Dans les colloques, au fil des audiences, on nous rebat l'esprit avec l'égalité des armes qui, en matière pénale, ne serait pas respectée. L'accusation et la défense ne bénéficieraient pas des mêmes droits et la première serait soumise à moins de devoirs que la seconde.
Encore une de ces pétitions de principe que l'on répète à l'envi et dont on ne vérifie plus le bien-fondé. Pourtant, il faut y regarder de près.
Qui peut soutenir qu'un procès commence véritablement à son ouverture, devant le jury criminel qui vient d'être tiré au sort, et qu'il se termine, une fois l'arrêt rendu ? On sait bien que dans un certain nombre d'affaires, si la magistrature s'applique à sauvegarder la pureté et l'intégrité de l'espace judiciaire, le barreau, lui, n'éprouve qu'une envie, c'est d'avoir recours aux médias pour pouvoir précéder et prolonger le débat de justice proprement dit. Ainsi, là où nous nous acharnons à conserver tout son pouvoir au jury populaire en nous interdisant toute intervention en amont et en aval, les avocats, au contraire, s'évertuent à élargir le pré carré dévolu aux juges pour s'appuyer sur des complicités médiatiques dont on se demande si elles sont innocentes - dans tous les sens du terme - ou malveillantes.
Plus que jamais, il convient de s'interroger sur la nature de l'acte judiciaire. Se rapporte-t-il seulement à l'audience, comme le soutiennent les magistrats inspirés par leur obligation de réserve et leur déontologie, avec la contradiction institutionnalisée et la discussion des preuves devant des professionnels et des jurés ou doit-il être entendu largement au point de s'incorporer des démarches journalistiques unilatérales qui viennent faire peser la balance, systématiquement, en faveur des avocats, en prétendant pourtant faire oeuvre d'information ? Pour résumer, la nudité et la belle solitude de la justice, de ses règles et de ses contraintes ou le bruit médiatico-judiciaire qui sert sinon à masquer la vérité du moins à l'empêcher de survenir par des procédés fiables et de qualité ?
Comment ne pas songer, pour qui connaît la procédure criminelle, à l'avertissement que les présidents dispensent après la lecture de l'ordonnance de mise en accusation qui saisit la cour d'assises ? Ils préviennent que ce document capital ne fait état que de présomptions puisqu'il incombera seulement à la cour et au jury d'examiner et éventuellement de décréter les charges. Cette mise en garde très honnête vise à ne pas désobliger la défense mais elle peut sembler dérisoire lorsqu'en amont la balance a déjà été faussée par une indéniable collusion.
Prenons un exemple qui ne me concerne pas. Je lis dans le Parisien, sous la signature de Geoffroy Tomasovitch, un article annonçant l'ouverture d'un procès à la cour d'assises de Bobigny. Rien que de très normal puisqu'il est fréquent que des journalistes rédigent des avant-papiers sur certaines affaires. En général, ils s'efforcent de demeurer à équidistance de l'accusation et de la défense pour ne pas encourir le reproche de privilégier l'une ou l'autre. Geoffroy Tomasovitch n'est pas tenaillé par ce scrupule puisque son texte est substantiellement empli du point de vue de deux avocats brillants, Denis Giraud et Eric Dupont-Moretti, conseils de l'accusé. Et, sans surprise, leurs propos nous mettent dans la tête - et, éventuellement, dans celle des futurs jurés balbiniens - que l'enquête a été "bâclée" et qu'elle ne repose que " sur des ragots et inventions de toute sorte". Bigre! Le risque de l'erreur judiciaire est allégué avant même d'avoir été plaidé et dans un article où on cherche désespérément la plus infime trace de la partie adverse. J'avais déjà remarqué que Geoffroy Tomasovitch - dans un texte au sujet de Mathurin - ne connaissait que les avocats et qu'il semblait même ignorer que la magistrature participait aussi à l'oeuvre de justice. Dans ce nouvel article, même ignorance, même lacune. Il est vraisemblable que le ministère public, sur cette affaire à venir, aurait refusé de s'exprimer mais, devant une telle situation où la contradiction est impossible, pourquoi la prudence et donc l'abstention n'ont-elles pas été privilégiées par le journaliste ?
Mieux, même. Pourquoi croit-il nécessaire de s'aventurer sur un terrain qui ne le concerne pas lui mais seulement la cour d'assises de Bobigny ? Adoptant une telle démarche, il sait bien qu'il va permettre, de manière anticipée, à une partie - qui n'est pas plus noble que l'autre parce qu'elle défend le mis en cause - de prendre le pas sur l'autre et qu'il participe ainsi à une opération pour le moins sujette à caution. Qu'on ne vienne pas rétorquer qu'il est absurde d'évoquer l'exigence morale du journalisme alors que beaucoup de professionnels de l'information commencent à comprendre qu'on ne peut à la fois dénoncer les violations de l'Etat de droit et s'en faire par ailleurs les complices en refusant l'égalité des parties sous le regard médiatique.
Qu'un journaliste, prenant prétexte de sa volonté de lever les chapes de secret et de silence, communique ce qu'on accepte de lui dire, je peux à la rigueur l'admettre. Mais qu'un avocat, dont la mission fondamentale est de conseiller, de défendre, d'assister mais dans le seul champ limité indivis au magistrat et à lui-même, ne s'offusque pas de déséquilibrer une joute qui devrait demeurer loyale donc judiciaire, me dépasse. Combien de fois, au cours d'un procès ou à la fin de celui-ci, entendant un avocat s'exprimer hors débat à la radio ou à la télévision, l'envie m'a pris de faire comme lui mais au moins ai-je toujours su résister à cette pulsion narcissique et offensante pour l'équité ! A force, je nourris le soupçon que l'égalité des armes hautement revendiquée, l'Etat de droit proclamé à satiété, n'ont pour seule finalité que de donner mauvaise conscience au magistrat mais que l'exclusif service du client constitue le seul impératif de l'avocat.
Aussi, comme des leçons de morale, lors de multiples audiences, nous sont pourtant généreusement prodiguées - combien de fois m'a-t-on accablé avec l'erreur de menuiserie qui m'entrave plus qu'elle ne m'avantage !-, je voudrais, sans paradoxe, déplorer que la totalité médiatico-judiciaire crée, au détriment de la magistrature, une inégalité grave. Ce mouvement, que les conséquences d'Outreau ont rendu encore plus intense, ne laisse plus la première place, la seule mission citoyenne aux jurés mais vise à instiller dans les têtes un préjugé, dans les consciences un doute, dans les audiences un air extérieur et malsain.
Si demain, à Bobigny, un acquittement est prononcé, il viendra d'où ? De la cour d'assises ou d'ailleurs ? D'un vrai ou d'un faux procès ? Le comble, c'est que je perçois comme une telle protestation, de nos jours, est condamnée par la dérision ou par l'indifférence. Parler, écrire sur l'Etat de droit, réclamer qu'il soit respecté dans son autonomie, vouloir que la justice ne soit fragilisée par rien d'autre que ses doutes, ses incertitudes et son humanité, dénier aux médias la faculté d'arbitrer dans ce qui ne relève pas de leur compétence, ce serait ne rien comprendre à aujourd'hui, crier dans le désert et rêver d'un monde impossible ?
Et si la vérité se trouvait là, dans ce défi à assumer ?
@ Ludo
Ne vous énervez pas, cher monsieur : Catherine Jacob n'a jamais fait allusion à un quelconque "désir", mais à un "contre-transfert". Vous connaissez la différence, quand même ? :-)
Rédigé par : Jean-Yves Bouchicot | 17 août 2010 à 16:10
La réponse, pour moi, tient en une phrase : si on appelle la Presse un "contre-pouvoir", c'est bien que le déséquilibre du poids de l'Etat et surtout de ses "Corps" (comme dans "esprit de corps" ou "corporatisme") nécessitait cette contrepartie. Voilà donc un déséquilibre compensé. Il suffit d'arrêter de penser l'appareil idéologique d'Etat comme une chose neutre et sans arrière-pensées. Encore une fois, revisitons la séquence historique : justice de caste, justice de classe, justice de lobby. Bientôt, surtout grâce aux Etats-Unis, justice médiatique...
Rédigé par : Jean-Yves Bouchicot | 17 août 2010 à 15:01
Je suis très touché, là !
Rédigé par : Cactus R'ému | 07 novembre 2007 à 15:52
@ Ludo
"Retournez à votre baroque..."
Ma réaction ?
Parce que Cactus est un de mes irrésistibles dans ce blog. Que je tiens beaucoup, ici, à son baroque et à son loufouque.
A sa gentillesse et à son élégance.
Rédigé par : Véronique | 07 novembre 2007 à 07:11
Catherine A,
Oui, un peu d'humour !
Véronique,
Je n'ai jamais dit le contraire. Où ai-je mentionné qui pouvait ou non s'exprimer, que je devais choisir qui devait être présent ou pas ? Est ce possible de ne pas déformer, comprendre de travers ? Je suis pour une diversité d'opinion, je l'ai assez exprimé. Vous aussi me faites tenir des propos, des pensées qui ne m'appartiennent pas.
Je déteste que l'on détourne mes intentions, les interprétations scabreuses me concernant et je ne les laisse pas passer. Une fois exprimé mon désaccord, je passe à autre chose plutôt que de me complaire dans la rancune, ce qui me semble plus constructif qu'une apparente complaisance, un ressentiment tu. Par ailleurs, je ne me laisserai jamais snober en aucun lieu, en aucune circonstance.
Cactus,
Excusez-moi et je trouve que vous avez bien raison d'aimer le baroque.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 06 novembre 2007 à 18:14
"Ainsi, là où nous nous acharnons à conserver tout son pouvoir au jury populaire en nous interdisant toute intervention en amont et en aval, les avocats, au contraire, s'évertuent à élargir le pré carré dévolu aux juges pour s'appuyer sur des complicités médiatiques dont on se demande si elles sont innocentes - dans tous les sens du terme - ou malveillantes."
En tant qu'avocat, j'avoue ne pas apprécier le comportement de certains confrères dans le cadre de leurs relations avec les médias. Ils brassent du vent.
Pour ma part, je considère que mon interlocuteur doit être le juge (au sens large, instruction, juridiction de jugement ...)
Mais pensez-vous sérieusement que seuls les avocats jouent ainsi avec les médias ?
Ne sont-ce pas les services du Procureur de la République qui avaient organisé une conférence de presse alors que la Cour d'assises en appel était en train de délibérer dans l'affaire Outreau pour quasiment nous annoncer un acquittement ?
Croyez-vous vraiment que les pv de l'affaire clearstream se retrouvent dans la presse du seul fait d'avocats ?
J'ai quelque doutes renforcés par l'expérience de quelques relations entre juges d'instruction et journalistes.
Rédigé par : zadvocate | 06 novembre 2007 à 13:46
@Ludo, un peu d'humour. Tout ça n'est pas grave, je vous avouerai que je l'ai même trouvé assez distrayant même s'il ne faudrait pas en abuser.
Voilà ce qui arrive quand certain(e)s prennent le blog d'un "honnête magistrat" ( svp Philippe , ne faites pas une crise, cette expression n'a rien de condescendant, c'est juste une facilité de langage pour quelqu'une qui manque un peu de vocabulaire) pour un divan de psy :-)
Rédigé par : catherine A. | 06 novembre 2007 à 09:54
Monsieur Lefèvre, je pense que vous êtes passé à côté de la substantifique moelle de mon intervention, celle où je me permettais de rebondir sur Sbriglia ( maintenant que je le connais un peu mieux, je me permets avec plaisir(s))
Sinon, le baroque me sied bien (le loup phoque aussi, au fait :-)) !
Sissi !
sinon :
"J'ai eu l'impression de lire un article de Libération grande époque, une ineptie de Gérard Miller, l'emprisonnement d'un russe blanc avec un motif tout aussi... ubuesque."
Le père Ubu là, entre deux "merdre , alors" a dû se retourner en sa tombe s'il a trépassé par là ; vous me direz qu'en période de Toussaint, d'autres que lui auraient apprécié votre pensée, là !
Cactus humblement vôtre !
Rédigé par : Cactus va, nus pieds et vice versa, puisque chaussures déportées | 06 novembre 2007 à 09:01
@ Ludo
C'est à Philippe Bilger d'exprimer - enfin ! - ce qu'il souhaite ou ce qu'il désapprouve dans son blog.
@ Philippe
Je vous l'ai dit à plusieurs reprises.
Il ne serait pas inutile que vous exprimiez les libertés et les limites que vous jugez nécessaires dans votre blog.
Et, si possible, merci de ne pas invoquer systématiquement pour expliquer une abstention de votre part la défense totale que vous manifestez pour la liberté d'expression.
Ainsi que votre position qui serait celle d'une règle de conduite sans cadres ni obligations.
Rédigé par : Véronique | 06 novembre 2007 à 07:34
Cher Sbriglia,
Vous comprendrez maintenant pourquoi je déteste autant la psychanalyse et autres interprétations approximatives, voici ce qui est fait de mes propos et de mes intentions : un triste détournement pour se gonfler l'ego, une fatuité enorgueillie au détriment d'autrui plutôt que sur sa propre estime. J'ai eu l'impression de lire un article de Libération grande époque, une ineptie de Gérard Miller, l'emprisonnement d'un russe blanc avec un motif tout aussi ubuesque. Ce genre de détournement stalinien se pense dans la vérité vaille que vaille ; à quoi bon développer je me sens piégé dans la glue de la calomnie, se débattre ne fait que vous renfermer plus dans le piège. Qu'est-ce que j'en ai marre de cette dinguerie ambiante parfois, de ces gens qui ne savent plus lire ou écouter, perdus dans leurs interprétations approximatives. Où ai-je dit que j'avais envie de cette femme ? Comment se permet-on de penser à le place des autres ?... Pauvre Diogène, pauvre Spinoza, pauvre Descartes, regardez ceux qui se disent vos successeurs.
Cactus,
Retournez à votre baroque, vous ne comprenez rien à rien, vous avez des chaussures qui sont faites pour être portées, pas pour se promener à vos côtés.
Nonnon !
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 05 novembre 2007 à 23:19
Monsieur Ludo , je vous demande de vous arrêter ....................................
de mâle traiter ainsi madame Jacob !
et la galanterie masculine !?
ne riez pas !
j'essaie d'être sérieux , pour une crise de première fois !
et suivez-vite les conseils de Sbriglia :
vous écrivez sans filet là ; à tenter de telles Ascensions pour la Toussaint , vous risquez de manquer un barreau inférieur en plein looping supérieur !
Sissi !
Rédigé par : Cactus premier communiant tel Zorro au barreau | 05 novembre 2007 à 21:16
Ah ! Ah ! Cher Ludo, les barreaux de l'échelle de jacob vous donnent le vertige !
Redescendez vite, il est des ascensions périlleuses !
Rédigé par : sbriglia | 05 novembre 2007 à 19:44
Catherine Jacob,
Qu'est-ce que c'est que cette interprétation totalement foireuse ?
Mes intentions n'étaient autres que de parler de philosophie, d'être attiré par ce qui ne pouvait être dit. Il n'y a nulle séduction là-dedans, je n'ai ni le coeur, ni le temps à la bagatelle extra-conjugale et si ce genre d'envie me prenait, je n'aurais aucun problème à séduire près de chez moi des femmes que je pourrais juger également physiquement. Je n'ai aucune disposition pour les films, la seule histoire d'amour "virtuelle" que j'ai vécue fut avec une femme avec qui il y eut un échange de plusieurs mois, nous nous connaissions très bien par l'intermédiaire de photos, de longues correspondances, de goûts communs. Donc non, je ne suis pas un débile, un candide, un poulet de l'année, une pauvre cloche... J'ai un vécu suffisamment riche pour avoir une certaine expérience loin de la naïveté, de la confusion entre phantasme et réalité.
Autre chose, je ne suis pas petit que ce soit physiquement, par l'âge, moralement, intellectuellement, socialement et je déteste la condescendance à mon égard. Je ne me sens pas votre inférieur, tenez-vous le pour dit !
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 05 novembre 2007 à 19:17
Philippe, je me permets d'exprimer dans votre blog mon malaise hier soir lors de la diffusion d'un reportage de M6 dans lequel on pouvait voir des images tournées par des journalistes mis en cause dans l'affaire de l'Arche de Noé.
En effet, nos humanitaires, à mon sens, très peu regardants sur les obligations qui encadrent des ONG, n'éprouvent pas le moindre souci à laisser après eux des employés tchadiens en danger après une telle opération de sauvetage pour le moins discutable.
Cette conséquence après les inconséquences ne semble heurter ni nos humanitaires, ni les journalistes présents.
Je suis quand même très perplexe à l’idée que l’agence Capa ou la chaîne France 3 se soit prêtée avec si peu de vérifications à cette sorte de mascarade qui mettait en danger ces employés tchadiens.
Je veux bien qu'on ait affaire à des humanitaires à l'humanisme exacerbé à l'extrême et jusqu'au boutiste.
Mais je m'interroge sur le très peu de conscience responsable de ces personnes. Journalistes compris.
Rédigé par : Véronique | 05 novembre 2007 à 08:55
@ Catherine A
F. Pottecher a été transporté dès son enfance dans le monde théâtral par l'intermédiaire de son oncle, Maurice Pottecher, qui avait créé le Théâtre du peuple dans les Vosges.
Il débuta sa carrière journalistique comme rédacteur en chef de Comoedia, revue consacrée au théâtre.
Il n' y a rien de péjoratif, bien au contraire, dans ce que j'ai dit à Bernard au sujet de FP.
Mais je pense que sa passion du théâtre a largement contribué à imposer son style particulier dans ses chroniques judiciaires.
D'autre part, je persiste à penser que l'enjeu de la peine de mort amplifiait dans les procès d'assises un "effet" dramatique et tragique que son abolition, fort heureusement, a transformé.
Par ailleurs je sais que FP était un homme fait de convictions et plein d'humanité.
Je ne suis pas certaine que le style Pottecher serait audible aujourd'hui.
Aujourd’hui, il n'y a plus, peut-être, que des caractères et des styles à la PB ou à la EDM capables, non pas de faire d'une cour d'assises une sorte de théâtre, mais capables de poser les enjeux dans leur gravité profonde.
Enfin, je n’en sais trop rien.
Rédigé par : Véronique | 04 novembre 2007 à 14:37
@Véronique
Lorsque vous dites que Frédéric Pottecher avait "un parcours lié au théâtre", vous me dérangez beaucoup. Cette phrase sous-entend qu'il faisait non pas du cinéma mais du théâtre, qu'il se mettait en scène, qu'il n'était pas forcément sincère. Pour l'avoir connu à la fin de sa vie je peux témoigner de la force de ses convictions, de son humanité, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. C'était un professionnel exceptionnel et un homme exceptionnel, vraiment. S'il y avait beaucoup de Pottecher dans le journalisme come dans d'autres professions qu'est-ce que ce serait bien. Catherine
Rédigé par : catherine A. | 04 novembre 2007 à 12:09
«acceptez-vous de m'écrire pour m'en parler ?»
Non et je compte sur Philippe Bilger pour ne pas vous communiquer mes coordonnées par une erreur de clic... ! Comme sbriglia vous l'a déjà dit, le blog de notre honorable avocat général est le blog de, précisément, un honorable avocat général dont la thématique du jour commande - avec parfois bien du mal il est vrai... - les échanges des blogueurs et c'est très bien comme ça, il est le plus quelque chose, l'ingrédient mystère sans lequel ces mêmes échanges ne seraient pas ce qu'ils sont. D'autre part il y a déjà quelqu'un qui avait commencé un transfert négatif sur la base de mon post relatif à une célèbre récidiviste et ça suffit comme ça. Enfin les obscurités de la caverne platonicienne sont elles aussi nécessaires à la conception et à la digestion des idées, contrairement aux idées reçues, et n'en sort pas qui veut sans dommages à n'importe quel moment. Mais merci infiniment de l'intérêt que vous y portez.
NB : Il existe un petit mot japonais pour dire que la citation ou l'énumération des choses pouvant entrer en ligne de compte dans le débat ne s'arrête pas là, mais que, quelle qu'en puisse être par ailleurs la raison, on restera dans le non exhaustif et c'est 'Nado' qui n'est pas une invitation à poursuivre la discussion ailleurs...
A toutes fins utiles puisque que nous évoquons cet... ailleurs, ce petit conseil : méfiez-vous des séductions du langage, petit Ludo, car il en va des fleurs de réthorique comme des fleurs de Morgane, elles sont souvent... vénéneuses, bien que... pas toujours !
Rédigé par : Catherine JACOB | 04 novembre 2007 à 09:10
Catherine Jacob (in),
Il y a, bien sûr, toute cette transmission éducative, culturelle, familiale, mais aussi je suis persuadé une corrélation entre le physiologique et le mental qui est directement inné, génétique se recevant de façon aléatoire, imprévisible au seuil de nos connaissances actuelles. J'ai fait court parce que je vous avais écrit un post plus développé, mais qui s'est malencontreusement effacé et que je n'ai pas le courage de reproduire ce soir où m'attendent encore quelques heures de travail.
Par contre, je suis vivement intéressé par ce que vous ne pouvez révéler sur ce blog, acceptez-vous de m'écrire pour m'en parler ?
Totalement hors sujet, je viens de trouver ceci et j'ai peur de l'oublier comme j'oublie des aphorismes, des petits morceaux de phrases, des idées chaque jour alors je le note ici : "Autin en emporte le vin". Je passerai le rechercher plus tard lorsque je lui aurai trouvé une place.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 03 novembre 2007 à 01:51
Bernard de...
"Lors d'un réquisitoire, est-il compris par tous ?"
Ha ha ha ! Très certainement, très bonne question !!!
Rédigé par : Catherine JACOB | 02 novembre 2007 à 10:55
@ Bernard de...
Je suis d'accord avec vous pour dire qu'une intervention dans la presse comme celle d'EDM a peu de chances d’influencer de façon décisive un juré. Mais pas pour les mêmes raisons que vous.
Je pense simplement qu'être juré dans un procès d'assises place dans une position qui n'a rien à voir avec celle d'un lecteur de presse.
Sur le fond du propos de la note.
Un article comme celui du Parisien est-il un facteur d'inégalité pour une bonne justice ?
Je ne crois pas que la motivation d'EDM soit celle d'exercer une influence illusoire sur des jurés et de contribuer à une fragilisation des magistrats.
Mais plutôt la énième traduction de sa cause qui est celle du renforcement des droits de la défense dans une instruction.
Où l'article pose question, c'est effectivement pour ce qui relève de l'équilibre intellectuel et de la déontologie journalistique.
Quand bien même il est très difficilement envisageable qu'un PB, par exemple, intervienne dans les médias pour commenter une instruction dans un procès qui va le concerner en tant qu'avocat général, le journaliste se doit de solliciter la position du PB de service sur le dossier.
L'abstention de ce PB devrait le conduire à mentionner la position de refus de la partie adverse. Et rien ne dit non plus, rien n'interdit non plus qu'un PB pourrait, de cette manière, exprimer les motivations de son refus.
Selon PB, EDM transgresse des règles classiques. Face à un tel caractère, il ne serait pas choquant que d’autres caractères s'emploient à le maintenir dans son espace.
Mais pour une bonne justice, je pense que des envergures à la EDM forcent des magistrats, en amont des dossiers, à être des très bons.
Selon moi, où la justice ne peut que perdre, c’est dans les consensus d‘insuffisances et/ou de médiocrités. Ce que EDP résume à peu près ainsi:
"faire tenir à tout prix la procédure à l'audience"
Je n'ai jamais assisté à un réquisitoire de PB.
Mais je crois au contraire que sa maîtrise de la langue est une arme redoutable. Qui s'exprime avec exactitude, éloquence, style, élégance a toutes les chances de capter l'attention et l'intérêt.
Qui s'exprime avec une langue ordinaire et du minimum a toutes les chances de banaliser l'acte de juger.
Sans compter que manifester ainsi de l'ambition pour des jurés est aussi une forme de respect à leur endroit. La marque d‘une reconnaissance d‘égalité. L’inverse doit, à mon sens, être ressenti par les jurés comme un manquement à leur égard.
Et j'imagine qu'au moment des suspensions d‘audience ou du délibéré, le Président, s'il a des doutes, doit s'efforcer de s'assurer que les interventions des uns et des autres ont été comprises.
Pour F. Pottecher vous me parlez d'un temps où l'information TV se résumait à une seule chaîne.
F. Pottecher avait un parcours professionnel lié au théâtre. D'autre part, la peine de mort faisait que l'enjeu d'un procès criminel était autre. Cette éventualité créait de fait une "dramaturgie" très prégnante.
Enfin, je pense que la profession de chroniqueur judiciaire a profondément évolué.
Dans une plus grande sobriété pour la plupart. Dans une sorte d'autofiction pour quelques autres.
Rédigé par : Véronique | 02 novembre 2007 à 05:48
L'égalité, l'équité, l'impartialité ! Toutes ces notions ne sont pas respectées !
C'est en tout cas ce qu'affirme rituellement chaque avocat qui va plaider devant les assises si le procès est médiatisé et si on daigne lui tendre un micro.
Maître Dupont-Moretti est certainement un des meilleurs avocats pénalistes français mais quelle redondance dans ses propos. Observez-le bien : à chaque procès médiatisé il prend son air outré pour dire "je n'ai jamais vu un dossier aussi vide" avec parfois la petite variante "pour une affaire aussi grave". Il sait que ce discours va plaire, non pas forcément aux journalistes, mais au public. Hé oui, Maître Dupont-Moretti joue les modestes. S'il y a un acquittement, il dit qu'il n'a aucun mérite puisque "le dossier était vide". Probablement que le lecteur moyen se' sent flatté de lire cela et de se dire "alors moi aussi j'aurais pu le plaider".
Pourquoi Maître Dupont-Moretti n'obtient-il pas plus souvent de non-lieux voire de classement sans suite puisque tous les dossiers de ses clients sont "vides".
Une autre question me vient à l'esprit : pourquoi la majorité des journalistes se font-ils le porte-voix des avocats d'Yvan Colonna ? Là aussi le dossier serait "vide".
Là aussi tous les magistrats, y compris ceux de la Cour de Cassation se seraient tous fourvoyés sans exception.
Enfin, j'ai appris avec horreur que la Ligue des Droits de l'Homme passait une partie de son temps avec ceux qui défendent Yvan Colonna, mais aussi ceux qui le soutiennent et vraisemblablement ceux qui l'ont caché. La LDH se dit inquiète de l'équité du procès à venir et, summum du culot et de la malhonnêteté intellectuelle, cite comme source raisonnable d'inquiétude le fait que dans cette affaire 2 prévenus (Castela et Andriuzzi) ont été acquittés en appel ! C'est incroyable § si la justice condamne en somme, c'est sans preuves. Si elle acquitte c'est encore plus grave.
La LDH va faire venir plusieurs avocats étrangers (affiliés à la LIDH bien entendu) pour veiller à l'impartialité des juges dans le procès d'Yvan Colonna. Ce procès me paraît effectivement mal engagé : le rapport de forces ne semble pas équitable, la défense claironnant depuis des années que ce dossier "est vide".
Au fait, si le procès se passe de manière inéquitable en faveur de la défense, la LIDH ne manquera-t-elle pas de crier au scandale ? Pour le respect de la Justice bien sûr mais aussi pour celui qui est dû à la famille Erignac.
Rédigé par : Nicolas S | 01 novembre 2007 à 19:38
Ludo Lefebvre
"le professeur en neurologie de CHU de Lille Alain Destey avec qui je fus amené à converser s'était déjà rendu compte que parfois un individu ne connaissant absolument pas un trisaïeul, un grand-oncle etc avait un parcours d'une étonnante similitude, le bac raté en même temps, des traits physiques, mais aussi de caractère identique,"
ça n'a rien à voir avec la génétique mais avec "les liens transgénérationnels, secrets de famille, syndrome d'anniversaire, transmission des traumatismes" qui peuvent aussi bien concerner des descendants adoptés ou simplement élevés et donc sans filiation biologique ! ça peut même concerner le phénomène de la belle-fille qui se modèlera au psychique comme au physique sur les femmes de sa belle-famille dans le sens où il se construira comme une lignée ou un lien transgénérationnel sur plusieurs générations de femmes sans aucun rapport génétique entre elles. C'est là un phénomène extrêmement intéressant et passionnant du point de vue de la transmission des données culturelles. Il y a encore d'autres choses en jeu mais ça n'est pas à laisser à portée de lecture de tout un chacun qui n'y est pas préparé !!
Rédigé par : Catherine JACOB | 01 novembre 2007 à 19:16
@ Véronique
Le doute reste quand même dans ma tête quant à l'influence médiatique que pourrait avoir tel ou tel avocat aussi talentueux soit-il. L'information de 2007 n'est plus reçue comme celle de 1960. Quand j'étais gamin il y avait à la télévision, elle n'avait alors qu'une chaîne, ce fabuleux chroniqueur judiciaire qu'était Frédéric Pottecher. Il nous faisait vivre les procès d'assises comme si nous y étions, les grands noms du barreau s'exprimaient, et là je pense qu'il y avait une réelle influence que je qualifierais de magique, la presse écrite n'était pas en reste, les grands procès faisaient la "une" et s'étalaient sur plusieurs pages. Maintenant, non. Je ne possède pas la télévision mais ce que je ressens chez la grande majorité des auditeurs, ce sont des gens qui "zappent" que ce soit le programme ou leur pensée, des gens qui passent d'Outreau à la Star'ac sans état d'âme, sans esprit critique. Quant à la presse écrite que je lis sporadiquement, si elle n'était pas sous perfusion, il y a longtemps que les grands quotidiens auraient disparu tellement le nombre de lecteurs a diminué. Je pense donc qu'il n'y a peu ou pas d'influence sur un jury lors de l'intervention d'un avocat via la presse ou la télévision, l'intervention de Maître Dupont-Moretti aussi argumentée soit-elle sera réduite à un vide absolu par le zappe suivant si celle-ci a lieu sur les ondes ou par la page des sports pour la presse écrite.
Pour finir, à lire Philippe Bilger, je m'interroge si la pire des armes qu'il peut avoir contre lui ce n'est pas lui-même. Je me suis deja exprimé -- et ce n'est pas la brosse à reluire -- sur la maîtrise de la langue française dont il fait preuve, ce qui m'a amené à m'interroger : "Lors d'un réquisitoire, est il compris par tous ?"
Rédigé par : Bernard de ... | 01 novembre 2007 à 18:38
@ Bernard de...
Je sais qu'à chaque fois qu'il peut le faire, Philippe Bilger s'oppose à Maître Dupont-Moretti.
Mon commentaire était seulement une réaction à la phrase de Philippe faisant référence à Outreau. Ce même Philippe écrivant que depuis cette affaire les avocats de la défense bénéficieraient dans l'opinion d'un préjugé plus que très favorable.
Pour des Dupont-Moretti. Certainement.
Est-ce créer une inégalité grave au détriment des magistrats et de la justice ?
A mes yeux Maître Dupont-Moretti représente quelque chose. Pas seulement en raison de ses prises de position dans les médias sur le fonctionnement de la justice pénale. Mais aussi et surtout parce qu'il a très heureusement succédé à un de ses confrères pour assister un des protagonistes d'Outreau.
Je suis d'accord avec ce qu'écrit Catherine A.
Si vous avez vu le documentaire consacré à un procès d'assises récemment diffusé par France 3, il m'a semblé que la pièce décisive du dispositif de ce procès était le Président de la cour.
D'autre part, je ne suis pas d'accord avec Philippe quand il dit qu'un jury ne peut être que poreux aux interventions médiatiques d'un avocat.
Je pense que le statut de juré fait entrer la personne dans un espace et dans une dimension très particulières. Il y a un sas qui est franchi.
De surcroît, c'est ce que Philippe Bilger ne cesse lui-même d'expliquer et de défendre, par exemple, dans ses livres.
Au départ, je me suis intéressée aux livres de Philippe Bilger dans le cadre de mon travail.
Ce qui m'a semblé d’abord singulier, inattendu et bienvenu dans sa démarche était précisément l’expression de la position de l'accusation et de l'avocat général dans un procès d'assises. Également le rapport qu’il entretient avec un jury populaire.
Et plus globalement, sa fonction dans la société. "L'avocat de tous", nous rappelle t-il cette semaine dans Paris-Match..
Pour ce qui est de l'avocat de la défense, nous avions alors plus qu'il n'en fallait dans nos rayons.
Enfin, à notre petit niveau.
Outreau nous a contraint à revoir et à actualiser notre fonds sur la justice pénale. D'un coup, y compris les témoignages des avocats de la défense, nous sont apparus décalés, vieillis, dépassés, à côté.
Alors les positions d’E. Dupont-Moretti sur la justice pénale ne peuvent pas m’apparaître comme un facteur aggravant d’inégalité dans la perception des magistrats. Juste comme un rééquilibrage.
Sachant que pour moi, le pouvoir appartient toujours à ceux qui, au final, ont la décision.
Rédigé par : Véronique | 01 novembre 2007 à 09:55
Catherine,
Déjà, il s'agit des archives de Boulogne-sur-mer et Outreau qui furent préservées à Arras.
Ce fut la "patrie" de ma mère, pas la mienne, aussi je n'y connais pas grand chose.
D'après ce que vous exprimez : il n'y aurait donc pas de généalogistes, d'historiens, de recherches possibles en amont de la révolution et c'est moi qui ne serait pas sérieux ?
J'ai confiance en ma mère, je ne vois pas pourquoi je douterais de ses dires.
Par ailleurs, je ne vois pas le rapport entre ce que j'ai exprimé et une racialisation, les gens dont je parle se nomment "Froment" par exemple, un nom je pense bien français.
Pour la génétique, ce n'est pas parce que ce peut être désagréable à entendre, à concevoir que c'est obligatoirement faux. Nicolas Sarkozy n'a rien dit d'inepte selon mes connaissances concernant cette science, ce n'est pas lui, du moins sur ce coup là, qui est choquant, mais bien les découvertes en rapport. Les généticiens des années quatre-vingt, le professeur en neurologie de CHU de Lille Alain Destey avec qui je fus amené à converser s'était déjà rendu compte que parfois un individu ne connaissant absolument pas un trisaïeul, un grand-oncle etc avait un parcours d'une étonnante similitude, le bac raté en même temps, des traits physiques, mais aussi de caractère identique, des événements identiques marginaux vécus, trop de coïncidences en somme pour que c'en soit une. Je sais qu'il est désagréable pour des philosophes de concevoir que l'ego n'est pas tout-puissant et pourtant...
Pensez-vous réellement que vous êtes en totale indépendance par le choix, qu'il n'y ait rien de physiologiquement conditionné chez vous, que vos décisions ne viennent pas aussi d'ailleurs que de votre volonté ?
Moi, je ne le pense pas, même si cela me déplaît fortement.
Enfin mes authentiques opinions politiques n'ont pas d'échos dans le paysage contemporain et encore navré de vous décevoir, mais même Jospin vient de reconnaître que le FN (avec qui je partage une idée du nationalisme, bien que divergente en de nombreux points, je suis pour la suprématie d'Israël, pour la décolonisation voulue par de Gaulle...) n'était qu'un parti populiste comme le sien, qu'il n'avait jamais été une menace fasciste, que ce fut de la désinformation.
Voici le lien de l'émission "France Culture" qui atteste mes dires :
http://uk.youtube.com/watch?v=7LTBn_wLlIk&eurl=http://www.fdesouche.com/?p=295
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 31 octobre 2007 à 19:56