A partir de 1982 avec la commission présidée par le professeur Milliez, on a enfin donné une place, leur dignité aux victimes dans l'espace judiciaire et dans le procès pénal. Avec la prise de conscience tardive, devenue indiscutable aujourd'hui, que l'insécurité n'était pas un sentiment mais une réalité et que les détresses singulières causées par la délinquance méritaient d'être appréciées à leur juste poids, la considération due aux victimes n'a cessé de croître et la justice s'honore d'avoir accompli d'immenses progrès dans leur prise en charge.
Il semble qu'un mouvement de reflux est en train de s'opérer et qu'on n'est pas loin de mettre en cause cette bienfaisante évolution en prétendant qu'elle a donné au débat pénal une finalité thérapeutique destinée à favoriser "le travail de deuil" des plaignants. C'est le thème central de l'excellent entretien d'Alain Salles avec Robert Badinter, dans le Monde d'aujourd'hui. Il est résumé par l'injonction qui nous est faite de "ne pas confondre justice et thérapie".
Si certains abus de langage sont devenus insupportables, comme cette expression galvaudée de "travail de deuil", force est d'admettre que "l'hystérisation victimaire" ne concerne pas directement la justice mais plutôt la manière honorable ou non dont les politiques savent assumer les tragédies et les souffrances de leurs concitoyens. C'est sans doute en raison d'attitudes démagogiques prospérant parfois sur un terreau dramatique qu'il y a eu une volonté de mettre un frein à une stratégie de conquête de l'opinion qui ne se fonderait que sur la connivence compassionnelle.
Mais dans l'enceinte judiciaire il serait absurde de confondre les exigences. Les victimes ne sont pas inventées, elles sont là, dignes, douloureuses, impassibles ou crispées, elles apportent avec elles tout ce qu'elles ont vécu et subi et on n'a pas d'autre choix que de prendre acte de leur présence lourde et intense. Reste que n'importe quel regard ne doit pas être porté sur elles. Elles sont une partie au procès, une partie capitale mais rien qu'une partie. En face d'elles, l'accusé aux assises, le prévenu en correctionnelle, et au-dessus des uns et des autres, l'intérêt social. Des destins individuels et un destin collectif. Une magistrature respectable et compétente se doit évidemment d'appréhender, dans le mouvement de justice qu'elle inspire, l'ensemble d'une situation, la pluralité des discours et des existences. Ce n'est jamais la victime - si elle l'est véritablement - qui a tort mais éventuellement le rétrécissement du regard judiciaire, parfois, il est vrai, focalisé sur elle seule.
Certes, la justice n'est pas une thérapie mais pour toutes les causes, délits ou crimes, un procès réussi n'est pas loin de constituer une restauration à la fois individuelle et collective de l'harmonie. Il raccommode des destinées humaines et apaise la souffrance d'un côté pour condamner de l'autre, mais sans désespérer. Une audience qui se hausse jusqu'à l'excellence du coeur et de l'esprit fait évidemment du BIEN à tous, accusés comme parties civiles. Une justice remarquable est en elle-même créatrice d'infiniment plus qu'elle : elle libére des forces singulières et des ondes positives qui concourent à une pacification de l'humain et à une amélioration de la société. Elle remue en profondeur sans s'arrêter seulement à la surface des sanctions et des réparations.
Il est une criminalité pour laquelle la justice n'est pas une thérapie mais en fait partie. La criminalité sexuelle, les viols. Cette étrange transgression où la victime se sent, se croit coupable jusqu'à ce que son agresseur soit condamné. C'est une différence radicale avec les autres catégories pénales dans lesquelles les plaignants ne doutent pas un seul instant de leur qualité de victime et ne sont pas gangrenés par une suspicion intime. Pour la criminalité sexuelle, le procès pénal représente un élément capital, une étape décisive dans la restauration de l'image de la victime à ses propres yeux. Quand elle quittera l'audience, elle aura enfin compris, dans sa sensibilité, que c'est L'AUTRE qui a failli et qu'elle est INNOCENTE.
Je ne voudrais pas qu'une réflexion légitime sur le statut des victimes nous fasse perdre de vue à quel point elles représentent, aussi difficiles à gérer qu'elles soient parfois dans le domaine pénal, l'illustration exemplaire de ce à quoi sert la justice, de la grandeur de notre mission : les défendre dans leur solitude et leur faiblesse. En effet, pour toutes les victimes, il n'est plus de force qui tienne. Je crains que cette volonté toute nouvelle de rationaliser le procès ne soit qu'une méthode pour nous débarrasser de cette anomalie perturbante et désagréable.
Des gens qui ont souffert et qui réclament. Une humanité qui vient en confiance placer son sort entre nos mains. C'est difficile de n'avoir pas le droit de décevoir. C'est difficile de sentir à côté de soi quelqu'un qui ne se laissera pas voler la justice qui lui est due.
Les victimes ne sont pas coupables de l'être.
Ce n'est peut-être pas dans votre sujet mais je tiens à soutenir M.le juge Fenech, tant son contradicteur M.Dubois m'a écoeuré :
Sur LCI, ce matin, un débat opposait le juge Fenech avec le president de la ligue des droits de l'homme, M.Dubois. Ce dernier m'a donné la nausée et m'a dégoûté à tout jamais de la dictature de la pensée unique bien-pensante droit de l'hommiste qui sévit en France : jamais je n'avais vu un individu aussi sectaire, dogmatique, idéologique comme lui ; il n'a profité du débat que pour s'acharner sur M.Fenech, faire de l'anti sarkozysme, de l'anti UMP. Son rictus et son regard rongés par la haine, son arrogance, ses boutades humiliantes, ses caricatures, ses amalgames, son sourire narquois à l'adresse de ce juge qu'il cherchait à humilier plutôt que de lui présenter des arguments solides démontraient bien sa bassesse d'esprit, son inculture, son incapacité à analyser les situations auxquelles est confrontée la société aujourd'hui.
A l'inverse, M.Fenech est resté calme et n'a pas cédé à la provocation ; ce juge tres compétent en la matière a bien expliqué à son auditoire ainsi qu'aux téléspectateurs à quelles difficultés nouvelles sont confrontés ceux qui sont en charge d'assurer notre sécurité.
Le remplaçant de Tubiana, le précédent anti-sarkozyste primaire acharné, est pire dans le domaine de la démagogie et n'a pris ce poste alibi que pour assister la gauche dans la lutte contre la droite : les victimes, il n'en a cure, ce qui compte à ses yeux, c'est encore et toujours faire l'apologie des délinquants et des criminels, railler la "justice du peuple", narguer et insulter ses contradicteurs .
Le fanatisme et l'intégrisme droit de l'hommiste de M.Dubois en font un triste sire, voire un individu dangereux dans une démocratie.
Rédigé par : ambrosi | 22 septembre 2007 à 11:04
Bon je vais mettre mon grain de sel ; agacée je l'avoue. Je ne suis pas sûre que le blog de M.Bilger soit un divan de psy; il y a d'autres endroits pour ça. Quant à l'invocation des philosophes elle me dérange. Je n'aime pas le prêt-à-penser. Je préfère une idée maladroitement développée mais originale, sincère qu'une empruntée à d'autres. Comme je préfère marcher dans mes chaussures un peu avachies que dans des flambant neuves prêtées mais pas tout à fait à la bonne pointure. Nous sommes sans doute ici nombreux à avoir fréquenté les philosophes. Et qu'importe quand et combien de temps et quand bien même ! Connaitre Descartes n'est un brevet ni d'intelligence, ni de courage,ni d'humanité.
J'arrête car je m'énerve et ça devient trés gênant pour notre hôte mais avant de conclure et tant pis pour le paradoxe, je vais moi aussi emprunter une phrase à quelqu'un d'autre. Ce n'est pas de la grande littérature certes mais j'aurais bien aimé en être l'auteuse : "la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on est obligé de l'étaler".
Rédigé par : catherine A. | 15 septembre 2007 à 17:09
@Parayre
Je vais enfin savoir : on peint ou on peigne la girafe ? Cela dit, pour certains le résultat est le même : beaucoup de travail pour pas grand-chose.. . :) Catherine A.
Rédigé par : catherine A. | 15 septembre 2007 à 10:27
"PB n'est pas meetic."
Rédigé par: Véronique | le 14 septembre 2007 à 22:44
dac avec elle même si ce blog est devenu mythique, à mon humble avis !
avant de devenir mystique ?
God only knows !
Rédigé par : Cactus entre Tics et Tocs | 15 septembre 2007 à 08:33
Parayre,
«d'une leçon de terminale sur le "Discours de la méthode" qu'il, comment pouvez-vous avoir pensé le contraire, a déjà reçue, de meilleure facture, en 1958.»
Je n'ai fait que citer purement et simplement le passage du discours de la méthode concerné par le bon sens tel qu'en discussion ici. Le souvenir embellit ou estompe dit-on, mais si effectivement vous avez reçu de meilleures leçons de philosophie que celle du texte même en ces temps où, pour ma part, je tétais encore ma mère ou tout comme, je suis vraiment très impressionnée. Souffrez cependant que qui n'a pas eu le bonheur et la grâce de bénéficier des leçons de Super Philo se contente d'émettre sous l'égide et dans le respect d'auteurs cités entre guillemets, les quelques pensées dont ils peuvent douloureusement l'accoucher.
Rédigé par : Catherine JACOB | 15 septembre 2007 à 00:06
@Catherine Jacob :
C'est vrai qu'entre certains commentateurs de ce blog des liens intellectuels se sont noués au fil du temps.
Même enfermés par les limites du virtuel ou libérés par elles (je pense que les deux approches sont justes), nous avons appris à nous connaître, à nous disputer, à nous apprécier, à nous opposer.
Cela ne s'est pas fait sans mal et sans heurts. Cela ne pouvait pas se faire sans une nécessaire adaptation les uns aux autres.
Ce que je veux vous dire, et qui me paraît le plus essentiel, c'est que ce blog est, en premier, celui de Philippe Bilger.
Le respect absolu qu'il place dans la liberté de parole et d'expression fait qu'il ne s'autorise pas le droit de demander à ses commentateurs de caler leurs commentaires dans le propos de ses notes.
Mais je pense que c'est une discipline que chacun de nous doit s'efforcer d'observer.
Par courtoisie, par respect, en retour de l'espace d'expression de grande qualité que Philippe, par la teneur de ses billets, met à notre disposition.
Car un blog ce sont des idées et des points de vue qui se croisent ou qui s'entrechoquent parce qu'une note, d'abord et avant tout, les fait naître.
Puisque nous nous disons la vérité.
J'ai été souvent surprise dans vos commentaires par des élargissements qui, je peux le comprendre, vous tiennent à coeur.
Mais spontanément, j'interprétais leur excès comme un manque de courtoisie vis-à-vis de Philippe.
Ce serait très dommageable pour ce blog que les échanges entre Parayre et moi-même transforment ceux qui nous font l'amitié de nous lire en voyeurs.
Si certains devaient se sentir mis à l’écart des discussions que ce blog permet, j‘en serais malade. Car je déteste tout ce qui peut prendre la forme d'un exclusif.
Et parce que, en souriant,
il y a quelque temps déjà, sbriglia a attiré notre attention et nous a mis en garde:
PB n'est pas meetic.
Rédigé par : Véronique | 14 septembre 2007 à 22:44
@Catherine Jacob :
"Qui dit « bon sens partagé au contentement de tous, chacun étant persuadé d'en être suffisamment pourvu» + philo entend Descartes."
Évident, alors justement n'écrivez pas "aujourd'hui Parayre est cartésien sans le savoir" !
Il n'est pas omniscient mais, ses études de philo certes lointaines - bien que quotidiennes depuis cinquante ans - l'exonèrent d'une leçon de terminale sur le "Discours de la méthode" qu'il, comment pouvez-vous avoir pensé le contraire, a déjà reçue, de meilleure facture, en 1958.
La suffisance n'exclut pas le talent, mais elle le compromet...
Rédigé par : Parayre | 14 septembre 2007 à 21:16
@Parayre : comme j'aime vous lire...
Certains n'ont pas compris que"trop parler c'est toujours souffler sur les choses pour que la buée les recouvre"
...assurément vous n'êtes pas de ceux-là...
Rédigé par : sbriglia | 14 septembre 2007 à 20:36
Parayre
La connivence philosophique communément partagée entre philosophes qui ne se connaissent pas forcément veut que qui dit « bon sens partagé au contentement de tous, chacun étant persuadé d'en être suffisamment pourvu» + philo entende Descartes. La connivence que vous partagez avec Véronique n'est pas de celle-là, je veux bien vous croire. Mais permettez-moi d'attirer cependant votre attention sur l'importance qu'il y a à faire en sorte que, dans la mesure du possible, le sens des échanges puissent être communément accessible à tous ceux qui, assis sur la margelle du puits [blog] d'où sort toute nue la vérité toute crue, sont à son écoute ou, souffrez pour le moins que les lecteurs et autres jeunes commentateurs qui ne sont pas dans la connivence particulière que vous partagez avec Dame Véronique, vous entendent dans la connivence de la culture générale [sens commun] et réagissent dudit point de vue. Sinon ce n'est plus drôle car on se trouve dès lors réduit à un pur et simple rôle de voyeur, or ce n'est là pas ma tasse de thé. Si on pense tenir des propos allusifs hors d'atteinte du sens commun, il convient de préciser par exemple que la vérité toute nue ci-dessus est celle du sens commun et non pas celle de l'objet de la psychanalyse du Séminaire du 1 Décembre 1965 - la science et la vérité - « ainsi dans un mouvement peut-être joueur à se faire écho du défi de Saint Just haussant au ciel de l'en chasser d'un public d'assemblée l'aveu de n'être rien de plus que ce qui va à la poussière, dit-il et qui vous parle, ne vint-il d'inspiration qu'à voir dans la voix de Freud s'animer étrangement une figure allégorique et frissonner d'une peau neuve la nudité dont s'habille celle qui sort du puit, j'allais lui prêter voix, c'est une prosopopée, je vous l'épargne, elle culmine dans ces mots : " Moi, la Vérité, je parle " et la prosopopée reprend "Pense à la chose innommable qui de pouvoir prononcer ces mots dirait à l'être du langage, pour les entendre comme ils doivent être prononcés dans l'horreur[...]» et si c'est à cette dernière vérité que l'on fait allusion il faut le souligner de façon à ce que chacun puisse s'y référer sans malentendu, du moins c'est mon avis.
Rédigé par : Catherine JACOB | 14 septembre 2007 à 19:38
"Les victimes ne sont pas coupables de l'être."
ok ok !
Yoko Ono citée en une réponse ici par Greta Liotard plus ho là là !!!!!!!
je vais donc citer une autre " star " , victime , elle , du cancer après tant de concerts , hoooo :
C.Jérome !
<http://www.c-jerome.com/>
plus de 30 ans de carrière et 26 millions de disques vendus !
je sais , ça n'a rien à voir mais
je ne me sens point coupable même à la ligne là !
une " fashion victim " ?
même pas !
Rédigé par : Cactus , toubib or not toubib ? | 14 septembre 2007 à 17:27
@Fleuryval et sbriglia :
Permettez-moi d'ajouter qu'il existe des peignes à groseilles et des peignes à girafes...
La vie est bien un torrent tumultueux !
Rédigé par : Parayre | 14 septembre 2007 à 17:03
"Déprimant pour une groseille..."
Fleuryval, doit-on voir ici une fine allusion à l'actrice qui jouait le rôle de la bonne dans "La vie est un long fleuve tranquille" et au nom... qui nous est ici familier ?...
"ne jurez pas, Marie-Thérèse !..."
Trop fort, Fleuryval !
Rédigé par : sbriglia | 14 septembre 2007 à 14:40
@Catherine Jacob
Je ne m'explique guère votre "adresse" au sujet du clin d'oeil ironique qu'il m'a été donné d'envoyer à Véronique en réponse à celui, non moins ironique, qu'elle m'a réservé hier matin à propos du "bon sens" et de la "philosophie", sujets sur lesquels nous avons souvent débattu .
Sachez que, liés par une connivence intellectuelle nourrie par de longs mois d'échanges, nous sommes un certain nombre à nous permettre, de manière sûrement trop allusive pour ceux qui nous ont rejoints récemment, de jouer, toujours dans le respect mutuel, avec nos travers respectifs, nos goûts, nos "monomanies".
Alors m'imposer un compendium, Véronique comprendra, sur Descartes - que je ne connais certes pas de manière exhaustive mais un peu tout de même - puis, évoquer Ronsard et surtout Madame Tamba - dont j'ignore tout, par contre - m'étonne !
Merci, cependant, de m'avoir informé sur cette dernière que je n'ai jamais lue et qu'apparemment vous me déconseillez de découvrir si, par impossible, l'idée m'en venait...
Nous pouvons, j'en suis certain, échanger sans recourir sans cesse à des références car tous dotés d'un bagage, nos idées sont souvent originales et personnelles mais comment affirmer qu'elles n'ont pas été, mieux de surcroît, développées par d'autres.
Ce jeu, pour lequel vous semblez avoir une dilection certaine, serait assurément la fin de nos dialogues auxquels je suis, avec d'autres, attaché.
Rédigé par : Parayre | 14 septembre 2007 à 11:07
"le "commentaire" est un fruit dont l'écorce s'appelle bavardage, la chair éloquence, et le noyau bon sens..." Valorisant pour un litchi. Déprimant pour une groseille...
Rédigé par : Fleuryval | 14 septembre 2007 à 07:41
Aujourd'hui Parayre est cartésien sans le savoir
«le "bon sens", tout le monde en a besoin, peu l'ont, et chacun croit l'avoir...»
Voyez vous-même:
«Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent.
Pour moi, je n'ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun; même j'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette et distincte, ou la mémoire aussi ample ou aussi présente, que quelques autres. Et je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l'esprit; car pour la raison, ou le sens, d'autant qu'elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu'elle est tout entière en un chacun; et suivre en ceci l'opinion commune des philosophes, qui disent qu'il n'y a du plus et du moins qu'entre les accidents, et non point entre les formes ou natures des individus d'une même espèce. »
Discours de la méthode (1637),
début de la 1ère partie.
--------
Dit en postiche des 'Sonnets pour Hélène':
Attendons à demain pour savoir quelles nouvelles roses nous sont réservées...
Rassurez-vous j'aime bien. La citation est tout un art et sa chasse aux trésors un jeu très amusant.
Sauf toutefois lorsqu'on cite des grammairiens nuls et prétentieux, et fourbes surtout, style Irène Tamba par exemple.
Rédigé par : Catherine JACOB | 14 septembre 2007 à 07:39
@Véronique:
Ne vous justifiez pas et sachez que je vous "crois" toujours, vous lis constamment avec respect et que toute controverse - suscitée, favorisée, souhaitée par notre hôte - a pour objet, par définition, des matières pour lesquelles il n' y a aucune sorte de preuve !
Je garde mémoire - pour revenir au "bon sens" - d'une formule d'Auguste Detoeuf, industriel atypique et souvent pertinent: " logique et bon sens : un chef. Bon sens sans logique : un employé. Logique sans bon sens : une catastrophe."
Je vous la livre telle qu'il l'a énoncée et ajoute, on ne se change pas, que le "bon sens", tout le monde en a besoin, peu l'ont, et chacun croit l'avoir...
Vous n'en manquez pas et, sans vouloir vous offenser, bien au contraire, vous démontrez même, tout au moins sur ce blog, que le "commentaire" est un fruit dont l'écorce s'appelle bavardage, la chair éloquence, et le noyau bon sens...
Merci de le posséder et de nous le faire partager !
Rédigé par : Parayre | 13 septembre 2007 à 23:23
«: j'aime beaucoup vos rêves...»
Si on veut que mes postulats théoriques fonctionnent, il faut également postuler que ce qui est présenté comme la réalité n'a pas été rêvé.
Mais bon, vous me lisez 'As You Like': 'Much Ado About Nothing' ou 'Love in a Wood' !
Ce qui est terrible, c'est que je fais vraiment partie de ces gens qui, lorsqu'ils s'asseyent sur un banc dans l'aula d'un palais de Justice, y trouvent immédiatement de quoi y faire des observations passionnantes sur les moeurs des fourmis qui vont et viennent entre nulle part et l'autre côté du mur, transportant on ne sait quoi sur leur dos. Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir de si intéressant en de tels lieux pour les fourmis qui en principe ne mangent pas de papier?!
Duchamp étant réputé avoir fortement influencé le mouvement DADA il était tout naturel, vu le contexte, d'en appeler 'Ah Dada' et encore, je n'ai pas touché au nom de notre star nationale, mais vu le contexte de l'urinoir qui ressemble assez aux toilettes turques japonaises [ http://ja.wikipedia.org/wiki/%E7%94%BB%E5%83%8F:JapaneseSquatToilet.jpg ] il y avait une possibilité sur laquelle je vous laisse méditer au besoin.
Pour répondre à votre question j'ai participé par un moment, à l'un des cartels de la cause freudienne [ = lacaniens ] avec pour thème de travail, en ce qui me concernait, la métaphore et là.. Encore, à cause de moi, une lacanienne pure et dure a laissé le pare-choc de sa voiture dans la grille d'entrée d'un lacanien moins chaudement lacanien... Comment l'interpréter ? Je ne sais.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 septembre 2007 à 20:28
Véronique
«C'est Moreau qu'on adore.»
Alors là nous sommes bien d'accord, cette Jeanne là c'est le must du must ! Ce n'est pas qu'une actrice et une comédienne formidable, mais c'est aussi quelqu'un qui conserve la même aura lorsqu'elle s'exprime avec ses mots propres, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 septembre 2007 à 19:46
Greta,
C'est juste. J'ai vu «Jules et Jim» à une séance de ciné-club il y a assez longtemps et j'avais gardé en mémoire uniquement le nom de l'actrice et pas celui de son personnage. A l'époque, moi aussi j'avais les anneaux d'argent et d'écaille d'un semainier autour du poignet et des tas de bagues, mais pas tout à fait à chaque doigt. Aujourd'hui je me contente la plupart du temps des perles de l'esprit ainsi que de quelques autres perles style Ringo-John et je m'efforce de remplacer la frivolité par la légereté. Ceci étant le film contient également une date qui pour moi fait sens, ce dont je viens juste de me rendre compte. Merci de votre avis éclairé.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 septembre 2007 à 14:31
@ Véronique
...Mais l’équilibre intellectuel consiste également à dire que les "juges" ont eux aussi utilisé et parfois flirté dangereusement avec ce pouvoir médiatique. Invoquant l'argument que ce compagnonnage garantit contre l'étouffement de certaines affaires...
Effectivement vous avez raison, j'avais moi-même entendu ces propos dans la bouche du juge Jean-Pierre lors d'une interview il y a quelques années.
Rédigé par : Bernard de ... | 13 septembre 2007 à 11:53
@Catherine J : j'aime beaucoup vos rêves...
Quelle vie est la vôtre !...
...mais ôtez-moi d'un doute : Freudienne ou Lacanienne ?...
(j'ai zappé le manneken pis, l'urinoir de Deschamps ainsi que les surnoms scatologiques des petites japonaises...)
"Très récemment, je me suis retrouvée au détour d'une route de forêt à devoir passer le long de prairies dans lesquelles on avait mis à paître des yacks. Ces bovins à poils longs et à cornes en forme de guidon de vélo ! De même les consonances de mon propre prénom pour les oreilles de l'une de mes condisciples, du temps de l'adolescence il est vrai ce qui est déja moins pardonnable, a fait rimer Catherine avec Latrines.."
"A dada prout prout cadet - A cheval sur mon bidet…», j'ai nommé bien sûr le refrain de la chanson de Dutronc "
"étant jeune j'ai sauté pratiquement sans élan une clôture qui montait à hauteur de mon épaule pour échapper à un bovin menaçant, ou du moins qui m'avait paru tel, et qui avait surgi inopinément dans mon champ de vision"
Rédigé par : sbriglia | 13 septembre 2007 à 11:45
@ Catherine
Greta a parfaitement raison.
Si je pense Catherine, je pense à Jeanne Moreau, à Truffaut, aux bagues à chaque doigt, aux bracelets, au
"personnage central de tout imaginaire féminin cinéphile".
C'est ma Catherine de référence. Que cela. Je ne cherche pas plus.
Jules et Jim, le pourquoi et le comment, le pourquoi du comment ?
Bah, au fond, on s'en fout.
C'est Moreau qu'on adore.
Rédigé par : Véronique | 13 septembre 2007 à 11:15
@Catherine Jacob
Véronique fait une juste référence à Catherine dans le chef d'oeuvre de Truffaut "Jules et Jim". Personnage central de tout imaginaire féminin cinéphile : Jeanne Moreau qui avait des bagues à chaque doigt, des tas de bracelets autour du poignet...
Rédigé par : Greta | 13 septembre 2007 à 10:54
Greta
Post scriptum:
Autant pour 'ma pomme' !
Bien sûr, lorsque j'ai rédigé ce paragraphe, je n'étais pas sans savoir que c'est John que Yōko avait épousé. Or, il se trouve que, ainsi ce que je m'en suis fait à diverses reprises la remarque en considérant l'un ou l'autre cliché du couple, John a un petit air tout à fait japonais. Par conséquent, on peux tirer de mon 'erreur' deux vérités possibles contenues en une seule phrase, à savoir que j'ai pu, inconsciemment bien sûr, occulter la réalité John pour faire ressortir une autre vérité, celle de la pomme [Ringo] qui n'aurait pas été exposée sans quelque lien profond avec la vérité de l'artiste. Je suis donc passée quelque part du un en deux au deux [vérités] en une [erreur]. Votre remarque m'a rappellée au sens des réalités en me permettant d'apercevoir le sens de l'erreur. Comme de tels phénomènes peuvent se produire à l'occasion d'une instruction, et que étant donné le secret de celle-ci le renvoi ne peut pas venir du public, il faut nécessairement qu'il vienne de l'analyste, car ce qui est en jeu est alors autrement important pour la vie des gens qu'une bonne pinte de rigolade permise par le sens du 'Witz' [= mot d'esprit qui n'est pas sans passer aussi par le lapsus linguae ou calami].
Ainsi il y a la vérité du nom, il y a la vérité de la figure, et il y a aussi la vérité de l'amour. Mais celle-ci nous dépasse encore davantage et il faut la laisser à la sphère de l'intime à laquelle elle appartient nécessairement.
Une dernière remarque concernant le nom propre qui est que la possibilité de jeux de mots scatologiques sur la base de certains noms échappe rarement aux enfants qui s'en amusent «en deçà, et au delà» de barrières linguistiques et culturelles et parfois cruellement. Par exemple, il y avait dans la classe de mon fils en CM1 une petite Yoshiko que les enfants appelaient O-Shikko [ = mot enfantin pour 'pipi' en japonais], de même les consonances de mon propre prénom pour les oreilles de l'une de mes condisciples, du temps de l'adolescence il est vrai ce qui est déja moins pardonnable, a fait rimer Catherine avec Latrines... et Véronique pour sa part le place entre celui de Jules et Jim. Reste à savoir ce qu'elle 'entend' par là ?
Donc, pour conclure on dira qu'il y a aussi la vérité du tragique [Fil rouge de la guillotine ], ainsi que celle de la comédie [ filet d'eau rafraîchissant du Manneken-pis et de son double féminin la Jeanneken-pis [qui n'est pas une marguerite] ], deux ordres de vérités qui nous rappellent à l'ordre en nous rendant attentifs au fait qu'il est primordial, dans certaines matières, de ne pas confondre l'imaginaire avec la réalité, étant bien entendu que l'un n'est pas sans permettre de mieux faire apparaître la vérité de l'autre, ce qui ne se peut cependant qu'à condition de pouvoir être distingués !
et sbriglia
Il y aussi la vérité du rire... comme il y a la vérité de l'après-coup !
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 septembre 2007 à 10:27
@ Greta
Tout comme sbriglia !
Rédigé par : Fleuryval | 13 septembre 2007 à 10:17