Maintenant que la vie de notre garde des Sceaux nous est bien connue, nous avons hâte de découvrir sa politique. Car celle-ci, à l'évidence, ne saurait se résumer aux peines planchers et à la suppression de l'excuse de minorité mises en évidence durant la campagne présidentielle. Actuellement, ces projets sont à l'étude et nul ne peut dire quelle sera exactement leur substance.
Avant de tenter d'analyser ce qui se prépare et d'imaginer l'avenir judiciaire, un mot sur une voix qui s'est malheureusement tue et sur une autre qui continue de donner des leçons de démocratie et de formuler gravement des banalités.
La première, celle de Jean-Claude Brialy, va manquer à tous ceux qui aimaient son talent et sa grâce. Je me souviens de ce formidable film de Claude Chabrol, "Les cousins". C'était la jeunesse de Brialy et un peu plus la mienne. Je me souviens de l'émission "Les grosses têtes" de Philippe Bouvard il y a deux ou trois ans où Brialy, au milieu d'un aréopage qui n'avait pas sa classe, m'avait offert sa délicatesse et sa curiosité. C'était l'époque où il s'apprêtait à jouer le rôle d'un président de cour d'assises !
Le seconde est celle d'Eva Joly. Apparemment cette dernière ne parvient pas à quitter un pays et une justice sur lesquels, en s'exceptant de la critique, elle avait dit beaucoup de mal. Elle revient cette fois pour énoncer, et nous rappeler, cette évidence que Jacques Chirac allait devenir un justiciable ordinaire et qu'il conviendrait de le traiter comme tel. Un tel poncif et un tel acharnement, quel couple étrange !
Rachida Dati a reçu récemment les deux syndicats de magistrats et la surprise, c'est qu'il n'y en a eu aucune. Le président de la République a changé mais le syndicalisme reste. Le Syndicat de la magistrature (SM) a mis en cause les tendances répressives tandis que l'Union syndicale des magistrats (USM) a déploré le manque de moyens. Vous le constatez, nous sommes en terrain sûr, en dialectique éprouvée !
Difficile, tout de même, d'avancer dans ces conditions, avec un changement d'ère qui n'a pas atteint tout le monde.
Qui pourrait contester qu'une augmentation du budget, en tout état de cause, serait bienvenue et que de nombreuses juridictions fonctionnent avec d'extrêmes difficultés ? Mais, au risque de me répéter, je continue à penser que là ne réside pas l'essentiel et que la qualité de la justice dépendra surtout de la manière dont on parviendra à restaurer ou non un rapport de confiance et d'estime entre la société et les magistrats, notamment pour le domaine pénal, sans méconnaître le caractère largement défaillant des autres secteurs judiciaires. J'attends avec impatience la première révolte, la première manifestation en faveur d'une justice rapide. Il faudra bien qu'un jour, le citoyen s'en mêle.
Si les commentaires syndicaux ne m'ont pas étonné, reste l'impression déstabilisante qu'on va promouvoir - pour tenir des promesses de campagne - des transformations qui, pour souhaitables qu'elles soient, ne méritent pas d'occuper tout l'espace de la réforme judiciaire. Des pièces du dispositif vont être retouchées avant que le dispositif lui-même, dans sa structure, ait été rénové.
L'instauration de peines planchers, dans des conditions qui seront bientôt déterminées, n'a rien à mon sens qui doive susciter l'ire de la magistrature, sauf à supposer qu'à nouveau, sous l'apparence technique, se dissimulerait une fronde politique. On a suffisamment évoqué l'ombre de l'augmentation des atteintes aux personnes apportée à un bilan globalement positif, pour ne pas approuver la nécessité d'une politique pénale plus efficiente sur ce plan. Contrairement à ce qu'on prétend, elle ne se trouverait nullement en rupture avec la plupart des exemples européens. Elle réduirait plus l'arbitraire du juge qu'elle n'entraverait sa liberté et, grâce aux sanctions obligatoires qu'elle imposerait, favoriserait une moindre inégalité devant la loi sur l'ensemble du territoire.
Il va de soi que la commodité ou l'amour-propre du magistrat qui se plaindrait d'une réduction de sa faculté d'arbitrer, devrait avoir peu d'incidence sur le processus envisagé, qui viendrait au soutien d'une tranquillité publique ainsi mieux assurée. Par ailleurs, il est évident qu'une soupape de sûreté sera créée qui permettra au tribunal de tenir compte de circonstances exceptionnelles justifiant un rejet de la peine plancher. Resterait à espérer que, comme souvent, cette brèche ouverte ne fasse pas peu à peu de l'exception la règle et que le coeur de la réforme ne soit pas ainsi vidé de son sens.
Je ne crois pas qu'il soit utile ici d'entrer dans le débat trop technique sur réitération et récidive, tel qu'il a été, par exemple, bien posé par le Figaro ou le Monde. Il me semble qu'à partir du moment où les peines planchers trouvent leur justification dans la volonté étatique de faire diminuer les agressions contre les personnes, il serait paradoxal de prendre en compte dans l'élaboration du texte la réitération, qui sortirait celui-ci de son champ spécifique. Qui dénierait que cette lutte judiciaire contre les violences soit souhaitable ?
Il faut appréhender correctement l'intuition juste qui inspire l'idée de la peine plancher et qui est souvent dénaturée par le recours à l'exemple américain, lui-même caricaturé. Certes, il est facile de se gausser quand un voleur d'orange, à sa troisième condamnation, peut se voir infliger la réclusion à perpétuité. Une telle aberration serait inconcevable dans les mesures prévues. Il n'en demeure pas moins que l'importance accordée non plus seulement au délit lui-même mais à l'entêtement et à la persévérance dans la transgression me semble tout à fait pertinente. Il n'est pas absurde d'estimer qu'avec une succession d'infractions même dérisoires, un comportement puisse inquiéter sur le plan pénal et qu'une sanction, en définitive, soit légitime à tenir plus compte du tout que des parties, de l'histoire que de chacun des épisodes. Pour ma part et sur ce plan, je ne verrais que des avantages à revenir sur notre sacro-saint principe de l'individualisation des peines, seulement validé constitutionnellement en 2005, pour mettre en oeuvre une approche plus réaliste. L'objectivation des infractions plutôt que l'individualisation des peines. Moins s'attacher au for intérieur et plus à la manifestation extérieure. Moins à la subjectivité du criminel et plus à la nature de son crime.
Quant au risque souvent invoqué d'amplification de la surpopulation carcérale, le ministre de la Justice est suffisamment lucide pour percevoir les effets des dispositions pénales qu'elle souhaite, tout en veillant à favoriser une décence matérielle et humaine sur le plan pénitentiaire. On pourrait d'ailleurs souligner que la hiérarchisation des infractions, entre les atteintes aux biens et celles causées aux personnes, serait utile pour "désengorger" les prisons d'une bonne part de la délinquance.
L'ensemble de ces considérations doit beaucoup à une excellente étude du professeur Hugues Moutouh "Des peines planchers pour prendre le droit pénal au sérieux" (Recueil Dalloz n°43, 2006).
L'exclusion de l'excuse de minorité pour les mineurs gravement récidivistes de 16 à 18 ans suscite une émotion chez la plupart des juges pour enfants, restés figés dans la contemplation béate de ce que l'ordonnance de 1945 avait de compassionnel et d'éducatif. Je ne méconnais pas leur trouble mais le monde des mineurs a changé, et pas sur un mode mineur, et le coeur considéré comme une stratégie exclusive a révélé ses limites, voire son échec. En dix ans de cour d'assises, même pour des crimes parfois odieux, je n'ai jamais vu écarter l'excuse de minorité. Sans doute n'ai-je pas été assez convaincant mais en dehors d'une exception récente à Nice, je ne crois pas que la présence des juges pour enfants aux assises facilite une répression à l'encontre de mineurs pour l'état-civil, mais que leurs actes et leur histoire ont rendu tragiquement majeurs.
Si ce nouveau projet était mis en oeuvre, les juges spécialisés seraient-ils exclus ou bien demeureraient-ils pour participer au jugement de mineurs traités judiciairement en majeurs ? Une réponse nous sera certainement apportée sur ce point qui n'est pas mince car conserver l'architecture ancienne rassurerait sans doute ceux qu'effrayerait la nouvelle donne.
Dans ces deux cas - peines planchers et excuse de minorité -, rien ne sera simple. Pas d'optimisme exagéré : les nouveautés ne seront pas facilement acceptées même si politiquement, avec la forte majorité escomptée, elles pourront être aisément avalisées.
Pour peu qu'on parvienne à jeter un regard d'ensemble sur les besoins fondamentaux du service public de la justice, on pourrait soutenir que les deux réformes voulues dans l'urgence relèvent de la conjoncture tandis que structurellement, trois métamorphoses d'une toute autre portée devraient solliciter la place Vendôme. Je pense à la nécessité absolue de remettre en chantier une définition élargie de la responsabilité des magistrats. Le Conseil Constitutionnel a validé qu'elle pourrait se fonder sur un dévoiement de l'activité juridictionnelle. Je songe aussi à une modification substantielle de la composition du Conseil supérieur de la magistrature qui devra, pour mieux fonctionner et inspirer davantage confiance, rendre en son sein les magistrats minoritaires. Enfin, pour que la procédure pénale soit vraiment appréhendée avec une contradiction pluraliste et pour que la justice devienne plus lisible pour le citoyen, j'aspire à ce que notre corps soit le plus rapidement possible divisé en deux entités distinctes et enfin indépendantes l'une de l'autre. Ce sera la seule manière d'assurer la liberté du juge et celle du ministère public. Ils franchiront peut-être toujours la même porte mais n'appartiendront plus au même monde.
En revanche, j'espère que demeurera à l'état de virtualité le Procureur Général de la Nation dont décidément l'utilité prétendue me laisse perplexe. Je n'ai pas assez mauvais esprit pour imaginer qu'une fonction puisse être instituée seulement pour complaire à tel ou tel qui prétendrait l'occuper. On ne serait plus dans une République "irréprochable" !
Je suis persuadé qu'on va changer d'ère et que la justice va devoir quitter ses quartiers sans doute incommodes mais auxquels elle s'était habituée. Elle bougera, elle changera. Il le faut pour elle. Il le faudra surtout pour le citoyen qui n'a pas oublié Outreau mais est prêt, aujourd'hui peut-être, à guetter un petit coin d'aurore.
On se souvient que NS en avait fait des tonnes en début de campagne sur la délinquance des mineurs et sur sa volonté de réformer l'ordonnance de 1945. Mais depuis son élection, le moins que l'on puisse dire c'est que notre nouveau président n'est pas très loquace sur le sujet. Et d'ailleurs Mme Dati n'est pas la ministre la plus présente dans les médias : espérons simplement qu'elle travaille dans l'ombre.
Pour ce qui est des réformes possibles et annoncées pendant la campagne de NS, je m'interroge sur la pertinence des peines planchers
La mise en place d'une telle mesure ressemble à une sorte de camouflet pour l'ensemble des magistrats : on n'a plus confiance dans le pouvoir d'appréciation de nos magistrats qui sont invariablement critiqués pour leur trop grand laxisme.
Voilà qu'on veut leur imposer ces peines planchers les transformant en distributeur automatique de peines. On ira devant le juge comme on va à l'épicerie avec des dialogues surréalistes :
"Bonjour monsieur, on vous reproche quoi ?
- un vol ! eh bien ce sera 3 ans pour vous ! signez en bas s'il vous plaît !
- suivant !"
Alors on nous propose des garde-fous pour éviter un excès de répression : mais ces garde-fous conduiront inéluctablement à la remise en cause du principe et ainsi faire de l'exception le principe et le principe l'exception. En résumé, on risque de tourner en rond.
D'une manière générale, peines planchers et remise en cause de l'excuse de minorité s'inscrivent dans un mouvement beaucoup plus large qui est celui du "tout répressif" qui pourrait très vite se transformer en "tout excessif".
Doit-on mettre en prison un mineur de 15 ans qui a volé le scooter de son voisin ? Doit-on appliquer scrupuleusement le texte répressif pour chaque vol ou autre délit sans tenir compte à la fois de la personnalité des délinquants et des circonstances de commission de l'infration ?
Vous semblez vouloir revenir sur notre sacro-saint principe de l'individualisation au profit du seul crime ou délit commis. Mais au-delà de cette infraction, le magistrat juge un homme ou une femme avec la personnalité qui lui est propre. En raison des enjeux d'un procès pénal, il me semble que la prise en compte de la personnalité du délinquant importe autant que la simple manifestation extérieure du crime ou du délit qu'il ou elle a commis.
Instaurer ces peines planchers conduirait à faire de la justice et de ses magistrats un Monstre Froid appliquant sans relâche des peines de façon automatique à des personnes qui dans leur for intérieur sont toutes différentes les unes des autres. Je ne crois pas que c'est de cette manière là qu'on ramènera la justice dans le coeur ( c'est un bien grand mot ) des Français ni même qu'on réformera au mieux notre système judiciaire.
Ensuite et pour de simple raisons techniques, ces deux mesures me semblent irréalistes : où allons-nous mettre toutes ces personnes automatiquement condamnées ? Et une fois l'excuse de minorité passée au mixeur législatif, qu'allons-nous faire de tous ces mineurs condamnés ? On va les mettre avec les "gros bras" en prison pour qu'ils en ressortent encore pire que quand ils y sont entrés ?
Je préfèrerais qu'on s'attache plus à la prévention qu'à la répression sans pour autant délaisser ce côté qui est indispensable. Mais il me semble que la tendance est à laisser tomber la prévention pour privilégier la seule répression. Et on laisse croire aux gens que la prison et la condamnation sont la solution miracle qui règlera tous les problèmes de la société. Regardons ce qui se passe aux USA. On ne cesse de mettre les délinquants en prison allant même jusqu'à l'absurdité d'infliger des peines de 150 ans et plus. Et pourtant, la délinquance ne cesse d'augmenter.
Je crois que la réforme de la Justice passe (outre le côté fonctionnel et administratif du système judiciaire) tout d'abord par la réforme de l'enseignement, de l'éducation et de la prévention. Passons déjà à la réforme des enseignements dans les facs de droit puis au concours et à l'enseignement de l'ENM. Juste un exemple pour témoigner de l'absurdité (c'est ce que je pense) de l'enseignement de certains IEJ, qui préparent au concours de l'ENM, par exemple celui dont je fais partie : pour vous dire que les deux cours les plus dispensés dans cet IEJ sont le sport et l'anglais ( cherchez l'erreur ...! ). Quant au concours en lui-même, il nous prépare plus à devenir des pros de la citation plutôt que des magistrats.
Et on nous explique qu'avant de nous lâcher dans notre juridiction, ce seront dans les quelques mois de l'ENM qu'on nous aura appris le métier de magistrat.
Moi, je crois que ces quelques mois devraient être beaucoup plus longs et prendre départ bien en amont dans la formation et même dès la faculté de droit où nous autres étudiants sommes complètement en décalage de la réalité, obligés d'ingurgiter des tonnes et des tonnes de livres sur tout et n'importe quoi.
Alors peines planchers ou pas, excuse de minorité ou pas : je crois que ce n'est qu'une goutte d'eau dans un océan par rapport au travail général qu'il y a à faire.
Rédigé par : Ségo | 01 juin 2007 à 15:49
Vous disiez qu'il faudrait attendre de connaître le contenu du projet sur les peines planchers pour en discuter. Et bien Madame Dati s'en explique dans une interview au Monde de ce jour.
On notera avec intérêt que le projet vise les crimes et tous les délits faisant encourir une peine d'emprisonnement d'un minimum de 3 ans (c'est large).
La proposition de loi Estrosi de 2004 qui n'avait finalement pas abouti ne visait que les délits punis de 10 années d'emprisonnement (donc les plus graves).
Le projet nouveau étend donc le champ d'application des peines planchers.
Par ailleurs, si l'objectif est de lutter contre les violences faites aux personnes, objectif louable puisqu'elles sont en augmentation, pourquoi alors ne pas viser que les infractions concernées.
Vous évoquez le cas du voleur d'orange récidiviste (qui entre nous ne porte pas atteinte aux personnes s'il s'agit d'un vol simple) qui se verrait condamné à la perpétuité, précisement avec le projet tel qu'il est dépeint dans cette interview notre voleur d'orange se verrait infliger une peine d'un an ferme pour une "première" recidive. Ca fait cher le vol de pomme.
Nouveauté tout de même (qui n'était pas prévue par la proposition de loi Estrosi en 2004), le tribunal pourra ne pas prononcer la peine plancher en motivant spécialement sa décision.
Vous écrivez qu'il n'y a pas eu de surprise lors de la rencontre entre syndicats de magistrats et Mme Dati.
Peut-être seulement que le texte serait déjà rédigé et actuellement entre les mains du conseil d'Etat sans avoir été ne serait-ce qu'évoqué avec ceux qui devront l'appliquer ensuite.
Ca n'est pas vraiment ce qu'on peut appeller une concertation même si on est d'accord sur le fait qu'au final il appartiendra au Parlement de voter (ce qui ne devrait pas être qu'une formalité) et/ou amender le texte (ce qui devrait être plus difficile).
Rédigé par : zadvocate | 01 juin 2007 à 14:28
Et... petite question :
Dans une République des Droits et des Devoirs, sur quelle base pourra-t-on — dès lors que l'on introduit la notion de minorité comme excuse, autrement dit de non-minorité devant la loi dans certains cas — contester à un mineur multirécidiviste l'obtention du droit de vote avant dix-huit ans ?!
Rédigé par : Stubborn | 01 juin 2007 à 14:20
Bonjour Monsieur Bilger,
Suite à la publication du livre "Métier de chien. Lettres à Nicolas", aux éditions Privé, en librairie depuis le 19 avril, j'ai également créé un blog (http://metierdechien.blog.20minutes.fr)dont le but est de discuter à partir de mon expérience de la sécurité publique au quotidien. Je vous invite à venir y intervenir si vous le souhaitez, l'apport d'un magistrat est toujours bienvenue dans un domaine dans lequel la "timidité" est aujourd'hui de rigueur.
Très cordialement.
Marc Louboutin
Rédigé par : Marc Louboutin | 01 juin 2007 à 13:28
Pour sonder sa position sur l'indépendance de la justice, le syndicat lui a soumis une question test : respectera-t-elle, comme les socialistes Elisabeth Guigou et Marylise Lebranchu, les avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en matière de nomination des magistrats du parquet, ou bien continuera-t-elle à passer outre comme le faisaient Dominique Perben et Pascal Clément ? Emmanuelle Perreux : «Elle s'est contentée de répondre que les textes permettaient de passer outre.»
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/257519.FR.php
Vous avez dit mauvais esprit ?
Rédigé par : Stubborn | 01 juin 2007 à 12:57
"le citoyen qui n’a pas oublié Outreau mais est prêt, aujourd’hui peut-être, à guetter un petit coin d’aurore"
La machine judiciaire est une boîte noire. On entre du papier, il en sort du papier. Quand on n'est pas content de ce qui sort, il faut en réintroduire. Le jeu peut durer longtemps, et il semble qu'il se termine quand les responsabilités sont exercées par des personnes nouvelles .
Mais je vois un petit point d'aurore sur une histoire vieille de 13 ans et qui n'est pas encore terminée, mais qui a un rapport avec un journal de référence en pleine instabilité, et dont on parle beaucoup en ce moment.
Lire les commentaires sur Libé, Le Point, Nouvel Obs
- Faces cachées et inavouables
http://www.liberation.fr/actualite/medias/255578.FR.php
- 30 millions de francs
http://www.lepoint.fr/content/medias/article.html?id=184959
http://www.liberation.fr/actualite/medias/255575.FR.php
- Participations croisées Monde /obs
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/interviews/20070523.OBS8412/liste_reactions00e5.html?l=0
Rédigé par : Mm | 01 juin 2007 à 12:00
"Seul l'inconnu épouvante les hommes" disait Saint-Exupéry". Il est donc normal que les changements annoncés en justice et ailleurs crispent, suscitent méfiance.
Je pense que c'est un peu égoïste de penser à son confort émotionnel dans la chienlit judiciaire. Cela ne doit faire plaisir à personne de condamner, surtout un mineur, mais il est certainement important de s'accommoder de cet inconfort dans l'intérêt commun.
Excepté quelques cas de débilités légères, un mineur de plus de quatorze ans sait qu'il fait mal lorsqu'il frappe, que la propriété d'autrui n'est pas la sienne... Il sait les notions de bien et de mal.
L'adolescence est la période de l'égoïsme, de l'ingratitude, des idées tranchées, elle a besoin de garde-fou pour que sa croissance à travers la transgression ne se transforme en jeu de massacre.
Le décès de Brialy me touche plus que je ne l'aurais imaginé. C'est précieux à mes yeux un individu dandy, ayant le bon mot, la bonne citation dans la bonne circonstance. Un amoureux du théâtre classique, de l'élégance et du verbe de moins. Un vrai gentil qui nous est enlevé.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 01 juin 2007 à 11:59
Vous avez raison de craindre que l'énoncé de mesures phares aveugle le regard porté sur l'essentiel : une réforme profonde et indispensable du système judiciaire, allant de la formation des juges, à la séparation nette du siège et du parquet, en passant par une refonte des principes de l'instruction. Je crains que ce soit la nouvelle règle du nouveau pouvoir : aller vite et fort sur l'accessoire en prenant garde de ne pas éveiller l'attention sur l'essentiel.
Sur l'excuse de minorité, la question de fond est quand même problématique : la récidive est-elle émancipatrice ? Comment pourrait-on acter l'idée qu'un mineur devienne majeur pénalement, uniquement pour être plus lourdement sanctionné, alors qu'on lui dénierait cette majorité par ailleurs. Comme si la récidive dans le délit ou le crime ne pouvait être qu'adulte et qu'on ne pouvait imaginer sanctionner cette récidive, y compris de façon forte, dans le contexte approprié de la minorité légale.
Car après tout, si les cancres comme les premiers de la classe demeurent mineurs, c'est bien parce que nous estimons qu'un jeune doit être protégé jusqu'à un certain âge, contre son environnement mais aussi contre lui-même, et cela en toute circonstance, quels que soient ses mérites ou ses tares. L'ajout de la peine plancher à ce dispositif conduirait alors à un paradoxe de double peine où nous pourrions voir un mineur condamné plus lourdement qu'un majeur en vertu d'une peine plancher et de la levée de l'excuse de minorité.
La levée de l'excuse de minorité révèle à la fois un manque d'imagination en matière répressive et un déni de responsabilité. En effet, si la société n'est pas responsable de tout, elle l'est dans la mesure où, alertée par le comportement d'un individu, elle ne prend pas les dispositions judicieuses pour le dissuader. Par l'absence d'agents de probation et de dispositifs de contrôle et de réinsertion des récidivistes, le système favorise le laisser-faire, qu'une politique uniquement répressive se contente de sanctionner a posteriori, alors que le mal est fait. Après deux crues de rivière dévastatrices, on construit des digues, sinon on est responsable des catastrophes nouvelles.
Au lieu de cela, nous pouvons imaginer aisément un système répressif de la primo-délinquance ou de la récidive qui intègre dans la peine une obligation de formation, sur le modèle de l'obligation de soins. Nous pouvons imaginer une répression spécifique des mineurs multi-récidivistes centrée autour de la formation, à la fois civique et professionnelle. Bref une stratégie d'éloignement de la délinquance qui ne soit pas moins ferme, mais plus appropriée qu'un séjour commun à Fleury-Mérogis dont nous avons au moins la certitude qu'il est une usine à gangster.
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 01 juin 2007 à 11:47
"soient restés et non rester"... Heureusement que les fautes ne sont pas pénalisées car je serais un multirécidiviste ; et on dit que l'informatique c'est le progrès.
Rédigé par : Bernard | 01 juin 2007 à 11:32
Si l'Education nationale nous renvoyait 13000 ans en arrière avec les "mammouth à dégraisser", la justice nous renvoie au crétacé à l'époque des tyrannosaures tellement elle semble lointaine et inaccessible au grand public. Sur ce blog je m'expimais dernièrement en écrivant que la justice devrait s'apprendre au collège ou au lycée, il ne s'agit pas de faire absorber aux élèves Montesquieu, mais que les élèves se familiarisent avec cette justice : Pourquoi la justice, pourquoi des lois, pourquoi des peines... Il faut que la peine donnée au justiciable soit comprise par celui-ci, sinon à quoi bon la peine plancher (ou une peine tout court) ? Le justiciable y verra l'acharnement d'un magistrat ou de l'Etat à vouloir le faire condamner. Je pense que nous n'avons pas fini d'entendre les philosophes, sociologues, psychologues, pédo-psychiatres et autres faiseurs d'opinions professionnels gesticuler quant aux lois que veut faire passer Madame Dati .. Dans l'absolu la justice ne risque-t-elle pas de voir tout ce beau monde dans les prétoires et se substituer aux avocats.
Ma conclusion est la peine plancher oui, mais d'abord l'éducation du droit (je doute parfois que certains hommes normaux soient rester assez lucides pour avoir notion du bien et du mal).
Je m'associe à Philippe Bilger pour rendre hommage à Jean Claude Brialy. Il avait certes du talent mais en plus, cerise sur le gâteau que pourraient lui envier beaucoup d'acteurs actuels, il avait de la classe et de la culture.
Rédigé par : Bernard | 01 juin 2007 à 11:29
Monsieur Bilger,
Le SM et l'USM ne sont malheureusement pas les seuls.
Exception faite de la CFDT, avez-vous déjà entendu une parole positive de la CGT,de FO, du SNES ou de la FCPE.
Cette attitude est renforcée par la presse qui face à toute nouvelle mesure, parle immédiatement de la "crainte" des syndicats.
On est en pleine langue de bois quand on parle de "Défense des services publics", "Défense du droit de grève", "Défense de la mixité sociale" .....
Le pire exemple peut-être c'est quand on nous ressort un Pelloux chaque fois qu'il y a un problème à l'hôpital.
Rédigé par : Duret | 01 juin 2007 à 10:17
Quitte à être triste, autant avoir l'ère gaie !
Rédigé par : Parayre | 01 juin 2007 à 01:24
En effet, « nous avons hâte ».
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 31 mai 2007 à 23:22