Une incursion rapide dans la légèreté médiatique.
Michel Denisot, dans Madame Figaro, est interviewé pour la rubrique "En privé".
Il nous apprend, entre autres informations d'un intérêt inégal, que Frédéric Beigbeder est l'un de ses trois écrivains préférés. Je l'aurais parié puisque celui-ci est chroniqueur à l'émission de Michel Denisot "Le Grand Journal". Après tout, aucune raison de ne pas profiter des opportunités qui s'offrent pour dire du bien de ceux qui travaillent avec vous. C'est le propre d'un bon coeur.
Une réponse de Michel Denisot à une autre question m'a inquiété et je voudrais vraiment le rassurer. Le trait de caractère dont il est le moins fier, c'est "d'être peut-être trop indépendant".
Sincèrement je serais navré que Michel Denisot se culpabilise pour cela. Je peux lui garantir que cela ne se voit pas à l'écran. Il domine tellement bien le risque d'une indépendance trop affirmée que, parfois, de manière sans doute absurde, on éprouve l'impression inverse. En tout cas, il n'a pas encore atteint le point où la passion de la liberté ferait de lui un caractériel.
S'il veut devenir "trop indépendant", à l'évidence il a encore du travail à accomplir, de la résistance à manifester. Ses sourires constants ne sont pas conquis à la force de l'humeur. Il respire l'urbanité de l'animateur qui ne veut se fâcher avec personne. Il ne semble pas souffrir d'élans et d'indignations étouffés. Mais tout de même moins complaisant que Michel Drucker...
Encore un effort, monsieur Denisot !
La dérision, qui est une intelligence facile, des textes de Beigbeder ne me submerge pas d'émotion à la lecture. Encore un écrivain de Sciences po qui pense que le cynisme est un style, trop simple pour me plaire. Ce ne sont pas les contemporains qui sont généralement ma tasse de thé, toutefois il y a chez Houellebecq un talent qu'il est difficile de nier. Pour le reste, c'est un peu comme la star académie... Beig, Angot, toute cette insolence facile, bien ancrée dans le système, sont loin de Soral, Nabe, Céline, Bloy. Je sais que je m'autocensure énormément dans ce que j'écris actuellement et que malgré cela, je ne suis pas certain que cela suffise. Quoiqu'on en dise, une littérature réellement subversive se reconnaît parce qu'elle ne passe pas en télé. Le reste n'est que de la rébellion de bobos qui défonce le pauvre, est cruelle avec le faible et s'attarde sur le détail insignifiant, c'est Sue qui a gagné sur Balzac.
Tout est tellement plié que je finis par comprendre Denisot, Ardisson, Ruquier qui perdraient facilement leur emploi s'ils cessaient un instant de "penser dans les clous".
Il manque cependant ce grain de folie en littérature, où un écrivain crée et ne cite pas à la façon de trop nombreux auteurs venus du journalisme ou de l'histoire. Il manque des phrases trop longues, trop courtes, coupées en leur milieu par une digression, les lettres ont perdu leurs fous et fi des Mallarmé, Rimbaud, Céline, Lautréamont... Les mots sont devenus trop sages, bien trop sages.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 12 mai 2007 à 20:22