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« août 2007 | Accueil | octobre 2007 »

Réactionnaire, et alors !

Parce qu'on est Président de SOS-Racisme, on aurait le droit de dire et d'écrire n'importe quoi ?

De dire, d'abord. C'est bien Dominique Sopo qui a soutenu, il y a plusieurs jours, que les attaques contre le garde des Sceaux relevaient du racisme. Le malheureux s'est fait à juste titre rabrouer par tout le monde et la principale intéressée, évidemment, ne lui a pas apporté le moindre soutien. Il faut bien qu'il voie du racisme partout pour justifier l'existence de son association, qui a connu tant d'avatars politiques sous ses apparences généreuses.

D'écrire, ensuite. Dans le Monde du 29 septembre, Dominique Sopo consacre une tribune libre à vitupérer Eric Zemmour dont les positions sur les femmes, les homosexuels et l'immigration le révulsent. C'est son droit le plus strict que d'exprimer une indignation qui à mon sens prend trop facilement une tonalité méprisante et caricaturale. Je comprends qu'Eric Zemmour puisse déplaire et, pour ma part, je n'ai pas toujours été enthousiasmé par son omniprésence médiatique, en particulier dans son duo avec Michel Polac chez Ruquier.

Mais cela pèse peu devant l'accablante insulte dont Sopo le gratifie : c'est une honte, Zemmour serait réactionnaire.

C'est-à-dire ?

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Vous permettez, Maître ?

Je sais que ce billet va susciter l'ire des avocats qui me font le plaisir de venir visiter ce blog ou même de commenter certains de mes posts.

Avant de m'attacher à la rencontre du garde des Sceaux avec le Conseil national des barreaux présidé par Paul-Albert Iweins - manifestation paraît-il houleuse -, un mot sur la visite du ministre en Corse, à la suite de l'attentat au Palais de justice de Bastia. Je relève que, selon le Monde, le président de la République l'a chargée de transmettre à tous les magistrats et fonctionnaires exerçant sur l'île "son soutien et sa confiance". Je suis persuadé que cette adresse les a réconfortés. Dans ses déclarations, Rachida Dati a souligné , au nom du président et au sien propre, que la politique menée contre le terrorisme "serait sans faiblesse".  J'ai apprécié qu'elle ne s'oublie pas.

Consultant sur Internet le site du Nouvel Observateur, j'ai pris connaissance d'extraits du discours très offensif prononcé par  Paul-Albert Iweins qui affirmait refléter la position des 46000 avocats du CNB, et de fragments de l'intervention du garde des Sceaux.

Si j'ai moi-même, comme d'autres, dénoncé les risques de mesures prises dans l'urgence qui seraient dictées par l'émotion, et mis en garde contre le danger, aussi bien pour les victimes que pour l'Etat de droit, de la comparution judiciaire des personnes déclarées irresponsables, je récuse en revanche totalement la dénonciation par le barreau de la "tonalité répressive" de la politique pénale initiée et, plus généralement, le discours moralisant et donneur de leçons qui l'accompagne.

On ne va tout de même pas revenir indéfiniment sur les peines planchers qui, votées sans l'ombre d'une véritable contestation parlementaire, ne deviendraient mauvaises que parce qu'elles font l'objet de la vindicte des avocats ressassant l'individualisation des peines. Ils savent pourtant comme la rigueur mécanique du texte est largement tempérée, même pour des récidivistes conséquents, par une double atténuation possible. Ils n'ignorent pas que la pratique en a déjà fait un usage substantiel et qu'apparemment, la société ne s'en plaint pas. J'ajoute qu'une grande loi pénitentiaire sera débattue à la fin du mois de novembre et tentera de répondre à ce que la nécessaire sévérité pourrait avoir d'encore plus dramatique pour l'état des prisons.

En réalité, derrière cette contestation qui s'éternise et qui est devenue sans effet, je pressens à nouveau que l'avocat s'estime juge du sentiment populaire et n'est pas loin de tenir pour rien le fait que des promesses présidentielles, avalisées par l'élection, aient été mises en oeuvre. Alors, l'accent mis sur la "tonalité répressive" n'est au fond que la critique de ce qui a été donné au citoyen et qu'il a voulu. N'y a-t-il pas, contre cette adhésion populaire trop vite baptisée ici ou là de populisme, l'irruption d'une forme d'arrogance, l'affirmation du technicien, du compétent, de l'humaniste contre ceux qui ne savent pas, qui ont besoin qu'on leur serine à perte de vue que ce qu'ils exigent est une catastrophe, ce qui leur fait peur une illusion ?

De même qu'il serait inconcevable de prétendre, pour les magistrats, disposer d'une politique pénale à la mesure de leur seule appétence répressive, on ne saurait l'élaborer à l'unique aune des avocats. Le fait qu'ils la décrient ne signe pas sa médiocrité ou sa malfaisance. Simplement l'évidence que l'avocat l'est toujours même quand le citoyen, chez lui, pourrait être appelé à prendre la relève. Pourquoi ne pas passer du corporatisme professionnel  à une vision plus large, une approche plus globale où la responsabilité sociale constituerait l'impératif dominant ? Pourquoi refuser de faire le saut qui permettrait au technicien de rejoindre le citoyen ?

Certes, l'avenir est riche encore de réformes importantes à accomplir mais elles n'auront pas besoin du seul aval des avocats. Ou, plutôt, elles auront du sens même s'ils les dénoncent. Contre eux, contre nous peut-être, il y aura à batailler pour faire triompher la société.

Vous permettez, Maître, qu'on dépasse les limites de votre monde pour favoriser le bonheur et la sécurité de tous ? Avocat vous êtes mais citoyens nous sommes.

Se taire en cravate ?

Depuis plusieurs mois, sur un mode qui me critique ou m'approuve, des sollicitations me sont faites pour que je tente de définir ce que représente selon moi l'obligation de réserve du magistrat.

Le hasard de l'actualité met en évidence, dans le Canard enchaîné paru aujourd'hui, un comportement qui, pour relever des apparences, mérite tout de même une réflexion approfondie. Un jeune magistrat nommé au tribunal de grande instance de Paris vient se présenter, comme il se doit, au premier président de la cour d'appel, Jean-Claude Magendie. Il est vêtu d'un jean et d'une chemise noire. Cette tenue suscite une réaction du premier président qui charge son secrétaire général de conseiller à notre jeune collègue d'aller s'acheter un costume et une cravate.

Jean-Claude Magendie, dans cette affaire à la fois dérisoire et importante, me semble devoir être absolument soutenu. Un premier président, qui connaît le prix des formes, ce qu'impose l'élégance judiciaire et surtout a le courage d'en tirer les conséquences, relève d'une espèce rare dans notre monde. Il faut saluer son geste qui constitue une avancée modeste mais indispensable dans la restauration de l'image de la justice.

Ce qui ne laisse pas de m'intriguer, c'est la stupéfaction devant la manifestation de cette autorité légitime, voire sa dénonciation. Que le Canard enchaîné ne soit pas farouchement épris de l'institutionnel, de ses rituels nécessaires et de l'allure qui, dans beaucoup de circonstances judiciaires, passe notamment  par le port d'une cravate,  ne m'étonne pas.

Le plus inquiétant réside dans la réplique développée par le magistrat houspillé, parce que je la crois révélatrice d'un climat général où les chefs, ici ou là, ont peur d'exercer l'autorité qui leur est confiée et se trouvent toujours d'excellentes raisons pour supporter ce qu'ils n'osent plus réprimander ou interdire. Je les entends déjà tourner en dérision cette algarade  en feignant de croire qu'elle n'a aucun rapport avec la justice véritable. Alors que celle-ci commence là, très loin en amont, dans cette volonté du professionnel d'offrir aux citoyens une représentation belle et honorable de soi.

Notre jeune collègue se défend en effet de la sorte : "En trois ans d'école de la magistrature et trois ans de poste à Colmar, je ne portais ni cravate ni costume et cela n'a jamais posé de problème." Cette argumentation qui probablement pourrait être généralisée signe la condamnation  de l'école, du ressort de Colmar et, qu'il me le pardonne, la sienne propre car avait-il besoin de l'injonction d'enseignants ou de collègues pour appréhender que le laxisme dans l'apparence ne rapprochait pas du justiciable mais au contraire l'éloignait de nous ? On n'a pas besoin des dispositions d'un statut pour percevoir cette évidence. Cette idée fausse qu'il convient de s'ajuster à ce que la quotidienneté vous offre au lieu de le hausser, d'abord par l'apparence, est répandue partout où le pouvoir et l'autorité se croient obligés de composer pour sauver l'essentiel.

Mais lorsqu'on cherche à toute force à ressembler au commun - à supposer qu'il n'ait pas accompli l'effort fréquent d'être au mieux -, celui-ci méprise et, en profondeur, on le déçoit, on le détourne de soi. La justice, qui passe par nous, est alors d'emblée mal acceptée. Elle a mauvaise figure. On ne gagne rien à se banaliser, par commodité dans l'exercice de son métier, quand la vie judiciaire et sa permanente relation avec autrui appellent notre exemplarité sur tous les plans.

La cravate, oui, mais faut-il se taire en cravate ?

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Comment parler vrai ?

Depuis longtemps, je suis passionné par la parole, l'intensité qu'elle crée et les dégâts qu'elle peut causer. Surtout, me frappe l'infinie complexité du langage qui, parfois, creuse son chemin en nous presque de manière autonome en nous laissant craindre le pire, par les mots jetés à la face du silence, ou le meilleur quand miraculeusement ils viennent se poser comme il convient sur les choses.

Pour les êtres, il me semble que les échanges doivent d'abord et de plus en plus se conquérir de haute lutte. Qui n'a pas remarqué, en effet, qu'à l'art de la conversation s'est substituée, la plupart du temps, la dictature de l'exposé, comme si on n'avait qu'une crainte : un dialogue authentique qui nous obligerait à écouter puis à répliquer, à nous fondre dans un mouvement oral dont nous ne serions pas les seuls maîtres. C'est cette inaptitude, cette infirmité délibérée qui conduit tant de moments, du plaisir qu'ils pourraient susciter vers l'ennui qu'ils distillent car il est clair que tout esprit bien constitué a horreur de ne faire qu'écouter et de s'entendre interminablement ressasser ce qu'il sait déjà. La conséquence en est que des haltes susceptibles d'offrir une convivialité stimulante et voluptueuse, comme des dîners réussis par exemple, sont de plus en plus obérées par d'assommants monologues qui n'ont pas d'autre ambition, par leur durée, que d'interdire la parole de l'autre. J'ose dire que cette dérive est devenue un trait de civilisation et le signe que l'humanisme élémentaire, qu'abrite la véritable politesse, s'éloigne avec elle dans le pays des nostalgies et des regrets.

Je ne désire pas seulement évoquer cette régression mais m'interroger, au sujet de la parole, sur les rapports de la liberté et de la vérité. En effet, à force d'entendre vanter le parler vrai, je me suis demandé si on ne confondait pas l'esprit libre avec la pensée vraie.

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Il suffira d'un signe

Pour ne pas quitter une délirante effervescence récente, je relève que VSD consacre un reportage à Rachida Dati. Il est présenté ainsi, je cite in extenso "Rachida Dati, Sarkozy au féminin. Il s'est reconnu en elle. Elle a vu son avenir en lui. Depuis 2002, ces deux ambitieux ne se séparent plus. Réseaux, méthodes, comportement, la nouvelle ministre de la Justice calque sa carrière sur celle du président."

Etrangeté de cette enquête : aucune allusion n'est faite au programme du garde des Sceaux. Comme si l'essentiel n'était pas là.

Dans ce même hebdomadaire, je suis conduit à changer radicalement de monde et à croiser le destin de Jean-Jacques Goldman. A chaque fois que je lis un article sur ce chanteur - et ils sont rares -, j'éprouve comme une émotion et ma jeunesse me remonte au coeur. Mais l'étonnant, c'est que ma passion d'hier est devenue mon admiration d'aujourd'hui. J'entends déjà les grincheux se moquer de ce qu'ils appelleraient sans doute une foucade d'adolescent.  Ils auraient tort.

J'ai toujours perçu dans les textes de JJG une tonalité, un parfum, une délicatesse, une profondeur, une tristesse qui les faisaient sortir de la variété pure - qu'il a vigoureusement défendue par ailleurs - pour les faire entrer dans notre imaginaire, dans notre intimité. Au fond, il a été, pour moi, un artiste de chevet comme il y a des livres de chevet. Et je n'évoque même pas ses formidables musiques !

Mais il y a bien plus. Comment ne pas être fasciné, alors que le clinquant et la vulgarité de la société étouffent trop souvent même ceux qui croient pouvoir s'y soustraire, par cette constance dans la discrétion, par cette volonté affirmée, et jamais ostensible, de demeurer, de vivre dans le bonheur quotidien et dans la normalité qu'il semble, selon un ami, privilégier. Déjà hier, lors des quelques entretiens qu'il voulait bien accorder, notamment à Laurent Boyer sur M6, j'avais été frappé par sa fine et remarquable intelligence, par sa capacité à fuir les lieux communs et parfois même à prendre des risques au regard de notre pesante et ennuyeuse bienséance. C'était le seul qui avait osé déplorer, au moment même de l'apitoiement universel sur sa mort, le caractère ostentatoire et infiniment vulgaire de l'escapade de la princesse Diana et de son amant venus de Sardaigne à Paris. Je n'ai jamais lu ou entendu une bêtise de lui, en particulier sur le plan politique où, pourtant, certains artistes s'en donnent à coeur joie comme s'ils n'avaient qu'une envie, penser plus haut que leur voix. Et, généralement, c'est catastrophique.

Depuis quelques années, depuis son remariage en 2001, il a abandonné la scène et a pour métier le bonheur de vivre et d'aimer. Il s'occupe de ses trois petits enfants et son épouse continue d'exercer son métier. Il mène une existence qui ne se distingue pas de celle de beaucoup d'autres. Chez lui, l'argent est une facilité, pas une décoration.

On souhaiterait tellement le voir écrire et composer à nouveau. Il manque à l'univers artistique français mais sans doute a-t-il l'âme trop délicate pour revenir plonger sa personnalité dans les remugles télévisuels. C'est une existence ordinaire, dira-t-on, il n'y a pas de quoi s'extasier. Je trouve que si. C'est tellement dur de savoir résister à la pente mécanique de la célébrité, à la descente qui mène du talent à sa marchandisation, de la gloire méritée à l'idolâtrie fabriquée.

A chaque fois qu'on m'a posé une question sur la personne que je voudrais rencontrer, j'ai répondu Jean-Jacques Goldman.

Il suffira d'un signe, Jean-Jacques.

Un Houillon, deux Peyrat ?

Décidément, j'aime de plus en plus l'acteur Daniel Auteuil. Outre son mariage qui avait représenté un contraste absolu et bienfaisant avec le blockhaus "friqué" et officiel des épousailles de Jean Reno, j'aime sa manière de ne pas se payer de mots. Par exemple, dans Paris Match de cette semaine, il avoue que sa maison en Corse est magnifique mais qu'elle lui coûte cher et que de ce fait il ne peut plus tourner des films d'auteur. Quel talent pour remettre à leur place, sans avoir l'air d'y toucher, les grandes consciences qui tournent en dérision ceux que leur ventre vide peut légitimement préoccuper ! Cela fait du bien d'entendre un artiste avouer qu'il aime le public parce qu'il a besoin d'argent.

J'ai accompli durant la matinée un exercice stimulant. Grâce à un journaliste qui transmettait aussi vite que je parlais, j'ai pu dialoguer avec une quarantaine d'internautes sur le site du Nouvel Obs. Certains de mes propos ont été publiés, fidèlement certes mais quand je lis en titre "Rachida Dati n'a pas été choisie pour sa compétence", j'aurais aimé que le contexte soit précisé et mon argumentation développée... Sans doute suis-je enclin à considérer naïvement qu'elle est connue dans ses détails grâce à mon blog. Je suis aux antipodes de la dérision institutionnelle et n'ai aucune envie de voir remplacer Nativel par Bilger !

Je voudrais consacrer l'essentiel de mon propos à une appréciation étrange de Philippe Houillon, rapportée par le Monde. Ce parlementaire avocat connu pour son rôle dans la commission d'Outreau va affronter aux municipales le magistrat en disponibilité Didier Peyrat, qui est soutenu par le PC et le PS.

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Un ministre à la hauteur ?

Réunis en assemblée générale à Strasbourg, des magistrats ont dénoncé l'attitude du garde des Sceaux dans l'affaire Nativel, qui d'ailleurs n'en est plus une. Il faut savoir terminer une querelle longuement explicitée d'un côté et de l'autre. Un malentendu plus qu'une agression.

La ministre de la Justice a l'habitude, si on en croit le Canard enchaîné, de reprocher à certains de ses collaborateurs - mais  peut-être ne sont-ils plus à son cabinet ? - de n'être pas "à la hauteur". Elle comprendra donc que les magistrats, dans le respect qu'ils doivent à sa fonction, s'arrogent aussi le droit d'évaluer si leur représentant naturel et politique auprès du président de la République est lui-même "à la hauteur" de la formidable mission qui lui a été confiée. D'ailleurs, Rachida Dati ne cesse pas, et à juste titre, d'en rappeler l'importance à la fois personnelle et sociale. Ce n'est pas lui faire injure que de souhaiter une liberté de critique sans être immédiatement taxé de vouloir porter atteinte à la femme, au symbole ou à l'élue du couple présidentiel. Je me souviens de cet estimable ministre de la Justice qu'a été Pascal Clément, qui a supporté sans l'ombre d'une acrimonie des attaques dont certaines étaient grossières et  infondées. Je suis persuadé que, si l'exercice est difficile, un "chef" ne peut que s'enrichir de la pluralité de paroles et d'opinions, même  vives, dès lors qu'elles s'expriment avec courtoisie républicaine et déférence professionnelle.

Cette démarche mérite d'autant plus d'être mise en oeuvre que, pour la première fois à ma connaissance, la ministre répond sur trois pages à huit lecteurs du Parisien, dont les questions couvrent un large éventail et peuvent aisément rivaliser avec celles de journalistes. Ainsi, Rachida Dati présente une vision complète de la politique qu'elle envisage et justifie les orientations choisies. Force est de reconnaître que, pour l'esprit même le plus rétif, l'épreuve a été bien surmontée.

Il y a bien sûr toujours des détails qui peuvent agacer : le texte relu et amendé, comme si elle n'avait pas le courage d'affronter les inévitables conséquences de sa spontanéité. Le procès fait aux médias par lesquels "elle s'estime malmenée". Que serait-ce donc s'ils la courtisaient ! Alors qu'ils ne sont pas encore passés du côté de l'information mais qu'il y a des bouts de dévotion qui traînent.

Mais, en dehors de ces petites aigreurs, quelle heureuse surprise !   

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Rire ou lire ?

Apparemment, on quitte doucement l'hagiographie dans les portraits de notre garde des Sceaux. Ainsi, l'Express, sous la signature de Gilles Gaetner, et Marianne, sous celles d'Eric Conan et de Laurence Dequay, ont tenté d'en dessiner une image plausible, nuancée, complexe, critique mais sans excès, flatteuse mais sans idolâtrie. On sent tout de même que ces journalistes prennent garde à leur modèle et s'efforcent de ne pas franchir une invisible - cécilienne ? - ligne jaune. Aussi estimables qu'ils soient, ces articles ont le tort de s'enfermer dans une description de Rachida Dati qui ne la met en situation que face au président de la République, en omettant un élément capital. Il est de plus en plus clair que celui-ci ne l'a choisie que pour incarner sa propre défiance de la magistrature. Si j'ose le terme, plus pour dresser que favoriser cette dernière.

On ne change pas totalement de sujet. Quand on lit tout, ou presque tout, durant la semaine, on est effaré par le poids des connivences et des dépendances dans beaucoup de domaines. Si on ne s'adonne qu'à la télévision ou à la radio, faute de pouvoir appréhender le tableau d'ensemble, on ne les perçoit pas, ou plus difficilement.

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Un avocat requiert

Aujourd'hui à Aix-en-Provence va s'ouvrir le procès en appel de Jean-Maurice Agnelet. Je connais les avocats et l'avocat général. Tous trois de très grand talent.

Maître Hervé Temime, qui va plaider pour la partie civile à la place de Maître Georges Kiejman, a déclaré que "le bénéfice du doute ne doit pas se confondre avec le bénéfice du cynisme".

Formule lumineuse qui, à mon sens, est de nature à expliquer quelques acquittements incompréhensibles rendus par des cours d'assises.

J'espère que le barreau ne m'en voudra pas de rendre hommage à l'un de ses membres en citant, dans les débats criminels à venir, cette pensée qui dénonce les déguisements qu'emprunte la culpabilité pour tenter d'échapper aux foudres de la justice populaire.

Malheureusement, parfois, cela marche.

La culture du public

Quel plaisir d'entendre la ministre de la Culture, Christine Albanel, défendre la lettre de mission qui lui a été adressée par l'Elysée sur un point capital  qui a fait polémique !

Elle affirme, selon le Monde, qu'elle ne veut pas se contenter de "signer des chèques" et qu'elle attend des "engagements" des scènes subventionnées, notamment sur l'audience des oeuvres. Elle aggrave son cas en précisant que "la question des publics n'est pas taboue" et souligne avec bon sens que qualité et succès public ne sont pas antinomiques.

De telles évidences, émanant d'une personne reconnue intelligente et compétente, n'auraient pas du susciter la moindre contestation puisque, sauf à faire du monde culturel une forteresse retranchée, il est légitime de demander à celui-ci d'avoir une politique, des audiences, des spectacles, des réussites à la hauteur de ce que l'Etat généreusement lui offre, en particulier sur le plan théâtral.

Mais on devine que la ministre de la Culture, en se mêlant de ce qui la regarde, a dérangé la bureaucratie et les apparatchiks de l'art assisté, a troublé un univers qui fonctionnait avec sérénité sur un registre infiniment commode : il n'y avait jamais d'échecs puisque, par définition, le succès était un concept vulgaire, une grille d'appréciation totalement inadaptée, une éventualité disqualifiée par avance.

Il faut dire que le précédent ministre de la Culture avait succombé au péché mignon d'une certaine droite qui se croit obligée de flatter la pensée de gauche, d'épouser l'hermétisme progressiste et de refuser l'élitisme populaire. Sa démagogie a fait doublement mal : elle a fait du projet culturel de la droite une coquille vide et elle a réjoui la gauche qui y a vu la continuation d'une entreprise qui lui permet, dans ce domaine, de vaincre sans combattre. Puisque, jusqu'à maintenant, elle était consacrée, en quelque sorte par principe, comme la gardienne des valeurs artistiques.

Ce que souhaite faire admettre Christine Albanel représente déjà un début de révolution. Oser faire croire que le succès public d'une pièce peut être au moins l'un des signes de sa qualité est intolérable pour tous ceux que la déconfiture stimule et que la subvention ne gêne pas. Mais il y a plus grave pour nos responsables, animateurs, créateurs, artistes et concepteurs ! C'est que d'un coup, on va les contraindre à sortir de la satisfaction d'eux-mêmes pour se pencher, le temps d'un divertissement et d'une comédie, sur cette masse obscure qui est venue au théâtre on ne sait trop pourquoi et qui absurdement espère sourire, s'émouvoir, pleurer, s'enthousiasmer, vivre autrement ! Le public, quoi, les gens, les visiteurs du soir, les empêcheurs d'ennuyer en rond.

Ils pensaient pourtant être tranquilles, les purs, dans leur autarcie où l'argent venait, où le public ne venait pas, et où l'Etat, pour faire bien, applaudissait.

Cela n'ira peut-être pas plus loin mais c'est déjà un coup de semonce. Si l'art n'est que la propriété de ceux qui le cultivent, c'est qu'il n'est pas véritable. S'il dépasse les frontières étroites de ceux qui s'en prétendent à la fois les créateurs et les spectateurs légitimes, il aura une chance d'irriguer et de plaire. La multitude  lui fera  du bien et Shakespeare sera heureux !

Madame la ministre, continuez à ne pas vous laisser faire. Vous avez déjà commencé à reprendre une part de ce qu'on avait abandonné.

Enfin !