On l'aurait presque oublié. Celui qui a mis le feu aux poudres, celui qui a voyagé sans ticket, celui qui, interpellé par un agent de la RATP, lui a porté un coup de tête, celui qui faisait l'objet d'une interdiction du territoire, celui dont la situation administrative était sans doute irrégulière, celui qui a été condamné à sept reprises mais impliqué, en outre, dans quinze affaires notamment pour des violences et des vols, celui qui, âgé de trente-trois ans, a ameuté l'environnement et entraîné, de la part d'une multitude de jeunes gens qui traînaient gare du Nord selon leur habitude, les émeutes qui ont commencé mardi soir et qui ont pris la police pour cible.
On l'aurait presque oublié, ce Angelo H, tant on a feint de passer sous silence sa responsabilité capitale dans les affrontements qui ont suivi. C'est d'abord lui le coupable, et personne d'autre. Ensuite, que les bandes alertées en aient profité pour, selon une habitude déplorable, "casser du flic" et causer des dégâts importants dans les commerces proches relève d'un mécanisme qu'on peut tenter d'analyser.
La contrainte légitime exercée par la police suscite une libération de la violence illégitime qui s'en prend aux fonctionnaires puis, au-delà d'eux, à cet Etat détesté et honni. Certaines images nous montrent le comportement agressif de policiers dont l'intervention "musclée" a suscité des réactions et des protestations. Il est indéniable qu'entre la cause originelle des événements et les interpellations finales, des actions ont pu être commises par les forces de l'ordre qui dépassaient, dans la mêlée et l'hostilité générale, les limites que dans nos cabinets, bien à l'abri du réel, nous nous plaisons à assigner à ceux qui sur le terrain s'affrontent au pire et au détestable. La police de proximité n'y changerait rien dès lors qu'on est chargé de contrôler des individus ou des groupes qui ne veulent surtout pas d'une proximité paisible avec la police.
Le coupable, c'est donc Angelo H. Celui au sujet duquel un consensus aurait dû se créer et qui, dans un Etat de droit digne de ce nom, n'aurait mérité aucune complaisance. Or toute cette histoire est racontée depuis mardi soir comme si elle avait commencé APRES l'interpellation de cet homme et qu'elle ait été sans rapport avec cette dernière, rendue ingérable. C'est ainsi qu'on voit certains candidats tenir des propos surprenants. Olivier Besancenot - je ne suis pas sûr qu'il plaisante - affirme que s'il y avait eu la gratuité des transports, rien ne se serait produit. Mettons en place le communisme intégral, il n'y aura plus de vols faute de propriété privée ! Plus sérieusement, dans sa réaction initiale, Ségolène Royal, d'habitude mieux inspirée en matière de sécurité, met en cause "la façon dont le contrôle a été opéré". Le contrôle, et non pas celui qui l'a rendu nécessaire. Jack Lang, conseiller vraiment "spécial" de la précédente, non seulement fuit la nuance mais tombe dans le grotesque. "Le seul et unique responsable de la situation, c'est l'ancien ministre de l'Intérieur. Sous son règne, les délinquants ont prospéré. Nicolas Sarkozy a été en permanence un fauteur de troubles et de violence." Comment peut-on, de sang froid, proférer de telles absurdités ? Lorsque l'exigence de responsabilité est pervertie à ce point par l'obsession de la rivalité, il n'y a plus rien à dire. Quant à François Bayrou, il reste dans sa veine coutumière, prétendant se situer entre la répression de l'un et la mansuétude de l'autre mais ne nous guidant guère sur la voie à suivre. En tout cas, il se garde bien, lui aussi, d'évoquer le responsable de ces échauffourées collectives, préférant s'en tenir au reste qui n'est pas l'essentiel.
En continuation de cette impasse faite par les politiques, des médias ont naturellement emboîté le pas en mettant sur le même plan police et jeunes émeutiers, forces de l'ordre et jeunes casseurs, fonctionnaires en intervention protectrice et jeunes violents inspirés par la seule haine. Cette perpétuelle et mensongère balance entre l'honorable et le transgressif n'a pas été sans incidence, depuis longtemps, sur la perception que notre société a eue de sa police, de son statut et de son rôle et de ceux qui, parfois gravement, résistaient à son action. La première était systématiquement déshonorée tandis que les seconds bénéficiaient d'une approbation choquante.
Il n'y aura pas de miracle. Je crains que des crises de cette nature ne se reproduisent, d'autant plus insupportables qu'elles sont le fait de minorités parfaitement identifiées et qui, laissées impunies, dégradent et attaquent, volent et brûlent et, par contagion, entraînent. Certes, je veux bien admettre qu'un discours politique ne puisse se voir imposer l'obligation d'une compréhension approfondie mais il me semble qu'une bonne volonté collective, un désir d'union, une lucidité non partisane seraient susceptibles d'aboutir à des recommandations pertinentes.
Remettre l'Etat de droit sur ses pieds et accepter d'incriminer les véritables responsables et coupables. Reconnaître la mission éminente et difficile de la police en ne mélangeant pas celle-ci, dans l'appréciation, avec les délinquants qu'elle est chargée d'appréhender. Même si cela choque les adeptes de l'indifférenciation, d'un côté il y a le Bien et de l'autre le Mal possible. Qu'elle transgresse les règles, et il conviendra de poursuivre les fonctionnaires dévoyés. Qu'on arrête de lui faire un procès comme si par principe elle était coupable.
Elaborer une nouvelle loi anti-casseurs, anti-violences collectives. Le téléscopage fréquent entre une transgression initiale, une interpellation difficile et une masse venant s'agréger pour faire opposition, violence et co-action exige que le code pénal, le moment venu, sache être complété par des dispositions capables, dans le même mouvement, d'incriminer le singulier et le pluriel solidaire sur le plan de la commission des infractions de groupe. Il faudra admettre, à la charge de celui-ci, une responsabilité qui saura réparer les lacunes d'une administration classique et défaillante de la preuve demeurée individuelle, donc inadaptée à ces conflits.
Il y a une politique de vigueur, de fermeté, de rigueur à tenir et à assumer. J'adhère totalement au fond de celle-ci telle qu'elle a été conçue depuis plusieurs années. Je répète qu'il est absurde de soutenir que ces émeutes démontreraient son échec. Elles démontrent plutôt son existence et la crainte qu'elle inspire. Elle suscite une résistance de la part de factions qui, de toutes manières, même si on leur offrait les conditions de l'insertion sociale et nationale, n'auraient que le désir de mettre le feu, dans tous les sens, à leur bout de territoire, à notre idée de la République, à la démocratie et à ses règles. Ce qu'il convient en revanche d'accomplir, et c'est un problème non plus de fond mais de forme, c'est de transmettre cette volonté de fermeté avec mesure et modération. Il y a des injonctions et des ordres répétés qui, pour l'éducation des enfants, aggravent la situation plutôt que de l'apaiser. Le fond rigoureux est nécessaire mais sans doute convient-il d'éviter que la manière de le présenter excite plus qu'il ne pacifie. Le langage n'a pas à jeter du sel sur une société ici ou là à vif mais de la sérénité. Je crois que la sévérité n'est pas exclusive d'une telle démarche.
Bientôt les deux tours de l'élection présidentielle. Après les émeutes de la gare du Nord, le train sifflera deux fois. Que personne ne s'imagine que le rapport entretenu avec ces événements sera sans effet sur le vote de nos concitoyens. Il y a des démagogies qui coûteront cher et des compréhensions molles et lâches qui pèseront lourd. A rebours, des courages, des évidences, des soutiens qui ne seront pas oubliés.
Le train ne sifflera que deux fois.
« Olivier Besancenot - je ne suis pas sûr qu'il plaisante - affirme que s'il y avait eu la gratuité des transports, rien ne se serait produit »
Et s’il y avait eu la gratuité des impôts Johnny ne serait pas parti à Gstaad. Et si la poste ne payait pas les facteurs, le timbre-poste pourrait être gratuit !
Rédigé par : dab | 29 mars 2007 à 23:08
Tout d'abord chapeau pour votre talent d'écriture. Je vous entendrais presque le déclamer dans un prétoire. Ca aurait de la "gueule".
Mais que fait la justice, comment se fait-il que des gens avec des casiers à rallonge puissent encore agir en toute impunité ? Quel est le crédit de la justice quand un mineur de 16 ans qui est présenté pour la 40ème fois devant un magistrat (vol, violence, drogue) et qu'il lui est fait un simple rappel à la loi ? Il vient par la suite pérorer devant ses copains de cité (je connais le cas). Les tribunaux ne sont pas assez fermes !
Rédigé par : politoblog | 29 mars 2007 à 23:04
"Elles démontrent plutôt son existence et la crainte qu'elle inspire. Elle suscite une résistance de la part de factions qui, de toutes manières, même si on leur offrait les conditions de l'insertion sociale et nationale, n'auraient que le désir de mettre le feu, dans tous les sens, à leur bout de territoire, à notre idée de la République, à la démocratie et à ses règles."
J'espère bien, d'ici peu, démontrer le contraire. Les coups, les matraques et les gaz n'ont jamais enseigné que la révolte. C'est aussi sur cela qu'elle est bâtie, la République.
Rien sur Papi Voise?
Rédigé par : Fleuryval | 29 mars 2007 à 22:47
Et que penser de l'exemple donné par cette directrice d'école, quelques jours plus tôt ?
Rédigé par : Marc Jean | 29 mars 2007 à 22:44
Bravo.
Le débat juridique que vous lancez méritera de plus longs développements. Allant à l'encontre de nos principes en matière de procédure pénale, il sera intéressant d'en soutenir les fondements.
Sur le fond de l'article, nombreux seront les commentaires qui vous donneront raison (de plus en plus nombreux, d'ailleurs).
Point la peine d'y ajouter. Deux observations néanmoins :
- le rôle joué (y compris Gare du Nord) par les activistes d'extrême-gauche qui servent leurs propres intérêts en se jouant de la misère des gens. C'est aussi le cas rue Rampal.
- ne pas oublier que si vous subissez la foudre de quelques pseudo-intellectuels bourgeois parisiens, vous avez le soutien de l'immense majorité du peuple de notre pays, dans vos analyses objectives et courageuses, pesées et humanistes.
Rédigé par : Damien | 29 mars 2007 à 21:23
Dans quel monde vivais-je, me demandai-je soudain, pour qualifier d'éblouissant un tel article qui, somme toute, n'était que le reflet du pur bon sens ...
Si j'étais ministre de l'Education, je l'imposerais comme dictée à l'entrée en sixième, dans le cours d'éducation civique...
Héolas, le bon sens est aujourd'hui la vertu la moins répandue ! (l'ajout du "o" est volontaire)
Rédigé par : sbriglia | 29 mars 2007 à 20:59
Je suis effrayé par le consensus anti-flic qu'a suscité cette affaire.
Dans notre société, toute intervention des forces de l'ordre semble devenue suspecte, tandis que le délinquant a toutes les excuses.
La France a vraiment du mal à digérer mai 68 ( "CRS - SS!!" ).
Rédigé par : Julien | 29 mars 2007 à 20:48
" Certes, je veux bien admettre qu'un discours politique ne puisse se voir imposer l'obligation d'une compréhension approfondie et multiple mais il me semble qu'une bonne volonté collective, un désir d'union, une lucidité non partisane seraient susceptibles d'aboutir à des recommandations pertinentes."
Il y a quelques semaines, j'ai fait référence au livre de Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-Bois. J’y repense depuis quelques jours.
"(...) Ici, on ne croit plus en la République, ni en ses institutions. Elles sont toutes rejetées en bloc, accusées, à tort ou à raison, d’être les principales responsables du malheur quotidien. (...) Il y a une confusion totale entre toutes les institutions. Il faut écouter ces jeunes ne faire aucune différence entre la police, la justice, l’Éducation nationale, La Poste, la RATP, et bien sûr les responsables politiques. Nous parlons beaucoup du sentiment antipolice de cette population mais, ne nous y trompons pas, il n’est que la partie visible de l’iceberg. Ce sont toutes les institutions qui sont rejetées. "
Extrait de " Chronique d’une proche banlieue "
Peut-on inciter fortement Ségolène Royal et Jack Lang à lire cette chronique et leur demander d'intégrer dans leurs appréciations la réalité que C. Dilain décrit par cette phrase.
Il est grand temps, et je suis d’accord sur ce point " qu'une bonne volonté collective, un désir d'union, une lucidité non partisane " se force à prendre toute la mesure d'une phrase comme celle que je viens de citer. Des responsables politiques qui s’enfermeraient dans son déni seraient des inconséquents.
Rédigé par : Véronique | 29 mars 2007 à 20:47
trois fois , monsieur Bilger !
votre "post" est subliminal , une fois de plus , je sais !
deux fois ce sont " deux moins le quart avant que Jésus ne crie " - J.Yanne , " deux heures de colle forte pour un baiser " -André Farwagi , " deux jeunes filles et un marin " -Richard Thorpe , " deux mains la nuit "- Richard Siodmark ," deux garçons , une fille , trois possibilités"- Andrew Fleming , " deux enfoirés à Saint-tropez "-Max Pecas et caetera ( "deux candidats , une candidate" -" deux extrêmes-droites , trois voire quatre bien à gauche " - )
sinon ok Chorale pour :
"Il y a des démagogies qui coûteront cher et des compréhensions molles et lâches qui pèseront lourd."
et le train de s'essoufler ?
"Il n'y aura pas de miracle. Je crains que des crises de cette nature ne se reproduisent" :-(
là , perso je souffle une bonne fois pour toute la bougie du Sapeur Camembert !
Rédigé par : cactus aime le mot dit | 29 mars 2007 à 20:32
Quel bon titre !
C'est honteux d'incriminer ainsi NS qui fut le premier à entrer dans les quartiers depuis bien longtemps pour tenter de rétablir un ordre républicain alors qu'il est devenu celui du plus fort, du moins moral dans ces lieux.
Ce n'est pas le candidat que j'ai choisi, il n'empêche que je trouve peu noble, ingrat de l'incriminer à la place du délinquant fauteur de troubles et des "émeutiers" voleurs et agressifs. Sarkozy a eu le courage de l'impopularité par critiques faciles des défenseurs de voyous...
Jack Lang est vraiment un (autocensure) de tenir des propos tels. Ce n'est pas une découverte, il a déjà tué l'art, la culture, massacré la langue française, il a maintenant comme désir irresponsable d'achever le pays en trouvant des excuses aux indélicats de la République, en prenant la défense des casseurs. Ségolène Royal vient de le suivre sur ce terrain en osant même exprimer : "La police doit respecter la jeunesse"... Une honte de malhonnêteté intellectuelle électoraliste, une insulte aux force de l'ordre. Je rappelle qu'une fois de plus dans ces affrontements seuls des agents ratp et un policier furent blessés, pas un seule de ces racailles.
L'onirisme et le monde inversé où on défend le pire pour dénigrer le mieux est en fin de rêgne, avec de tels propos, des politiciens viennent de se suicider électoralement. Besancenot, le veau sous la mère de Krivine comme dit Alain Soral, devrait être exempté P5 en politique, il est complètement irresponsable, dangereux pour lui-même et les autres.
PS : Pour la chute absurde, les titres de transport en commun deviennent gratuits pour les rmistes et les clandestins sur décision de monsieur Huchon et c'était prévu avant cet incident...
Rédigé par : LEFEBVRE | 29 mars 2007 à 20:20