Ma Photo

Diffusion

  • Wikio
    Wikio - Top des blogs

Mentions légales

  • Directeur de la publication: Philippe Bilger
    SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS
Blog powered by TypePad

« mai 2007 | Accueil | juillet 2007 »

Après les promesses, quoi ?

Sans doute a-t-on trouvé le moyen de retarder davantage encore l'examen disciplinaire du dossier de notre collègue Burgaud, à la suite d'un couac tellement énorme qu'on peut se demander s'il n'a pas été fabriqué opportunément.

Dans un entretien destiné à demeurer privé mais diffusé par la chaîne lyonnaise TLM, Patrick Devedjian s'est laissé aller à traiter Anne-Marie Comparini de "salope". Il s'est excusé mais comme il est de règle dans un monde structurellement grossier, on a des indignations de chaisière pour un dérapage qui ne bouleverse tout de même pas la face du monde. Il est vrai que j'ai toujours eu un faible pour cet homme politique qui n'a jamais usé de la langue de bois - d'où le risque d'un débordement comme celui de jeudi dernier - et qui aurait pu devenir garde des Sceaux. Mais il fallait surprendre, étonner, désorienter, faire un contre-politique comme il y a, en sport, des contre-pieds. J'ajoute que Patrick Devedjian, en bon avocat qu'il a été, pourrait plaider une forme de contagion car si l'action est reine en ce début de quinquennat, on ne peut pas dire qu'il règne, depuis le 6 mai, un indiscutable parfum d'élégance, en dépit d'un gouvernement qu'on n'a jamais connu à ce point adepte d'un tel garde-à-vous intellectuel et politique. Il y a un mélange de caporalisme et de débridé qui suscite la curiosité de l'observateur et laisse pour l'instant le citoyen bouche bée.

Rachida Dati, la ministre de la Justice, va faire voter sans coup férir les peines planchers et la réforme de la justice des mineurs. Elle s'est attelée à ce serpent de justice qu'est la carte judiciaire et ses nécessaires aménagements, avec une technique qui est passée de la marche forcée et de la bride abattue à une concertation qui sera longue, difficile puisque dans la simplicité du projet va venir se glisser de plus en plus la complexité du réel. Mais elle aura raison de maintenir le cap.

Après, quoi ?

Lire la suite "Après les promesses, quoi ?" »

Un homme de défiance

Ainsi, la société des rédacteurs du Monde (SRM), réunie en assemblée générale, a adopté à l'unanimité moins trois abstentions une motion de défiance à l'égard d'Alain Minc.

Les journalistes déplorent son engagement en faveur de Nicolas Sarkozy et le jugent inconciliable avec sa fonction de président du conseil de surveillance, poste qu'il occupe depuis 1994.

Il y a un tel embarras du choix pour la méfiance que je n'ose croire que c'est le seul motif de celle-ci.

N'est-ce-pas, Laurent Mauduit ?

La délinquance, c'est cher !

Un article du Figaro nous apprend qu'à cause des crimes et des délits chaque contribuable doit régler 300 euros par an, leur coût global pour la société s'élevant à 20 milliards d'euros. On doit cette estimation à un expert de l'Institut national des hautes études de sécurité. La délinquance financière n'est pas loin de représenter une charge de 10 milliards d'euros au moins tandis que la lutte contre le vandalisme, notamment contre les tags que beaucoup, avec l'oeil artiste ou indulgent, considérent avec complaisance, mobilise des sommes très importantes, en particulier de la part des municipalités efficaces qui remettent rapidement les choses en l'état.

Il ne faut surtout pas rire de ces évaluations qui ont le mérite de rendre le citoyen attentif à ce que son indifférence, sauf lorsqu'il est victime, néglige ou ignore. Lorsque la morale fait défaut, reste l'intérêt. Plutôt que d'exiger de chacun une indignation devant la dégradation de la vie collective et la transgression des valeurs, mieux vaut souligner, grâce à un calcul froid et rationnel, tout ce qu'il conviendra de payer pour compenser les débordements d'une minorité. Celui qu'on voit frauder à côté de soi, dans le métro ou l'autobus, va-t-il demeurer cet étranger dont le comportement ne nous concerne pas ou va-t-il s'inscrire maintenant dans notre esprit et notre espace comme un spoliateur ?

Je suis persuadé que pour beaucoup, les délits et les crimes, à partir de l'approche statistique trop souvent privilégiée, restaient une catégorie à la fois abstraite et vaguement inquiétante. C'était, d'abord, ce qui n'arrivait qu'aux autres. Maintenant, c'est ce qui m'obligera à débourser.  Faire entrer les infractions dans l'univers du coût, c'est les normaliser, les banaliser, les rapprocher de nous, mais sur un mode qui modifiera notre regard et fera évoluer notre perception.

Lire la suite "La délinquance, c'est cher !" »

Juste quelqu'un de bien

Je rentre du festival Simenon consacré cette année au commissaire Maigret et à la police. Remarquablement organisé par mon collègue Didier Gallot aux Sables d'Olonne, il a été à la hauteur d'une réputation qui était parvenue à ma connaissance depuis longtemps mais dont j'ai pu éprouver la pertinence intellectuelle et chaleureuse pour mon plus grand bonheur.

Je vais prendre le risque et encourir les foudres de ceux qui m'adressent le reproche amical d'être parfois trop léger dans le choix de mes billets. Mais la tragédie et le sérieux attendront. La réforme de la carte judiciaire ne se fera pas demain et l'avocat Karim Achoui, victime d'une tentative d'assassinat, demeurera d'actualité pendant quelque temps encore.

Je prends le risque. Je vais vous parler d'Eddy Mitchell, pas seulement parce que lui, comme Johnny, a accompagné ma vie. Je l'entends comme si c'était hier chanter Daniela avec son groupe Les Chaussettes noires. Je n'ai pas l'intention de "faire" dans la nostalgie mais, pour une fois, de m'abandonner au plaisir délicieux de ne pas médire, de saluer avec sympathie et estime une personnalité, un artiste. C'est si rare que c'est infiniment bon.

Eddy Mitchell est interviewé dans Paris Match sur deux pages et c'est un régal de bon sens et de simplicité. Ce qui me frappe surtout, c'est la manière affectueuse et tranquille, sans mièvrerie aucune, dont il évoque son épouse et ses enfants, les événements heureux ou préoccupants de sa vie familiale. On a l'impression d'être plongé dans une histoire, dans un récit qui pourraient être les nôtres et avec lesquels Eddy nous permet de nouer un lien de tendre familiarité et de vraie compréhension.

La liberté de ton du chanteur le conduit, alors qu'il lit la presse chaque jour, à ne pas se croire obligé de nous communiquer son opinion politique et sa vision sur les problèmes du monde d'aujourd'hui. Cette abstention, qui n'est pas fondée sur l'ignorance, est d'autant plus appréciable de la part d'un citoyen sans doute éclairé mais qui est dépourvu de cette vanité qui pourrit la substance des entretiens de beaucoup de ses collègues, acteurs, artistes ou animateurs.

Pouvoir aimer ces propos sans aucune gêne ni sentiment de ridicule, dans un hebdomadaire qui ne répugne pas toujours au clinquant, tout simplement parce qu'ils émanent d'une personnalité équilibrée, consciente de son talent mais dénuée d'arrogance, réconcilie avec le phénomène de peopolisation qui, trop souvent, donne des motifs d'irritation en célébrant ce qui brille vulgairement, en valorisant le médiocre.

Au fond, Eddy Mitchell, c'est quelqu'un ! Juste quelqu'un de bien.

Le danger de la politesse judiciaire

Hier soir, j'ai terminé une très longue, lourde et éprouvante session d'assises qui a condamné six accusés, certains, dont un mineur, pour des viols graves. Je n'ai pas l'habitude de me pencher sur une expérience passée et qui, sur le plan criminel, ne reprendra effet, avec les vacances des futurs jurés, qu'au début du mois de septembre. Si aujourd'hui je déroge à cette abstention, c'est qu'un dialogue difficile, dans la dernière affaire, avec une jeune fille victime d'un viol et son environnement amical, une fois l'arrêt de condamnation rendu, m'a conduit à m'interroger sur les limites et les risques d'une courtoisie  à laquelle, pourtant, je tiens.

Depuis longtemps, j'ai abandonné la pratique qui veut qu'à l'issue de chaque procès, les avocats de l'accusé et de la partie civile, l'avocat général se retrouvent ensemble dans le bureau du président pour le ou la saluer. J'ai trop entendu la question  "vous êtes content ?" à la suite d'une condamnation, ou constaté une réaction d'apitoiement devant un acquittement, pour continuer à participer à ce jeu  presque obscène où mondanité et tragédie déjà oubliée se mêlaient. Aussi, j'ai pris le pli de saluer dans la salle d'audience la partie civile, son avocat et l'avocat de la défense avant de me rendre vite et seul auprès des trois magistrats de la Cour pour prendre congé.

Je n'ai pu que me féliciter, pour ma salubrité personnelle, de cette démarche.

Hier, il y a eu un couac.

Lire la suite "Le danger de la politesse judiciaire" »

Merci Laurent Ruquier

Grâce à Laurent Ruquier, je pourrai me coucher à une heure décente le 21 juin. Je devais, à cette date, participer à l'enregistrement de son émission du samedi soir "On n'est pas couchés".

Aujourd'hui j'ai appris que je n'étais plus invité. Voilà l'histoire de cette fausse joie.

Le 14 juin, mon livre "J'ai le droit de TOUT dire" est sorti, publié par les éditions du Rocher. Avant même cette date, mon attachée de presse m'a annoncé que j'étais convié par Laurent Ruquier pour parler de cet ouvrage composé de cent billets de mon blog et d'une introduction de 75 pages originale. Pour être franc, j'ai été agréablement surpris que cet animateur fasse preuve d'une telle tolérance et ouverture d'esprit que rien ne l'arrêtait dans son hospitalité télévisuelle. Je n'étais pas loin de penser que certains passages du livre, qui l'égratignaient, me causeraient quelques difficultés dans un monde médiatique qui ne brille pas, à l'exception de Guillaume Durand, par sa liberté. Toujours est-il que j'ai accueilli cette invitation comme une opportunité exceptionnelle. Je me disais même que la télévision était peut-être en train de changer.

Première alerte. Un report de ma participation à l'enregistrement.

Puis l'annulation du 18 juin.

Je suppose que Laurent Ruquier a dû lire le texte ou que des amis bien intentionnés lui en ont parlé. J'ai l'embarras du choix pour deviner la raison qui a conduit Laurent Ruquier à désavouer son beau mouvement initial et à devenir, à mon égard en tout cas, un coupeur d'expression.

Certes, j'ai écrit un billet où je dénonçais le montage aberrant de "On a tout essayé" qui faisait que mon empoignade vigoureuse avec Pierre Bénichou était réduite à ses seuls propos. Certes, j'ai évoqué une émission, un samedi soir où Doc Gynéco est venu mettre de la vie brute dans un ronron qui tournait tranquillement autour de Roland Dumas, avec Laurent Ruquier et Mustapha, un prétendu humoriste, dépassés par cette imprévisible spontanéité. Certes, j'ai longuement exposé l'affaire reprochée au député Christian Vanneste et soutenu la cause de cet homme courageux, condamné en vertu d'une loi d'une dangereuse bonne conscience. Au demeurant légitimé par ses électeurs, hier, d'une manière éclatante.

Quelle mouche a  donc piqué Laurent Ruquier pour qu'il estime que ma présence n'était plus souhaitable ? N'aurais-je pas assez fait preuve de connivence ? N'aurais-je pas autant souri, en me forçant, qu'Eric Zemmour ? Aurais-je trop défendu mon point de vue ? Aurais-je, par une gravité ennuyeuse, dénaturé l'atmosphère à se tordre de l'émission ?

Je ne sais pas. Voilà comment une fausse joie s'est changée en vrai doute. En même temps cette annulation, dans l'univers des médias, m'est apparue presque comme une évidence. C'est cela qui est triste. Qu'on ne s'étonne plus qu'un animateur choisisse ses têtes, ses esprits, ses amis et ses complices. C'est  l'apartheid de la télé. Les mauvais dehors, les bons à l'intérieur du poste.

Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'il existe un péché mortel : oser s'en prendre aux médias alors qu'ils s'en prennent à vous. Il faut toujours leur tendre l'autre joue.

Merci Laurent Ruquier. J'irai me coucher tôt le 21 juin.

Une icône pour quoi faire ?

Certes, par le fait du Prince qu'elle vante sans cesse, Rachida Dati  a été nommée garde des Sceaux et sera sans doute renouvelée dans cette fonction la semaine prochaine.

Jeune, arabe, femme et milieu défavorisé : tout pour plaire, comme le souligne le Point dans une excellente enquête. De la magistrate, certains n'osent pas dire de mal, d'autres ne disent que du bien. Difficile, il est vrai, de se situer entre le compliment si proche de la flagornerie et la critique teintée d'aigreur. Comme l'écrit Sylvie Pierre-Brossolette dans sa double page dans le Figaro Magazine, elle est arrivée "auréolée de son image méritante" et, d'une certaine manière, tout est bouclé. Ce parcours volontaire et déterminé qui l'a vu passer d'Albin Chalandon à Jean-Luc Lagardère, de Jacques Attali à Simone Veil, avec de multiples amitiés nouées sans frontières politiques - il suffisait de voir les bises données sans discrimination sur les plateaux de télévision au soir du premier tour de la présidentielle -, avant de culminer en et par Nicolas Sarkozy, n'était pas à l'évidence à la portée de la première venue.

Nous avons une ministre de la Justice qui, aujourd'hui socialement sanctifiée, bénéficie d'une aura dont elle devrait faire bon usage. Parce qu'une fois franchie l'épreuve parlementaire- elle le sera aisément- pour l'adoption des peines planchers et l'excuse de minorité,  énormément de problèmes à venir.

Lire la suite "Une icône pour quoi faire ?" »

Depardieu a oublié Cyrano

Gérard Depardieu, sur RTL, a qualifié de "très bonnes" les promesses de Nicolas Sarkozy et estimé "que les autres sont minables en face... On ne sait même pas de quel parti ils sont, ils sont plantés de partout, on s'en fout !"

Chacun, même lui, à le droit d'exprimer son point de vue si on peut qualifier ainsi ce type de propos. Ce qui me gêne, c'est le ton employé, qui est pitoyable. Certes, il ressemble à l'acteur lorsqu'il se pique, ici ou là, de donner des leçons ou d'envahir l'espace médiatique avec sa personnalité et sa force pas toujours maîtrisée.

Puisque Gérard Depardieu lit beaucoup depuis de nombreuses années, je lui propose de méditer une belle pensée de Jean Genet. Celui-ci, qui est assez sulfureux pour plaire à notre comédien, affirmait : "Je ne me moque jamais. J'ai trop à faire d'aimer ou de haïr." C'est tellement juste et puissant. Dans la haine, il y a encore, tout au fond, du respect. Dans la moquerie, il n'y a que de la dérision, l'arme aigre d'aujourd'hui ou/et le coup de grâce porté à la défaite. Même dans la boutade, on n'a pas le droit d'insulter la faiblesse. C'est la pire des attitudes. L'indignation ou la sympathie offrent encore de quoi réfléchir. Elles n'abaissent pas.

Gérard Depardieu a joué magnifiquement Cyrano de Bergerac. Imagine-t-il ce fabuleux bretteur romantique, cette âme courageuse et solitaire, s'abandonner à une telle facilité, à ce mépris, à cette vulgarité ? Il est vrai qu'Edmond Rostand aurait écrit le texte et que cela aurait tout changé.

Marche ou grève !

Dans le Monde, on apprend que les éducateurs du premier établissement pour mineurs de Lavaur (Tarn) sans miradors ni barbelés se sont mis en grève dès  son ouverture en affirmant que leur mouvement était "reconductible et illimité".

Cette protestation collective est le fait de vingt éducateurs, deux professeurs techniques et un chef de service employés par la protection judiciaire de la jeunesse. Ceux-ci sont censés travailler en binôme avec des surveillants de l'administration pénitentiaire qui, eux, n'ont pas le droit de grève.

Ce qui me choque, c'est que cet aréopage contestataire, qui prétend ne pas s'opposer à ces prisons pour mineurs d'un nouveau genre, refuse toutefois d'être confondu avec les "matons". D'une part l'expression d'une telle crainte est symptomatique, comme si l'éducateur était naturellement aux antipodes, dans son esprit libéral et humain, du surveillant qui n'est bon qu'à garder et ne mérite pas d'être associé, lie pénitentiaire, avec le bon grain. D'autre part, sauf à prétendre assigner aux uns et aux autres un rôle absurde, on perçoit mal où ailleurs que dans une prison pourrait se nouer cette relation, cette inévitable solidarité entre ceux qui surveillent  et ceux qui aident.

Le plus piquant, et qui m'amuse parce que tellement révélateur des pratiques de notre vie sociale, c'est cette grève mise en oeuvre dès le premier jour, probablement pour éviter que cet établissement original et nécessaire puisse commencer à produire d'emblée ses heureux effets.

Je me demande si nos grévistes se sont rendu compte du ridicule qu'il y avait à présumer le pire quand la réalité n'avait pas encore commencé d'être dévoilée. Dès l'ouverture, on dégaine. Cela ferait rire si, derrière cette pantalonnade collective, il n'y avait pas déjà le grain de sable qui a envie d'entraver un processus susceptible, même modestement, d'améliorer les choses.

Marche ou grève. Il est clair qu'ils ont préféré la grève à la marche. C'est d'autant plus dommage qu'associés à la justice, ils donnent de nous tous une image dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est pas dynamique ni positive. Pour ma part, s'ils récusent les contraintes du pénal, je ne rejette pas les compréhensions de l'éducatif.

Pour leur prochain arrêt de travail, qu'ils attendent un peu. Ils ont pris de l'avance.

Une morale de l'action

Le 17 juin, nous arriverons à la fin du premier cycle présidentiel.

Je ne crois pas que ce soit violer l'obligation de réserve, à laquelle je tiens profondément dans son esprit, que de tenter d'analyser non pas le fond de la politique qui ne me regarde pas, sauf à réagir en magistrat devant les projets judiciaires et les drames que l'actualité secréte à foison, mais la méthode mise en oeuvre, l'action du discours en quelque sorte, et le discours de l'action.

Cette envie m'est venue dimanche après avoir regardé l'irremplaçable émission de Serge Moati "Ripostes", dont le thème se rapportait précisément à la pratique du président de la République. Si j'ai été séduit, parfois convaincu, à l'écoute de certaines interventions - étaient présents notamment Jean d'Ormesson qui a mis de l'aigreur et de la susceptibilité dans son "jeunisme" affecté, Dominique Wolton, Gérard Miller et Maurice Szafran -, je n'ai pas entendu formuler cette idée à mon sens centrale qu'avec Nicolas Sarkozy, la France n'est pas entrée en "hypnose" mais en mouvement perpétuel. D'un coup, c'est l'action qui donne le sens et c'est l'action qui devient morale.

On comprend que devant une telle révolution de la méthode, on éprouve comme un tournis démocratique. Hier, peu ou prou, la politique ne pouvait être qu'un habillage honorable au pire de l'impuissance, au mieux d'une ambition limitée. L'idéologie de laisser du temps au temps et de préférer, pour régler les problèmes, une absence prétendument habile de solution au risque de l'initiative, avait gangrené tous les esprits. L'abstention, par définition, mettait à l'abri des réactions désordonnées et imprévisibles du réel, l'action constituait donc une épreuve à ne jamais surmonter.

Avec Nicolas Sarkozy, c'est l'inverse, sur lequel on n'a pas assez insisté. Cette différence radicale d'approche fait d'ailleurs qu'un magistrat peut, sans trahir d'exigences fondamentales, s'attacher comme à un objet politique non identifiable aux modalités plus qu'au contenu, à la forme plus qu'à la substance. En dépit d'un discours de campagne qui aspirait à lui redonner son importance, le président de la République ne surestime pas les effets de la politique traditionnelle, dont il perçoit les inévitables limites et les déceptions qu'elle peut engendrer. Aussi, davantage que l'action de la politique, il a décidé, me semble-t-il, de privilégier une politique de l'action. On aboutit à ce paradoxe que la chose politique recouvre ses droits grâce à une démarche qui ne fait plus d'elle une inspiration mais une conséquence. Nous nous trouvons confrontés à un existentialisme de la gestion publique : l'existence précède l'essence.

Ce retournement, qui met le président de la République en première ligne, le fait bénéficier d'une autorité par l'exemple, dont le défaut expliquait hier beaucoup d'atonie et de carences. Sur un plan anecdotique, il est frappant de constater comme, à peine nommés, les membres du gouvernement ont d'emblée pris le pli "à la Sarkozy" de bouger pour donner au moins l'apparence d'un mouvement avant de promouvoir, qui sait, le bienfait d'une réforme.

Cette action dans les domaines national et international, avec ses réussites et ses réticences, est facilement identifiable au regard de la stratégie de communication que le candidat avait victorieusement expérimentée. Celle-ci ressemble trop à sa personnalité profonde pour que le président de la République ne la poursuive pas. Non seulement, comme cela a été dit lors de Ripostes, Nicolas Sarkozy communique aujourd'hui pour agir demain mais sa communication d'aujourd'hui représente elle-même une action instantanée. Les mots ne sont pas laissés au rancart. Ils ne sont plus destinés à masquer les béances entre ce qui est promis et ce qui est tenu mais à prendre leur part dans une vision politique où rien ne doit échapper à l'obligation de l'action. Le langage qui met une volonté en mots devient donc un instrument au même titre que d'autres formes plus évidentes d'entreprise et d'activité.

L'action acquiert un statut très particulier. Elle n'est pas destinée à gérer l'acquis, elle n'a pas pour vocation de maintenir l'ordre des choses ou, par un subtil mélange de compassionnel et de misérabilisme, de remplacer la puissance de faire par les élans du coeur. L'action n'a plus qu'une seule finalité mais capitale. Là où Nicolas Sarkozy passe, il n'est pas concevable que quoi que ce soit demeure tel quel. La réalité non pas trépasse mais se transforme, explose de l'intérieur. Une sorte d'Attila républicain, agitateur de bon aloi qui torture l'immuable pour en faire surgir du nouveau. En ce sens, il n'avait pas tort de se décréter révolutionnaire. Un réel laissé immobile est une offense car il manifeste que l'action n'a pas eu lieu ou qu'elle a échoué.

Lire la suite "Une morale de l'action" »