Un article du Figaro nous apprend qu'à cause des crimes et des délits chaque contribuable doit régler 300 euros par an, leur coût global pour la société s'élevant à 20 milliards d'euros. On doit cette estimation à un expert de l'Institut national des hautes études de sécurité. La délinquance financière n'est pas loin de représenter une charge de 10 milliards d'euros au moins tandis que la lutte contre le vandalisme, notamment contre les tags que beaucoup, avec l'oeil artiste ou indulgent, considérent avec complaisance, mobilise des sommes très importantes, en particulier de la part des municipalités efficaces qui remettent rapidement les choses en l'état.
Il ne faut surtout pas rire de ces évaluations qui ont le mérite de rendre le citoyen attentif à ce que son indifférence, sauf lorsqu'il est victime, néglige ou ignore. Lorsque la morale fait défaut, reste l'intérêt. Plutôt que d'exiger de chacun une indignation devant la dégradation de la vie collective et la transgression des valeurs, mieux vaut souligner, grâce à un calcul froid et rationnel, tout ce qu'il conviendra de payer pour compenser les débordements d'une minorité. Celui qu'on voit frauder à côté de soi, dans le métro ou l'autobus, va-t-il demeurer cet étranger dont le comportement ne nous concerne pas ou va-t-il s'inscrire maintenant dans notre esprit et notre espace comme un spoliateur ?
Je suis persuadé que pour beaucoup, les délits et les crimes, à partir de l'approche statistique trop souvent privilégiée, restaient une catégorie à la fois abstraite et vaguement inquiétante. C'était, d'abord, ce qui n'arrivait qu'aux autres. Maintenant, c'est ce qui m'obligera à débourser. Faire entrer les infractions dans l'univers du coût, c'est les normaliser, les banaliser, les rapprocher de nous, mais sur un mode qui modifiera notre regard et fera évoluer notre perception.
Le radin qui sommeille en chacun de nous prendra plus aisément la mesure de ce désastre social et de ces malfaisances individuelles que l'humaniste intermittent trop souvent tolérait. Ce qui est près du portefeuille ne se laissera plus aisément effacer. Peu importe par quels moyens on suscite la révolte citoyenne, l'essentiel est de la mettre en mouvement.
Le sociologue Sébastien Roché, pour finir sur une note humoristique, dans ce même article développe très sérieusement l'idée, sans percevoir en l'occurrence son absurdité, que si la délinquance a un coût, elle permet aussi de créer des emplois et de favoriser l'innovation. Ainsi, cette évaluation financière des délits et des crimes ne peut pas être approuvée à elle seule, il convient, par une sorte de compensation ridicule, de placer sur l'autre plateau de la balance les prétendus avantages dont la société bénéficierait grâce aux infractions. Que sur un tel sujet on ose un paraléllisme, comme s'il était fondamental d'évoquer le pour et le contre, comme s'il n'était pas concevable de laisser la délinquance en face de sa noirceur exclusive, montre les ravages de l'esprit théorique. Pour ma part, je me dispenserais volontiers des nouveautés engendrées par la délinquance si celle-ci venait à disparaître !
Restons-en plutôt à cette pensée basique. Les crimes et les délits, cela revient cher à la société !
On en fait des choses intéressantes avec trois cents euros...
Je crois en la responsabilisation du délinquant, que ce dernier soit obligé par la loi de repeindre un mur taggé, de rembourser par des deniers dus à un travail imposé pour la voiture qu'il a brûlée.
Si le citoyen a un oursin dans la poche, car le travail rapporte peu d'argent, soyons sûr que celui qui n'est pas citoyen l'aura aussi. Plutôt que de le déclarer insolvable et de laisser la municipalité ou la personne lésée en désarroi.
Si ce genre d'annonce est une bonne information qui nous est apportée, il faut se défier de la tentation de milice, de contribuable justicier qu'elle pourrait engendrer. Au milieu des excédés, on peut comprendre pourquoi, il y aura des violents qui se satisferont d'un tout sécuritaire pour faire des ratonnades, pour commettre des délits sous l'approbation publique.
Chez ceux qui sont dans le concret, il n'y a pas que de grandes âmes. Ainsi, j'ai appris avec stupéfaction que depuis que Y. Noah avait déclaré qu'il était résistant, qu'il partirait si Sarkozy était élu, il recevait des lettres racistes à la hauteur de trois par jour. Si ce cuistre déconnecté spoliant le mot résistant mérite une contradiction, qu'on se moque de lui, il ne mérite pas d'être sali pour l'innocence d'une couleur de peau. Je n'aime pas cet esprit Vichy avec lettres anonymes, il me donne honte de la France. Que Noah parle de la misère sans l'avoir connue tout en donnant des leçons, qu'il parte dans des paraboles guerrières d'un ridicule sans nom, que ce ne soit pas un intellectuel, loin de là, est un fait. Cela ne justifie en rien le racisme à son égard.
Je redoute que la réalité qui nous montre qu'un nombre important de délinquants incarcérés, auteurs de crimes et délits soient d'origine immigrée me fait craindre un manque de discernement de la part de la population. J'ai peur que nous glissions insidieusement dans le racisme.
C'est pour cela entre autres que je dénonce par ailleurs les textes et les aspects de culture qui mènent à la violence, pas les individus et encore moins leur couleur de peau.
Pour les tags, depuis le temps qu'on leur dit que c'est de l'Art, qu'ils sont magnifiés pour leur peinture par les bobos, il ne faut pas s'étonner qu'ils aient la tentation d'en faire.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 27 juin 2007 à 21:20
Le danger des statistiques et des chiffres, c'est qu'on peut leur faire dire plein de choses, des "bonnes" comme des "mauvaises" : ah, vous voyez, on a une augmentation de 7,6% des délits commis par des étrangers, c'est bien la preuve qu'il faut se méfier des gens qui ne sont pas suisses depuis 12 générations".....
Pour les montants à charge de chacun, je sens déjà venir le (pas du tout logique ni rationnel, encore moins "à propos") "j't'l'avais bien dit, y coûtent trop chers, les juges et j'te dis pas, les avocats, y sont trop payés"....
Le nombre d'accidents de la route, le nombre de morts par année n'ont jamais incité un fou du volant à ralentir, je crois...
Cela dit, je pense quand même que ces chiffres sont intéressants, paradoxe quand tu me tiens.
Rédigé par : Madame Poppins | 27 juin 2007 à 20:34
"La seule sécurité privée, activité florissante, fait travailler au moins 150 000 personnes. Autant que des policiers"
Voici donc la conclusion de S. Roché dans Le Figaro.
Ce détour par les "richesses" créées par la délinquance est stupéfiant.
Doit-on maintenir ceux qui sont sans revenus en situation de précarité au prétexte qu'ils créent des emplois dans le domaine social ?
Si on raisonne comme S. Roché, il y a des secteurs publics, associatifs et privés qui "vivent" de l'exclusion.
Les emplois qui sont ainsi générés justifient-ils une seconde le maintien de personnes en situation de pauvreté?
Informer également sur la délinquance en termes de coûts est une initiative à encourager.
Je souhaiterais qu'on généralise ce type d'évaluations pour l’ensemble des domaines qui ont à voir avec les politiques publiques.
Rédigé par : Véronique | 27 juin 2007 à 20:01
Ca coûte cher, mais selon Martine de Maximy, juge des enfants à Nanterre, il est des « moments où la société doit supporter ces jeunes » ( http://riesling.free.fr/20070627.html )
Sacrée société, tantôt coupable de la délinquance, tantôt débitrice de la délinquance. Une chose est sûre, la société, c'est toujours les autres.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 27 juin 2007 à 17:42
Oui ça coûte cher, mais parfois je ne suis pas loin de penser que sous couvert de "tolérance" certaines communes se font les complices des délinquants destructeurs.
J'habite depuis 15 ans le même appartement dont la vue donne sur la cour d'une école maternelle; école fréquemment visitée par des hordes sauvages qui cassent les carreaux, le toit ou les jeux pour enfants (âge moyen des hordes : 12 / 13 ans). Quand mon oeil tombe sur une de ces hordes en exercice je prends mon téléphone et compose le 17, mais dans 99% des cas la police arrive trop tard... En 15 ans à raison d'une à deux fois par mois de mise à sac, la facture doit être salée et en 15 ans pas un seul dispositif de sécurité ou de surveillance n'a été installé par la commune. La seule parade étant de laisser les lumières de l'école allumées 24 h / 24 pour faire croire qu'il y a du monde. Ce qui coûte cher aussi.
Je pense que là, on devrait responsabiliser les élus communaux, créer des "observatoires" comme on aime tant en faire ; observatoires qui pourraient interroger les maires sur le laxisme dont ils font preuve dans certains cas. Je doute qu'une école détériorée 24 fois par an soit ignorée au niveau des élus à moins de pratiquer la politique de l'autruche.
Rédigé par : Bernard | 27 juin 2007 à 17:33