En dehors de la vie politique française, le monde bouge et offre matière à réflexion.
Avant d'aborder, dans ce grand livre de l'actualité internationale, une page grave, deux bonnes nouvelles qui nous renvoient à notre pré carré.
Arno Klarsfeld n'est pas ministre. Il sera seulement le candidat UMP à Paris dans le 12ème arrondissement. Il a été choisi malheureusement - ma satisfaction est forcément mitigée - à la place d'une femme de talent et de qualité, Catherine Colonna. La frime a payé.
Le juge Bruguière pourra se présenter aux législatives. La justice lui adresse tous ses encouragements et forme des voeux ardents pour sa réussite en politique !
Venons à ce qui est infiniment plus tragique que ces péripéties. Munia Abu-Jamal, en réalité Wesley Cook, chauffeur de taxi noir américain, ancien militant du Black Panther et journaliste engagé, a été condamné à la peine de mort en 1982 pour le meurtre d'un policier blanc, Daniel Faulkner. Depuis cette date, des mouvements de protestation et de soutien n'ont pas cessé de se développer au motif principal que le procès avait été truqué et la décision empreinte de racisme même si, dans le jury, se trouvaient quatre personnes de couleur.
Hier, un juge à Philadelphie était saisi en appel et sa sentence sera rendue dans quelques mois. Il aura la possibilité de confirmer l'éxécution, de commuer la peine de mort en réclusion perpétuelle ou d'ordonner l'ouverture d'un nouveau procès.
Je n'éprouve aucune sympathie pour ce condamné. Tout, dans son histoire, me déplaît. Je ne sais pas s'il est innocent, s'il y a même un doute substantiel qui puisse être allégué en sa faveur. Parmi ceux qui se sont engagés pour sa cause, combien peuvent dire qu'ils sont au fait de la procédure et du débat ayant abouti au verdict de mort en 1982 ? Aussi, faute d'éléments sur ce plan, je préfère m'abstenir.
Ce qui me semble scandaleux et qui, d'une certaine façon, dépasse de très loin l'antagonisme irréconciliable entre partisans et adversaires de la peine de mort - ceux qui me font l'honneur de me lire savent de quel côté je me place -, c'est la durée d'emprisonnement qui a déjà été infligée à Abu-Jamal et qui pourrait s'achever par son exécution. Il y a quelque chose d'absurde pour n'importe quel esprit, pour la sensibilité même la plus endurcie, dans ces vingt-cinq années d'enfermement qui risquent de ne pas être exclusives de la mort du condamné croupissant dans le couloir de la mort. Ces vingt-cinq années représentent bien plus que ce qu'un détenu pour meurtre grave serait appelé à purger en France, même en tenant compte d'une mesure de sûreté.
La prison plus la mort constitue l'aberration d'un système qui pousse le culte du juridisme jusqu'à sauver la vie durant une période très longue pour mieux proposer la mort en fin de parcours. Plus que l'humanisme - dont l'invocation peut être lassante pour un Etat fatigué des leçons de morale, même s'il aime beaucoup en donner -, un discours de rationalité (qui pourrait être l'équivalent, sur un registre infiniment plus dramatique, de notre débat sur la double peine) devrait être soumis aux autorités américaines. Je suis persuadé que la conscience de cette double peine, un enfermement long et une mort imposée, de ce mélange entre du réversible interminable et de l'irréversible instantané, pourrait détourner l'esprit public américain de ce scandale et en tout cas le conduire à remettre en cause un Etat de droit autorisant, dans sa légalité apparente, une telle inhumanité, une telle offense au bon sens et à l'équité.
J'espère au moins qu'il y aura commutation de la peine de mort. Pour peu qu'un autre procès soit ordonné, aurait-t-il une chance de faire apparaître la vérité, si longtemps après le meurtre ?
Une dernière réflexion banale sur le droit. Si ce dernier n'est pas irrigué, dans sa technique même, par l'humain qui lui donne sens et vie, il risque de devenir l'alibi confortable d'une folie qui oserait se prétendre légitime.
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