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26 septembre 2007

Commentaires

Pascal SOURIS

Me Karim ACHAOUI partage un billet avec un rappeur.

Je suis persuadé de l’absence de volonté d’amalgame de Monsieur l’avocat général Bilger.
Mais certaines juxtapositions peuvent être dommageables.
M.DINGLI exposera mieux que moi comment Fouquier Tinville avait fait comparaître devant le Tribunal Révolutionnaires quelques concussionnaires et faussaires avec Danton , Fabre d’Eglantine, et Desmoulins, pour créer une confusion préjudiciable aux accusés.

Je ne connais pas suffisamment le dossier pour me prononcer sur le fond.

Pour l’instant une décision condamne Me ACHAOUI.
L’adage est :« Res iudicata facit de albo nigrum et de quadrato rotundum. »
La décision n’est pas coulée en force de chose jugée. Elle ne dispose que d’une autorité provisoire. Il faut donc se garder de conclusions définitives.

Mais ce que l’ont peut observer immédiatement c’est que :

1. La réaction des autorités de l’Ordre est extrêmement (étrangement ?) modérée.
Dans une interview de Laurent Ruquier consécutive à la parution de « Avocat à abattre », Me Achaoui avait loué l’intervention du représentant du bâtonnier dans le cadre d’une perquisition. Mais l’absence de réaction de solidarité ordinale avait été accusée.
Henri Robert définissait la confraternité comme une « haine vigilante ».

2. Me ACHAOUI s’est toujours entendu reprocher une excessive proximité avec ses clients. On tenait le même reproche à Jacques Isorni.

3. Me ACHAOUI ne s’est pas fait aimer. Il le paie à présent d’une incarcération immédiate, alors qu’il se pourvoit en appel. Je ne dispose pas des statistiques actuelles des réformations . Je citerai donc celles de René FLORIOT, même si elles datent de 1968 .
« Ces erreurs judiciaires sont-elles nombreuses ? Il serait bien hasardeux d’établir une statistique approximative. Retenons cependant cette constatation troublante : il y a, en France, deux degrés de juridiction, le Tribunal et la Cour, qui jugent, l’un après l’autre, même procès ; or, la Cour infirme, c’est-à-dire qu’elle prend le contrepied de ce qu’ont décidé les juges du premier degré, une fois sur quatre.»

R.FLORIOT, Les Erreurs Judiciaires, p.7-8

Mister Bark

Votre billet aura réussi à faire réagir pas mal de monde :)

Patrick Marguillier

L'élégance représente toujours quelque chose d'important, quelle que soit la profession, le débraillé, le négligé c'est le laisser-aller qui donne à l'égaré l'envie de fuir.
Pour exemple ?
Je rentre dans la cour de récréation, un type débraillé, deux boucles d'oreilles, des tatouages sur les bras, je ne le crois pas responsable, je cherche le responsable de cette école, ou à defaut un prof qui saurait m'indiquer...
Le tatoué débraillé aux deux boucles d'oreilles est le directeur !
J'ai beaucoup de mal à aller vers lui, il ne me paraît pas très sérieux, comment peut-on demander aux élèves de porter une tenue décente, de ne pas mettre de chapeaux, de signes religieux quand le directeur se trimballe avec 50 tonnes de clichés ?
Ah je vois un type en costard léger, rasé de frais, le regard dynamique, coiffé correctement, serieux mais pas guindé pour autant, il est évident que je vais m'adresser à lui parce que je suis quasi certain d'avoir une réponse non seulement correcte mais appropriée.
En l'occurrence, le costume ou le fait d'être dans une tenue "habillée" montre que cette personne offre un repère, il ne s'identifie pas aux éléves, il offre une référence, dans notre monde où tout va de travers, les repères sont importants. Ils guident l'élève. Je pense qu'un magistrat aussi doit se distinguer, de la même manière, il est dommageable de le confondre avec le tout-venant alors qu'il est censé être un repère d'intégrité, donc de bienséance pour le justiciable.
Le laisser-aller, pourquoi pas ? Mais en d'autres lieux que les institutions alors...
Et encore, quand on veut susciter le respect, il faut déjà se respecter soi-même, c'est comme apprendre à un enfant à se tenir droit à table, ça lui servira toute sa vie, c'est un repère comportemental indispensable, équilibrant et très utile. Quand il déjeunera avec sa petite amie, elle le regardera avec un autre oeil que si elle se trouvait avec un débraillé. Quels que soient d'ailleurs la profession ou le lieu, un homme propre, soigné avec un langage correct à défaut d'être châtié suscitera toujours plus de confiance qu'un illuminé ou un debraillé.. Puis c'est aussi avoir un minimum d'amour-propre...

j.wedry

@JLS

Mais à ma connaissance, le magistrat reçu par le Premier Président ne sortait pas du dépôt... on ne le soumettait pas ni préalablement ni ensuite à une fouille au corps, et sauf erreur de ma part il n'allait pas rejoindre une cellule après sa visite au Premier !

En mélangeant les genres on peut, effectivement, prétendre que l'on disserte sur un noeud qui n'en vaut la chandelle !

JLS

Ces magistrats qui débattent pour une cravate, se sont-ils déjà posé la question de l'intégrité vestimentaire et physique imposée aux prévenus lorsqu'ils passent par le "dépôt" du Palais de Justice de Paris ? Le parallèle peut paraître hors-sujet, mais à mes yeux il s'impose. Débattre ainsi d'un morceau de tissu, alors que les prévenus que certains de ces magistrats recevront ensuite ont été traités commes des animaux, obligés de se déshabiller entièrement en plein hiver dans une pièce non chauffée, de mendier pour aller aux toilettes sans papier et sans la moindre once de propreté, me semble un peu déplacé. Est-ce l'institution appelée "Justice" qui montre ainsi ses limites ? Ou sont-ce simplement les limites de l'être humain ?

La Bonne

Bourguignon
«Il me semble avoir vu, dans le beau royaume de France, un jogger portant l'habit de président de royaume, n'est-ce pas rabaisser le statut de jogger ?»

Certes, et sans aucune doute messire Charles, mais ce jogger a-t-il présidé en jogging et couru en cravate ? Rappelez-vous que « Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »!

Bourguignon

"Cette tenue suscite une réaction du premier président qui charge son secrétaire général de conseiller à notre jeune collègue d'aller s'acheter un costume et une cravate."

L'a pas pu lui dire lui-même ?
En voilà de l'autorité !!!

Il me semble avoir vu, dans le beau royaume de France, un jogger portant l'habit de président de royaume, n'est-ce pas rabaisser le statut de jogger ?

Bernard de ...

@Catherine JACOB
Si nous avions été au pays de sa Gracieuse Majesté, nous aurions pu comme sanction les muter dans la Garde écossaise...

Catherine JACOB

Parayr
«Pas de place pour le malheur …
Sinon, celui des autres ! » doivent fièrement l'arborer.»
Eh oui pas de place pour celui du Monsieur MIS-THE
Excellent en tous cas !

GL
«Le magistrat présidait l’audience sans robe, comme cela se rencontre parfois. N’y a-t-il pas une obligation ?»
Je crois savoir que dans les tribunaux qui ne sont pas des juridictions ordinaires comme le TA - dont l'indépendance a fait par ailleurs débat à l'occasion d'un séminaire spécialement ouvert à cet effet à Strasbourg, si mes souvenirs sont exacts - les magistrats sont en costume civil.
Ce qui me remémore ce texte :
«L’homme doit manger et boire, il a des amis et des connaissances, il ressent les sentiments et les transports du moment. Les grands hommes ne font pas exception à la règle : ils ont, eux aussi, mangé et bu et préféré tel plat ou tel vin à tel autre. Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, dit un proverbe connu. J’ai ajouté - et Goethe l’a redit deux ans plus tard - que s’il en est ainsi ce n’est pas parce que celui-là n’est pas un héros, mais parce que celui-ci n’est qu’un valet. Ce dernier ôte les bottes du héros, l’aide à se coucher, sait qu’il préfère le champagne, etc. Pour le valet de chambre les héros n’existent pas ; en effet, ils n’existent que pour le monde, la réalité, l’histoire. -.» Hegel, "La réalisation de l’Esprit dans l’Histoire" in La Raison dans l’Histoire, chap. 2
Si le magistrat paraît dans l'arène judiciaire sans que rien ne distingue ce paraître de celui du justiciable dont le sort est entre ses mains, il risque fort de paraître à ce dernier ce que le grand homme de Hegel paraît à son valet de chambre ! Je crois que ce président devrait regarder un combat de catch pour comprendre la signification du paraître ! Personnellement, si je n'aime pas la boxe, en revanche j'adore le catch qui me donne toujours de bonnes leçons de séméiologie !

Marcel Patoulatchi

Je partage votre sentiment.

Que le dépositaire d'une forme d'autorité publique approuve un certain programme en matière de gestion de cette autorité ne me semble pas honteux. Sinon, cela signifierait que ce dépositaire se moque, in fine, de ce qu'on lui fait faire (il va de soi qu'il fait ce qu'on lui dit de faire, son opinion n'est pas source de loi). Il en va autrement de l'esprit politicien qui va distribuer des bons et mauvais points aux divers candidats sur la base d'un discours de portée générale, se réclamant d'une idéologie plus que d'un objectif.

J'approuve aussi votre critique de ce que je considère comme désinvolture. Respecter certaines formes, surtout quand c'est gratuit, c'est aussi respecter le fond. Il ne faut toutefois pas non plus jouer au petit soldat. Certains actes sont bien plus ennuyeux que certains décalages cosmétiques. En d'autres termes, je préfère un magistrat poli en blue jean qu'un grossier personnage vêtu selon la tradition. S'il est vrai que la fonction publique devrait imposer une certaine tenue, il ne faut pas non plus que cette tenue rende suffisant. On a coutume de dire qu'il est possible d'être très vulgaire tout en employant un vocabulaire châtié, ce n'est sans doute pas tout à fait faux. J'ai déjà croisé certaines personnes qui, tout en respectant les formes usuelles, s'affirmaient dans l'insulte indirecte des autres. Ils respectaient leur devoir de réserve, mais leur moralité n'était pas sauve à mes yeux. Il y a une complémentarité entre le fond et la forme, un juste milieu à discerner.


Aline,

Je pense qu'un enseignant doit en effet rester digne. Pour autant, le costume est-il de rigueur sorti du cadre des cours magistraux, la question mérite d'être posée. Et je répondrais sans hésiter par la négative, ayant mémoire d'un excellent directeur de recherche qui tombait le costume lorsqu'il travaillait dans la bibliothèque de l'unité de formation et de recherche.
Bien entendu, étudiants et élèves sont sensibles à l'apparat. Il faut néanmoins qu'il s'adapte aux circonstances.
J'ai eu la chance, par le passé, de travailler dans un centre de recherches international. Le port du costume y était plutôt réservé non pas aux chercheurs mais aux gestionnaires (« managers »). Pour autant, cela ne signifiait en rien d'un état d'esprit désinvolte de la part de ces chercheurs, dont la plupart étaient d'une politesse presque inouïe comparativement à ce qui se pratique ailleurs. Mais la politesse n'était pas dans le costume.


Parayre,

Toutes ces règles que vous citez ne s'appliquent pas aux fonctionnaires, n'est-ce pas ?
Il est connu que l'Etat est le plus mauvais employeur de France, qui n'hésite pas à payer des mois en retard les traitements dus, voire pire.


Jean-Dominique et Bernard de.

Les policiers du « Flag », groupe militant homosexuel proche du syndicat UNSA Police, ont pour coutume de déshonorer la police à chaque « Gay Pride », en confondant leur fonction et uniforme avec leurs moeurs. Que ces personnes-là revendiquent le droit d'être policier indépendamment de leur préférence sentimentale ou sexuelle, je n'y vois pas de problème. Qu'ils fassent des actions militantes pour permettre à d'autres policiers homosexuels de ne pas faire l'objet de brimades dans un milieu pas toujours tolérant, je n'y vois pas de problèmes. Qu'ils transforment l'uniforme et le matériel administratif de tous les policiers de France en apparat sexualisé, c'est absolument intolérable. Je m'étonne que l'administration concernée ne pose aucun véto.
Ceci étant dit, c'est tout le paradoxe du flou artistique régnant autour du « devoir de réserve », qui parfois permet de tolérer des policiers faisant l'apologie de certaines moeurs ou certaines idéologies et qui, en d'autres lieux et instants, permet de clouer le bec à des fonctionnaires qui ne font rien d'autre que des constats sur leur quotidien.


Pierre-Antoine

"Lorsqu’un corps se délite par le bas, c’est que le haut est déjà fortement atteint."
comme vous dites cela avec élégance...
à l'armée ils ont un autre formule plus directe :
"excellent spécialiste du camouflage, il réussit à cacher son incompétence derrière une tenue irréprochable"
et quand on sait l'importance du camouflage sur un champ de bataille... fut-elle judiciaire la bataille...

GL

Hier au soir un reportage dans l’émission Envoyé Spécial mettait en cause la chambre des affaires familiales d’un Tribunal de grande instance.
Le magistrat présidait l’audience sans robe, comme cela se rencontre parfois.
N’y a-t-il pas une obligation ?
Dans l’affirmative, qui va lui dire quelque chose, s’agissant aussi du Président du Tribunal ?

Véronique

Philippe, pour ce que vous nous dites dans votre note sur l'obligation de réserve.

Si je m'appuie sur l'hypothèse * des propos du magistrat à qui RD a demandé de s'expliquer.

Ce qui m'a gênée dans cette hypothèse, c'est qu'on a le sentiment que le position personnelle du magistrat sur les peines planchers a pris la place de ce qu'est un procès : juger des actes et celui qui les a commis.

Il y a eu comme une priorité donnée à l'appréciation d'une loi.

Je pense que pour tout professionnel limité par une obligation de réserve, il y a une nécessité de maîtriser et d'équilibrer sa propre appréciation des choses pour laisser la place à l'exercice d’un métier.

Cette maîtrise ne bride pas une liberté de parole. Elle contraint à un plus grand professionnalisme et encadre de cette manière le trop subjectif.

Je comprends très bien qu'un avocat général ne demande pas l'application d'une peine plancher. Mais je souhaite que l'argumentation du magistrat s'appuie sur les circonstances singulières et sur la personnalité de la personne qui est jugée.

ps *: j'ai pris cet exemple comme une hypothèse. Sachant que le magistrat mis en cause a fait valoir qu'il n'avait pas tenu les propos qu'on lui reprochait.

Parayr

Monsieur Thémis est très pressé
Il a des tas de trucs à faire
Il paraît même un peu stressé
Normal, il est dans l'judiciaire

Monsieur Thémis marche un peu vite
Il n’a pas trouvé de taxi
Le regard ailleurs, il évite
Les promeneurs sans but précis

Le portable dans la main droite
Un coup d’œil sur son poignet gauche
Il rajuste un peu sa cravate
Réflexe depuis son adoubage

Monsieur Thémis est stoppé net
Par l’homme au visage livide
Trop mal vêtu pour être honnête
Qui tend vers lui sa main avide

Monsieur Thémis est contrarié
Il n’aime pas qu’on l’importune
Surtout s’il s’agit de mendier
Un petit bout de sa fortune

Alors il contourne l’intrus
En grommelant quelques jurons
Ces gens qui traînent dans la rue
Qui donc sait jusqu’où ils iront

Monsieur Thémis est satisfait
Il est arrivé juste à l’heure
Dans son monde presque parfait
Pas de place pour le malheur …

Sinon, celui des autres !

Catherine JACOB

Pierre-Antoine
«les femmes en sont dispensées alors que les hommes doivent fièrement l'arborer.»
Toutes les femmes en effet ne souhaitent pas ressembler à Marlène Dietrich, Greta Garbo et Katherine Hepburn dans l’Amérique de la Dépression.
«Avril 1930. À peine arrivée à Hollywood, Marlène Dietrich écrivait à son mari, resté en Allemagne : « On a demandé à Jo de faire un film publicitaire pour me présenter au service commercial, alors nous avons tourné une courte scène où je porte mon frac et ma cravate blanche. Le toit du studio a failli s'envoler.» D'après Isabelle DHOMMEE, « Dietrich, Garbo et Hepburn : trois stars travesties dans l’Amérique de la Dépression », Clio, numéro 10/1999, Femmes travesties : un "mauvais" genre, «La presse quotidienne et spécialisée attribua le désintérêt de ces deux stars Dietrich et Garbo pour les habits 'féminins' à leur tempérament européen, ingrédient indispensable à une sophistication teintée d’exotisme ; et l’accoutrement de Dietrich connut aussitôt un tel succès auprès des femmes de la haute société californienne que le département de publicité de la Paramount adopta pour slogan publicitaire: 'Dietrich, la femme que même les femmes adorent'.»
Il existe la même contrainte dans la cravate et dans le soutien-gorge qui tous deux font étalage des attributs sexuels sur le plan du signifiant, à savoir d'une façon qui n'est pas potentiellement gênante pour l'interlocuteur et signifie parallèlement la réserve, une qualité des plus souhaitables dans l'enceinte judiciaire. En effet, l'investissement fantasmatique du corps dans le cadre de la pulsion scopique est ainsi limité...
Accessoirement on peut faire observer que nouer la cravate d'un homme est une façon de lui dire au-revoir, tandis que la dénouer... Aahhh la dénouer... ! Si vous saviez ce que c'est pour une femme que de dénouer une cravate messieurs, vous ne mettriez plus de cols roulés !

Catherine JACOB

Bernard de ...
"à titre personnel"
Je pense comme vous que l'uniforme dans une Gay Pride ne saurait être porté que par les danseuses du CRAZY ou leurs émules et donc de façon totalement identifiable en tant que costume carnavalesque et en aucune façon par son porteur ordinaire, car ce dernier n'est en aucun cas dans l'exercice de ses fonctions lorsqu'il participe au défilé à un autre endroit que dans le service d'ordre, et sur ordre de sa hiérarchie, à savoir dans son rôle, et non à titre démonstratif, ce qui accessoirement implique : quelle que soit son identité sexuelle, car la fonction par définition appartient au neutre.

Pierre-Antoine

Monsieur l'Avocat Général,

Sauf votre respect, et avec humour, seriez-vous sexiste ou phallocrate ?

La cravate, objet phallique ou attribut de compétence ? Ce qui semblerait à vous lire, aux yeux de certains synonymes car les femmes en sont dispensées alors que les hommes doivent fièrement l'arborer.
Ah… Napoléon avait une excellente connaissance de l'âme humaine quand il instaura la fourragère.

En sollicitant votre haute bienveillance pour ne pas me poursuivre pour outrage à magistrat… LOL

Cordialement

Pierre-Antoine

Véronique

La cravate nécessaire pour les masculins judiciaires ?

Mais vous étiez pas mal du tout avec un pull… sans cravate (ex photo de votre blog).

L'allure et l'absence de commun, c'est quand la forme s'allie et s'ajuste parfaitement avec le fond, et inversement. Cet équilibre ne se remarque pas en raison de tel ou tel accessoire vestimentaire.

Il s'impose d'entrée. Ou pas.

Comme Catherine A, je ne suis pas une folle des cravates. Sauf quand le monsieur dit ainsi, silencieusement, ce qu'il est. Et que c'est une façon importante pour lui d'être au plus près de l'identité professionnelle à laquelle il ou elle tient.

Je vous concède que les codes vestimentaires sont importants.

Mais l'identité que l'autre perçoit relève d'une très mystérieuse alchimie. C'est, à mon sens, beaucoup plus sophistiqué que le simple recours à une cravate.


Catherine JACOB

Je voudrais répondre à tous ceux dont le commentaire tourne autour de 'l'habit ne fait pas le moine', ce dont le costume de théâtre est un exemple particulièrement significatif, que, s'il suit la règle, le moine est nécessairement en habit. La question de l'adéquation au signe de son contenu, est seconde. Enfin s'il y avait une livrée de l'incompétence, j'achèterais tout de suite. Il existe entre la compétence et l'incompétence, la même différence qu'entre un melon et un melon. Pourtant, il y a des ménagères qui sans connaître l'art de la dissertation en trois points, exercice purement scolaire et typiquement français, savent choisir le fruit dont la saveur le parfum et la consistance seront [futur] à leur goût le jour même, le lendemain, ou d'ici trois jours etc...
Il y a en effet des cravatosphères comme il y a des ceintures noires-ô-sphère, mais il faut savoir que ce sont 'signes à destination de', comme il y a marqué 'Police' sur un brassard obligatoire, mais qu'il y en a d'autres et ceux-là qui sont beaucoup plus difficilement susceptibles d'induire en erreur.

madame de F.

COSTUME : Ensemble des caractéristiques d'une époque, d'un groupe social, d'un genre, le plus souvent immédiatement perceptibles ou relatives à l'aspect (cf. coutume)
Par parenthèse, cette thématique ferait un excellent sujet de disserte.
Le costume, ici la cravate, ne fonctionnera que dans la cravatosphère où elle sera perçue comme un symbole cohérent entre initiés ou gens dûment façonnés.
Pour certains, le costume efface l'apparence au profit du signifié,
pour d'autres il assure au moins les apparences à défaut de sens,
pour d'autres encore il ne renvoie à aucun code [comme les intentions du costume du papou nous sont inaccessibles].
Pour ma part, je recherche à me fondre dans le paysage à frais moindres si possible, ce qui me range dans une nième catégorie.
Autre chose, j'ai eu affaire à un maître chauffagiste, avec bleu de travail, sacoche ad hoc qui s'est avéré une vraie bille pour réparer le chauffe-eau ....
Bonsoir à tous.

DJH

"Moi c'est moralement que j'ai mes élégances..."
Maitres X,Y,Z, ils se reconnaîtront :
Tombez la robe (que vous ne méritez pas toujours), jetez la cravate si vous le souhaitez, mais soyez simplement honnêtes.

francis

L'habit ne fait le moine, c'est toujours vrai. Il ne reflète pas obligatoirement la qualité de celui qui le revêt, on peut se déguiser, encore moins ses qualités, si l'habit est légitimement porté. Mais il sied s'il caractérise la profession qu'il honore et que l'intéréssé y attache l'honneur de s'en revêtir. Considérant toutefois que certaines vétures se portent selon les circonstances ; un militaire ne va pas en opération en uniforme de gala, Casoar et gants blancs, c'est révolu heureusement pour ne plus être la cible. Mais on ne sollicite pas le rapport à son supérieur en débraillé. Pour le magistrat, la toge est d'usage uniforme, c'est plus simple. Mais toute tenue implique l'honneur de la porter et le respect qui s'en dégage. Il m'amuse qu'un Conseil de l'Ordre des médecins ait condamné un médecin consultant en bermuda. Il a fait son office de soignant et correctement semble-t-il. Je l'aurais préféré, même en slip, à Diafoirus, avec son bonnet et sa robe doctorale qui cachait son ignorance et affichait son pouvoir doctoral.

Bernard de ...

@ Jean-Dominique Reffait :
Sans remettre en doute une seconde votre compte rendu de la Gay Pride, je vais une nouvelle fois passer pour un coincé en écrivant qu'il y a un malaise soit dans la culture soit dans la civilisation (merci Freud). Si vraiment ce sont de vrais policiers qui se sont donnés en spectacle, c'est aussi l'ensemble de la profession qui va être éclaboussée et les mauvais jeux de mots n'ont pas fini de fuser, plus que jamais un devoir de réserve devrait s'imposer car c'est vraiment avilir une profession que de la représenter sous ses habits professionnels dans ce genre de "festivité" - Maintenant qu'ils y aillent en costume-cravate, jean's-polo ou bermuda-tee-shirt à titre personnel, pourquoi pas.

Quant à la cravate, personnellement je préfère le noeud pap.

 Cactus à poils et Layla  communs mais point immortels  !

"Allez, comme dirait cactus, je vais m'en mettre un derrière la cravate... (ah ! malheur, je ne peux plus boire, j'ai remisé mes cravates !)"
nous conte Sbriglia plus hoo là là !
preuve que je lis tout !

veni, vidi donc :
sinon je veux juste rajouter ceci :

si le cravaté se tait
c'est qu'il est laid,
dis, lady !

si le cravathé au laid
alors commun immortel
puisque rang donné ?

j'en perds mon franglais
puisque plutôt papillon !

Sissi !
( quel destin ! )


Catherine JACOB

Entre le signe désincarné et la présence corporelle inéluctable :

« ‘L'attitude du corps met la pensée en rapport avec le temps.’ Filmer un corps fatigué (spécialité d'Antonioni selon Deleuze), c'est filmer par excellence à la fois l'avant et l'après» -Cf. Obraz-. Or ce qui intéresse le justiciable c’est le présent de son affaire et non l'avant et l'après du magistrat. Le magistrat qui apparaîtra ne serait-ce que décoiffé évoquera la hâte, le vent de l’extérieur, la nécessité d’une tenue à rectifier, donc tout un avant et un après dans l’entre deux duquel le justiciable pourra avoir le sentiment d’être de trop !
A la réflexion, ce qu’il convient donc de se demander, me semble-t-il, c’est : Dans quelle mesure la cravate participe-t-elle ou non du signe vestimentaire nécessaire au drame qui se joue dans toute comparution intervenant dans l’enceinte judiciaire ?
Pour essayer de comprendre, assimilons la comparution – terme non restreint à sa signification dans la langue du droit – du magistrat lui-même, à l’un des événements d’une pièce de théâtre, que nous allons appeler ‘L’Affaire’, et de son apparence autant que de son jeu [ ou encore de ‘son geste’ ] autrement dit, un ensemble de signes susceptible de « brouiller la clarté des codes, de contredire, obscurcir ou falsifier» comme le dit R.Barthes, ce que Bertold Brecht a appelé «le gestus .
Obraz [ le guide du cinephile ] explique qu’«il ne faut pas confondre le terme ‘gestus’ avec l'idée d'action. Ex : l'action d'écraser sa cigarette ne dit rien du personnage, tandis qu'écraser une cigarette avec nonchalance ou euphorie détermine le ‘gestus’, et par ailleurs dit tout de la pensée. Le gestus est donc un ensemble d'attitudes qui, par nature, met à jour une pensée. « Le personnage y est réduit à ses propres attitudes corporelles. »- Deleuze - Le gestus, c'est la dramatisation par les corps, le spectacle et la théâtralisation par les corps. ».
Il est clair que si le magistrat entrait dans la salle d’audience comme il entrerait dans sa cuisine ou dans son salon, faisait la bise au greffier, au parquet ou à l’huissier, comme il la ferait à ses enfants, tapait sur l’épaule du planton de service, puis sortait son portable de sa poche pour demander à son coiffeur si ce dernier peut le prendre pour un coup de peigne juste après l’audience, enfin baillait ostensiblement en s’asseyant tout en installant l'appareil de surveillance radio du bébé au-dessus de la pile des codes, autrement dit mettait en effet en oeuvre tout un ensemble d’attitudes qui nous raconterait une assez curieuse histoire et donnerait à entendre aux autres acteurs de ‘L’Affaire’, qu’il investit un espace qui n’est manifestement pas celui du dossier et qui laisserait assez mal augurer de l’avenir de ce dernier, et si j’osais, je dirais: qui laisserait même assez mal augurer de l’avenir du magistrat tout court, aussi intrinsèquement compétent et humain puisse-t-il être [à savoir même, en l’occurrence ‘trop humain’… ]
Tout comme le gestus, le costume doit lui aussi permettre d’y croire. S'agissant des valeurs proprement plastiques de la tenue vestimentaire d’un magistrat dans son bureau : «le goût, le bonheur, l'équilibre, l'absence de vulgarité, la recherche de l'originalité même», ces «valeurs nécessaires ne doivent pas devenir, comme le dit Barthes, une fin en soi, car, de nouveau, l'attention des autres acteurs de l’affaire : avocat, greffier, mis en examen, témoin, éventuel porteur de tasse de café etc..., est distraite, loin de l’action, et artificiellement concentrée sur une fonction parasite du paraître».
Le costume se doit en effet ‘d’être un argument’ qui ne doit se voir submergé par de telles fonctions parasites.
En tant qu’argument, le costume doit donc contribuer à faire exister ‘le signe de la comparution’ dans l’espace de ‘L’Affaire’, celle de la comparution du juge comme celle de l’ensemble des autres acteurs du drame. Dès lors, le magistrat en bermuda comparaîtra (= paraîtra devant les autres] comme encore à la plage ; il n’est pas en effet dans l’« être-avec » les acteurs de l’affaire. Le magistrat en smoking pour sa part, est déjà dans le pot de départ en retraite offert par ses collègues au premier président, il n’est pas non plus dans l’« être-avec » au présent! Quid finalement de ce qui nous intéresse plus particulièrement, ‘le magistrat en cravate’ opposé au ‘magistrat à col ouvert’ quelle que soit par ailleurs la couleur de la chemise concernée. Autrement dit, quid du signe + ou - une cravate dans l’espace de la comparution et de l’être-avec tel qu’il s’ouvre par et pour l’affaire?

Revenons au Roland Barthes du texte de 1955 intitulé « Les maladies du costume de théâtre », un texte où il est dit : «La cellule intellective, ou cognitive du costume de théâtre, son élément de base, c'est le signe. Nous avons, dans un récit des Mille et Une Nuits, un magnifique exemple de signe vestimentaire : on nous y apprend que chaque fois qu'il était en colère le Calife Haroum Al Rachid revêtait une robe rouge. Eh bien le rouge du Calife est un signe, le signe spectaculaire de sa colère : il est chargé de transmettre visuellement aux sujets du Calife une donnée d'ordre cognitif : l'état d'esprit du souverain et toutes les conséquences qu'il implique.»

Mettons-nous dans l’esprit d’un homme du 13ème siècle qui pense que la Justice est une affaire de chevaliers, le signe de l’homme de loi sera donc l’habit long des chevalier d’armes sur lequel sera passée la Robe. Cette dernière, la noire comme la rouge était ornée dit-on d’un chaperon terminée par une fourrure blanche, puis ultérieurement remplacé par un bonnet carré, pour après diverses vicissitudes ressembler à la livrée qui se donne à observer de nos jours et qui comme n’importe quel uniforme a pour fonction à la fois de permettre l’identification du porteur (Voir à cet effet : http://www.maitre-eolas.fr/2007/08/26/705-apprenons-les-reconnatre où Maître Eolas se représente en Fantômas ) et de dire quelque chose tant de son histoire personnelle (décorations) que du corps auquel il appartient, le rouge n’étant pas le rouge signe spectaculaire de la colère du Calife, mais le rouge signe spectaculaire d’une justice rendue au nom du roi, puis du peuple souverain et qui évoque en général le courage, la vaillance, le carnage et ici le service de l’Etat. S’y ajoute la signification de l’hermine héraldique dont les couleurs de sable et d’argent disent symboliquement: « mort et renaissance ».
Le costume rétablit ainsi le signe dans le langage commun et muet de l’institution et du justiciable, en disant en quelque sorte, dans l’immédiateté du paraître et d’une façon très animale au fond : « Vois à qui tu as affaire et comportetoi en conséquence », tout comme dans l’inscription du fronton du temple de Delphes qui dit : « Toi qui entres dans mon temple, prends conscience de ce que tu es devant la divinité. » une formule où en grec se retrouve le ‘Gnôti’ du fameux ‘connais-toi’ par lequel on le traduit habituellement, et mot de même racine que ‘la dent qui donne à connaître l’âge’ du cheval et qui est en grec un sens second de Gnôma : le savoir, la certitude tirée du signe.

Quelle certitude ou quel savoir le justiciable va-t-il tirer quant au costume civil qu’aura revêtu le magistrat qui le recevra et qui détonera ou au contraire s’harmonisera avec la solennité de la robe de l’avocat, induisant dès lors un certain nombre de sentiments susceptibles d’être à l’origine de réactions qui ne seront pas toutes nécessairement souhaitables ?
Il apparaît certain que « ce qui, dans le costume, brouille la clarté des [relations que le traitement du dossier instaure entre les personnages], contredit, obscurcit ou falsifie le gestus social [de L’Affaire], est mauvais ; tout ce qui, au contraire, dans les formes, les couleurs, les substances et leur agencement, aide à la lecture de ce gestus, tout cela est bon. » rappelle Barthes.
Par conséquent, le juge ne peut pas revêtir le col de chemise si seyant à Bernard-Henri, sans aussitôt être perçu à l’image de notre philosophe-dandy et, si le magistrat est par ailleurs quelqu’un de plutôt éloigné du dialogue philosophique, aussi compétent et humain puisse-t-il être intrinsèquement, il risque sans doute d’y avoir un brouillage dans le message adressé au justiciable. Pour les mêmes raisons il peut difficilement porter un jabot de dentelle ou une écharpe nouée en lavallière ou encore une perruque britannique ! Il risque en effet de passer pour un excentrique et susciter des réactions en conséquence. Autrement dit le signe de l’institution qui dira, de façon non fallacieuse s’entend, : compétence, rigueur, disponibilité à l’affaire, sérieux et exactitude dans le traitement du dossier, et qui est le signe qui s’est donné à lire pour moi la première fois que j’ai vu notre hôte à la télévision, ne doit pas être parasité par des références spectaculaires à la personnalité propre du magistrat telle qu’elle peut, par exemple, s’exprimer chez ses amis ou au café du commerce, du moins c’est mon sentiment, mais je me trompe peut-être. Dès lors est-ce que cela implique ou non une cravate et quel style de cravate, cela dépasse totalement ma lecture individuelle dudit signe institutionnel.
Il me semble cependant qu’une lecture du costume civil qui induirait de facto chez le justiciable une distance telle que l’idée de le poignarder comme c’est arrivé à Metz ne pourrait même pas lui venir, coûterait tout de même moins cher aux finances publiques que de faire du palais de justice un vrai bunker ! Si de telles économies doivent passer par la contrainte d’une cravate pourquoi ne pas faire ce petit effort et se le faire éventuellement rembourser au titre de vêtement de travail ?!!

le bouffon

@ J.D Reffait

Aidez-moi, s'il vous plaît !

Je n'arrive plus à trouver qui écrivait récemment :

"Lorsqu’un corps se délite par le bas, c’est que le haut est déjà fortement atteint ».

Mais je n'ai rien contre les commissaires.
Ce n'est qu'une commisér...ation au sens étymologique du terme.

Mais, attention, la pitié est dangereuse, disait Zweig.

Aidez-moi J.D.R.à retrouver qui parlait si bien du bas en parlant si mal du haut. Merci.

Ludo Lefebvre

L'habit fait clairement le moine, donne une assurance.
Il est étonnant de voir l'impact du tissu sur le mental. Se donner une dignité par le vêtement est un début de tenue, ceci ne fait évidemment pas tout, mais j'ai remarqué du moins chez moi une différence entre une tenue en costume et une autre en jean, je ne suis pas le même homme à l'intérieur comme dans la perception d'autrui.

Il y a aussi la tenue du justiciable qui est importante, combien de fois en effectuant mes démarches judiciaires ai-je croisé de ces gamins en survêtement aux couleurs vives avachis sur les marches du palais montrant bien ainsi toute la considération qu'ils ressentaient envers l'institution judiciaire, la peine qu'ils encourraient ?

J'ai une allure de patron en costume et une respectabilité s'installe automatiquement avec l'interlocuteur. Il me semble important qu'un juge se serve de cet outil, représente dignement son corps également.

Un costume est beaucoup plus confortable, agréable à porter qu'un jean, ancienne toile de jute reconvertie par nécessité de circonstance un jour par monsieur Levis-Strauss.
Pourquoi se priver d'un confort élégant ?

Fleuryval

@ Jean-Dominique Reffait
Explosion de rire à l'idée de la Garde copulant à cheval !
Hélas, vous discriminez en oubliant un peu vite le char des prélats, celui de la Légion d'Honneur et, en beaux habits verts, nos académiciens.
Vous auriez fait assurément passer une belle journée à Daumier. Merci !

Jean-Dominique Reffait

Hier soir, j'ai tardé en regardant l'émission "Tabous", présentée par la tellement jolie Karine Lemarchand qu'elle constitue à elle seule mon unique motivation à rester devant le poste. Il y était question d'homosexualité, soit, je n'ai rien retenu étant généralement indifférent à ce qui se passe dans les culottes de mes contemporains.

J'ai cependant pu voir un reportage consternant sur la Gay Pride. Des policiers gays et lesbiens, juchés sur leur char bariolé, manifestaient leur joie d'être gays ou lesbiennes en dansant sans retenue sur des rythmes endiablés.

Ah, pour être corrects, ils l'étaient sans conteste puisqu'ils étaient... en uniforme de policiers, avec leurs insignes de grade ! Et que je me frotte, et que je te caresse le cul du lieutenant au travers du pantalon règlementaire, et que je te lèche la pomme du brigadier !

Je lorgnais, vicieux que je suis, vers le char suivant où j'imaginais les magistrats gays et lesbiens partouzant sous les hermines dans la liesse générale, et pour conclure, pourquoi pas, un défilé de la Garde républicaine gay et lesbienne, copulant à deux ou trois sur des chevaux éreintés à condition de ne pas se tromper de sabre dans leurs ébats.

Je ne suis pas bégueule, je défends sans réserve les droits des homosexuels à vivre dans la norme administrative de tout citoyen, mais là, franchement, ça veut dire quoi ?

S'il est légitime de demander à un jeune juge d'aller se rhabiller quand il se présente devant son président, il m'aurait semblé urgent qu'un commissaire passant par là intime à ses subalternes exubérants d'aller se déshabiller... sans débander.

Vulgaritas vulgaritatum et omnia vulgaritas.

catherine A.

@Philippe, sur la cravate d'abord ; pour m'en débarrasser car cet accessoire fait partie des raisons (très anecdotiques) pour lesquelles je me réjouis d'être une femme et donc d'échapper à cette chose qui me fait penser au noeud coulant de la corde du pendu. Perso, je trouve plus sexy un homme en jean et T-shirt mais à chacun ses goûts. Plus sérieusement on retrouve là "l'habit qui fait le moine" et la position sociale ou la tribu ; l'habit comme élément de reconnaissance et d'appartenance, que l'on soit un Djeun de banlieue, un cadre ou un magistrat. Même si de temps en temps il est de bon ton d'aller faire des balades buissonnières avec le Friday wear devenu lui aussi quasi uniforme obligatoire. Philippe, désolée mais on peut ne pas aimer. Qui prend l'avion très tôt le matin et se retrouve dans un troupeau d'hommes en noir me comprendra.
Se fringuer n'importe comment, être négligé est une autre chose. Vouloir faire peuple est d'une bêtise démagogique (pléonasme) crasse; je me souviens d'un Borloo qui dans une émission de télé voulant faire jeune, débitait à la chaîne des "fait chier et j'ai les boules", il était pitoyablement ridicule mais il était en costume et cravate certes très chiffonnées comme à son habitude. Je ne crois pas que le costume et la cravate suffisent pour marquer le respect. En tout cas je ne suis pas prête à m'en affubler. Respectueusement. Catherine A.
PS : Marcel Dassault, patron de Jours de France virait, disait-on, les femmes en pantalons ; il y a quelques années Elisabeth II dut supporter Chérie Blair en tailleur-pantalon. Une épreuve paraît-il mais à laquelle elle fit face avec son stoïcisme royal. Les temps changent. Heureusement.

j.wedry

Il en va de la tenue vestimentaire comme du devoir de réserve.
Tout est une question de mesure.
Mesure pour mesure.

Conseiller juridique, pendant longtemps, d'un Conseil Régional de l'Ordre des Médecins, organe qui statuait en matière disciplinaire, je me souviens qu'il y a 3 ou 4 ans, sur plainte d'un patient, le Conseil avait donné un "avertissement" (sanction la plus faible) à un jeune médecin qui donnait des consultations en "bermuda".
Le médecin n'a pas interjeté appel de cette décision.
Il est allé se rhabiller, sans appel !
L'histoire ne disait pas s'il portait une cravate !

J'ai vu récemment un Magistrat, présidant une audience correctionnelle, renvoyer un justiciable se rhabiller, car il se présentait devant le Tribunal pour y être jugé... en débardeur... bras nus avec de splendides tatouages ! Il demandait un peu de respect pour l'Institution Judiciaire, ne serait-ce que dans la tenue vestimentaire.

Ringard ! Non. Courageux ce Magistrat, oui.

Si ce justiciable était revenu avec une simple cravate, je pense que cela n'aurait pas suffi !

Le justiciable, aussi compréhensif que devrait l'être un (jeune) magistrat, est revenu avec une belle chemise à fleurs.

Tout ceci pourrait paraître dérisoire... mais dérisoire, vient de "deridere" soit "se moquer de".

Le noeud du problème est de savoir qui se moque de qui ?

Vite je cours m'habiller... je suis en retard ce matin !

Parayre

La jurisprudence, en matière de tenue vestimentaire des salariés, est intéressante :

le principe est que le salarié peut se vêtir comme il l'entend, sauf à ce que des circonstances particulières justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché permettent à l'employeur d'imposer certains vêtements.

Un arrêt du 6 novembre 2001 admet ainsi qu'un employeur peut licencier, avec une cause réelle et sérieuse, une salariée en contact avec la clientèle d'une agence immobilière qui persistait à se vêtir d'un survêtement.

Un autre arrêt du 28 mai 2003 précise que si, en vertu de l'article L. 120-2 du Code du travail, un employeur ne peut imposer à un salarié des contraintes vestimentaires qui ne seraient pas justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché, la liberté de se vêtir à sa guise au temps et au lieu du travail n'entre pas dans la catégorie des libertés fondamentales. Il s'agit de l'affaire dite à tort "du bermuda" (la problématique était en effet celle du port d'une blouse de travail, non contestée, qui laissait apparaître les jambes nues d'un salarié qui prétendait, devant les premiers juges, avoir le même droit qu'une femme d'être jambes nues sous une blouse).

La question de qualification d'une liberté était au centre du débat porté devant la Cour de cassation puisqu'elle était le fondement de l'arrêt attaqué et que la deuxième branche du moyen la visait. Cette question était aussi pertinente puisque le concept de liberté fondamentale est au coeur de notre droit des libertés, et cela tant en jurisprudence que dans la loi ou en doctrine.

En jurisprudence, une grande partie du droit séculaire de la voie de fait repose sur l'atteinte à une liberté fondamentale par l'Administration.

Il n'est que de citer, par exemple et pour rester dans le domaine de l'activité professionnelle, l'arrêt Reymondon rendu le 22 novembre 1983 par la première chambre civile de la Cour de cassation qui énonce que "le droit d'exercer une activité professionnelle est au nombre des libertés fondamentales et que l'atteinte qui lui est portée par l'Administration dans des conditions qui sont manifestement insusceptibles de se rattacher à l'un de ses pouvoirs constitue une voie de fait".


Cette norme se retrouve d'ailleurs, avec un adaptation rédactionnelle, dans l'un des arrêts du 10 juillet 2002 concernant la contrepartie financière aux clauses de non-concurrence qui vise "le principe fondamental de libre exercice d'une activité professionnelle".

Un autre arrêt de la chambre sociale du 13 mars 2001 se réfère aussi expressis verbis au concept de liberté fondamentale en droit du travail.

La loi a aussi consacré la notion de liberté fondamentale, avec, par exemple, l'article L. 521-2 du Code de justice administrative suivant lequel le juge administratif des référés peut ordonner toute mesure nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale, et, sur la base de ce texte, le Conseil d'Etat a été amené à dire si telle ou telle liberté relevait de la catégorie des libertés fondamentales.

Quant à la réponse excluant le droit de se vêtir à sa guise au temps et au lieu du travail - la précision est importante car elle cantonne la portée de l'arrêt aux seules activités professionnelles - de la catégorie des libertés fondamentales, elle repose sur un bon sens élémentaire, sauf à galvauder de façon dangereuse (à trop crier au loup ....) la notion clé de liberté fondamentale. Il n'y a aucune commune mesure entre, pour se limiter à quelques exemples, le droit fondamental à la vie ou à l'expression collective des salariés dans l'entreprise et les fantaisies vestimentaires qu'un employeur ou un salarié veut imposer à la communauté de travail (sauf, mais cela relève du truisme, si un vêtement, ou un signe vestimentaire imposé relevait d'une discrimination de sinistre mémoire).


Le bon sens juridique commandait de régler cette question, ce qu'a fait l'arrêt, par une simple règle de proportionnalité, l'employeur ne pouvant imposer à ses salariés que des contraintes vestimentaires justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché.

Pour le futur, a été évoquée la notion d'apparence physique introduite par la loi du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations. Mais les travaux préparatoires de cette loi démontrent clairement qu'en incluant la notion d'apparence physique non seulement aux articles L. 122-45 et L. 122-35 du Code du travail, mais également à l'article L. 225-1 du Code pénal, le législateur n'a entendu viser que les caractéristiques physiques permanentes ou quasi permanentes de la personne (taille, poids, faciès, esthétique...) et non ses vêtements changeant au gré des saisons, des lieux, des temps, des modes ou des humeurs, notamment lorsque celles-ci participent d'un sens discutable de l'humour ou de la provocation au sein d'une communauté de travail. Et, compte tenu du principe de l'interprétation stricte de la loi pénale, une extension contra legem de la notion d'apparence physique au domaine de l'éphémère des parures, des étoffes ou des cuirs serait sans doute des plus contestables.

Parayre

Et oui, cactus, la cravate pour être dans le "cou", pour indiquer la direction de son cerveau !

L'apparence plaît parfois mais n'est-ce pas au fond du coeur qu'est la plaie ?

Paraître ou ne pas être telle est donc la question !

Pardon Philippe mais ce soir j'ai envie de plaisanter, aussi juste que soit, une nouvelle fois, votre note.


Thierry SAGARDOYTHO

Je connais des magistrats en cravate qui ne valent pas grand-chose. A contrario, je connais quelques magistrats à l'allure différente de celle que vous préconisez : l'un porte des santiags et une boucle d'oreille, l'autre arbore carrément deux boucles d'oreille. Ce sont pourtant d'excellents magistrats, humains, respectueux des justiciables et respectés par ces derniers. La respectabilité se gagne davantage sur les valeurs humaines et juridiques du juge que sur d'aussi menus détails. Et que dire alors du noeud papillon quelque peu ringardisé ???

Bernard de ...

Se présenter à son supérieur en tenue décente est une marque de respect pour celui-ci mais aussi pour l'institution que l'on représente. Je me souviens d'un certain tollé quand le Président Giscard d'Estaing était apparu en polo et non en chemise cravate ou plus tard quand Jack Lang a siégé à l'Assemblée Nationale en col Mao. L'habit pour certains corps d'Etat dépasse la notion de protocole ou de look pour celle sacerdotale.

guzet

Qui croit encore qu'exercer une fonction - quelle que soit celle-ci - puisse imposer des obligations à la subjectivité des individus ? Cela rejoint l'observation, déjà présentée ici, que les individus ne se considèrent plus au service des fonctions qu'ils occupent, mais que celles-ci sont à leurs yeux, consciemment ou inconsciemment, au service de leur "épanouissement" personnel et de la conception personnelle qu'ils se font de son exercice. A noter, par exemple, que le couple présidentiel semble prôner la même attitude par rapport à la fonction qui est la sienne et à ses contraintes... avec l'approbation extasiée des médias.

Catherine JACOB

Il est clair qu'un magistrat ne peut pas contester délibérement une loi puisque, par définition, il est là où il est pour l'appliquer. Autrement en effet, où irions-nous ? Il existe en revanche la même ligne nette dont vous faites état pour dire qu'elle «sépare le magistrat qui a une conscience civique du citoyen militant qui a oublié le magistrat.», entre la contestation de la loi et l'appréciation de cette dernière sous le rapport de sa mise en application dans le cadre des fonctions qui sont les siennes, et cela non plus ce n'est pas du jésuitisme, mais la condition nécessaire à l'exercice de sa liberté et de son libre-arbitre.
S'agissant du port de la cravate, on pourrait cependant admettre la cravate américaine, peut-être davantage à la portée de la bourse d'un jeune magistrat qu'une cravate de marque [moins de 10 euros ] et qui n'est pas sans style cf. http://www.chapellerie-traclet.com/hat/images/btl3e.jpg en revanche s'affaler les manches retroussées sur les épaules et les bras nus pendant la plaidoirie d'un avocat, comme je l'ai vu faire par hasard, vu que je suis toujours là où il ne faut pas quand il faudrait être ailleurs, révèle à mon sens un ennui profond très irrespectueux du justiciable et de ses défenseurs !

Polochon

Pour résumer, je dirais que droits et devoirs vont de pair. Ce jeune magistrat a cru qu'il avait le droit de s'habiller comme il l'entendait mais il a oublié qu'il avait des devoirs vis-à-vis des justiciables et également de son milieu professionnel. Certaines pratiques, vulgarisées par l'idéologie de mai 68 ont la vie dure.
Il en est de même pour le devoir de réserve. D'une certaine façon, on devrait même invoquer un devoir de réponse (plutôt qu'un droit de réponse).
En fait, si ce devoir de réponse était mieux partagé (cad par le plus grand nombre), on éviterait certainement de donner trop d'importance à l'avis de quelques-uns. La démocratie et la République y gagneraient.

Adeline

Monsieur,

Je suis très sensible à votre propos concernant ce jeune magistrat. Etant chef d'établissement, je constate avec désolation à quel point les enseignants se complaisent, pour la plupart d'entre eux, à un style vestimentaire négligé (au mieux), ou franchement débraillé (au pis).
Or, les élèves sont très sensibles à l'apparence de leurs professeurs, à leur langage, à leur comportement. Ils sont fiers et reconnaissants quand l'un d'entre eux soigne sa tenue ou adopte une mise élégante. Ils le vivent comme une marque de respect et de considération à leur égard et cela rehausse effectivement leur propre considération pour l'institution.

sbriglia

"l'allure qui passe, dans beaucoup de circonstances judiciaires, par la cravate ..."

...sauf quand sa présence - ou son absence - est occultée par le rabat...

(et alors même que le port de la robe s'impose dans "beaucoup de ces circonstances judiciaires"...)

...sauf lorsque l'on est une femme... ce qui représente tout de même plus de 60% du corps judiciaire toute corporation confondue...

mais je comprends la réaction du Premier... même si je me demande comment devrait se présenter à lui une accorte magistrate...

Allez, comme dirait cactus, je vais m'en mettre un derrière la cravate... (ah ! malheur, je ne peux plus boire, j'ai remisé mes cravates !)

On Bot en touche et surtout pas de cravate pour le prochain France/Géorgie !

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