passé récent, éviter de jeter la suspicion sur plusieurs magistrats dont deux, si je m'excepte, précisément ciblés. Ce n'est pas élégant.

Ce qui est élégant en revanche - bien plus que les glissements progressifs de l'opportunisme qui ont conduit beaucoup de ministres à feindre de choisir ce qu'en fait l'intérêt leur interdisait de refuser -, c'est l'attitude d'un François Goulard, qui au moment où François Bayrou décline doucement, lui affirme son soutien en se distinguant de la majorité de ses collègues. Il est évident que si j'étais Nicolas Sarkozy et si j'étais élu, j'aurais plus confiance, pour la suite, dans le courage dissident d'une telle personnalité plutôt que dans l'adhésion habile de toutes les autres à un homme, espèrent-elles, porteur de victoire. La première aura des vertus fondamentales sous toutes latitudes tandis que les secondes laissent craindre leur assujettissement aux seuls événements. Mais il est vrai que je ne suis pas un politique.

Le dialogue entre Michel Onfray et Nicolas Sarkozy a commencé dans l'odeur de la poudre et s'est presque terminé sur un coup de foudre. Deux personnes on ne peut plus dissemblables, dans leur manière de penser et dans leur mode d'expression. Je n'avais lu que des interviews de Michel Onfray où chaque fois, avec pudeur et fierté, il évoquait ses parents modestes et je comprenais si bien ces sentiments. Pour le reste, son traité de l'athéologie - que je n'avais pas lu mais dont la substance rapportée me déplaisait - m'avait détourné de lui, tant il est vrai qu'on adhère à une croyance moins par sa solidité intrinsèque qu'à cause souvent de la petitesse et de la médiocrité de ses adversaires. Je l'avais revu à la télévision chez Guillaume Durand où il m'avait fait forte impression, tentant de glisser quelques mots dans la surabondance sonore propagée par Bernard-Henry Lévy et à un degré moindre par Alain Finkielkraut. Tâche quasiment impossible mais qui lui avait permis de tirer son intelligence du jeu.

Avec Nicolas Sarkozy, débat, combat, empoignade, dispute mais cantonnés dans des limites acceptables parce qu'en réalité, l'un et l'autre des contradicteurs, en dépit de l'engagement apparent de Michel Onfray, ne s'affrontaient pas sur le même registre. Celui de Nicolas Sarkozy est politique, celui de Michel Onfray philosophique. Leurs conceptions existentielles se trouvent aux antipodes l'une de l'autre. L'homme politique est inspiré par un pessimisme actif, avec une touche d'espérance tandis que le philosophe propose un hédonisme, un culte du présent, une appétence terrestre, qui n'excluent pas l'énergie d'entreprendre. On sent tout de même que le premier, inspiré par l'ambition, n'a qu'une hâte, construire une réalité et édifier une société qui contredisent sa mélancolie sagace tandis que le second est animé par un souffle moral et une révolte humaniste qui renvoient aux concepts d'une gauche tellement universelle et passe-partout qu'elle en devient désirable par tous, sans doute aussi par Nicolas Sarkozy.

Le fond de leur dialogue n'appelle pas de remarque particulière, tant les antagonismes n'apparaissent pas comme le pile de la vérité ou la face de l'erreur, mais comme l'appréhension contrastée de la plénitude d'un problème. Si j'avais à sélectionner un point de vue, ce serait celui de Nicolas Sarkozy, au demeurant approuvé par Michel Onfray, affirmant "rien n'excuse, à mes yeux, l'antisémitisme ou le viol d'une fillette". Le passage d'où j'extrais cette formulation est consacré aux excuses sociologiques qu'on peut trouver aux comportements déviants et transgressifs. Pris intrinsèquement, l'antisémitisme est une opinion malveillante et le viol, un crime monstrueux. Les mettre sur le même plan me paraît relever de l'éthiquement correct mais erroné, sans compter qu'où que ce soit, l'antisémitisme comme pensée et parole dévoyées est à relier toujours avec des causes intimes et/ou sociales profondes.

Le point fondamental d'achoppement entre eux est facilement discernable. Central, il fait référence à la conception de la liberté de l'individu en face du déterminisme. Pour Michel Onfray, l'être humain n'est que façonné. Il n'invente pas son histoire ni n'élabore sa destinée. Le "je" est réduit voire nul devant "l'environnement, les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons". Pour Nicolas Sarkozy au contraire, c'est une sorte de frénésie et de romantisme de l'énergie et de l'action qui prévalent. L'homme en face de son destin, mais pour le vaincre ou l'édifier. La réalité, en ce sens, n'est jamais une limite mais un tremplin, elle ne crée pas de l'impuissance mais de l'envie. L'orgueil de Michel Onfray est d'accepter ce qu'il croit inéluctable, celui de Nicolas Sarkozy,  de refuser ce qu'il estime intolérable. Le premier est un penseur qui voudrait agir, le second un acteur qui réfléchit. A nouveau, le heurt d'une forme paroxystique de la politique avec une sagesse philosophique mise au goût du jour.

Ce dialogue m'a porté au comble de la curiosité pour un autre motif. Il m'a permis de réfléchir sur mon métier - qui est aussi un art de la parole -, à partir du discours de Nicolas Sarkozy, à l'opposé de la manière de parler de Michel Onfray. Chez ce dernier, on retrouve dans la structure même de son langage comme un voile destiné à ne pas rendre les mots trop évidents et éclatants. Le langage adoucit, estompe, cherche à aller au plus près. Ce n'est pas un langage de pouvoir ou de force mais de recherche et de découverte. J'ai mieux compris, en lisant les interventions de Nicolas Sarkozy, pourquoi quelque chose se passe qui n'inspire JAMAIS l'ennui. La parole vient s'accrocher à une montagne invisible et nous grimpons avec elle. C'est une dialectique éprouvée où je ne suis pas loin de supputer que le langage est si déterminé, si intense, si naturellement charpenté, un langage si formidablement de pouvoir, que la pensée est enclose en lui au lieu de le précéder. Aussi, je persiste. Nicolas Sarkozy devrait accepter de compter sur lui-même, plutôt que s'évertuer à croire qu'Henri Guaino lui servira après avoir servi Jacques Chirac. Les discours d'Henri Guaino relèvent de la compilation culturelle, de l'inventaire désordonné, qui s'illusionne syncrétique. L'éloquence, c'est un souffle de vie, l'intensité d'une flamme, l'incarnation d'une conviction et d'une authenticité. Ce n'est pas le langage qui peut artificiellement fabriquer une nouvelle personnalité. C'est la personnalité qui peut se doter d'un nouveau langage. Et alors, peut-être, montrer une facette d'elle encore inconnue.

Ce débat "assure" et rassure. Un dialogue du même type a été proposé à Ségolène Royal. Elle a donné un accord de principe mais rien de plus encore. Nicolas Sarkozy, qui peut irriter ou décevoir, n'a pas été médiocre, bien au contraire, sur ce coup-là.

Il a placé la barre très haut. Pour le citoyen, quoi qu'il pense, c'est gratifiant.

Silence, Ken Loach tourne !

Ken Loach appelle à voter Olivier Besancenot. Cinéaste engagé, son talent est infiniment supérieur à son idéologie. Heureusement pour ses films.

La victoire d'une illusion

Sébastian Roché est qualifié, par le Journal du dimanche (JDD) d'aujourd'hui, de directeur de recherche au CNRS et de spécialiste des questions de sécurité. Avec une présentation aussi ronflante et difficile à assumer, on attend forcément monts et merveilles même si j'ai toujours éprouvé une hostilité presque instinctive à l'égard de ceux, les experts en général, qui croient nous consoler des réalités en nous parlant  de chiffres.  Je frôle le populisme, j'en ai conscience, mais cela ne me gêne pas.
Que nous propose donc Sébastian Roché dans la rubrique Franc-Parler ? Un  article qui a pour titre:  L'illusion de victoire sur la délinquance.
Je le résume. Depuis vingt ans, la sécurité des biens et des personnes et celle de la société ne cessent de se dégrader et le bilan d'aujourd'hui est catastrophique. Si le nombre de vols de voitures et d'objets à l'intérieur de celles-ci a baissé, ce n'est pas grâce à la police mais aux constructeurs d'automobiles et d'autoradios. L'efficacité policière  ne s'est pas accrue. Nicolas Sarkozy est un ministre de l'Intérieur qui assume trop de rôles à la fois. En particulier, il ne devrait pas nommer ses fidèles à la tête des instituts d'études de la sécurité.
La synthèse est rapide mais je la crois honnête de ma part. Si on fait abstraction des conflits personnels- il me semble qu'une pierre a été jetée dans le jardin d'Alain Bauer, Président de l'Observatoire national de la délinquance -, un tel tableau ne peut que dissuader de croire en l'impartialité des experts, même du CNRS!
Deux remarques seulement.

Avec quelle jubilation cette tribune est écrite! Il y a de la volupté dans la relation des catastrophes, dans le prétendu constat de l'impuissance de la police et dans le procès fait à Nicolas Sarkozy. On sent qu'instiller de l'espoir, un peu d'objectivité et d'équilibre dans cette analyse aurait été au-dessus des forces de Sébastian Roché. La réalité est accablante parce qu'il faut qu'elle le soit. Il ferait beau voir qu'elle contredise l'expertise qui aurait moins de sel si elle était  plus nuancée, moins obstinément négative!

Cette partialité enthousiaste dans l'amer est d'autant plus dévastatrice qu'elle évoque " l'illusion de victoire sur la délinquance". Comme si qui que ce soit de sensé, sur les plans sociologique et politique, avait jamais pu penser qu'un jour la délinquance et la criminalité seraient défaites totalement et que l'Etat aurait achevé sa mission. Laisser croire cela n'est destiné qu'à amplifier la charge contre une activité ministérielle qui a forcément échoué puisqu'à l'évidence, crimes et délits continuent d'être commis. Cette illusion n'est répandue que pour reprocher aux gouvernants de n'avoir pas su remporter la victoire contre les malfaisances de toutes sortes qui perturbent la vie de nos concitoyens. Et le comble, c'est que cette illusion prospére et que Nicolas Sarkozy est jugé sur des résultats que lui-même sait imparfaits et qui, sauf dans un monde idéal, ne pourraient pas être parfaits. La victoire de cette illusion est préoccupante car elle détourne le citoyen de la compréhension de deux exigences fondamentales incarnées par cette politique de sécurité et de justice: une philosophie de la liberté et de la responsabilité qui fait du coupable non plus d'abord une victime de la société mais un transgresseur comptable de son acte; les moyens et la considération dus aux forces de l'ordre, police et gendarmerie. On ne pourra rien réussir si en permanence on crache sur les seules armes dont une démocratie dispose pour se défendre dans le respect des lois.

Tant que la victoire de l'illusion d'une éradication totale continuera à être propagée, on nourrira par des polémiques biaisées et intéressées un débat qui mérite mieux. Un Etat se doit d'être modeste: il restera beaucoup à conquérir, toujours, sur le mal, mais aussi déterminé: le mal est inexcusable et les citoyens à protéger.

Un mot pour finir sur un tout autre sujet. Philippe Val, de Charlie-Hebdo, se félicite comme moi, comme beaucoup d'entre vous je suppose, de la décision de relaxe rendue dans l'affaire des caricatures de Mohamet. Il ajoute qu'il y a cependant quelque chose " de réactionnaire dans l'air" et que cela l'inquiéte. Ces propos, qu'il tient dans le Parisien d'aujourd'hui, me laissent perplexe.Je me demande sans paradoxe si pour défendre la liberté d'expression PARTOUT où elle est menacée et sous quelque étiquette que ce soit, on n'a pas besoin, plus que jamais, de réactionnaires. Les autres sont prêts à accepter toutes les offenses à la liberté pour sauvegarder leur chapelle, leur clan, leur idéologie et leur parti.

La liberté doit être d'autant plus défendue que son expression nous fait mal. Immense sujet.

Trois étonnements et une étrange maladresse

On se lève le matin et on a tout de suite le tournis, tant notre monde a du talent pour nous obliger à mêler le sérieux avec le futile, la gravité avec le divertissement. Le blog permet de ne rien jeter.
Ce matin, trois étonnements et une étrange maladresse.
Je m'étonne du comportement de Sophie Marceau, moins de celui de Christophe Lambert. Le couple a fait la "couverture" de Paris Match le 1er février. La vedette préférée des Français, dit-on, après avoir été au mieux avec cet hebdomadaire, réclame la bagatelle de 45 000 euros à ce dernier plus la publication judiciaire en première page, parce qu'on l'a vue avec l'acteur de Greystoke et que ce serait intolérable. Sophie Marceau avait déjà frôlé le ridicule lorsqu'elle s'était plainte d'entendre chanter ses seins par Julien Clerc. Là, elle y tombe carrément. Je l'ai toujours beaucoup appréciée. Elle semblait vouloir échapper aux poncifs de l'art pensant et progressiste, portant à gauche et confit en fausses profondeurs. Que s'est-il donc passé pour qu'elle tombe de l'autre côté ? Je n'ose penser qu'elle a pu avoir honte de s'afficher et d'être affichée avec Christophe Lambert. Si seulement elle pouvait revenir à la raison ! Cette machine à faire du fric qu'est le droit à l'intimité de la vie privée et à l'image, m'a toujours scandalisé. Le beurre et l'argent du beurre, la gloire et le secret, l'élégance de la discrétion et la vulgarité de la célébrité. Trop commode.
Je m'étonne de la promotion médiatique vertigineuse de Mélissa Theuriau. Je ne parle pas de sa liaison avec Djamel Debbouze qui a encore amplifié le phénomène. Mais du fait qu'il lui a suffi de refuser de remplacer Claire Chazal sur TF1 pour que sur tous les plans on la porte aux nues. Classement parmi les dix plus belles femmes du monde ! Professionnelle éblouissante, etc... Par quels détours passent la consécration et l'hypertrophie, qui décide, à un certain moment, d'appuyer sur le bouton de l'omniprésence ? Quand je songe à la remarquable et ravissante Anne-Sophie Lapix, je me dis qu'il y a ou des médias qui n'y connaissent rien ou des personnalités qui savent résister à la vanité. Pour elle, j'en suis persuadé.
Pourquoi François Bayrou veut-il à toute force contredire Ségolène Royal lorsqu'elle a le courage d'affirmer que chaque Français devrait avoir un drapeau tricolore à sa fenêtre le 14 juillet ? Je ne trouve pas la suggestion absurde. Cette femme politique a un cran indéniable pour redonner du lustre à ce que le conformisme prétentieux estime désuet ou dépassé. François Bayrou, au lieu de se camper dans une opposition pour le coup stéréotypée, aurait mieux fait de louer ce qui, chez une adversaire, représente une heureuse concession à la tradition nationale. Ségolène Royal est une socialiste qui sort des sentiers battus et  ne pas le reconnaître me semble inélégant. Il est vrai que ce n'est rien à côté de José Bové qui  ose reprocher à Ségolène Royal de vouloir américaniser la France par sa proposition! Pourquoi n'impose-t-on aux candidats que d'avoir des parrainages pour avoir le droit de briguer les suffrages publics?
Une étrange maladresse que celle qui a inspiré cette opération de police dans le 19°arrondissement. Nicolas Sarkozy se trouve en Martinique, des instructions avaient déjà été données, ce qui se comprend, pour éviter les interpellations dans les écoles ou aux alentours. Je ne trouve pas anormal qu'on ait interpellé un sans-papier même s'il est le grand-père d'une élève. Je ne trouve pas anormal que la directrice ait été placée en garde à vue puis relâchée quelques heures après si des présomptions d'infractions avaient été relevées à son encontre. Cette intervention a été effectuée avec l'aval de l'autorité judiciaire. La validité de tout cela n'est pas discutable mais il n'était pas besoin d'être un grand politique, un Mazarin des forces de l'ordre pour percevoir qu'en cette période et en cette matière, il convenait d'agir avec prudence et humanité. La gauche et l'UDF poussent des cris d'orfraie et Jean-Christophe Cambadelis a des comparaisons indignes. L'unité de contestations hétérogènes s'est faite autour de cette affaire. On a retrouvé son bouc-émissaire privilégié : Nicolas Sarkozy. Le Préfet de police de Paris est Pierre Mutz. J'ai cru comprendre que son obédience chiraquienne l'avait fait nommer à la place de Claude Guéant qui de l'avis de tous méritait le poste. Dans notre univers, c'est sans doute une circonstance à charge. Singulier tout de même, ce dérapage sur le plan de la forme de l'action !
On n'en finit pas de tout soupçonner.
L'actualité est vraiment douée. Rien n'est à jeter.

Le plaisir des comptes

Je suis navré de peut-être lasser les visiteurs de mon blog avec cette histoire qui n'en finit pas. Mon post "Une mésentente très cordiale", en soutenant la cause de Josiane Bigot, a émis le voeu que le garde des Sceaux ne s'engage pas dans une voie qui réprimerait l'engagement des uns et tolérerait celui des autres. Je suis sûr que Pascal Clément, fin politique, ne commettra pas cette erreur. Je précisais également ce qui me semble être une évidence : ce n'est pas la même chose de co-présider un comité de soutien, affichant ainsi publiquement son choix politique et de participer à une conventions thématique sur la justice. Il n'est pas inutile d'y revenir puisque Nathalie Guibert, dans le Monde, m'a prêté une attitude "à la Josiane Bigot" que je n'ai jamais eue. Mon démenti n'a évidemment servi à rien.
A la lecture d'un article de Louis-Marie Horeau dans Le Canard enchaîné, je constate que le même mélange est opéré. A nouveau, on compare la démarche de Josiane Bigot avec la mienne puisqu'avec un autre magistrat, j'étais "au premier rang" de la convention UMP sur la justice et que nous allons "devoir rendre des comptes". Le journaliste se trompe. Je n'étais pas au premier rang mais à la tribune. J'ai même fait une intervention sur ma conception de la justice qui rejoignait la philosophie développée sur ce plan par Nicolas Sarkozy. Jamais deux sans trois : le Nouvel Observateur, dans sa rubrique "téléphone rouge", reprend la même antienne en affirmant que " j'aurais pris fait et cause pour Nicolas Sarkozy". C'est tout aussi inexact au sens où l'entend cet hebdomadaire auprès duquel je n'essaie même pas de faire valoir ma réplique. Je ne dispose que de mon blog pour cela et de la capacité de diffusion de mes lecteurs.
Je répète que je ne préside aucun comité de soutien. J'attends avec impatience qu'on me remette en mémoire les propos publics par lesquels j'aurais exprimé mon choix politique.
Qu'on me pardonne mais pour n'avoir pas eu la même attitude officielle que ma collègue, j'estime avoir tout de même le droit de la défendre.
Ce serait un comble si dans cette période on venait nous imposer pour la première fois le silence.
Le Canard enchaîné, en mettant tout le monde dans le même sac, croit m'embarrasser. Dénonciateur, il m'amuse.  Le Nouvel Observateur  devrait être plus prudent.
Je rendrai avec plaisir des comptes quand on me les demandera.

Attention, on pend !

Cesare Battisti heureusement arrêté au Brésil, une campagne présidentielle qui bat son plein en France, la présomption d'innocence d'Yvan Colonna qui aurait été violée, l'Autriche qui instaure le vote à 16 ans, quelques fragments d'un monde dont la rumeur parvient à nos esprits, nous réjouit ou nous désole. Mais, derrière cette apparence, que se passe-t-il ?
Depuis l'exécution de Saddam Hussein, quatrième pendaison à Bagdad. Le 20 mars au matin, avant l'aube, l'ex-vice-président irakien Ramadan s'est vu infliger ce châtiment. Condamné une première fois à la prison à vie, en appel il a écouté son arrêt de mort.
Je n'éprouve nulle sensiblerie ni pitié. Cette personne, haut responsable politique, a  fait commettre des actes atroces. Il me semble tout de même que quelque chose ne tourne pas rond, que le bruit honorable ou décent de l'univers nous cache ses épouvantables coulisses.
Bien sûr, il y a l'exigence morale qui devrait interdire que l'humanité ordonne la mort d'un humain même infiniment coupable. Il y a aussi une sorte de gêne, l'intuition d'une malfaisante compensation.
Tout a échoué en Irak, on le sait aujourd'hui. Je le dis avec repentance puisque favorable à l'intervention américaine  à cause de ma détestation de Saddam, je n'imaginais pas une seconde le niveau d'impréparation des USA, la victoire acquise, et l'inaptitude des  opposants au dictateur à concevoir un Etat digne de ce nom. J'avais tout faux.
Ces pendaisons me semblent être la cruauté institutionnelle de mauvais joueurs, de tristes perdants. Comme c'est un fiasco, on  passe ses nerfs en pendant. On rattrapera par les morts ordonnées et exécutées une vie et une action internationales déplorables. Chaque pendaison est une barbarie de victoire, comme il y a des cris de triomphe, une victoire de la barbarie.
Je n'en demandais pas tant.
Il faut aller regarder dans les recoins. Là où les tragédies se terrent pour ne pas nous déranger.

Matinale en vrac

Cela n'a pas traîné. Gilles Perrault a reproché "au ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale" (sic) l'arrestation "électoraliste" de Cesare Battisti. Il aurait sans doute fallu l'interpeller à la  date qui lui convenait  ! Excellente réponse de Nicolas Sarkozy qui, sur ce plan, n'a aucun mal à convaincre ceux pour qui l'Etat de droit a encore un sens, et ils sont plus nombreux qu'on ne le pense.
Un entrefilet du JDD, par ailleurs, concernant encore Nicolas Sarkozy. Si je comprends bien, Henri Guaino écrit ses discours - c'est la première fois que j'ai pu lire dans la presse une interview de la "plume" - et Arno Klarsfeld les corrige. Pourtant, ils parviennent à être bons !
Miracle de la politique.