Sans doute a-t-on trouvé le moyen de retarder davantage encore l'examen disciplinaire du dossier de notre collègue Burgaud, à la suite d'un couac tellement énorme qu'on peut se demander s'il n'a pas été fabriqué opportunément.
Dans un entretien destiné à demeurer privé mais diffusé par la chaîne lyonnaise TLM, Patrick Devedjian s'est laissé aller à traiter Anne-Marie Comparini de "salope". Il s'est excusé mais comme il est de règle dans un monde structurellement grossier, on a des indignations de chaisière pour un dérapage qui ne bouleverse tout de même pas la face du monde. Il est vrai que j'ai toujours eu un faible pour cet homme politique qui n'a jamais usé de la langue de bois - d'où le risque d'un débordement comme celui de jeudi dernier - et qui aurait pu devenir garde des Sceaux. Mais il fallait surprendre, étonner, désorienter, faire un contre-politique comme il y a, en sport, des contre-pieds. J'ajoute que Patrick Devedjian, en bon avocat qu'il a été, pourrait plaider une forme de contagion car si l'action est reine en ce début de quinquennat, on ne peut pas dire qu'il règne, depuis le 6 mai, un indiscutable parfum d'élégance, en dépit d'un gouvernement qu'on n'a jamais connu à ce point adepte d'un tel garde-à-vous intellectuel et politique. Il y a un mélange de caporalisme et de débridé qui suscite la curiosité de l'observateur et laisse pour l'instant le citoyen bouche bée.
Rachida Dati, la ministre de la Justice, va faire voter sans coup férir les peines planchers et la réforme de la justice des mineurs. Elle s'est attelée à ce serpent de justice qu'est la carte judiciaire et ses nécessaires aménagements, avec une technique qui est passée de la marche forcée et de la bride abattue à une concertation qui sera longue, difficile puisque dans la simplicité du projet va venir se glisser de plus en plus la complexité du réel. Mais elle aura raison de maintenir le cap.
Après, quoi ?
On a d'autant plus le droit de se poser la question qu'en dépit des espérances, la campagne présidentielle n'a pas abordé, dans sa globalité, la réforme de la justice. Comme un bon petit soldat, la garde des Sceaux a mis en oeuvre un programme - réalisation des seules promesses - qui est loin de représenter tout ce dont l'institution judiciaire et le citoyen, puisque je ne les sépare pas, ont besoin pour retrouver efficience, confiance et légitimité.
Il va de soi que l'augmentation du budget et l'accroissement des moyens humains et matériels, avec le contrôle de leur exploitation, constituent le terreau structurel à partir duquel une évolution positive sera possible même si la modestie quantitative n'explique pas à elle seule la médiocrité qualitative.
Dans le domaine pénal, deux problèmes cruciaux vont devoir être abordés de front.
Celui de "l'inexécution" des peines, qui d'une part rend absurde un dispositif de répression battu en brèche quand il devient le plus nécessaire et d'autre part, explique le recours obsessionnel à la prison, faute d'effectivité des autres sanctions. Pour répondre à ce double handicap, il me semble qu'il conviendrait de généraliser l'heureuse initiative, couronnée de réussite, de Pascal Clément pour les bureaux d'exécution des peines. Ce guichet unique et immédiat est sans doute la solution pour pallier les vices d'un processus qui fait perdre à la justice pénale sa crédibilité.
Celui de la misère pénitentiaire. Pour ma part, il ne s'agit pas, selon l'attitude confortable dominante, d'obliger l'Etat à sacrifier sa mission de sauvegarde publique au prétexte que l'enfermement n'offrirait pas aujourd'hui les garanties de décence et d'humanité souhaitées par tous. En réalité, le gouvernement ne peut que connaître les effets prévisibles des peines planchers, réforme qui a plus que jamais mon assentiment. Il a évidemment conscience de l'état pénitentiaire et du fait que la surpopulation pénale conjuguée avec l'indignité de beaucoup de lieux sont grosses de révoltes et de ressentiments que l'opinion, aussi conservatrice qu'elle soit sur ce plan, pourrait comprendre. Aussi, le ministère de la Justice n'a pas d'autre choix que de mener de concert une politique cohérente - avec la répression qui s'ensuivra - et un changement drastique des conditions de détention, sans omettre la construction à marche forcée de nouveaux établissements. Puisque le président de la République, à juste titre, arrache à la gauche une substance humaniste qui, de fait, ne lui revenait pas d'essence, le chantier principal se situera derrière ces murs où la malfaisance est incarcérée. Investir considérablement sur ce plan (la création d'un contrôleur indépendant est déjà une avancée fondamentale) constitue une impérieuse obligation de l'Etat.
Pour les autres justices - civile, sociale,commerciale - qui, cachées par l'omniprésence pénale, ne peuvent pas montrer leurs plaies au grand jour de la démocratie, ne pourrait-on concevoir un audit infiniment détaillé, cour d'appel par cour d'appel, tribunaux par tribunaux, où les retards scandaleux seraient pointés, les dysfonctionnements choquants dénoncés, l'administration de la justice réellement évaluée. En conséquence, des modalités d'intervention urgentes et réparatrices pourraient être mises en oeuvre. Cette action qui répondrait à la priorité des besoins aurait un double mérite. Le constat ne serait pas négligeable pour le débat sur la carte judiciaire. Le citoyen verrait enfin l'institution, ici ou là, s'attaquer à son mal fondamental : offrir un service public de mauvaise qualité. Si on laisse les choses se dégrader encore, les usagers mécontents descendront dans la rue. Parfois, je me demande si une telle manifestation - qui nous changerait de celles, corporatistes, des magistrats -, n'ouvrirait pas la voie à un véritable changement. Il me semble aussi que pourrait être utilement creusée cette idée d'un corps de "magistrats volants", pompiers de la crise judiciaire et qui, avec beaucoup de latitude, viendraient apporter leur soutien partout où la justice brûle.
Cet inventaire qui donnerait au ministère une appréciation fine des ombres et des lumières nationales pourrait utilement s'accompagner de l'instauration d'un véritable contrôle professionnel qui, appliqué à l'ensemble de la magistrature, permettrait enfin de savoir ce que chacun vaut réellement, sans fard ni démagogie, du plus haut des hiérarques jusqu'au soutier de base. Avant toute prise de fonction une estimation de l'existant, à son issue une évaluation. Certes, le quantitatif n'est pas tout mais il donnerait une perception à peu près exacte du travail de chaque magistrat. On verrait des gloires usurpées remises à leur piètre place et des anonymes remarquables gagner leur place au soleil. Il me semble qu'un tel quadrillage des compétences serait en harmonie avec l'opportune création d'un directeur des ressources humaines à la Chancellerie.
Apparemment, en dehors d'une minorité dont je fais partie, le corps judiciaire s'accroche à son unité, en refusant que le siège et le parquet constituent deux entités distinctes, structurellement indépendantes l'une de l'autre, ce qui à mon sens, serait pourtant de nature à restituer à la procédure pénale son authenticité, sa contradiction et sa pluralité. Si cette division est abandonnée comme je le crains, restera à affronter tout de même le problème de la composition du conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il est essentiel de rendre cet organe moins corporatiste, moins replié sur lui-même, moins préoccupé des luttes de pouvoir et des rapports de force, plus soucieux de favoriser les compétences et les personnalités. Pour le moins, il faut réduire sensiblement le nombre de magistrats au sein de cette instance, pour qu'elle sorte de son autarcie, s'ouvre, se libère et se fasse respecter par tous. On en a assez des clans. On aspire à ce que les meilleurs soient distingués et promus.
La vie judiciaire appelle, dans sa richesse et ses lacunes, tant de réformes possibles qu'il n'est pas concevable de les évoquer toutes. Rien ne se fera, à l'évidence, si l'Ecole nationale de la magistrature ne bénéficie pas d'une attention toute particulière. Le directeur de cabinet du garde des Sceaux, Michel Dobkine, n'y sera pas hostile, j'en suis sûr. Le choix des enseignants, les modalités de la formation, ses finalités, l'apprentissage de la maîtrise du pouvoir, la politesse et la culture, la pluralité des intervenants, autant de pistes qui ne sauraient être négligées sans risquer de rendre cette école prestigieuse seulement en apparence. La procédure pénale, dont on soutient depuis le désastre d'Outreau qu'elle devrait être revisitée de fond en comble, sera déjà largement enrichie par les mesures que j'ai évoquées plus haut. Tout ce qui instaurera des délais stricts pour la durée des procédures et le temps de détention sera le bienvenu, de même que, autant que faire se peut, l'élargissement des espaces de publicité, partout où il sera compatible avec le peu de secret qu'exige une justice véritable. Puisqu'on a décidé de ne pas supprimer la fonction de juge d'instruction - quel dommage ! -, il sera bon de pousser les feux de l'accusatoire autant qu'on pourra pour mettre de la contradiction, de l'avocat, des armes équitables, de la preuve, de l'audience et de la transparence dans un monde qui en manque.
J'ai gardé le meilleur, le plus difficile pour la fin. Je maintiens que, sans paradoxe, ce qui restaurera le lien de confiance et d'estime entre les citoyens et notre institution viendra d'une responsabilité accrue des magistrats. Non pas que je sois masochiste en souhaitant pour mes collègues comme pour moi, d'implacables fourches caudines mais, aujourd'hui, aucune liberté, aucune puissance ne peuvent se dispenser de rendre des comptes. Il n'existe plus de métier d'ordre, de pratique d'autorité qui puissent se soustraire à cette belle exigence de responsabilité. Ce n'est pas parce que nous sommes forts que nous sommes contestés mais parce que, naturellement faillibles, nous ne sommes jamais mis en cause pour les désastres que nous pouvons causer et qui sont détachables, par leur gravité, de l'accomplissement normal de notre mission juridictionnelle. Plus de responsabilité nous rendra plus proches du citoyen. Loin de nous faire perdre notre importance, elle la légitimera en cessant de faire peser sur le corps tout entier les fautes d'un seul. L'honneur d'être magistrat, c'est aussi d'offrir nos grandeurs et d'avouer nos faiblesses. La pire des choses serait de prétendre demeurer à l'abri de la rumeur soupçonneuse de la République en nous cachant derrière un statut qui nous protège moins qu'il ne nous dessert.
Après, quoi ? La ministre de la Justice a l'embarras du choix. Les magistrats craignent ou espérent. Le citoyen attend.
Michel Dobkine n'est plus aux côtés de Rachida Dati...
Et si vous deveniez candidat à la direction de l'ENM ?
Je serais ravi... tant cet établissement est fondamental !
Rédigé par : Parayre | 07 juillet 2007 à 21:08
@ Ludo Lefebvre
Le débat n'est pas facile, il y a aussi les contextes du moment qui font que... ou "Notre intime conviction".
La province refuse souvent de toucher à ses notables ou assimilés... Même les plus "dégueulasses"... Il existe une omerta provinciale.
Rédigé par : Bernard | 07 juillet 2007 à 08:28
Bernard,
Je sais bien qu'un notable peut se livrer à ce genre d'acte, c'est ce que j'ai vécu et mon agresseur en est véritablement un.
Lorsque l'on a pratiqué quinze ans de psychothérapie dans ce sens, on sait reconnaître un pervers narcissique, Bernard, on n'est pas plus intelligent, déductif qu'autrui, on a juste appris à voir ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas voir dans ce domaine.
Pierre Martel n'a pas cette perversion, j'en suis certain et je ne m'avancerais pas à la légère surtout à une époque où ayant les même acteurs judiciaires, je risquais gros dans cette prise de défense.
Lorsqu'un handicapé qui n'est même pas en état de lacer ses chaussures est accusé d'actes qu'il ne peut matériellement pas accomplir et qu'il n'y a aucune vérification, lorsque on ne vérifie pas l'agenda professionnel de monsieur Marécaux ou monsieur Martel pour corroborer les dates et attester les témoignages probants qui auraient mis en lumière à savoir une impossibilité temporelle d'avoir commis ses actes, lorsqu'encore une fois, cet handicapé est accusé d'avoir introduit des objets aussi mous dans le corps des victimes que des baguettes de pain. On vérifie, on tient compte de la faisabilité des actes donc non le jeune Burgaud n'a pas effectué correctement son travail, celui chargé de la supervision et des suites à donner à l'enquête, non plus.
Une enquête approfondie suite à la déconvenue de l'instruction qui ne soit pas à charge ou à décharge et sous la lumière presque autoritaire de l'opinion publique par l'intermédiaire des média. La commission parlementaire eut aussi, je trouve une instruction à charge qui ne fut pas un parangon de réalité.
Le mieux auraient été une enquête simple et sérieuse et un devoir de vérité.
Je vais vous donner un exemple de cette difficulté à être vrai :
Daniel Legrand fils fut présenté comme un organisateur de réseau pédophile international, un rapide examen permet de se rendre compte qu'il n'en a ni les qualités, ni les défauts... Le temps passe, le vent tourne et il nous est présenté lors d'un reportage comme un étudiant au moment des faits ainsi que Karine Duchochois, or c'est entièrement faux également.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 06 juillet 2007 à 18:44
@ Ludo Lefebvre
Connaît-on vraiment les autres ? On a déjà du mal à se connaitre soi-même. Moi aussi j'avais discuté des heures avec une personne à laquelle j'aurais donné le Bon Dieu sans confession, elle fut condamnée à 15 ans de réclusion pour actes pédophiles par la cour d'assises d'Evreux, j'avoue être tombé de haut et plus de 10 ans après le jugement j'ai toujours du mal à penser que cet homme-là ait pu être un satyre, mais si les pédophiles avaient un profil type, il serait facile de les mettre hors circuit.
C'est vrai que le notable local est toujours soupçonné de perversions, dans la vie courante comme au cinéma, on a encore présent à l'esprit le film "Garde à vue" avec Lino Ventura en officier de police et Michel Serrault en notaire accusé à tort d'un crime pédophile, mais cela ne veut pas dire non plus que tous les notables ou ministres des cultes sont innocents, dans l'Eure il y a eu quelques affaires qui firent beaucoup de bruits...Même parmi des fonctions que l'on aurait cru irréprochables.
On ne peut pas nier non plus que dans l'affaire d'Outreau le doute planera toujours dans la mémoire collective et que les innocents devront justifier jusqu'à leur dernier souffle qu'ils y étaient vraiment, c'est dur et insoutenable moralement et tout l'argent du monde ne suffira pas à redorer l'honneur perdue des accusés à tort ; mais de l'autre côté la justice est rendue par des hommes, et tous les hommes aussi impartiaux et justes qu'ils soient ont leurs faiblesses dans le domaine des appréciations, moi-même quand j'écris "pas tous innocents" je sais manquer de pondération, car homme avec ses préjugés. Mais peut-on aussi imaginer une justice sans faille, sans erreur, je ne le pense pas, cela relève de l'utopie.
Pour finir et pour la x ième fois pour moi (et ça n'engage que moi) je pense que le juge Burgaud a fait son travail honnêtement. La valeur doit-elle attendre le nombre des années ? Non nous aurait dit Corneille. Seule une très grosse pression médiatique... et politique ont fait qu'il fallait trouver vite un bouc émissaire. Si le doute planera longtemps quant aux relaxés de cette affaire, il planera aussi longtemps quant à la responsabilité du juge Burgaud.
Rédigé par : Bernard | 06 juillet 2007 à 11:17
Bernard,
J'ai vu aussi l'influence néfaste des média qui cherchaient leur Dutroux national et fantasmaient sur un réseau de notables (un taxi, un huissier, un prêtre ouvrier, une commerçante itinérante, un handicapé physique et mental d'un milieu modeste et des rmistes... le ridicule ne tue pas la presse) et au moins deux esprits fragiles (Burgaud, Lesigne) qui se sont laissés emporter par le flot.
J'ai aussi vu des foules devant le palais de justice chercher le lynchage, fait qui n'est pas nouveau, regardons de près la révolution française et son bain de sang.
Véronique a raison, c'est toute une machine qui s'est déréglée y compris chez les autres magistrats aux responsabilités diverses, chez les avocats de la partie civile, dans les milieux associatifs et chez les personnels sociaux qui avaient la charge des enfants.
Je ne peux dire avec certitude, hormis le taxi Martel que je connais depuis trente ans et avec qui j'ai parlé des centaines d'heures et dont je suis sûr de l'innocence, qui pourrait être coupable et avoir passé à travers les mailles du filet chez les acquittés. Je comprends juste au regard de certains éléments que des enquêteurs aient pu avoir des suspicions pour certains.
Enfin, il est évident qu'ils ne sont ni les monstres dépeints en amont, ni les héros dépeints en aval.
Cette crise majeure n'a pas fait que révéler les failles de la justice et de la police, mais aussi celles de la presse. Ceci fut par contre très peu remis en question y compris dans cette pompeuse, mais stérile commission d'enquête qui a même orchestrée la mise à mort filmée du "méchant" de substitution qui a remplacé "les monstres" dans les pages amidonnées des quotidiens.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 06 juillet 2007 à 07:29
Olivier,
Une fois de plus, nous sommes en désaccord (ce qui fait la richesse d'un débat après tout).
Depuis le temps que la culture est jetée en pâture à la délinquance, qu'il y a des théâtres pour l'intégration, des expositions à toutes les sauces et à tous les contenus de personnes en difficultés, que les arts et les lettres sont spoliés en abris sociaux, je n'ai guère vu la criminalité diminuer... au contraire. Par contre j'ai vu le niveau culturel s'effondrer.
Pour prendre des exemples extrêmes, Ben Laden est un homme intelligent et cultivé qui a fait ses preuves au-delà de brillantes études, son second est un médecin égyptien de renom, Milosevic a fait les études les plus exigeantes qui soit, médecin psychiatre, alors je ne crois pas en ces études où le manque de verbe implique un passage à l'acte par une frustration de l'expression. Les imbéciles (à ne pas confondre avec idiot) ne sont-ils pas le plus souvent des gens charmants ?
Je crois plutôt aux avatars de l'immédiateté, du refus de la frustration, du jeunisme sanctifié, de la culture soixante huitarde qui a interdit d'interdire et s'est faite la mission de briser tous les "tabous" (entre guillemets, parce que ce terme signifie en réalité des interdits religieux et que son sens véritable a été détourné), du conscient et de l'inconscient collectif qui sanctifie le malveillant en l'assimilant à tort au rebelle et dévalorise systématiquement la moindre notion d'ordre et de hiérarchie qu'elle qualifie à tort une fois de plus de réactionnaire, ce qui semble être le pire des crimes.
J'ai enfin vu de mes yeux des gens très cultivés et/ou idéalement intégré être d'une grande violence physique comme verbale.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 06 juillet 2007 à 07:08
@ Bernard
Je suis d'accord avec Jean-Dominique pour dire que les personnes incriminées à Outreau et acquittées par une cour d'Assises doivent être rendues à elles-mêmes.
De la même façon, je pense que nous devons rendre le juge Burgaud à lui-même.
Je vous renvoie à une note de Philippe Bilger du 14 juin 2006: "Les citoyens au service de la justice" consacrée au rapport de l'Inspection des services judiciaires remis au ministre de la justice.
Ce qui est écrit dans cette note résume pour moi ce qui a été loupé entre l’Institution judiciaire et la société à l’issue de cette affaire.
Rédigé par : Véronique | 06 juillet 2007 à 07:04
@ Véronique
Dans l'affaire Outreau la seule grosse responsabilité de la justice que je vois c'est d'avoir confié une lourde affaire à un jeune magistrat ; lequel je pense a fait son travail honnêtement. Et il y a fort à parier que dans l'affaire d'Outreau de gros poissons sont passés à travers les mailles du filets, un Président de cour d'assises s'était exprimé dans ce sens si mes souvenirs sont bons, sincèrement, je ne les pense pas tous coupables, mais en regardant la bouteille à l'envers, je ne les pense pas tous innocents.
Rédigé par : Bernard | 05 juillet 2007 à 21:50
Ludo Lefebvre : il y a un lien entre le fait d'utiliser trois mots et le recours à la violence.
Ce n'est pas la seule cause de la violence, mais ce lien entre non maîtrise du langage et passage à l'acte a été de longue date étudié et prouvé.
Enfin, cela fait partie d'une forme de foi que de croire que c'est auprès du Livre, en s'y coltinant, en ayant soif devant son aridité qu'on s'améliore.
Rédigé par : olivier | 05 juillet 2007 à 09:50
Encore une fois, je ne vois pas de lien entre éducation, culture et criminalité, délinquance, pas plus qu'entre intelligence et bêtise. Sept des huit terroristes arrêtés suite aux attentats manqués de Londres appartiennent au milieu médical, trois d'entre eux sont médecins. Harduin, un des "pontes" du milieu français a grandi dans la haute bourgeoisie parisienne avec des parents aimants, remplissant leur devoir moral et éducatif.
Le lien entre éducation, milieu social n'est qu'un préjugé parmi tant d'autres et qui nuit gravement à la justice.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 04 juillet 2007 à 18:46
Véronique :
Loin de moi l'idée de faire de P.Bilger un Javert ! Si mon propos pouvait être compris ainsi, j'en suis désolé. Je dis qu'il y a une tentation Javert dans le corps social, pas chez notre hôte. Encore une fois, mes regrets à l'intéressé si mon propos pouvait être compris ainsi.
Rédigé par : olivier | 04 juillet 2007 à 18:20
@ Olivier
Je n'ai pas mis en scène ma réponse à votre question.
Vous vous désespériez car aucun commentateur n'exprimait une opposition claire au soutien de l'avocat général Bilger aux peines planchers.
A votre question j'ai répondu "non":
1 - c'était ma réaction spontanée
2 - le soutien de Philippe Bilger au projet Dati ne se résume pas à ce qui est dit dans la formulation de votre question .
"Mais je partage votre sentiment ici : nous ne pouvons pas ne rien faire pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes."
Je n'ai pas écrit que nous ne pouvons pas ne rien faire.
Je pense qu'en matière d'enseignement nous avons les structures (les établissements scolaires), les enseignants, un budget de l'Éducation nationale conséquent pour faire en sorte qu'ici et maintenant des enfants de 12 ans sachent, par exemple, lire et écrire. Sur cette question, nous pouvons faire et nous devons faire.
Entre vous et moi, et je vous l'écris tout bas (parce que Marcel va encore réagir négativement à mon propos), il ne me paraît pas insultant de demander à l'Éducation nationale de faire en sorte que la majorité des enfants qui entrent au collège maîtrisent la lecture et l'écriture.
Je veux bien discuter des peines planchers ou de l'excuse de minorité.
Mais je ne vois comment aborder cette question sans réfléchir à ce qui a été loupé dans les apprentissages de base de la liberté et de la responsabilité.
ps: Philippe Bilger n'est pas qu'un Javert. Il y a du Valjean chez cet homme. Mais si !
@ Pierre-Antoine
"Scolarisés ? éduqués ? élevés ? enseignés ? formés ?
Mais à quoi donc ? et par qui ?"
Dans le minimum, et pour la partie enseignement et formation de votre interrogation, à ce que je viens de répondre à Olivier.
Rédigé par : Véronique | 04 juillet 2007 à 13:31
Véronique, j'entends vos arguments (pas la peine de "mettre en scène" votre "non"-sourire).
Si les peines plancher n'induisent aucun automatisme, à quoi bon les baptiser ainsi ? C'est bien vers une sorte d'inévitable que nous nous dirigeons. C'est bien là tout le sens de ce qui se dit, se fait, et parfois se trame.
L'avocat général Bilger pense que cet inévitable de la sanction, de la "quantité de sanction" est nécessaire, je crois pour ma part que c'est dangereux (il arrive que ces deux termes ne soient pas opposés, et que quelque chose de dangereux soit nécessaire).
Si vous pensez que les prisons pour mineurs évitent la prison plus tard... j'ai l'impression que vous avez de la question une vision un peu théorique. Tout sera dans la manière de gérer ces espaces.
Mais je partage votre sentiment ici : nous ne pouvons pas ne rien faire pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Ne nous transformons pas pour autant en Javert soucieux de sanctionner, punir et poursuivre.
Rédigé par : olivier | 04 juillet 2007 à 10:03
Rebondir pour rebondir, rebondissons donc deux fois plutôt qu'une :
"Après tout, Outreau, c'est plutôt, comme l'affaire Roman, une bonne nouvelle : si une instruction se passe mal, les assises corrigent."
J'aimerais bien savoir comment corriger cette erreur qui consiste à mettre en l'air plusieurs années de la vie d'un homme, de sa femme, de ses enfants, de ses employés, de ses amis, de ses relations (tous à des degrés divers biens sûr).
Alors que le simple respect d'une présomption d'innocence aurait suffi à les laisser en liberté.
Alors que la double voire triple lecture d'un dossier aurait mis en évidence ses lacunes et ses incohérences.
Alors que le simple respect de la défense et de la parole de l'accusé aurait dû mettre le doute en évidence..
Bien sûr je ne parle pas là d'Outreau, mais de tous les "accusés".
Deuxième rebond :
"J’assume ma responsabilité citoyenne quand je pense fortement qu’en amont, Farid et Sébastien ne doivent pas être déscolarisés, en état d’errance sociale et intellectuelle à 12, 13, 14 ou 15 ans. "
J'aimerais savoir ce qu'est un "enfant" de 17 ans, alors que la biologie en fait déjà un homme et que la société occidentale l'enferme dans une "adolescence" inconnue des trois-quarts de la planète, et ce depuis des millénaires. Scolarisés ? éduqués ? élevés ? enseignés ? formés ?
Mais à quoi donc ? et par qui ?
La société qui se veut composée de citoyens responsables devrait réfléchir au modèle qu'elle présente à ces "enfants" et ce depuis leur plus tendre enfance. Elle en fait des "enfants" non plus sensés, instruits, raisonnables, mais binaires ! Oui vous avez bien lu, j'ai écrit "binaire" car ils sont uniquement dirigés par la seule dualité alternative "j'ai envie / j'ai pas envie", "je veux / je ne veux pas", "ça me plaît / ça me plaît pas". Exit la raison, la conscience, le recul, la réflexion.
Je ne pense pas devant l'état de fait qui nous conduit aux dérives de la justice et de l'éducation, que nous ferons l'impasse sur une renaissance des valeurs intrinsèques à l'humanité, et que l'on trouve un peu défraîchies sur le fronton de nos édifices "liberté, égalité, fraternité".
Il me plaît de rêver à un juge qui se trouvera à égalité devant un accusé, ou à l'inverse, un coupable devant son frère victime.
Pour la liberté je terminerai humblement par cette phrase de Bossuet "la vraie liberté n'est pas de faire ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on fait".
Oui je sais, c'est un peu décousu comme commentaire, mais à force de côtoyer des "binaires" et des blessés de la justice, j'ai des rebonds un peu chaotiques.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 04 juillet 2007 à 01:27
Véronique, Ce n'est pas à l'intellect que j'oppose « l'efficace et le concret », mais plutôt le vernis et le descriptif forcément trop exigu des connaissances qui ferait un bon spécialiste du droit.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 03 juillet 2007 à 17:22
@ Olivier
Non.
Farid et Sébastien, 17 ans, ne doivent pas en prendre obligatoirement pour 3 ans.
Et je ne pense pas que c'est ce que dit le projet de loi sur les peines planchers.
Philippe Bilger a défendu le principe de ces peines en soulignant que des garde-fous sont prévus dans le projet pour pallier le risque d'automatisme de ces peines.
J’assume ma responsabilité citoyenne quand je pense fortement qu’en amont, Farid et Sébastien ne doivent pas être déscolarisés, en état d’errance sociale et intellectuelle à 12, 13, 14 ou 15 ans.
Je sais. C’est sommaire et premier degré.
Mais pour ces ENFANTS je pense que la priorité de nous tous est de se conduire en adultes responsables, soucieux d’eux et de leur avenir bien avant qu’ils se retrouvent face à un Philippe Bilger.
Rédigé par : Véronique | 03 juillet 2007 à 11:45
à tous les commentateurs :
Je suis navré que la question de la Responsabilité du Juge, magnifique concept d'une France qui en a fait son produit phare, le Concept,
que cette question donc vous interroge plus que la question de votre responsabilité de citoyen dans la compréhension des mécanismes judiciaires, pénaux ou délinquants.
Après tout, Outreau, c'est plutôt, comme l'affaire Roman, une bonne nouvelle : si une instruction se passe mal, les assises corrigent.
L'erreur de Burgaud, la responsabilité de Burgaud, c'est un détail au regard de votre responsabilité de citoyen, pas seulement sur les grandes affaires, mais sur toutes les petites affaires qui sont autant de drames humains très concrets.
Quand le Procureur Bilger affirme que les peines plancher sont nécessaires, qu'il prend soin de le dire publiquement et de nous donner la parole, vous ne réagissez pas.
Le Concept de Responsabilité du Juge vous aveugle, et vous INTER-DIT la conscience d'une responsabilité citoyenne sur une question essentielle : Farid et Sébastien, 17 ans, doivent-ils OBLIGATOIREMENT, en prendre pour 3 ans ?
Cette "obligation" changera jusqu'à notre morale la plus intime. Elle passe inaperçue.
Rédigé par : olivier | 03 juillet 2007 à 09:28
@ Marcel
Je ne pense pas que l'objectif d'un enseignement en philosophie soit le concret et l'efficace.
samysdat nous parle du couple infernal justice-médias. Je rajouterai un troisième et un quatrième larron et je parlerai du quator infernal : justice-médias-politique-groupes de pression (l'air du temps).
Même si on maîtrise très bien une technique comme celle du droit, je pense que dans le monde d'aujourd'hui, il est nécessaire qu'un magistrat soit construit et très structuré intellectuellement pour trouver en lui les ressources pour se positionner face à tout cela.
L'expression de Philippe "l'autarcie intellectuelle" est très juste.
Une culture générale solide et diversifiée n'offre, à priori, aucune garantie sur la qualité d'une personne. Mais pour moi une des ses fonctions, non directement utilitaire, est celle d'une ressource disponible qu'on peut mobiliser quand des pressions assaillent de toutes parts.
Je suis comme vous, plutôt portée vers l’efficace et le concret. Mais je ne n’oppose pas les notions d'efficacité et de concret à celles du théorique et de l’intellectuel.
@ Bernard
Personne ne soutiendrait sérieusement que le(s) dossier(s) d’Outreau était simple à résoudre et que le traitement judiciaire de ce(s) dossier(s) ne serait qu’un catalogue d’erreurs grossières.
Mais je pense sincèrement qu’à l’issue de cette histoire un rendez-vous a été loupé entre l’institution judiciaire et le société.
Vous me répondrez qu’il n’y a pas que le fonctionnement du monde judiciaire qui était en cause.
C’est vrai.
Mais la justice était le patron et le décideur. C’est en raison de cette RESPONSABILITE qu’à mon sens, elle devait accepter de dire clairement les choses.
Pour ma part, le genre de solidarité que j'aurais espéré de la part de l'institution envers le juge Burgaud était celle qui consiste à dire :
NOUS NOUS sommes trompés. NOUS n'avons pas su trouver en nous les ressources suffisantes pour nous opposer.
Rédigé par : Véronique | 03 juillet 2007 à 07:55
Hello !
Je voulais "juste" rebondir comme on dit... sur ce que j'ai lu là-haut:
"Je trouve qu'il y de l'indécence dans cet archarnement médiatique à l'encontre du juge Burgaud. Les médias ressemblent à des chacals, des hyènes ....des bousiers."
Je réponds donc à cette citation.
Droits d'auteur à préserver, Terra Nova (site) : définition de la Hyène : "Prédateur à la silhouette ingrate et au ricanement glaçant, la hyène n’attire vraiment pas la sympathie. Pourtant, son rôle est important dans l’équilibre de la savane africaine. Les hyènes comme la hyène tachetée (Crocuta crocuta) ou la hyène rayée (Hyaena hyaena) ont pour mission de nettoyer l’environnement des cadavres. Sans de tels charognards, les épidémies se propageraient. La hyène fait partie de la famille des hyénidés."
Bah, je n'ai jamais cherché à décrocher un scoop et donc, j'en suis là où j'en suis, comme on dit par chez nous. Cela ne m'ennuie pas : je n'ai jamais fait ni d'argent ni cultiver une quelconque gloire en m'acharnant sur un ou plusieurs individus.
Je suis une vieille folle (!) qui a une vision peut-être étriquée du journalisme mais qui croit au bien-fondé, à la raison d'être du journalisme... Et ça, personne ne me l'ôtera.
Je cuisine la viande que je mange (sourire) bien que, yes, il s'agisse de cadavres ! (sourire)
Je trouvais Head, la Hyène du "Roi Lion" très amusante... rien que de voir sa tête.
J'en viens aux bousiers :
je lis sur le site http://lemondedesinsectes.over-blog.com/article-964817.html (droits d'auteur, aussi) :
"
Le bousier est un insecte très utile, sans lui le monde serait un gros tas de fumier."
Et toc !
Vous allez dire que je suis à côté de la plaque mais quand je vous lis, je m'imagine un bousier qui se promènerait main dans la main avec Head, la brave Hyène du coin !
Je ne me moque pas de vous mais je ne souhaite pas qu'on puisse un jour renoncer à respecter autrui. les juges sont des être humains capables de trébucher. Les journalistes aussi. Je crois que le métier de journaliste, il faut qu'il subsiste.
Il y a des Hyènes et des bousiers sympas et avec une conscience... Parcourez le web et lisez les journalistes indépendants, par exemple ! Ils m'épatent. Leur boulot force mon admiration.
Et tous vogueront sur une barque, au crépuscule... pensez-vous ?
Loin de moi, ce cliché facile.
Je crois seulement qu'il serait bon que chaque corps de métier apprenne à respecter les autres corps de métier. Aucun métier n'est sot ou + bas qu'un autre.
Je pense que s'acharner sur un juge n'est pas génial pour l'image de notre magistrature. Mais ça, c'est pour le côté "qu'en dira-t-on? Oulala.."
Le plus grave,
c'est ce qui se joue entre le juge et les ex-condamnés : oublions les médias, s'ils vous agacent !
L'affaire est grave. Si ce juge n'avait pas commis d'erreurs, des gens - d'après ce que j'ai lu - n'auraient pas été accusés injustement. C'est bien cela, l'histoire ?
Je compatis car passer du temps en prison en étant innocent, je devine que cela puisse représenter une tragédie.
Mais.. hé oui, dans la vie, y'a toujours ce "mais" !!! L'erreur reste humaine et, sans connaître ce juge, je pense que là, il est assez embêté pour qu'on n'en rajoute une ou plusieurs couches.
Je ne pense pas pour lui et ne le connais pas du tout, d'ailleurs. Je pense pourtant qu'il ne s'est jamais dit "tiens, et si je fichais ma carrière en l'air en faisant accuser des innocents?" Donc, ce qui est fait est fait, aussi désagréable que puisse être la situation. Laissons faire le cours des choses, celui de la justice (en espérant très fort qu'elle puisse se porter au mieux ces 10 prochaines années), sans faire aux journalistes ce que vous leur imputez : le fait d'accabler autrui.
Croyez-vous encore qu'il faille généraliser ?
Ou, si envie et/ou le temps de le faire, je vous propose d'étayer, de donner des exemples, d'argumenter un peu.. :)
Merci... (grand sourire)
Ce sera tout pour ce soir :)
Dans la paix, toujours...
A tous, à très bientôt,
A Philippe, merci pour ce débat qui jamais ne s'essoufle. Quelle énergie ! :)
K.
Rédigé par : Parisot Catherine | 03 juillet 2007 à 00:27
Quel dommage de lire :
"Quant à l'affaire d'Outreau, que je trouve déplorable, il apparaîtrait qu'un des anciens "condamnés" aurait été impliqué dans une affaire de drogue. Est-ce, là encore, un des effets ??? Ou, tout bonnement, un simple prétexte ? "
Cela illustre bien cette absence de bon sens, cette influence médiatico-judiciaire... Oui le jeune en question a été impliqué dans une affaire de drogue, mais comment ne pas "péter les plombs" quand on a été injustement broyé, lynché, honni, et privé de la plus élémentaire des libertés, celle d'être entendu dans son innocence.
Certains se sont suicidés dans leur cellule, d'autres ont sombré dans la folie ou se sont réfugiés dans les médicaments d'un usage facile en détention. D'autres ont ruminé une vengeance qui les a conduit au crime, pensant laver leur honneur dans le sang de leur accusateur.
Qu'auriez-vous fait, vous, à leur place ?
Rédigé par : samyzdat | 02 juillet 2007 à 21:28
Jean Dominique,
Je comprends qu'ils soient échaudés par la justice, dans ce cas pourquoi une association : France-justice et une autre pour les enfants dont les parents sont ou seraient victimes d'erreurs judiciaires ?
Ma dernière démarche fut de contacter les média et par honte et jugement négatif à leur égard, je m'en serais bien abstenu. Je l'ai fait parce que je ne voyais plus d'autres solutions. Je fus déçu, il est vrai, mais je pensais déjà du mal de l'information et du vedettariat actuel avant cette déconvenue. Je ne fus que conforté dans une opinion.
Quant à ce ras-le-bol de l'affaire d'Outreau, c'est vraiment ce que je ressens et je n'y peux pas grand-chose, que ce soit bien ou mal est un autre débat. Ce n'est certainement pas bien... tant pis.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 02 juillet 2007 à 20:50
Après les promesses, quoi ? disait monsieur Bilger.
La réforme.
Voici la réponse de monsieur de la Bruyère :
"Le devoir des juges est de rendre la justice ; leur métier est de la différer, quelques-uns savent leur devoir et font leur métier."
Quant à l'affaire d'Outreau, que je trouve déplorable, il apparaîtrait qu'un des anciens "condamnés" aurait été impliqué dans une affaire de drogue. Est-ce, là encore, un des effets ??? Ou, tout bonnement, un simple prétexte ?
Si je comprends bien, monsieur Bilger rassemble sur son blog les déçus de la justice. A quand la révolution ?
Rédigé par : Marie | 02 juillet 2007 à 15:33
Burgaud & Devedjian, même combat…
Non, je ne fais pas d'amalgame, mais je lis simplement la presse comme un citoyen ordinaire, doublé d'un justiciable ordinaire.
Il y a sur ce blog des commentaires (certainement de magistrats et de journalistes) qui me semblent enfermés dans une conception un peu trop corporatiste et partisane.
Ces deux personnages sont sur le devant de la scène médiatique (plus beaucoup pour le premier) et il leur faut affronter le jugement des autres. Difficile épreuve pour un homme.
Mais je ne dirai pas même combat entre eux et les justiciables ordinaires qui ne bénéficient pas d'une organisation, politique pour l'un, judiciaire pour l'autre. L'un est habitué aux médias, l'autre aux arcanes d'une institution aux procédures abscons pour le commun des mortels.
Quand je parle de justiciable ordinaire, je ne parle pas des "acquittés d'Outreau", ils ne sont plus "ordinaires", ils sont devenus "emblématiques", intouchables médiatiquement, auréolés d'un sceau d'origine divine. Ils ont été blanchis, comme justifiés par un sacrifice expiatoire qui a comme victime un petit juge falot (j'ai bien mis un F).
Mais qui rendra l'honneur des hommes et des femmes broyés par le couple justice-média, une mâchoire implacable qui se nourrit de chair humaine. Incapable de concevoir qu'un peu de bon sens (gratuit à mettre en place, mais cher à acquérir semble-t-il) épargnerait des souffrances inutiles.
Le bon sens qui consiste à considérer innocent un homme tant que sa culpabilité n'a pas été démontrée et prouvée. Ce qu'on ne demande ni au juge d'instruction qui ne s'appuie que sur sa seule "conviction", ni au journaliste qui ne s'appuie que sur sa seule "audience".
Burgaud & Devedjian, même combat, jugez à charge et à décharge, loin des convictions corporatistes et partisanes, loin également des influences médiatiques. Et surtout ne prononcez pas la condamnation que vous n'aimeriez pas qu'on vous inflige en pareille circonstance.
Samyzdat
Rédigé par : samyzdat | 02 juillet 2007 à 15:15
Ludo, vous évoquez un véritable problème, très mésestimé : l'absolu manque de solidarité entre justiciables. Philippe pourrait aborder, si cela lui convient, le rôle très ambigu des associations parties civiles qui confisquent les causes qu'elles prétendent défendre, réduisant l'exemplarité d'une cause au seul objet figurant dans leurs statuts déposés en préfecture. Philippe a évoqué ici la rebuffade qu'il a essuyée de la part d'un ami d'une victime qu'il était venu saluer. Le malheur est un gaz, il prend tout l'espace disponible. Pour une personne malheureuse, son malheur est le plus grand, il est total, vous ne pouvez pas lui proposer le vôtre en comparaison.
Je comprends la tentation de se raccrocher aux personnes qui ont accès aux médias mais, en même temps, ces acquittés ne sont pas devenus meilleurs du fait de leur malheur. L'huissier Marécaux, qui a tant souffert, a retrouvé sa charge d'huissier et procède aujourd'hui à l'exécution de décisions de justice du ressort qui lui a fait tant de mal, sans se soucier de leur contenu et des drames qu'elles provoquent. Et c'est l'humain ! Ce qui leur est arrivé est indépendant de ce qu'ils sont. Un salaud innocent peut demeurer un salaud.
Les parloirs des prisons, qui pourraient - qui devraient - être des lieux de solidarité et d'entraide pour les familles, ne sont que des juxtapositions indifférentes de malheurs individuels. J'ai essayé, sans succès, d'enjoliver ces moments pénibles quand on attend la fouille en traversant les sas crasseux. Chacun reste vissé sur son histoire et son humiliation. A l'autisme judiciaire répond l'autisme des justiciables.
Il ne faut donc pas leur en vouloir, ils ont souffert, ils n'ont pas demandé à devenir des saints et ne le sont pas devenus. Examinons, analysons, mais ne jugeons plus : ils ont eu leur dose de jugement !
Voilà que je fais des commentaires d'une longueur qui me dissuaderait de les lire !
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 02 juillet 2007 à 12:52
1/ P.BILGER a évoqué les peines planchers. J'ai réagi sur cette question, ça n'intéresse personne.
En France, le concept plaît plus que l'approche pragmatique que mon témoignage proposait. Ca valorise le locuteur, les grands concepts.
Chers commentateurs, plutôt que de tenter de penser la Justice, ce qui vous prendra deux ou trois vies, penchez-vous sur les cas concrets, sur l'approche pragmatique ; tentez d'être un peu scandinaves.
Monsieur Bilger : ce n'est pas la "malfaisance" qui est incarcérée, ce sont des gens.
Rédigé par : olivier | 02 juillet 2007 à 09:53