La période des vacances n'est pas idéale pour qui tient un blog. On peut lire plus de journaux qu'à l'ordinaire, écouter la radio, regarder la télévision. Le choix des thèmes est tout de même difficile car il faut se garder de toute intrusion dans des sphères dangereuses pour un magistrat, comme parler du président de la République ou de son épouse. Hors de question d'évoquer la libération des infirmières bulgares et les tractations avec le président libyen. Il serait choquant de faire un sort aux procédures en cours susceptibles de mettre en cause notre ancien président de la République. Bref, que nous reste-t-il à nous mettre sous l'esprit ?
Je regrette de blesser à nouveau mes commentateurs puristes et intransigeants mais je suis obligé, et avec plaisir, de m'attacher à une dramatique diffusée hier soir sur France 3, consacrée aux ridicules et scandaleuses épreuves subies par Sacha Guitry à la Libération. C'est la première fois qu'un tel sujet est traité. En général, nous avons droit aux pages de lumière et de gloire, à la réalité de la Résistance ou à sa mythologie. On répugnait à aller dans les coulisses de l'Histoire pour dénoncer le sort imposé à ceux qui n'avaient pas été actifs dans le combat contre l'occupant mais n'avaient rien commis d'ignoble. Entre les héros et les traîtres, beaucoup avaient tenté de se frayer un chemin qui n'aurait jamais dû leur valoir les avanies des procès. Rien qu'à ce titre, et pour le courage intellectuel dont la scénariste Loraine Lévy a fait preuve, ce télé-film méritait d'être vu et célébré.
Dans la situation de détresse où se trouvait Sacha Guitry, enfermé sans savoir même ce qu'on lui reprochait, j'ai admiré le rôle de ses deux avocats. La défense a une merveilleuse et honorable mission - non seulement juridique mais humaine - dans ces périodes de crise et de trouble. L'avocat vient alors apaiser, consoler, soutenir. Psychologue, il est aussi l'ami, le confident et la seule personne sur laquelle la solitude désarmée puisse compter. C'est déjà vrai pour le coupable. Même lui a la chance d'être assisté et c'est la grandeur de notre Etat de droit. Mais pour l'innocent perdu, égaré dans un monde hostile où les préjugés s'affirment d'emblée certitudes et charges, l'avocat devient sans doute une sorte d'être de salut, une bénédiction, un miracle.
Il est sûr qu'apportant le meilleur au sein du pire, la défense, dans ces circonstances, représente une nostalgie. On aurait envie, alors, d'embrasser cette profession.
Mais lorsqu'elle apporte le pire au sein du meilleur ? Le meilleur, c'est notre démocratie avec ses principes et sa liberté, ses petites imperfections mais ses grandes richesses, c'est notre société composée de citoyens qui chicanent beaucoup mais qui savent au fond d'eux que la France est un havre de paix, une oasis républicaine, une chance pour chacun, même pour ceux qui aujourd'hui stagnent sur le bord de la route et qui demain rejoindront le gros de la communauté.
Devant la considération de ce meilleur, le pire, c'est voir de jeunes avocats feindre d'être en dictature. C'est un simulacre de mauvais aloi. Ce n'est plus l'avocat qui prend à bras le corps une existence démunie pour la protéger, c'est l'avocat qui récite un catéchisme et joue à être l'avocat. Je fais référence à un communiqué de l'Union des jeunes avocats de Paris - j'en connais beaucoup et individuellement j'en apprécie certains - qui le 13 juillet 2007 a dénoncé dans des termes outranciers le projet de loi sur la lutte contre la récidive. Ce texte mentionne, avec le plus grand sérieux, de "graves atteintes", l'exclusion de toute humanité, la dignité humaine bafouée, et le reste à l'avenant.
Ce serait grotesque si le sujet n'était pas important. Pour être, demeurer avocat, on a le droit d'être intelligent et nuancé. Quand on connaît le poids des mots, on use du langage avec la retenue et la finesse qui conviennent.
A quand l'avocat qui nous donnera envie de le devenir par temps calmes ?
J'ai retrouvé sur votre blog un commentaire qu'il m'a été donné de déposer il y a dix-sept mois et que je crois pouvoir reprendre:
"Et oui, double allégeance de l'avocat, tenu par son serment au respect dû aux lois comme à l'intérêt de ses clients dont Carlo Goldoni, dans "Arlequin le serviteur de deux maîtres ", a pu démontrer la douloureuse complexité .
" L'avocat rêvé par le magistrat" devrait donc être inspiré par un guide transcendant aussi bien le droit que la volonté de ses mandants, en somme par la justice prise dans son acception la plus absolue .
Il lui appartiendrait de rester indépendant de l'ordre social comme de ceux qui le désignent pour les représenter et d'orienter vers la justice aussi bien ces derniers que les juges .
Bien entendu,sans se sentir pour autant investi d'un sens inné de cette même justice que personne ne recèle complètement ...
Il lui reviendrait donc, à cet auxiliaire rêvé, de faire, par une autocritique constante de ses convictions spontanées, abstraction de tout subjectif ou circonstanciel afin d'appréhender en profondeur les aspirations de ceux dont il porte la parole .
Constamment confronté aux contradictions qui opposeraient ses clients à l'Etat ou à d'autres individus, il saurait, ce conseil idéal, observer la source des peines et des joies et contribuer à leur équilibre, c'est-à-dire à l'essence de la Justice .
Vraiment,il serait plus qu'un auxiliaire, un MAITRE .
J'ironise, bien entendu mais ne sommes-nous pas faits de l'étoffe de nos rêves ?
Rédigé par: Parayre | le 27 février 2006 à 09:38
Rédigé par : Parayre | 27 juillet 2007 à 20:52
@ Marcel Patoulatchi
Si le PCF n'explique pas à lui seul l'épuration, il semble en détenir un tel pourcentage qu'on doit pouvoir lui décerner la palme d'or.
A bien vous lire, je pense que vous avez raison, savoir si il fallait oui ou non fusiller Brasillach ne sert à rien, le sujet est encore trop polémique, trop chaud et cette époque se fait et se défait au fil des jours, des idées du moment, des moeurs. Un grand avocat, Maitre Maurice Garçon, a bien attendu 600 ans pour reprendre le procès de Gilles de Rais et repenser une partie du passé qui collait à ce personnage (et qui lui colle encore.. Lire Gilles de Rais ou la Gueule du Loup de Gilbert Prouteau), peut-être qu'en 2500 nous serons prêts à argumenter sur les sombres années de l'occupation nazi et de l'épuration. Epoque que, je précise, je n'ai pas connue. Donc ma vue du passé qui est celle d'avant que je prenne conscience que celui-ci existe, restera toujours au conditionnel.
L'histoire, il ne faut pas avoir peur de la reécrire, elle est notre mémoire collective et à ce titre l'histoire doit tendre vers la vérité pour devenir la vérité. On ne peut pas se contenter de l'appréhender. Certes, on ne peut pas non plus laisser dire n'importe quoi... Je pense à Faurisson... mais vouloir reécrire l'histoire n'a rien d'hérétique, au contraire, c'est même un devoir qu'ont les historiens et non les politiques comme s'est insurgé Emmanuel Le Roy Ladurie.
Et la réflexion d'Emmanuel Le Roy Ladurie nous amène aussi à nous interroger sur le fait de savoir si il faut faire des lois pour "imposer" l'histoire ...Hoc volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.
Rédigé par : Bernard de Normandie | 27 juillet 2007 à 18:41
Par pitié, ne réduisez pas la noble tâche de la défense aux incantations de certains membres de l'UJA. L'article de J-Y LE BORGNE diffusé récemment dans LE FIGARO valait largement tous les communiqués de quelques confrères qui prétendent jouer à l'avocat. Et à décharge pour eux, je comprends leur angoisse même si elle est maladroitement exprimée. Car face à des juges qui auront à coeur de motiver intelligemment à dessein d'écarter une peine plancher, combien de "paresseux" se contenteront d'une application automatique de la Loi ? La caricature de ce qu'est devenu la "motivation obligatoire" en matière de prison ferme en est le meilleur exemple. Ce qui inquiète ces jeunes confrères, c'est "la pire" frange de la magistrature lorsqu'elle appliquera de telles lois automatiques, ces juges qui, par lassitude, par habitude, ou par paresse, jugent à la chaîne et il en existe hélas comme il existe des paresseux au barreau. Cette loi peut être dangereuse entre certaines mains et c'est ce que ces jeunes confrères ont voulu exprimer ! M. SARKOZY nous dit répugner la délation anonyme, sauf qu'il est l'inspirateur de la loi qui légalise la délation anonyme. Certes CLEARSTREAM lui a sans doute donné matière à réflexion et c'est heureux. Mais il serait souhaitable que l'enjeu de certains textes se jugent non pas à l'aune des expériences individuelles de ceux qui nous gouvernent mais à l'aune de l'intérêt général qu'ils sont réputés servir.
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 27 juillet 2007 à 14:48
De FR3 et Sacha Guitry, je suis passée hier soir sur RTL9 et « Cry Baby », un film de 1990 réalisé par John Waters avec Amy Locane, Johnny Depp, Iggy Pop et Susan Tyrell.
Moi qui n’aime pas spécialement les comédies musicales, j’ai adoré !
L’action prend prétexte d’une guerre de gangs, les « coincés » et les « frocs moulants » dont les chefs respectifs sont un blouson noir à la super belle gueule larme à l’œil ( joué par Johnny Depp) et un prétendu BCBG (joué par Stephen Mailer).
Cry baby (Johnny Depp) est un délinquant juvénile orphelin qui a juré de venger des parents terroristes condamnés à la chaise électrique et son gang (en particulier ses égéries qui constituent une collection de ménades absolument hallucinante) sème plus ou moins la terreur dans le Baltimore des années 50. L'intrigue se résume à : Cry Baby tombe amoureux de la candide Allison (Amy Locane) une super poupée destinée au départ à Baldwin (Stephen Mailer).
Intrigue très mince donc, outrance théâtrale des sentiments, manichéisme forcené. Le gang des« frocs moulants » ainsi que les parents et tuteurs des adolescents respectifs se retrouvent devant le Tribunal des mineurs sans l’assistance, même timorée, d’un avocat. Son président est une caricature de justice grand-guignolesque qui condamne Cry Baby à être enfermé dans une institution spécialisée (laquelle ressemble fort à un pénitencier) jusqu’à ses 21 ans ainsi qu’à se faire couper les cheveux (ce qui n’arrivera pas mais on tremble jusqu’à la fin de voir sa superbe et élégante mèche rebelle castrée par une paire de ciseaux vengeurs bien-pensants). Toutefois, passé sous le charme de Mrs Vernon-Williams, la grand-mère d’Allison, c’est dans une espèce d’état second qu’il libère cette dernière.
Donc que reste-t-il de si passionnant? De fait une ambiance orgiaque de Rock and roll qui va gagner jusqu’au digne magistrat lui-même, lequel va bien sûr parcourir les couloirs du pénitencier sur un petit nuage pour apporter en personne l’ordonnance de libération de Cry baby…
Totalement ‘incredible’, mais absolument ‘magic’ puisque le Rock and Roll est finalement l’avocat.
Ceci étant s’il fallait chercher une caution intellectuelle on pourrait aller chercher Freud-Lacan et la théorie générale du trait unitaire, ou encore l’irrationnel de la foule et la figure du meneur ou de façon plus archaïque la fonction cathartique et les mystères antiques des cultes lunaires, le phénomène transgressif au sein de la foule ( ex : le renversement dialectique du comportement du juge ) etc.… mais je suis sûre que John Waters et ses acteurs étaient bien éloignés d’une quelconque volonté démonstrative à cet égard et n’ont recherché qu’un moment de pur plaisir… réussi. J’adore la mèche rebelle du mauvais garçon !
Rédigé par : Catherine JACOB | 27 juillet 2007 à 10:28
N'en déplaise à sbriglia ou à J-D Reffait, il ne s'agit pas ici de dénoncer les avocats. Mais un certain corporatisme chez certains d'entres eux, un certain parti pris qui entraîne des dérapages ridicules. Le dernier communiqué de l'UJA Paris en est un exemple.
Rédigé par : jean | 27 juillet 2007 à 09:48
Catherine JACOB,
Merci à vous de vous élever au-delà du commun, d'avoir une « conscience » qui dépasse le commun si « peu sensible à la fonction sociale du théâtre ». Remarquez néanmoins qu'il me semble que lorsqu'on compare une boulangerie à un théâtre, il convient aussi de s'interroger sur le public qu'on reçoit dans son établissement, de l'uniforme que portent ceux avec qui on trinque un verre de champagne.
Tom, Bernard de Normandie,
Ainsi le PCF expliquerait à lui tout seul l'épuration de 1944-1945 ? Le propos me paraît tout aussi stupide que celui que vous dites combattre, qui voudrait que la résistance se résume au PCF, parti résistant uniquement depuis l'opération Barbarossa effectivement.
La comparaison de cette période floue de l'épuration, réalisée par des individus aux motivations assez disparates (idéologie pour certains, vengeance pour d'autres, économie et jalousie pour d'autres encore), avec l'approche d'extermination systématisée de Pol Pot me semble des plus inaptes à expliquer ce passé qui fait couler tant d'encre encore aujourd'hui.
Ajoutons que les milieux industriels furent parmi les moins affectés par les épurations, indépendamment de l'importance stratégique de leur participation au régime de collaboration.
Se demander en 2007 ce qu'il fallait faire en 1945 de collaborateurs comme Brasillach me semble être une démarche des plus creuses. Nous n'y sommes tout simplement pas. On ne réécrit pas le passé, on peut juste tenter de l'appréhender partiellement.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 26 juillet 2007 à 21:41
"A quand l'avocat qui nous donnera envie de le devenir par temps calmes ?"
Il y en a un !
Pour qui veut faire la différence entre le communiqué pontifiant des jeunes avocats et le style, l'éloquence, l'imprévisible, la précision dans les arguments, la pédagogie, je propose la lecture de la tribune brillante de Jean-Yves Le Borgne dans le Figaro du 06 juillet dernier.
"Peines planchers : se méfierait-on des juges ?"
Il s'en est fallu de très peu !
Deux phrases de plus dans cette tribune et, figurez-vous, Philippe, j'étais convaincue par les arguments de votre ami contre les peines planchers.
Et là, je ne serais plus obligée de me prendre la tête pour défendre dans votre blog, et à votre place, les mesures proposées par R. Dati.
@ sbriglia
A mon avis, vous pouvez reprendre dans le pénal.
Même qu'avec un PB en face...
@ Philippe
Comme Catherine, j'ai pas mal zappé Guitry. A côté il y avait Hair.
Vous me comprenez, n'est-ce pas ?
Rédigé par : Véronique | 26 juillet 2007 à 20:41
"Quand on connaît le poids des mots, on use du langage avec la retenue et la finesse qui conviennent."
Je suis totalement d'accord avec vous. Je ne suis ni magistrat, ni avocat, je n'ai rien à voir, ni de près ni de loin, avec l'exercice de la justice au quotidien.
Pour autant, je trouve que trop souvent, les avocats font preuve d'une grande démagogie, voire d'une malhonnêteté intellectuelle dans leurs déclarations, dénaturant ainsi la noble fonction qui est la leur. Je trouve par exemple que Me Collard est incontestable champion dans ce domaine. Et ne parlons pas de Karim Achaoui.
Rédigé par : nicolas | 26 juillet 2007 à 14:45
"A quand l'avocat qui nous donnera envie de le devenir par temps calmes ?"
Vous êtes sévère...
J'ai prêté serment en 1971.
J'ai rencontré, écouté, admiré, respecté de grands avocats et de grands magistrats...
Il y a des seigneurs sous les deux robes...
J'ai eu la vocation en écoutant par hasard, un jour où jeune étudiant en droit, mon père m'avait envoyé prendre un arrêt, la plaidoirie de Jean-Denis Bredin dans une affaire de droit social :j'eus instantanément, de manière irrépressible, la conviction que je porterai plus tard la robe... en des termes simples, usant d'une langue parfaite, sans aucun effet de manches, tout au long de ses deux heures de plaidoirie, il m'avait ébloui...
Je me souviens des grands magistrats civilistes et commercialistes qui étaient l'honneur du Tribunal et de la Cour, des jurisprudences qui étaient les leurs et sous les fourches caudines desquelles nous devions passer... ou trébucher...
Je me souviens de ce formidable Président qu'était Monsieur Drai, initiateur - entre autres avancées - du référé provision et de son extraordinaire aura...
Je rêve qu'un jour, à l'instar de la Grande-Bretagne, les meilleurs parmi les avocats deviennent les meilleurs parmi les magistrats, au crépuscule de leur carrière...
Et puis, cher PB, la vision voire la lecture attentive de la plaque de marbre de la salle des pas perdus, celle-là même où sont gravés à jamais les noms de ceux qui ne sont pas revenus, leur nombre même, devrait vous convaincre que notre profession n'a pas toujours mérité l'opprobre qu'il est de bon ton de lui déverser... Il est vrai que vous avez terminé votre post en parlant de "temps calmes"... des temps pour magistrats ?...
Rédigé par : sbriglia | 26 juillet 2007 à 08:45
@ Marcel Patoulatchi
Sacha Guitry a bien vécu et tant mieux pour lui... Mais au-delà de sa vie personnelle, des accusations de sympathie avec l'occupant, il y a un parti communiste tout-puissant qui cherche à faire oublier par la terreur sa part de collaboration, celle qui eut lieu avant que le pacte germano-soviétique ne soit rompu et surtout qui a peut-être l'ombre d'une chance dans cette période obscure d'arriver au pouvoir. Cette période où l'on juge arbitrairement, où l'on épure, aurait fait sur le sol français plus de victimes que l'occupant pendant 5 ans. Guitry, Arletty, Montherlant, Louis Renault furent des symboles à livrer aux peuples, à l'instar de leur maître "Le petit père des peuples" et plus tard Pol Pot, qui éliminèrent les têtes pensantes productrices de leur pays. Le communisme se montre dans ce qu'il est réellement, une réincarnation de l'Inquisition et de la Terreur réunies. Je m'abstiendrais d'affimer, car c'est une époque que je n'ai pas connue mais il semble que le but du parti communiste fut d'entreprendre un lavage de cerveau national dont le but était de faire entendre aux gens que s'ils ne pensaient pas communiste ils seraient suspectés de collaboration, avec les tourments que cela engendre
Je mettrais de côté Céline et Brasillach, qui eurent de réelles sympathies pour l'Allemagne nazi et qui avaient certainement des comptes à rendre, fallait-il aller jusqu'à fusiller Brasillach ?
Quant aux avocats, j'ai été très impressionné en lisant les mémoires de Maître Isorni qui fut l'un des défenseurs du Maréchal Pétain, ce jeune avocat commis d'office et dont la plaidoirie restera célébre, ne serait-ce que pour avoir défendu une cause perdue avec ses tripes et qui dut certainement faire face à d'énormes pressions. Il aura été l'avocat de Pétain jusqu'à la fin de sa vie en cherchant à le réhabiliter... Je ne chercherais pas à savoir si Maitre Isorni était engagé politiquement ou avait mûri des sympathies pour le régime de Vichy, je n'ai vu qu'un avocat qui avait fait de son métier un sacerdoce. Y a-t-il encore des avocats de cette trempe ?
Rédigé par : Bernard de Normandie | 25 juillet 2007 à 23:16
Quelle perte de raison collective contemporaine que cette interprétation pauvre du second conflit mondial.
Alors c'était comme cela, il y avait les héros en toute petite communauté, mais dont tout le monde ferait partie aujourd'hui et les autres, les salauds qui se réveillaient tous les matins en compulsant des pamphlets antisémites au petit-déjeuner, puis passaient leurs journées à écrire des lettres de dénonciation, le sourire mesquin pointant au-delà des moustaches de fourbes.
Guitry aurait dû avoir faim par solidarité, qui a eu faim pour moi en solidarité lorsque je n'avais rien à manger ? C'est ridicule et je n'aurais jamais demandé une chose pareille !
Ma grand-mère avec qui j'ai été élevé dans le désert culturel d'Outreau me racontait souvent l'arrivée des chars allemands, la terreur qu'ils inspiraient dans leurs costumes sombres avec leur grande taille, leur corps athlétique. Une de ses amies, un soir, s'est pris une balle dans la tête pour avoir fumé à la fenêtre après le couvre-feu. Il y avait des bombardements anglais quotidiens, le pays régi sous les lois iniques d'envahisseurs mal intentionnés. Beaucoup de gens avaient simplement dramatiquement peur. Lorsque l'on sait qu'ils étaient beaucoup moins lâches que maintenant, qu'est-ce que cela donnerait aujourd'hui ?
Le souvenir du carnage de la guerre de position avait marqué les esprits.
Ces grands juges du conflit me font penser aux bien-pensants si nombreux. Chaque jour, je prends des bandes de petits maghrébins en stop, les gens les laissent cuire lorsqu'il y a du soleil ou s'enrhumer lorsqu'il pleut, parfois pendant des heures, mais tout le monde sans exception viendra expliquer à autrui, particulièrement à ceux qui tentent d'avoir un regard lucide, sans complaisance sur la société.
Que de résistants, que de supra résistants hors des conflits, mais à quoi résistent-ils donc si ce n'est au ridicule qu'ils inspirent.
On lynche les personnes quand elles sont devenues sans danger, vieilles de préférence (Papon, Barre) pour ne surtout pas voir ce qui se passe dans notre époque, c'est si pratique.
L'après seconde guerre mondiale ne fut pas épargné par le cynisme social, ce sont les as du marché noir dans le Nord de la France qui purent à la reconstruction créer les premiers supermarchés, s'enrichir sur de l'argent sale au-delà de l'inimaginable !
Enfin ma pensée va à l'ensemble des victimes de ce conflit sans distinction de race, de religion, de statut social, d'idéologie politique, n'oubliant pas les laissés pour compte que furent les tziganes. Le France perdit la guerre et les conséquences furent terribles pour la très grande majorité de ses âmes, que dire de ces pauvres malgré-nous. Elle va aussi à toutes les personnes qui n'ont pas connu cette guerre, qui ne sont responsables de rien et à qui on fait porter un poids amoral.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 25 juillet 2007 à 21:20
Ce qu'on reprochait à Guitry, ne pas s'être inscrit au parti communiste pour se faire absoudre sa tièdeur, comme certain "philosophe" qui a aussi présenté ses pièces pendant l'occupation. Après tout, il est à ranger parmi les honnêtes gens qui n'ont pas porté le glaive contre l'ennemi tout en profitant de ses faiblesses. Il a ce point commun avec Pie XII de ne pas avoir prêté allégeance au parti communiste (la Résistance française : 25000 fusillés dont 75000 communistes) et d'en avoir été inquiété par la suite.
Rédigé par : tom | 25 juillet 2007 à 20:48
« On répugnait à aller dans les coulisses de l'Histoire pour dénoncer le sort imposé à ceux qui n'avaient pas été actifs dans le combat contre l'occupant mais n'avaient rien commis d'ignoble. »
J’ai moi aussi regardé FR3 mais en zappant de temps à autre…
Il semble me souvenir que à l’occasion de son arrestation (ou était-ce de son premier interrogatoire ?) il a été répondu à Sacha Guitry qui se réclamait de l’absence de tout acte nuisible : « Vous avez continué à profiter d’un luxe (ou d’une abondance ?) indécent eu égard à la situation de l’ensemble de la population ». Ça ne doit pas être les mots exacts mais le sens y est. Plus tard, lors de son interrogatoire par le juge d’instruction, il me semble qu’il a fait état d’un certain nombre d’actions en faveur d’autrui (avoir partagé, avoir défendu avec succès le couple Tristan Bernard), et qu’il s’est défendu d’une façon générale en prétendant avoir fait « ce qu’il pouvait ». Or, c’est précisément de ce qu’il avait fait pour autrui que l’argument d’une collaboration avec l’ennemi a été tiré par une ‘belle’ déçue de l’aventure qui s’est transformée en zélée dénonciatrice. Il lui a également été reproché d’avoir rouvert son théâtre et j’ai assez aimé l’argument qu’il a avancé pour sa défense et qui a consisté à dire : « On ne reproche pas au boulanger d’avoir rouvert sa boulangerie, pourquoi devrait-on me reprocher d’avoir rouvert mon théâtre. » Mais je comprends bien que pour la conscience commune qui est peu sensible à la fonction sociale du théâtre, seul l’aspect futile en soit perceptible…
L’une des mes grand-mères, sous-officier de l’armée française et combattante de l’ombre à son tout petit niveau a été ‘dénoncée’ par, semble-t-il, des voisins, ce qui lui a valu des représailles sanglantes sur ses biens et sur ses enfants, et telles que j’aurai aussi bien pu ne pas naître. Mais comme avait l’habitude de dire mon père : « Tout être humain avait x millions ou milliards de chances de ne pas naître, qu’est-ce qu’une chance de plus... Nous sommes tous en premier lieu le fruit du hasard, même les ‘enfants de l’amour’.» - Paix à son âme –
Par conséquent, pour ma part, je pense que le simple fait de s’abstenir de dénoncer, de céder à l’envie, à la jalousie, de nuire à ses voisins en particulier ou à autrui en général est déjà très positif. Tout le monde ne peut pas être un super héros et pour être Batman il faut une Batmobile, ce qui n’est pas à la portée du premier venu. Ma grand-mère a été très critiquée par la suite pour avoir attiré la foudre sur la tête de ses enfants au lieu de se contenter de s’en occuper…
A partir de là, cet auteur (un peu surfait à mon goût sur le plan strictement théâtral ainsi que du cynisme gominé) qui a fait ce qu’il pouvait dans le bon sens, pouvait bien continuer à chausser ses pantoufles de velours et sa robe de chambre chamarrée, continuer de divertir ses contemporains puis ses compagnons de cellule et lorgner à travers le grillage qui séparait l’espace d’enfermement des hommes de celui des femmes, celle qui de trente ou quarante ans sa cadette, fut destinée « à lui fermer le yeux avant d’ouvrir ses tiroirs. »
Je m’interroge davantage en fait sur les méthodes « informelles » du juge d’instruction telles qu’elles ont été montrées dans ce téléfilm.
Rédigé par : Catherine JACOB | 25 juillet 2007 à 19:48
Concernant Guitry, il ne me semble pas que les accusations dont il a fait l'objet concernant ses relations pendant la guerre étaient le fruit de vulgaires et totales hallucinations. Tous n'ont pas connu les privations et n'ont pas pleuré d'entendre le bruit du pas de l'oie sur les Champs-Elysées.
Se frayer un chemin, certes, c'est sans doute ce que nous, le lot commun, faisons le plus souvent ; mais ce chemin est plus âpre pour la plupart qu'il ne l'a été pour Guitry, n'est-il pas ?
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 25 juillet 2007 à 19:28
Philippe, vous n'opposez pas le meilleur au pire mais l'essentiel à l'accessoire. En regard de la grandeur solitaire du métier d'avocat que vous évoquez, vous fustigez des propos contingents et collectifs. Si cela constitue le pire de cette profession, c'est bon, vous pouvez vous reconvertir !
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 25 juillet 2007 à 19:08
Je n'ai pas regardé ce téléfilm, non par choix, mais par contrainte horaire, par contre je me suis obligé à une veille prolongée pour savourer sur FR3 l'affaire Sextus Roscius accusé du meurtre de son père Erucius. Il avait comme défenseur un jeune avocat du nom de Ciceron, jeune mais tenace, car on voit comment il démonte le complot qui tendait à faire d'un innocent un coupable parfait.
J'ai ben aimé son appel lancé aux juges de fuir la compromission au nom même des intérêts de la collectivité qu'ils représentaient.
Oui, le métier d'avocat est un noble métier quand il est noblement pratiqué, mais à ce niveau-là on ne parle plus de métier mais de vocation.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par : Pierre-Antoine | 25 juillet 2007 à 11:57