Lorsqu'un collègue est sérieusement blessé dans l'exercice de ses fonctions, la solidarité a du sens et l'indignation est légitime. Pour une fois, j'aurais voulu participer à cette manifestation d'émotion et de soutien devant le tribunal de Metz, pour saluer Jacques Noris, espérer son rapide rétablissement et signifier qu'on ne peut plus laisser la justice devenir dans un certain nombre de juridictions une activité dangereuse.
Je suis persuadé que ce drame va conduire à une sécurisation accrue des tribunaux. La garde des Sceaux a pris d'emblée, avec le président de la République, la mesure de la tragédie, dans sa dimension personnelle et sur le plan collectif. Sa réaction a manifesté avec force que les magistrats, affrontant l'intolérable, ne seraient pas seuls et pourraient compter sur l'Etat. Ce n'est pas rien même si, pour l'instant, cela semble un baume bien dérisoire.
Plus tard, après l'action de sûreté qui va être engagée, il faudra réfléchir. Certes, dit-on banalement, les juges ne sont plus respectés. Leur mise en cause s'inscrit à l'évidence dans le délitement global des fonctions d'ordre et d'autorité. Il conviendra tout de même d'accepter l'idée que la considération individuelle et collective dépend aussi de nous. De notre capacité à regagner l'estime et la confiance de nos concitoyens. Je ne voudrais pas que nos palais de justice soient condamnés à devenir des blockhaus qui rendraient impossible le lien démocratique.
Dans l'immédiat, les pensées de la magistrature tout entière sont tournées vers Jacques Noris.
Aujourd'hui, une bonne nouvelle concernant la prison de la Santé est survenue. Le délégué du médiateur de la République a enfin été nommé. Il va s'occuper des problèmes que vont lui soumettre les 500 détenus de cet établissement à l'exception, évidemment, de ce qui se rapporte au judiciaire et au disciplinaire. Il me semble que cette initiative, si elle se multiplie, va favoriser l'amélioration nécessaire de la condition des prisonniers. Le regard extérieur et le contrôle externe représentent le moyen privilégié pour faire bouger les lignes et alléger les pesanteurs internes.
Le Parisien nous apprend que pour les 7500 détenus qui bénéficient actuellement de l'aide d'un médiateur, le rythme est de 700 saisines par an.
C'est un chemin qui peut nous sortir de l'idéologie compassionnelle et du discours misérabiliste. Je suis heureux d'être sur ce plan, et pour une fois, en plein accord avec l'Observatoire international des prisons qui estime qu'il s'agit "d'une très grande avancée dans l'accès au droit."
C'est bon de dire oui, parfois.
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