Parce qu'on est Président de SOS-Racisme, on aurait le droit de dire et d'écrire n'importe quoi ?
De dire, d'abord. C'est bien Dominique Sopo qui a soutenu, il y a plusieurs jours, que les attaques contre le garde des Sceaux relevaient du racisme. Le malheureux s'est fait à juste titre rabrouer par tout le monde et la principale intéressée, évidemment, ne lui a pas apporté le moindre soutien. Il faut bien qu'il voie du racisme partout pour justifier l'existence de son association, qui a connu tant d'avatars politiques sous ses apparences généreuses.
D'écrire, ensuite. Dans le Monde du 29 septembre, Dominique Sopo consacre une tribune libre à vitupérer Eric Zemmour dont les positions sur les femmes, les homosexuels et l'immigration le révulsent. C'est son droit le plus strict que d'exprimer une indignation qui à mon sens prend trop facilement une tonalité méprisante et caricaturale. Je comprends qu'Eric Zemmour puisse déplaire et, pour ma part, je n'ai pas toujours été enthousiasmé par son omniprésence médiatique, en particulier dans son duo avec Michel Polac chez Ruquier.
Mais cela pèse peu devant l'accablante insulte dont Sopo le gratifie : c'est une honte, Zemmour serait réactionnaire.
C'est-à-dire ?
Pour le Président de SOS-Racisme, un réactionnaire a peur. "Peur du temps qui passe. Peur des valeurs qui foutent le camp. Peur du monde tel qu'il va." A supposer même que ce sentiment soit au coeur de l'être réactionnaire, qu'il convient de distinguer du conservateur qui désire maintenir l'acquis dans l'immobilisme, je ne perçois pas en quoi il serait indigne d'éprouver de l'angoisse devant le délitement réel ou fantasmé de l'univers, de ses structures et de ses certitudes rassurantes, de songer avec nostalgie à ce qui fut, au bonheur d'hier, aux douceurs d'antan. Quand les êtres et les choses semblaient plus aisément à portée d'esprit, de coeur et de main. Le temps qui s'écoule est du temps qui détruit inéluctablement le meilleur avec le pire, et quoi de plus naturel que de s'acharner à retenir le meilleur et à lutter contre le fil des jours ?
Le réactionnaire authentique ne se contente pas de regarder en arrière, il ose aussi combattre l'idéologie qui gangrène l'humeur sociale et considère comme une vérité d'évidence qu'aujourd'hui est plus admirable qu'hier et moins que demain. Qu'il y a de l'indécence à ne pas saluer le nouveau et à faire grise mine devant l'inédit. Qu'il y a de la perversion à ne pas sauter sans cesse dans la modernité pourtant souvent vide de sens en cultivant les enchantements intellectuels et artistiques du révolu.
Le réactionnaire véritable, loin d'avoir peur, se sent pousser des ailes à notre époque où le courage est une vertu si rare qu'elle est nécessairement célébrée. Il lutte et, Sisyphe entêté, ne perd pas à tout coup. Ce déclin qu'il craint de voir couler dans ses veines, après qu'il a affaibli le pays, il ne l'accueille pas, il le refuse. Il ne veut pas restaurer le passé parce qu'il serait le passé mais parce qu'on y trouvait des modèles d'excellence, de vigueur et de rigueur. Il ne pose pas sur ce qui a disparu un esprit attendri, une émotion mouillée, mais rêve d'une politique, d'une morale en action qui feraient refluer le cours mécanique du temps au profit d'une Histoire qui saurait se reconstruire sur les décombres d'un présent trop envahissant.
Zemmour, réactionnaire alors ? Je ne sais pas. Si cette famille existe, j'aimerais bien en être et y faire entrer des personnalités avec lesquelles il ferait bon penser, respirer et vivre. Cyrano, Finkielkraut, Muray, Régis Debray et Goldman par exemple. Des êtres qui réagissent, qui ne se laissent pas endormir dans le ronron de l'évolution, par le roulis de l'actualité. Des êtres qui insistent, répliquent, protestent, participent ou s'abstiennent, méprisent ou rendent gloire, qui ne se salissent jamais l'esprit et ne préféreront jamais un mensonge commode à une vérité difficile. Des êtres qui n'ont que faire des approbations ou des dénonciations de Dominique Sopo.
Celui-ci croit condamner en le, en les traitant de réactionnaires. Il les décore.
L'intérêt des prestations de Zemmour ne lui est pas tant personnel. Certes, comme le dit Véronique, sa présence face à Michel Polac est presque de l'ordre du lieu commun. Mais la présence à la télévision d'un réactionnaire est un fait rare, sauf pour le moquer et caricaturer, en particulier dans les émissions d'une certaine intelligentsia dont assurément Ruquier fait partie. Sa présence en tant qu'intervenant régulier est, du coup, étonnante.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 29 septembre 2007 à 22:57
Je ne suis d'accord ni avec E. Zemmour, ni avec D. Sopo, ni avec vous.
A sa manière E. Zemmour est une caricature de réactionnaire. La façon dont il dénonce ce qui l'horripile apparaît comme une sorte de créneau médiatique mis en avant dans les pires de la TV.
De la même façon le propos de la tribune de D. Sopo est à lui seul une caricature de SOS racisme qui, à force de ne pas vouloir regarder une réalité en face, celle d’une immigration se transformant en communautarismes, a alimenté, par un effet contraire, les préjugés racistes.
J'aime bien les réacs dans votre genre réfugiés, oui réfugiés, dans un passé sublimé. Des originaux, des sincères, des anticonformistes, des anti-conservateurs, des caractériels, des vulnérables infiniment, comme il n’est pas permis.
Mais il y a d'autres réacs avec leurs obsessions et leurs maladies du passé qui me donnent mal a la tête et mal au coeur.
"Des êtres qui réagissent, qui ne se laissent pas endormir dans le ronron de l'évolution, par le roulis de l'actualité. Des êtres qui insistent, répliquent, protestent, participent ou s'abstiennent, méprisent ou rendent gloire, qui ne se salissent jamais l'esprit et ne préféreront jamais un mensonge commode à une vérité difficile."
Enfin, Philippe, cette espèce-là n'appartient pas qu'à votre galaxie réactionnaire ! Elle est représentée et combative partout dans la société. Des hommes et des femmes de tous les jours. Tout simplement.
Et puis, entre vous et moi, j'ai quand même l'impression que votre sublime Réaction, pardon d’être brutale, est devenue aujourd’hui un lieu commun, une sorte de sous-produit, d'une banalité à pleurer, recyclé même par la télé, et à tout va dans les magazines.
Oui je sais. Je viens de vous faire de la peine.
Mais accordez-moi que quand L. Ruquier met en avant un E. Zemmour comme une figure emblématique du réactionnaire et un M. Polac comme modèle du progressiste, on est dans le lieu commun au mieux de sa forme.
Rédigé par : Véronique | 29 septembre 2007 à 22:14
Je m'autorise à reprendre un commentaire qu'il m'a déjà été donné de déposer sur votre blog :
"En somme, Debray est devenu "réactionnaire" au sens plein du terme : en réaction contre les tendances lourdes de l'époque. Comme Péguy qui ose dans "L'Argent" revendiquer le mot. Comme Gauchet, Muray, Gallo ou Finkielkraut, pour citer quelques intellectuels qui, chacun dans son registre, expriment un désarroi. Le mot leur ferait peur ; on connaît sa connotation dans la police des idées."
Rédigé par: Parayre | le 24 février 2007 à 09:50
Je persiste et signe ce jour, après vous avoir lu avec délectation.
Jacques Parayre
Rédigé par : Parayre | 29 septembre 2007 à 20:44