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Voici les sites qui parlent de Avocats pour le meilleur, pour le pire :

Commentaires

Marcel Patoulatchi

Véronique,

Ma conclusion : vous prêtez à Jacques Chirac et à son discours des intentions et une portée que je n'y trouve absolument pas.

Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de m'exprimer à un séminaire dont le thème était le rapport entre histoire et mémoire. Ce thème ne m'est donc pas complètement étranger. Et je persiste à estimer l'intervention de Jacques Chirac comme une pollution, et certainement pas comme du registre de la nécessité !

La collaboration n'était plus depuis longtemps un sujet tabou, inconnu. Les historiens n'ont plus de difficultés à aborder ce sujet, je ne crois pas me tromper en disant que c'est cette période qui constitue la période la plus étudiée et sur laquelle le plus grand nombre de publications sont réalisées chaque année - et ce n'est pas un phénomène récent. Toutes les archives sont disponibles. Enfin, les Français sont bien familiers avec la collaboration d'Etat, présentée dans de nombreux films, comiques ou dramatiques, que ce soit avec réalisme ou exagération. Je ne vois donc aucune nécessité dans les déclarations de Jacques Chirac.

Par contre, j'y vois une pollution, entraînant une confusion sur les conditions historiques de la résolution du conflit mondial. Car c'est bien une erreur grave de compréhension de la résolution de la guerre que d'ignorer la fracture entre l'Etat français et la France libre, ainsi que le France que notre France est héritière de la France libre qui s'est imposée à l'autre.
Cette erreur grave a ouvert une porte béante, celle de la judiciarisation d'un passé révolu. En effet, la jurisprudence après guerre du Conseil d'Etat considérait que l'ordonnance de 1944 rétablissant la légalité républicaine proscrivait toute poursuite de l'Etat pour les fautes commises par Vichy. La déclaration de Jacques Chirac, émanent d'un président de la République, met à mal cette juridprudence. En découlent des procès, comme le procès Lipietz C/ SNCF, auxquels même Serge Klarsfeld s'oppose sur le principe.

En conséquence, non seulement le caractère nécessaire des déclarations de cet ex-président ne m'apparaît pas - merci bien, Jacques Chirac n'est pas celui à qui la France doit la connaissance de son passé trouble - mais, de plus, le caractère néfaste me semble manifeste - il n'était pas judicieux de remettre en cause la victoire de la France libre sur la France occupée et d'engager la République pour reconnaître les torts de Vichy.

Véronique

@ Marcel

Je persiste à penser que le discours de J. Chirac était nécessaire.

Vous me dites que "ses frasques permettent une fois de plus de polluer l'histoire par la construction mémorielle."

Je pense que cette frasque-là nous a permis, au contraire, de sortir de la confusion entre la mémoire et l'histoire.

Pour le livre d'Olivier Pétré-Grenouilleau, des historiens ont su défendre leur discipline face aux dérives et aux excès mémoriels. Le risque de confusion entre la mémoire et l'histoire est aujourd'hui au coeur de leur réflexion et s'est installé dans le débat public.

"On répugnait à aller dans les coulisses de l'Histoire pour dénoncer le sort imposé à ceux qui n'avaient pas été actifs dans le combat contre l'occupant mais n'avaient rien commis d'ignoble. Entre les héros et les traîtres, beaucoup avaient tenté de se frayer un chemin qui n'aurait jamais dû leur valoir les avanies des procès."

écrit Philippe à propos du téléfilm sur S. Guitry.

Ma conclusion à notre discussion.

Je pense que la position de J. Chirac a contribué à créer les conditions pour une lecture libérée et plus sereine de cette période.

Si nous nous plaçons dix ans en arrière, une diffusion apaisée de ce téléfilm n'était pas réellement envisageable.

Marcel Patoulatchi

Véronique,

Je suis opposé à ce discours de Chirac. Pour des raisons que j'ai détaillées plus haut. Cela n'a rien à voir avec celle que vous invoquez, « une concession accordée à l'Association des filles et des fils de déportés de juifs de France ».

Mais cette évocation dément votre théorie d'un Chirac qui apaiserait les « déchirures collectives », puisque ses frasques permettent une fois de plus de polluer l'histoire par la construction mémorielle. Je m'explique : la question du passé de la France est une fois de plus prise en considération au regard de problèmes de l'actualité de la France, le discours qui se tient à propos de l'histoire répond donc à des logiques très actuelles.

Ce n'est certainement pas cela qui peut « dégager la route à un travail d'histoire allégé des poisons du ressentiment ». Mais disons que ce travail est déjà amorcé depuis longtemps. Certes, cela est venu d'un étranger, Robert Paxton, mais cela fait bien 25 ans que la voie est dégagée, pour les historiens, les praticiens de l'histoire - pas les débauchés de la mémoire.

Vous demandez « fallait-il en raison de ces dérives possibles renoncer à reconnaître la responsabilité de l'État français dans la déportation des juifs de France ». Ma réponse sera double. Si par « l'Etat français » vous parlez du régime de Vichy, car c'est bien cette expression, « l'Etat français », qui fut son nom officiel, je répondrais par la négative. Si par « l'Etat français », vous parlez de la République française, je répondrais par l'affirmative : la République est là du fait des combattants de la France libre.

Francis,

« Il convient aujourd'hui de les observer en toute objectivité » écrivez-vous. N'oublions pas dans le mouvement que le début de l'objectivité est de reconnaître l'existence d'une part de subjectivité en tout. L'objectivité doit être un but, pas une certitude.


Vous écrivez qu'« il y eut 40 millions de pétainistes, malgré quelques exceptions ». Certes, en 1940, à l'armistice, le vieux vainqueur de 17 était l'homme providentiel. Après 1941, la chose est moins sûre. De fait, il y a eu une forte majorité maréchaliste ; le monde pétainiste, fervent colporteur de la « révolution nationale », semble avoir toujours été bien plus restreint.

Sur votre constat de l'homme loup pour l'homme, je ne dirai rien sinon approuver. Dans tous systèmes et toutes structures, des rats s'infiltrent dans les engrenages et servent leur intérêt au mépris d'autrui. Malheureusement.

francis

1940-1944, quatre années de haine et de passion, écrivait Henri Amouroux. On ne cesse pas de les remettre sur le tapis de l'histoire, du souvenir et de la mémoire qui s'y rattache. Il convient aujourd'hui de les observer en toute objectivité. Plutôt que de dire, c'était la France de Vichy, il convient de remarquer que l'homme, serait-il francais, demeure toujours, le cas échéant, un loup pour l'homme. La nation vit comme elle le peut mais elle reste responsable du bien, du mal et de son inertie. Il y eut 40 millions de pétainistes, malgré quelques exceptions ; des millions d'hitlériens ; ceux-ci n'avaient pas perçu leur adhésion comme un blanc-seing à l'extrémisme nazi, voulu criminel par ses démiurges. J'ai eu l'heureuse fortune de bavarder puis de correspondre avec Henri Amouroux qui vient de nous quitter. Il possédait l'honnêteté du journaliste qu'il fut d'abord et la rigueur sans passion de l'historien rigoureux qu'il fut pour cette période. Il nous manquera ! Il m'avait dit son ignorance de toute la vérité de ces années. Son désir était d'expliquer par des faits précis l'athmosphère qui embuait l'époque. A le relire, c'est l'écriture de Simenon dans ses romans noirs. Nous avions vécu la même époque, lui adulte, moi enfant, mais conscient. Il avait vécu une guerre, moi deux, même conclusion : l'homme peut être un loup pour son semblable. Je cite H Amouroux "Ainsi des âmes basses, profitant sans danger des anges exterminateurs qu'étaient Gestapo et Milice se sont révélés délateurs". Le fiel était devenu roi. Donner les copains, les proches, les voisins, ses parents pour assouvir une vengeance professionnelle, sentimentale, familiale et de surcroît recevoir les trentes deniers ! Mais heureusement, il s'est touvé des Justes, une multitude de gens charitables qui ont su dire non face aux crimes. J'ai le souvenir de voyageurs dans le métro cédant leur siège aux porteurs de l'étoile jaune avec un beau sourire. Certes c'était peu, d'autres m'ont sauvé la vie au péril de la leur. C'est là où est l'exemple, la mémoire à conserver, cétait le message d'Henri Amouroux, c'était sa vérité, humblement et avec gratitude, la mienne aussi.

Nap

Bonjour,
le fait d'utiliser des déclarations "fracassantes" usant de termes au sens très lourd me semble être la conséquence du comportement des médias.
Si vous voulez être entendu, que les journaux, télé, radio, blogs etc. portent une attention à votre discours, il faut l'exagérer de manière outrancière.
Sinon... autant prêcher dans le désert...
D'autres que les avocats l'ont bien compris : les agriculteurs n'hésitent pas à incendier des pneus en bloquant des routes, certains salariés à faire du "chantage environnemental" lors de procédures de licenciements etc.
Vous m'accorderez donc que si les mots ne sont pas nécessairement utilisés avec finesse par les avocats... ils ne vont pas non plus jusqu'à utiliser certaines méthodes décrites ci-dessus pour exprimer leur contestation.
Par ailleurs... vous mentionnez le "temps calme" qui serait celui d'aujourd'hui... mais je me suis souvent posé la question de savoir ce qu'était un "temps calme" comme vous l'exprimez. Est-ce que 1930 en Allemagne était un temps calme ?... 1931 ??... 1932 ??
La dérive peut prendre bien des formes et l'indignation constante dans une démocratie est nécessaire. Même si elle doit être condamnée comme outrancière parfois et à juste titre. Le jour où nous ne pourrons plus crier à l'indigation outrancière... il sera trop tard...
@+

Véronique

@ Marcel

Je ne suis pas sans ignorer les risques d'instrumentalisation de l'histoire auxquels les excès mémoriels exposent.

Dans les 25 années qui séparent Le Chagrin et la pitié et le discours de J. Chirac, une prise de conscience de ce qu'a été la Collaboration s'est opérée dans la tête de beaucoup d'ignares. Moi en premier.

Je pense que le position de J. Chirac clôt cette déchirure collective et a permis de dégager la route à un travail d'histoire allégé des poisons du ressentiment.

Au-delà de l'argument qui consiste à dire que Vichy ne représentait pas la France - et je sais que l'approche de GL est juste - les opposants au discours de J. Chirac ne le comprennent en réalité que comme une concession accordée à l'Association des filles et des fils de déportés de juifs de France.

Ils l'interprètent et s'en servent comme un encouragement donné aux communautarismes. Pour revenir à l’expression d’H. Rousso et d’E. Conan, leur opposition agit à son tour comme un substitut aux urgences du présent.

Mais c'est le gouvernement de Vichy, de sa propre initiative, assisté par toute une administration, qui a défini, recensé, stigmatisé, séparé, exclu, et a désigné les parents des filles et des fils comme juifs. Rompant ainsi avec notre tradition républicaine. C'est de cet irréparable-là dont nous parle en premier le discours de J. Chirac.

Pour finir, ce n'est pas pour rien que j'ai fait référence à un livre d'Henry Rousso. Cet historien a consacré l'essentiel de son travail à l'histoire de la mémoire de l'Occupation. Il en a mis à jour les dérives. Son refus de témoigner au procès de Maurice Papon en est un exemple.

Mais fallait-il en raison de ces dérives possibles renoncer à reconnaître la responsabilité de l'État français dans la déportation des juifs de France ?


Ludo Lefebvre

GL,

Les média en sont arrivés à faire des quotas, des quotas de tout sauf de Français de souche, bien évidemment puisque lorsque nous sommes hommes, blancs, hétérosexuels nous n'avons plus qu'un droit dans ce pays, se faire insulter en se taisant et ça dure depuis 1980...

Je n'ai pas compté les juifs autour de Sarkozy, mais j'ai dit qu'ils étaient autour de lui massivement, ce n'était absolument pas le même contexte. Il se trouve que c'est vrai et que sur une toute petite population de cinq cent mille âmes, ce ne peut être un hasard surtout avec la montée du nouvel antisémitisme en France. J'ai trouvé important de signifier cette remarque qu'on ne peut contester, car la France empoisonnée d'un conflit extra territorial qui ne lui appartient pas en fait les frais en son sein. Je pense aussi que les judéomanes pour reprendre l'expression de l'excellent Jean Robin en voyant de l'antisémitisme partout font du tort aux juifs et aux autres. Vous avez interprété mon observation comme antisémite, antirépublicaine, antifrançaise alors que je suis, non seulement pour un état israëlien ce qui est singulier et particulièrement mal vu surtout curieusement chez les antiracistes, je suis même contre un état palestinien, mais au-delà de tout, je suis contre l'importation de ce conflit en France et contre les lobbies qu'ils soient juifs, musulmans, gays, noirs, blancs.
Ensuite, je suis devenu nationaliste parce que je crois ceci très important en ce moment et dans ce contexte donc je suis pour le nationalisme israélien aussi, certains de mes détracteurs sont des internationalistes convaincus sauf pour Israël... de qui se moque-t-on ?

Je ne compte pas pour, je "compte" contre puisque la France n'est pas censé reconnaître en elle autre chose qu'un citoyen et que les intellectuels juifs, arabes, noirs ne cessent de faire du vous et du nous sous les clameurs de leurs idiots utiles et de ne pas se reconnaître français dans leurs diatribes, mais français dans leurs exigences.
Enfin, j'ai lu récemment un niçois qui avait l'humour de compter le dimanche dans la rubrique du Provençal de Benamou le nombre de fois où les mots franchouillards et munichois revenaient et ce sont ces universalistes là qu'il faudrait écouter. Tant que cette farce sur l'antiracisme sera le terreau d'un autre racisme, sera unique et inique, elle se fera sans moi. Si elle perdurait, s'amplifiait même, j'aurais alors le bon sens de me mettre du côté des miens, de ma famille et je deviendrais claniste à mon tour, je n'en suis pas encore là. Pour l'instant, je supporte, impuissant devant le laisser-aller du gouvernement qui a pourtant promis d'en finir avec cette épine qui finit à force par devenir infectieuse.

J'espère avoir répondu de façon satisfaisante à votre interrogation, bien à vous.

Marcel Patoulatchi

Francis,

(Vous avez oublié le B du nom de Lucien Febvre)

Le génocide nazi n'était pas ignoré de l'historiographie ante-70. Par contre, il est très clair, en effet, que la vulgate de la France massivement résistante, voulue par de Gaulle, était prédominante - mais ça ne fait pas disparaître pour autant la dimension inhumaine du nazisme. Notons que dans les années 1970, la tendance n'était pas à la mesure mais à l'autre extrême, tendant à considérer l'ensemble de la France comme collabo.

Si assurément, un certain nombre de collaborateurs, voire collaborationnistes, ont su se trouver un avenir dans la France libérée, les exemples que vous donnez semblent mal choisis. Vous parlez des administrations, notamment de la police et de la gendarmerie. La police est probablement l'administration et le corps professionnel qui a subi l'épuration la plus massive. Cela se comprend par son rôle forcément très matériellement établi (au contraire des milieux avocats qui auront moins de difficultés à justifier de leurs attitudes, voire de ne pas les justifier, comme lorsque tel bâtonnier décidait après-guerre de ne pas faire valoir les droits à la retraite des avocats juifs qu'il avait exclus du fait des lois racistes mises en place par l'Etat français). J'avais donné des chiffres intéressants à ce sujet.

Vous dites que « Mitterrand, ci-devant fonctionnaire de Vichy, décoré de la Francisque, éluda la responsabilité de l'Etat par des arguties juridiques et des pirouettes ». Vous lui donnez la paternité de ce qui était pourtant le fruit de l'action du libérateur de la France. Car c'est bien le général de Gaulle qui a déclaré le régime de « l'Etat français » (nom officiel de Vichy) illégal - justifiant son insoumission et la poursuite de la guerre après 40. On peut bien dire que son raisonnement était une vaste pirouette, c'est tout de même ce raisonnement qu'il a réussi à imposer aux Etats Unis, avec l'appui du Royaume-Uni de Churchill, justifiant que la France ait été un pays vainqueur et non un pays vaincu. Sans cette pirouette, l'après-guerre de la France eut été autre ; mais l'imaginer n'est plus de l'histoire.

Quand Jacques Chirac « a très rapidement dénoncé l'ignominie des acteurs de la Nation d'alors », il a donné tort au général - comme l'ont déjà dit GL et Véronique. Drôle d'attitude pour un supposé gaulliste. Mais qui croit encore que ce président-là, celui qui a porté sans le vouloir sur la place publique le débat sur la suppression de la fonction présidentielle, avait les moindres convictions, autre chose que l'envie de paraître chic et l'habitude de rendre des services à ses amis en employant ses fonctions ?


GL,

Vous écrivez « qu'imputer aujourd'hui les crimes de Vichy à l'Etat revient à imputer ces faits à la République et incidemment à la France elle-même. Or et si tant est que l'on puisse faire cette distinction, l'une et l'autre n'ont jamais rien eu à voir avec les exactions d'alors accomplies par les nazillons qui occupaient un pouvoir majeur sur le territoire français à l'époque ».

L'Etat français a régulièrement devancé l'occupant dans ses demandes. L'hypothèse d'un Etat qui aurait systématiquement agi à contrecoeur ne permet pas d'expliquer l'ensemble de ses initiatives ni de ses actes (même si tous les acteurs de cet Etat n'étaient pas nécessairement enthousiastes). On ne peut pas dire la France de 40 à 44 innocente, neutre, simple témoin passif. On peut dire que la République française est sauve car elle fut rétablie en France en 44 par des hommes qui ont combattu la France de la collaboration, parfois depuis 1940. La République ne s'inscrit donc pas dans la continuité de Vichy mais dans la continuité des forces françaises libres. La France victorieuse de de Gaulle n'a donc pas à assumer les actes de la France éteinte en 44. Mais la France dans son ensemble n'était pas étrangère à l'affaire.


Véronique,

Mitterrand avait une vision bien trop utilitariste de l'histoire, néanmoins elle avait le mérite de ne pas faire l'impasse sur des épisodes fondamentaux de l'histoire de France, tel celui de la fondation de la IVème République.

Vous pensez « que J. Chirac a fini par trancher ce contentieux en réaffirmant les valeurs de référence de notre pays. Son discours est une réponse pour faire passer le passé qui ne passait pas ». On peut se demander dans quelle mesure les déclarations de Chirac n'ont-elles pas rendu ce passé d'autant plus indigeste. Réaffirme t-on des valeurs par des simplifications hasardeuses qui posent plus de questions qu'elles ne donnent de réponses ?

Vous dites penser également « qu'il n'a pas ouvert la boîte de pandore. Les tabous, les non-dits, l'absence d'une sépulture symbolique pour ceux que notre pays a livré à la barbarie nazie constituaient autant de maléfices et de bombes à retardement ». Mais est-ce cela, la boîte de pandore dont il est question ? Etait-ce vraiment tabou de parler des exactions de l'Etat français dans les années 1990. J'en doute ; on en a tellement dit dans les années 70, parfois à tort ! Quelle est-elle, finalement, cette bombe à retardement ? Serait-ce de faire de la publicité pour des constats déjà fait depuis longtemps, qui ne sont ignorés que des ignares ? Ou bien est-ce d'avoir nié le principe même du règlement de la guerre, accepté par les Alliés à l'époque, et l'établissement de la IVème République ?

Véronique

@ GL

Regarder en face la Collaboration était un devoir de vérité que la génération de F. Mitterrand ne pouvait pas réellement entreprendre.

Et la position de F. Mitterrand n'a t-elle pas contribué à alimenter insidieusement et à propager le sentiment entêtant, pour reprendre le titre du livre d'E. Conan et d'H. Rousso, du passé qui ne passe pas.

Je pense que J. Chirac a fini par trancher ce contentieux en réaffirmant les valeurs de référence de notre pays. Son discours est une réponse pour faire passer le passé qui ne passait pas.

Je pense également qu'il n'a pas ouvert la boîte de pandore. Les tabous, les non-dits, l'absence d'une sépulture symbolique pour ceux que notre pays a livré à la barbarie nazie constituaient autant de maléfices et de bombes à retardement. Et la boîte de pandore avait fini de toutes façons par exploser.

Dans leur phrase de conclusion, E. Conan et H. Rousso ont posé les limites au devoir de mémoire :

"Mais aujourd’hui ? Le devoir de mémoire donne-t-il le droit d’instruire un procès perpétuel à la génération de la guerre ? D’autant que, pour la nôtre, l’obsession du passé, de ce passé-là, n’est qu’un substitut aux urgences du présent. Ou, pis encore, un refus de l’avenir."
"Vichy, un passé qui ne passe pas" Fayard -1994

GL

@ Ludo Lefebvre.
"On compte les juifs, les noirs, les arabes, les homos à la télé et gare à la République si il y en a un de trop ou qu'il en manque un !"
Pardonnez-moi d'y revenir, mais il n'y a pas si longtemps, c'était bien vous qui, seul, comptiez les juifs autour de notre nouveau Président de la République nouvellement élu.
Ce faisant et comme je vous l'indiquais, en comptant les juifs, vous rentriez dans la même logique de ceux qui décomptent aussi les "autres", ceux qui se nourrissent de la tribalisation de la République française et qui ne prospèrent que grâce à ce terreau malsain.
J'accusais alors vos idées d'être anti-républicaines. Je le maintiens et rajoute "anti-françaises".
Aujourd'hui, puisque vous semblez dénoncer ceux qui "décomptent", j'ai l'impression que vous adoptez une attitude inverse à ce qui apparaissait soutendre vos anciens propos. Pouvez-vous éclairer ma lanterne ?

@ Véronique.
"Ces derniers opérant un partage entre la position de J. Chirac et celle du Général de Gaulle et de F. Mitterrand qui considérait que le gouvernement de Vichy ne représentait pas l'État français".
Il me semble qu'il ne s'agissait pas seulement de la représentation de l'"Etat français", mais aussi de la France elle-même et notamment entendue au sens de République démocratique. Je me permets de vous rappeler que l'un des tous premiers actes du Gouvernement de Vichy fut l'abolition de l'amendement Wallon.
Imputer aujourd'hui les crimes de Vichy à l'Etat revient à imputer ces faits à la République et incidemment à la France elle-même. Or et si tant est que l'on puisse faire cette distinction, l'une et l'autre n'ont jamais rien eu à voir avec les exactions d'alors accomplies par les nazillons qui occupaient un pouvoir majeur sur le territoire français à l'époque. La République, c'est-à-dire la France, elle, elle était à Londres.

Sortir de cette analyse fut, à mon sens, une très grave erreur que même Mitterrand, qui n'était pas gaulliste, n'avait pas commise.
Une boîte de pandore a effectivement été ouverte...
S'y engouffrent tous les anti-républicains.

Ludo Lefebvre

Le discours du Vel d'hiv a malheureusement ouvert la boite de Pandore à la France honteuse de son histoire et c'est depuis la compétition victimaire, la comparaison de la souffrance des ancêtres, les revendications ethniques, sexuelles, religieuses qui s'affrontent. On compte les juifs, les noirs, les arabes, les homos à la télé et gare à la République si il y en a un de trop ou qu'il en manque un !

Je ne veux pas de ce statut de victime qui rend intouchable, qui appelle à la sentimentalité pour mieux agresser à mon niveau personnel, ni de celui tout aussi pratique de culpabilisé, car il est pratique aussi celui-ci, admettons-le, pour ne pas prendre ses responsabilités.
"Vos grand-parents sont des salauds, vous allez payer pour eux", nous nous sommes les bons. La pureté originelle de la victime qui se voit dédouanée du moindre défaut par compassion."
"Oui, nous sommes coupables, trouvez-nous encore d'autres crimes, s'il vous plaît, ainsi nous ne pouvons agir de par notre honte, notre humanisme révélé."
Qu'elles sont pratiques ces fonctions de torturés et de bourreaux, tant et tellement qu'elles ne sont pas prêtes d'êtres supprimées.

La réalité d'hier est si confortable puisqu'elle évite celle d'aujourd'hui !

Je n'ai cependant jamais vu à ce jour dans un parcours pourtant éclaté, riche en expériences fortes, de victimes angéliques, ni de bourreaux monstrueux.

Il faudrait faire amende honorable et pas seulement sur des crimes datant de Colbert (le devoir de mémoire), pourquoi pas pour les potiers de l'Aisne en souvenir de Clovis. J'ai un arrière-grand-oncle qui, chose commune chez les militaires de ce temps, est mort d'une ruade, je n'ai pourtant jamais ressenti la moindre douleur en voyant un cheval... de qui se moque-t-on et qui accepte de se laisser railler ainsi ?

francis

Marc Bloch et Fevre ont établi que la recherche historique se construit à partir de tout document certain et étudié, seraient-ce des pierres pour explorer la préhistoire. L'histoire récente collige les lieux, la mémoire de ceux qui ont vu ou vécu les événements étudiés. Paxton, dans son ouvrage, Lanzmann dans le monument de cinéma qu'est Shoah, ont procédé ainsi. Avant 1970, on éludait presque la solution finale, ses auteurs et les responsables, tant il était plus confortable de magnifier la Resistance et la Libération et de taire ce qui s'ensuivit, comme les exécutions sommaires et les vengeances. En France, même si 75 % des juifs de ce pays ont échappé à un funeste destin, merci les Justes. Le problème des 75000 disparus posait une intérrogation douloureuse et honteuse. Comment et pourquoi, dans notre France ! Certes pendant des années les 2300 rescapés n'ont pas voulu en parler ou peu. Leur odyssée frisait l'inimaginable ! L'opinion préférait le silence, les politiques aussi, tant cela restait proche. Les contemporains d'alors aussi, et toujours en place, fonctionnaires, gendarmes et policiers, délateurs voisins... Cela recouvrait un problème politique que de Gaulle comprit très vite en 1944 et par la suite. Il laissa en place une administration plus ou moins compromise mais il n'y avait pas le rechange, le désordre eut été grave. Bien sûr il y eut une épuration pour les cas les plus éclatants. Il agit ainsi avec le Parti Communiste infiltré partout, appelé au gouvernement. C'est ainsi que M. Delaunay,préfet de Gironde à la Libération, conserva le même Secrétaire Genéral, Maurice Papon. Enseignant de métier, le nouveau préfet avait besoin d'aide. Est-ce que Papon fut le seul membre de la préfectorale à avoir agi sans conscience et irresponsable ? Il n'y eut pas que des Jean Moulin mais des opportunistes, avant et après. Quant aux familles juives, elles turent leur douleur. La question juive, la Shoah, furent passées sous silence, ce d'autant que l'Etat d'Israel irritait de Gaulle puis Pompidou, qui selon son dire, je l'ai entendu, se mit aux abonnés absents. Mitterrand, ci-devant fonctionnaire de Vichy, décoré de la Francisque, éluda la responsabilité de l'Etat par des arguties juridiques et des pirouettes. Ainsi il fallait avoir vécu cette période pour comprendre. Réponse dérisoire ! La mémoire de l'enfant que j'étais me rappelle la peur de l'autorité francaise. Devenu Président en 1995, Jacques Chirac a très rapidement dénoncé l'ignominie des acteurs de la Nation d'alors. Nicolas Sarkozy a repris cette même triste antienne. Sur ce chapitre la messe est dite, le Pays en conserve le souvenir et la mémoire, cela suffit !

Véronique

@ Marcel

"Ce besoin de commémoration est le corollaire du surinvestissement politique de ce passé et a ceci de pervers que ce qu'il combat s'en nourrit."

Sur la période de l'Occupation, je pense que jusqu'aux années 70, le choix mémoriel qui a été fait fut celui de la commémoration de la Résistance qui, elle aussi, répondait à un surinvestissement politique.

Il a fallu Le Chagrin et la pitié (M. Ophüls), des historiens étrangers comme R. Paxton et, plus tard la traduction du livre de R. Hilberg pour que le travail historique sur cette période s'oriente différemment.

Cette nouvelle orientation a abouti au discours de Jacques Chirac en juillet 1995.

Du reste, si l'initiative de J. Chirac comportait un parti pris clairement mémoriel, il n'en reste pas moins que cette initiative ne cesse pas d'être discutée et débattue par des historiens.

Ces derniers opérant un partage entre la position de J. Chirac et celle du Général de Gaulle et de F. Mitterrand qui considérait que le gouvernement de Vichy ne représentait pas l'État français.

Ce que je veux dire c'est qu’en matière d’histoire la messe n'est jamais dite. Et que je pense que c'est le propre de la recherche historique que de maintenir ouvert le débat, la discussion et la controverse.

Véronique

@ Marcel

"concernant Brasillach,

J'ai coutume de remarquer qu'il y a deux sortes de pénibles - excusez d'avance ma vulgarité : il y a les cons et les connards. Certains cumulent les deux emplois."

Ah bon !

Excusez d'avance ma perplexité : il y a ceux qui sont simplets et ceux qui sont simplificateurs. Certains cumulent les deux emplois.

Marcel, êtes-vous au mieux de votre forme ?

Fatigué ?

Marcel Patoulatchi

Catherine,

Content de voir que vous reconnaissez implicitement que ces débats sur la qualité des bulles du champagne nous éloignent de toutes considérations sur les boulangers ou encore la fonction sociale des théâtres pendant la guerre (chose qui ressort très bien dans l'excellent « Dernier métro » de François Truffaut, de l'époque où Gérard Depardieu et Catherine Deneuve valait tripette).
Ensuite, j'aurais tendance à dire que ce devait en effet être un dilemme pour le tenancier d'une échoppe ne proposant que des produits de luxe que de constater que les seuls clients potentiels portaient soit une tenue vert-de-gris, soit un képi orné d'une totenkopf ou bien avaient le « Je suis partout » sous le bras. Cruel dilemme. Mais là encore, nous ne sommes pas dans le sujet : nous parlions bien des artistes, qui, dans le fond si j'ose dire, n'ont pas de fond de commerce à maintenir en état. Finalement, l'artiste est sans doute celui qui aurait le plus facilement franchi la Manche sans trop perdre...

Bon, j'en conviens, tout le monde n'a pas l'étoffe d'un Romain Gary ou d'un Philippe Leclerc. Pensons à ce Jean-Paul Sartre, héros d'une génération, avec qui les Français aiment avoir tort selon un sondage récent, qui n'avait pas rechigné à prendre la chaire d'un enseignant mis au ban pour cause de judéïté. Toutefois, vouloir réhabiliter le milieu artistique français, qui s'est mieux sorti des épurations de 44/45 que les sous-fifres de la collaboration (comprendre : ceux qui ne buvaient pas de champagne), c'est tout de même fort de café.

Monsieur Bilger parlait de ceux qui « n'avaient rien commis d'ignoble ». Mais où commence et où s'arrête l'ignoble ? L'ignoble commence-t-il lorsqu'on parque des gens dans un stade vélodrome ? L'ignoble s'arrête-t-il lorsqu'on se contente d'observer que, décidement, ô que cela est commode, les juifs libèrent tous leurs logements ? L'ignoble est-il plus flagrant chez le sous-fifre qui accepte des ordres manifestement contradictoires avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ou chez le brave artiste qui trinque, Prosit!, avec celui qui vient de donner ces ordres ?

Véronique, concernant Brasillach,

J'ai coutume de remarquer qu'il y a deux sortes de pénibles - excusez d'avance ma vulgarité : il y a les cons et les connards. Certains cumulent les deux emplois.

Bernard de Normandie,

En effet, à mon sens, en matière d'histoire, la messe est dite. Nous pouvons affiner notre connaissance et notre compréhension des faits - mais les faits ne nous appartiennent pas.

A quoi peut donc bien servir l'histoire, dans ce cas ? Je ne sais pas. Je n'ai pas de l'histoire une vision utilitariste.

Ne vous méprenez pas, j'apprécie l'histoire - faute de quoi je n'aurais pas traîné mes guêtres en troisième cycle universitaire de cette discipline. Mais je ne lui trouve pas d'utilité flagrante (hormis pour la culture personnelle et un certain goût pour l'investigation et la logique). Je pense que dans certains cas (exemple : conflit israélo-palestinien), un devoir d'oubli serait des plus profitable.

Vous dites que l'histoire « est notre mémoire qui nous sert à comprendre le présent et aussi le futur ». J'insiste, histoire et mémoires ne sont pas la même chose. Vous dites que cette mémoire « doit toucher au plus près à la vérité » : voilà un pieux voeu. La mémoire se construit, s'attache à des éléments que rétrospectivement on sublime, on symbolise. De fait, on ajoute au passé un discours présent, parce que des simples faits n'enseignent rien. S'il y a des leçons à tirer, il faut quelqu'un pour les sélectionner. La mémoire qui serait utile est donc une construction contemporaine, ce n'est pas une simple connaissance. Et lorsque cet utilitarisme est desservi par la science, lorsque par exemple les avancées de la recherche sabotent l'entreprise éducative basée sur la mémoire, que reste-t-il ?

Je n'évoque même pas la dynamique de la concurrence des mémoires - le fameux « génocide vendéen » en est un exemple patent.

Vous mentionnez Robert Faurisson et ses compères. Dans ce cadre, les faits du génocide sont abordés mais le fond du discours des négationnistes est sur le présent. Si notre monde n'était pas, selon eux, contrôlé par un grand « zog », en clair si les juifs ne contrôlaient aujourd'hui pas tous les médias, voire plus (à ce sujet, « La foire aux illuminés » de Pierre-André Taguieff mérite lecture, notamment au regard du succès des « Da vinci code » et autres bidules illuminés), alors l'ensemble de leur théorie n'aurait pas de logique propre. Bien entendu, les négationnistes ne commencent pas à présenter leur point de vue de la sorte : l'aspect dément et simpliste de leur discours ne séduirait que quelques néo-nazis en manque de sensation (entre parenthèses, il est amusant d'ailleurs de remarquer que nombre de néo-nazis adhèrent aux théories de Faurisson tout en revendiquant spirituellement par ailleurs le génocide). Non, bien entendu, ça commence par un pseudo questionnement sur l'histoire. Toutefois, d'ici 200 ans, j'espère très franchement que le génocide nazi sera perdu de vue. Non pas qu'il soit rayé des livres d'histoire, mais il serait bon qu'il cesse d'être considéré comme élément essentiel de l'actualité. Car aujourd'hui, si on en parle tant, c'est parce qu'il est au coeur de la propagande sur le conflit israélo-palestinien, au coeur de la propagande islamiste et sujet d'obsession pour les « antifascistes » européens à qui on ne doit pas dire merci pour avoir qualifié d'extrémiste tout ce qui est national ou sécuritaire. Ce besoin de commémoration est le corollaire du surinvestissement politique de ce passé et a ceci de pervers que ce qu'il combat s'en nourrit.

Véronique

@ Bernard de N.

"(...) Que Camus ait signé est particulièrement surprenant, étant donné ses positions tranchées en faveur de l’épuration et du fait qu’il avait publiquement manifesté son hostilité à l’égard de la politique du pardon prônée par Mauriac. Camus écrivit à Marcel Aymé, qui avait sollicité sa signature, en lui disant qu’il avait une nuit blanche à prendre sa décision. Il n’avait aucune sympathie pour Brasillach, qui, il en était sûr, n’aurait jamais signé une pétition pour le sauver lui ou l’un de ses amis. C’est sa stricte opposition à la peine capitale qui avait dicté sa conduite :

" J’ai toujours eu horreur de la condamnation à mort et j’ai jugé qu’en tant qu’individu du moins je ne pouvais y participer, même par abstention. C’est tout. Et c’est un scrupule dont je suppose qu’il ferait bien rire les amis de Brasillach. Ce n’est pas pour l’écrivain, que je méprise de toutes mes forces. Si même j’avais été tenté de m’y intéresser, le souvenir de deux ou trois amis mutilés ou abattus par les amis de Brasillach pendant que son journal les encourageait, m’en empêcherait. Vous dîtes qu’il entre du hasard dans les opinions politiques et je n’en sais rien. Mais je sais qu’il n’ y a pas de hasard à choisir ce qui vous déshonore et ce n’est pas par hasard que ma signature va se trouver parmi les vôtres tandis que celle de Brasillach n’a jamais joué en faveur de Politzer ou Jacques Decour. " (A. Camus)
(...)"

" Intelligence avec l’ennemi : le procès Brasillach" - Alice Kaplan

Ce qui m'impressionne dans la motivation d'A. Camus, c'est la solidité à toute épreuve de son opposition à la peine de mort. Alors que le contexte intellectuel et politique dominant du moment aurait pu le contraindre à l’abstention et qu’il ne se reconnaissait pas dans la position défendue par F. Mauriac.

Ce que j'ai lu d'A. Camus est dans la ligne de son opposition à l’exécution de R. Brasillach. Il s’engage lui, en tant qu’individu, au nom d’une éthique personnelle affranchie d’une vision purement idéologique et militante.

Bernard de Normandie

@ Véronique
Camus était un abolitionniste convaincu (Réflexion sur la peine capitale A Koestler/ A. Camus - Folio 3609) et sans partager son idéologie politique, certainement quelqu'un d'honnête intellectuellement envers lui-même et la société, contrairement à la majeure partie de ceux qui se prétendent comme tels, mais lesquels étaient prêts et le sont toujours à vouloir faire supprimer ceux et celles qui ne sont pas en accord avec leurs pensées.

Véronique

@ Marcel

Mon propos n'est pas de décider si R. Brasillach devait être fusillé ou non.

Albert Camus a parfaitement exprimé ce qui motivait le refus de l'exécution de R. Brasillach.

Pour qui se penche sur cette période, il y a un débat qui reste entier.

Ne pas cesser de vouloir comprendre comment et pourquoi un jeune type très brillant, remarquable écrivain, a pu écrire des ignominies.

Pour qui s'intéresse au procès de R. Brasillach, je me permets de signaler le livre d'Alice Kaplan:

"Intelligence avec l'ennemi : le procès Brasillach" - Gallimard, 2001 ou dans la collection folio, 2003

C'est un livre qui éclaire beaucoup sur les protagonistes et le déroulement de ce procès.

Bernard de Normandie

@ Marcel Patoulatchi
L'Histoire se conjugue à l'imparfait et elle nous retient ou pas ; cela pour dire que j'espère qu'elle retiendra ce grand acteur qui vient de nous quitter : "Michel Serrault".

J'ai l'impression à vous lire que l'histoire c'est l'immobilisme "Ite missa est", alors que l'histoire nous interpelle, elle se pense et la penser c'est aussi en amener une critique. C'est d'ailleurs le sujet à préparer des classes préparatoires scientifiques pour 2007/2008 : "Penser l'histoire" à travers Marx (Le 18 brumaire de Louis Napoleon), Corneille (Horace) et Chateaubriand (Les mémoires d'outre-tombe)..
A quoi servirait-il d'enseigner l'histoire si elle ne devait pas pénétrer notre mémoire et être notre mémoire même d'outre-tombe..
Seulement penser c'est aussi introduire SA pensée qui est objective ou pas... et la critique de l'histoire est nécessaire...
Michelet a fait de Jeanne d'Arc une sainte, les historiens modernes en font la soeur batarde de Charles VII (n'en déplaise à Le Pen). L'histoire ne doit pas être une belle histoire que l'on raconte aux enfants avant de se coucher et j'insiste peut-être lourdement : elle est notre mémoire qui nous sert à comprendre le présent et aussi le futur donc elle doit toucher au plus près à la vérité si on ne veut pas être trompé sur notre présent ou notre futur, donc l'histoire doit être critiquée et retouchée... honnêtement bien sûr et avec argumentations à l'appui.
J'irais plus loin en remontant avant Hérodote, avec la préhistoire mais qui peut aussi nous servir d'exemple .. On m'interpelle souvent et à juste titre sur le réchauffement climatique, et j'amène les gens à s'interroger sur ce que mangeaient les mammouth de Sibérie, c'est-à-dire de l'herbe et pour qu'il y ait de l'herbe il fallait qu'il fasse chaud même en Sibérie, il ne s'agit pas d'ouvrir un débat sur le climat et de se demander si le réchauffement est anthropique ou pas, mais sur la mémoire de l'histoire, si nous ne la mémorisons pas nous risquons de la laisser à des sectes, sectes qui peuvent être très officialisées.
Le dernière guerre mondiale est trop proche pour que des individus comme Faurisson ou les négationnistes viennent raconter n'importe quoi, mais qu'en sera-t-il dans 200 ou 300 ans si elle n'est pas mémorisée ?
Quant à l'histoire de la dernière guerre mondiale, ce qui me désole c'est qu'elle ne me semble pas pensée ; elle semble être une chasse gardée de quelques-uns qui la mettent en "lecture seule" et qui ne sont pas forcément des historiens. Sentiment personnel...

Marcel Patoulatchi

Véronique,

Ce qui est surtout en cause, c'est le recul que nous avons nous, en 2007, et que d'autres n'avaient pas, il y a 50 ans.

Je maintiens mon propos : ça ne nous appartient pas de décider s'il faut fusiller ou non cet homme.

Véronique

@ Marcel

Ce qui est en cause dans le cas Brasillach ce sont la responsabilité de l'intellectuel et le pouvoir meurtrier des mots.

Cette question ne doit pas cesser de nous concerner.

Marcel Patoulatchi

Bernard,

L'histoire n'est justement pas notre mémoire.

L'histoire s'établit méthodiquement. Elle est savoir et ignorance - elle s'assume comme cela.

La mémoire se construit, principalement de ont-dit et d'idéologies. Vouloir juger des hommes déjà morts, ce n'est pas faire de l'histoire. L'histoire peut se contenter d'être constat, observation. C'est la mémoire qui se fait dragon, qui voudrait que l'on juge des hommes qui ont vécu dans d'autres contextes, qui ont fait des choix auxquels nous n'avons pas été confrontés.
Pour reprendre l'exemple des épurations, il est évident, on peut le constater, qu'elles furent l'occasion de multiples excès. Toutes les femmes rasées n'étaient pas forcement des collaborationnistes ; pas plus que tous les Allemands n'étaient des nazis convaincus. Néanmoins, au sortir d'une guerre fratricide, n'aurions-nous pas été nous aussi pris d'une furie vengeresse ? Je crois donc que nous ne saurons jamais s'il fallait ou non fusiller Brasillach : ça ne nous appartient pas, ce n'est pas notre histoire, c'est l'Histoire, qu'on ne peut changer, sur laquelle on ne peut influer. Même vouloir lapider les acteurs de ce temps-là est vain, ils ne sont plus là eux non plus...

Catherine JACOB

@Marcel Patoulatchi

« Merci à vous de vous élever au-delà du commun, d'avoir une « conscience » qui dépasse le commun si « peu sensible à la fonction sociale du théâtre ». Remarquez néanmoins qu'il me semble que lorsqu'on compare une boulangerie à un théâtre, il convient aussi de s'interroger sur le public qu'on reçoit dans son établissement, de l'uniforme que portent ceux avec qui on trinque un verre de champagne. »

Je vous sens à peine ironique…
Je ne connais cependant aucun uniforme qui ne mange pas de pain. Ceci étant, tenir un établissement avec foyer où l’on sert du champagne tel un opéra et servir tout le monde ou avoir subitement l’idée de passer au-dessus du verre de tel ou tel uniforme en crachant dedans au lieu d’y verser les bulles magiques, et chanter pour Adolf à Bayreuth comme je ne sais plus trop qui ou refuser de se rendre à une convocation du Führer comme cette autre cantatrice dont le nom m’échappe également, ne présentait pas exactement les mêmes risques immédiats ni le même sens. Dans le second cas on aurait pu dire à l’imitation du commissaire San Antonio, « ça mange pas de pain » = ‘ça n’a pas eu (ou ça pouvait ne pas avoir) de conséquences graves’ et c’était un geste symboliquement fort, mais dans le premier cas c’eût été signer son propre arrêt de mort sur-le-champ sans autre forme de procès, sans compter les représailles sur l'ensemble du personnel...

Ludo Lefebvre

Bernard de Normandie,

Dans le climat actuel qui est celui du règlement de compte ethnique, vous pouvez être certain que notre histoire ne va prendre qu'une seule tournure si elle est légiférée. Plus encore que jamais, nous n'allons être limités qu'à l'affaire Dreyfus, la collaboration Pétainiste essentialisée, hors de tout contexte, puis à la colonisation et enfin à l'esclavagisme.
Nous sommes loin d'en avoir fini avec tout cela.

Marie

Monsieur Bilger aurait pu, à l’occasion de ce billet, s’inspirer des événements comme l’espionnage entre Mac Laren et Ferrari, en Formule 1 ou encore, le feuilleton à épisodes : le Tour de France, ça dégage !! Départ de ARD-ZDF, puis de France Soir…. ! Ou encore sur la palpitante vie des Corbeaux ! ….

Que nenni, il préféra un sujet toujours aussi brûlant qu’est celui de « la collaboration. »


« Si Dieu descendait sur la Terre, tous les peuples se mettraient à genoux, excepté les Français qui diraient : " Ah ! Vous êtes la ! C'est pas trop tôt ! On va pouvoir discuter un peu ! »
Lord Balfour


La France est un pays jésuitique qui refuse aux Français l’étude, la consultation de ses archives, période 1940-1944, afin de ne, toujours, pas nuire à certains individus qui …. Et ce, plus de soixante ans après.

«…grandeur de notre Etat de droit… » a dit monsieur Bilger.


Il leur est donc interdit de connaître et surtout de savoir pour quelques protagonistes témoins encore, pour d’autres, à la place de leurs parents, le pourquoi de toutes les ignominies qui furent perpétrées, qui peut-être les touchèrent personnellement de près ou de loin, durant cette période d’occupation….


Mais la France dispose t-elle toujours de l’intégralité de ses archives, puisqu’elles furent pillées ?


On sait que, déjà, durant la débâcle de 1940, certaines furent abandonnées dans des wagons en rase campagne. Donc inévitablement saisies.


La mémoire spoliée : les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique (de 1940 à nos jours) par Sophie Coeuré


Il est aisé de juger, de condamner ou blanchir, lorsque d’autres n’ont pas le « droit » d’accès aux archives françaises : sa mémoire. Alors que l’Etat continue de protéger certains industriels, certaines familles, certaines banques...

Manque de « pedigree » peut-être pour les plus humbles ?


« … ridicules et scandaleuses épreuves subies par Sacha Guitry… »

Sacha Guitry, fils de …

Quelques-uns furent jugés pour « collaboration et distraction des troupes d’occupation », quand d’autres, beaucoup d’autres, se sont enrichis grâce à leurs présences. Il est évident que « le monde de l’art et du spectacle » procura particulièrement matière à « chasse aux sorcières ». De nombreux artistes, écrivains… furent filmés avec l’occupant, comme ce fut le cas, par exemple, pour certains, dans le fameux train en partance pour Berlin ! Il leur fut, ensuite, difficile, de prétendre, ne pas avoir été « en contact » avec l’occupant !!!


Il y eut de nombreuses accusations pour collaboration avec l’ennemi : Drieu la Rochelle, Maurice Chevalier, Charles Trenet… d’autres encore, déjà cités.


Alors que certains étaient entrés en résistance, passés en Angleterre, d’autres subissaient l’occupant, travaillaient durement en France : dans certaines industries la cadence était de 70 h par semaine, lorsque la ration de pain était de 350 g par personne et par jour. Pour passer quelque temps après à 275 g….

Avec les conditions que l’on sait. Il apparaît difficile d’admettre que pendant ce temps là, quelques-uns avaient fait le choix de vivre « difficilement » dans le luxe allemand très parisien, par exemple, ou d’adhérer sans états d’âme à leurs idées.


Il fut reproché à Maurice Papon d’être resté en France, au moment de son triste procès, pour lui, récent, quand d’autres l’avaient quittée. Mais combien d’autres ?

Il y a tellement eu de Mata Hari, dans le monde des arts ou « de l’art gens » !!! Des incompris.

La notion de patriotisme est difficile à cerner, d’un conflit à l’autre.

Mais qu’est-ce que le patriotisme ? Qu’est-ce que la collaboration ?


Après tout, le maréchal Pétain n’avait-il pas déclaré dans son message du 30 octobre 1940 : « … Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe….
...Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d'agression. Elle doit comporter un effort patient et confiant…."


Dans cette optique, beaucoup d’alcools de grande valeur, et de tout genre, ont coulé et furent bus… avec l'occupant !!!

Selon monsieur Amouroux, il y aurait eu 40 millions de pétainistes !


Madame Annie Lacroix-Riz, professeur d'histoire contemporaine, spécialiste de la collaboration économique avec l'Allemagne nazie, a obtenu, il y a plus de 10 ans maintenant, l’accès à certaines archives difficilement consultables. Son travail fut censuré par la revue d’un ministère.

Elle a découvert dans des archives allemandes, jusqu’alors, inédites, les rapports Kolb, qui présentaient des traces d’accords passés entre des industriels allemands et français de la chimie pour la fabrication en France et la réalisation de moyens de gazage.
http://www.anti-rev.org/textes/Smadja97a/
GILLES SMADJA : Les archives allemandes inédites


Dans le cadre de sa recherche, cette enseignante obtint la preuve que la collaboration ne s'est pas principalement opérée sous la double contrainte de Vichy et de l'Allemagne. Dates et pièces à l'appui, madame Lacroix-Riz avança que les élites industrielles et financières sont allées au-devant et souvent au-delà des exigences de l'occupant d’où la création de nombreuses sociétés mixtes impliquant des banques et industriels français, et des groupes allemands finançant la machine de guerre nazie.

Gilles Smadja : La revue d'un ministère censure une historienne
http://www.anti-rev.org/textes/Smadja96a/

« …j'ai admiré le rôle de ses deux avocats. La défense a une merveilleuse et honorable mission - non seulement juridique mais humaine - dans ces périodes de crise et de trouble…. » nous confie encore monsieur Bilger.


« Vichy : bonne ou mauvaise conscience des juristes ? Point aveugle, en tous cas, pour la génération de juristes la plus directement concernée…


« …La première de ces questions a trait à l'attitude des juristes, et des professeurs de droit en particulier, sous Vichy. … »

http://www.anti-rev.org/textes/Lochak89a/
La doctrine sous Vichy Danièle Lochak*


« … il est toujours un peu facile de jouer les grandes âmes après coup, car on n'est jamais assuré de savoir la conduite qu'on aurait soi-même tenue, confronté au problème.

Il me semble, cependant, que ceux qui ont vécu et exercé des fonctions pendant cette période auraient pu, eux, réfléchir sérieusement et prendre plus clairement position, après la guerre, sur ce qui s'était passé, et ne pas hésiter le cas échéant à faire leur autocritique collective en tant que corps... »

Le juge doit-il appliquer une loi inique ? Danièle Lochak
http://www.anti-rev.org/textes/Lochak94a/

« Heureux, comme Dieu en France » devisent les Allemands.

Il est vrai qu’à trois reprises, ils cherchèrent ce bonheur chez nous !

Une première fois, en 1870. La Prusse se vit attribuer par l’assemblée de Versailles, ce qui mettait fin à une guerre, le versement d’une rançon de 5 milliards de francs. Or exigée par Bismarck, l’abandon de l’Alsace Lorraine, et l’abdication de Napoléon III.


Une seconde fois, en 1914/1918 : la rançon fut payée en « vies humaines ».


Une troisième fois, en 1940 : les indemnités de Vichy s’élevaient, uniquement pour l’entretien de la troupe militaire allemande, sans son hébergement, à 400 millions de francs par jour.


« Heureux, comme Dieu, en France » !!!

On peut le dire.

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