Dans les colloques, au fil des audiences, on nous rebat l'esprit avec l'égalité des armes qui, en matière pénale, ne serait pas respectée. L'accusation et la défense ne bénéficieraient pas des mêmes droits et la première serait soumise à moins de devoirs que la seconde.
Encore une de ces pétitions de principe que l'on répète à l'envi et dont on ne vérifie plus le bien-fondé. Pourtant, il faut y regarder de près.
Qui peut soutenir qu'un procès commence véritablement à son ouverture, devant le jury criminel qui vient d'être tiré au sort, et qu'il se termine, une fois l'arrêt rendu ? On sait bien que dans un certain nombre d'affaires, si la magistrature s'applique à sauvegarder la pureté et l'intégrité de l'espace judiciaire, le barreau, lui, n'éprouve qu'une envie, c'est d'avoir recours aux médias pour pouvoir précéder et prolonger le débat de justice proprement dit. Ainsi, là où nous nous acharnons à conserver tout son pouvoir au jury populaire en nous interdisant toute intervention en amont et en aval, les avocats, au contraire, s'évertuent à élargir le pré carré dévolu aux juges pour s'appuyer sur des complicités médiatiques dont on se demande si elles sont innocentes - dans tous les sens du terme - ou malveillantes.
Plus que jamais, il convient de s'interroger sur la nature de l'acte judiciaire. Se rapporte-t-il seulement à l'audience, comme le soutiennent les magistrats inspirés par leur obligation de réserve et leur déontologie, avec la contradiction institutionnalisée et la discussion des preuves devant des professionnels et des jurés ou doit-il être entendu largement au point de s'incorporer des démarches journalistiques unilatérales qui viennent faire peser la balance, systématiquement, en faveur des avocats, en prétendant pourtant faire oeuvre d'information ? Pour résumer, la nudité et la belle solitude de la justice, de ses règles et de ses contraintes ou le bruit médiatico-judiciaire qui sert sinon à masquer la vérité du moins à l'empêcher de survenir par des procédés fiables et de qualité ?
Comment ne pas songer, pour qui connaît la procédure criminelle, à l'avertissement que les présidents dispensent après la lecture de l'ordonnance de mise en accusation qui saisit la cour d'assises ? Ils préviennent que ce document capital ne fait état que de présomptions puisqu'il incombera seulement à la cour et au jury d'examiner et éventuellement de décréter les charges. Cette mise en garde très honnête vise à ne pas désobliger la défense mais elle peut sembler dérisoire lorsqu'en amont la balance a déjà été faussée par une indéniable collusion.
Prenons un exemple qui ne me concerne pas. Je lis dans le Parisien, sous la signature de Geoffroy Tomasovitch, un article annonçant l'ouverture d'un procès à la cour d'assises de Bobigny. Rien que de très normal puisqu'il est fréquent que des journalistes rédigent des avant-papiers sur certaines affaires. En général, ils s'efforcent de demeurer à équidistance de l'accusation et de la défense pour ne pas encourir le reproche de privilégier l'une ou l'autre. Geoffroy Tomasovitch n'est pas tenaillé par ce scrupule puisque son texte est substantiellement empli du point de vue de deux avocats brillants, Denis Giraud et Eric Dupont-Moretti, conseils de l'accusé. Et, sans surprise, leurs propos nous mettent dans la tête - et, éventuellement, dans celle des futurs jurés balbiniens - que l'enquête a été "bâclée" et qu'elle ne repose que " sur des ragots et inventions de toute sorte". Bigre! Le risque de l'erreur judiciaire est allégué avant même d'avoir été plaidé et dans un article où on cherche désespérément la plus infime trace de la partie adverse. J'avais déjà remarqué que Geoffroy Tomasovitch - dans un texte au sujet de Mathurin - ne connaissait que les avocats et qu'il semblait même ignorer que la magistrature participait aussi à l'oeuvre de justice. Dans ce nouvel article, même ignorance, même lacune. Il est vraisemblable que le ministère public, sur cette affaire à venir, aurait refusé de s'exprimer mais, devant une telle situation où la contradiction est impossible, pourquoi la prudence et donc l'abstention n'ont-elles pas été privilégiées par le journaliste ?
Mieux, même. Pourquoi croit-il nécessaire de s'aventurer sur un terrain qui ne le concerne pas lui mais seulement la cour d'assises de Bobigny ? Adoptant une telle démarche, il sait bien qu'il va permettre, de manière anticipée, à une partie - qui n'est pas plus noble que l'autre parce qu'elle défend le mis en cause - de prendre le pas sur l'autre et qu'il participe ainsi à une opération pour le moins sujette à caution. Qu'on ne vienne pas rétorquer qu'il est absurde d'évoquer l'exigence morale du journalisme alors que beaucoup de professionnels de l'information commencent à comprendre qu'on ne peut à la fois dénoncer les violations de l'Etat de droit et s'en faire par ailleurs les complices en refusant l'égalité des parties sous le regard médiatique.
Qu'un journaliste, prenant prétexte de sa volonté de lever les chapes de secret et de silence, communique ce qu'on accepte de lui dire, je peux à la rigueur l'admettre. Mais qu'un avocat, dont la mission fondamentale est de conseiller, de défendre, d'assister mais dans le seul champ limité indivis au magistrat et à lui-même, ne s'offusque pas de déséquilibrer une joute qui devrait demeurer loyale donc judiciaire, me dépasse. Combien de fois, au cours d'un procès ou à la fin de celui-ci, entendant un avocat s'exprimer hors débat à la radio ou à la télévision, l'envie m'a pris de faire comme lui mais au moins ai-je toujours su résister à cette pulsion narcissique et offensante pour l'équité ! A force, je nourris le soupçon que l'égalité des armes hautement revendiquée, l'Etat de droit proclamé à satiété, n'ont pour seule finalité que de donner mauvaise conscience au magistrat mais que l'exclusif service du client constitue le seul impératif de l'avocat.
Aussi, comme des leçons de morale, lors de multiples audiences, nous sont pourtant généreusement prodiguées - combien de fois m'a-t-on accablé avec l'erreur de menuiserie qui m'entrave plus qu'elle ne m'avantage !-, je voudrais, sans paradoxe, déplorer que la totalité médiatico-judiciaire crée, au détriment de la magistrature, une inégalité grave. Ce mouvement, que les conséquences d'Outreau ont rendu encore plus intense, ne laisse plus la première place, la seule mission citoyenne aux jurés mais vise à instiller dans les têtes un préjugé, dans les consciences un doute, dans les audiences un air extérieur et malsain.
Si demain, à Bobigny, un acquittement est prononcé, il viendra d'où ? De la cour d'assises ou d'ailleurs ? D'un vrai ou d'un faux procès ? Le comble, c'est que je perçois comme une telle protestation, de nos jours, est condamnée par la dérision ou par l'indifférence. Parler, écrire sur l'Etat de droit, réclamer qu'il soit respecté dans son autonomie, vouloir que la justice ne soit fragilisée par rien d'autre que ses doutes, ses incertitudes et son humanité, dénier aux médias la faculté d'arbitrer dans ce qui ne relève pas de leur compétence, ce serait ne rien comprendre à aujourd'hui, crier dans le désert et rêver d'un monde impossible ?
Et si la vérité se trouvait là, dans ce défi à assumer ?
Véronique
«Qui couche avec qui ?
Dans la métaphore, bien sûr.»
Donc pas au sens probe!
Vous posez la bonne question ma chère et pas qu'au figuré [ = qui est acoquiné avec qui au travers de quelles sociétés de derrière les fagots ou de quelles associations de quartier de mes deux] mais bel et bien qui a été partie prenante du fantasme de bureau puis a changé de bureau, mais pas de numéro de téléphone et a oublié la différence entre secret professionnel, secret d'alcôve et secret de polichinelle entre la poire et le fromage, caméra café et caméra cachée.
Rédigé par : Deux sous de fripons et dessous la table... | 31 octobre 2007 à 19:19
@ Véronique
Outreau était devenue une affaire d'Etat incomparable avec l'article de Geoffroy Tomasovitch, lequel (article) n'aura aucune répercution (à mon avis) sur le procès dont il est question car depuis belle lurette plus personne ou presque ne lit la presse écrite, il en aurait peut-être été autrement si Maitre Denis Giraud et Maitre Eric Dupont-Moretti s'étaient exprimés à la télévison, ce qu'ils ont peut-être fait ou feront bien que dans l'absolu à la vitesse à laquelle défile l'information j'émets des réserves quant à l'impact d'une intervention de quelques secondes à la télévison.
@Catherine Jacob - Ludo Lefevre
Savez-vous que la Révolution française puise en partie sa genèse dans une éruption volcanique islandaise ?
Rédigé par : Bernard de ... | 31 octobre 2007 à 18:59
@polochon
Même si je pense que le jury populaire est, au mieux, une illusion de la démocratie, au pire, une de ses perversions, je ne crois pas que sa suppression entraînerait la suppression de la distorsion dans les peines que vous regrettez. D'abord parce que les magistrats, comme les jurés, sont "prisonniers" de leur morale, de leur culture, de leurs tabous, fantasmes et que lorsqu'ils jugent un homme, une femme, je doute qu'ils puissent totalement faire abstraction de tout ça. D'autre part l'expérience m'a permis de constater à quel point la personnalité d'un Président d'Assises pouvait être déterminante, jury populaire ou pas. Dans une ville du Sud de la France ces Assises étaient présidées à tour de rôle par deux magistrats. Et c'était croyez-moi, pour les accusés une vraie loterie. Car si l'un d'eux, Bernard Bacou, était un homme franchement remarquable (il fut directeur de l'école de la magistrature) respectant tous les protagonistes, son confrère, au nom prédestiné que je tairai (pitié pour ses cendres ! même je ne suis pas sûre d'ailleurs qu'il soit mort) méprisait à peu près tout le monde, les jurés (trop bêtes pour lui) et évidemment encore plus les accusés pour peu qu'ils soient jeunes et /ou basanés et/ou que leur français soit approximatif.
Rédigé par : catherine A. | 31 octobre 2007 à 18:35
sbriglia
« il serait d'ailleurs intéressant de comparer les "indices médiatiques" et les taux de réussite judiciaire : les courbes sont, souvent, inversement proportionnelles. »
Vous pouvez préciser et citer des sources SVP ?
«pour ceux qui suivent la chose judiciaire ailleurs que dans les médias. »
Comment faire ? Il faudrait une gazette non pas du Palais, mais des Affaires, qui publierait de telles courbes et analyserait le contexte médiatique de chaque affaire en liaison avec l’issue des procès.
Vu le succès des séries télé policières et judiciaires de toute tendance et de diverses origines culturelles qui, avec les séries hôpitaux-urgences, occupent une part très sensible du paysage audiovisuel et dont l’audimat atteste à la fois de l’intérêt et des craintes du public en général vis-à-vis de ces univers, une telle publication, par exemple pour partie sous forme d’une BD et pour partie sous forme d’articles rédigés par des professionnels… loyaux, aurait sans aucun doute toutes ses chances !!
catherine A. |
« la justice passe après. »
La justice passe nécessairement toujours après, ainsi que par une égalité de chances et de droits pour la défense et pour l’accusation, c’est une question de principe qui intéresse une bonne démocratie, sinon on est nécessairement toujours dans le préjugé ou le fait du Prince et l’arbitraire ! Je ne comprends pas qu’un magistrat, si tel est votre cas, ne comprenne pas cela !!
Pour le surplus, les incapables sont en effet partout, hélas mais avec des actions plus dommageables dans certains domaines que dans d’autres ! Un peintre raté pose en effet moins de problème qu’un magistrat à la masse, au propre et au figuré ! Dans le premier cas tout le monde s’en fout et avec un peu de chance on a un génie méconnu en attente de reconnaissance, mais dans le second cas on risque une révolution ainsi qu’un train ou une caravane de réformes intrinsèquement plus ou moins bienvenues !!
Rédigé par : Catherine JACOB | 31 octobre 2007 à 11:07
@ Ludo Lefèvre
«Ma mère en compulsant les archives de sa ville pour notre généalogie a constaté que sous la Révolution »
Les paroisses de Lille auraient donc le privilège d'avoir conservé leurs registres alors qu'ils ont brûlé quasiment partout ailleurs dans les provinces ou régions déjà françaises à l'époque ? Hum! vous m'en direz tant !
D'autre part, qui a déjà mis le nez dans des archives, ne serait-ce qu’en amateur, sait combien c'est déjà problématique de compulser ce qui nous intéresse en propre, pour éviter sagement de s'occuper de surcroît de ce qui intéresse les ascendants coupeurs de tête, génocides et révolutionnaires lillois des résidents du lieu pénitentiaire que vous citez, vu que de vous à vos ascendants directs sous la Révolution il y a déjà nécessairement 128 ou, de façon exponentielle, 256 personnes qui n’ont sans doute pas eu que des enfants uniques !
Soyons sérieux ! Surtout s’il ne s’y trouve aucun personnage historique permettant qu’à partir d’un certain moment les choses se retricotent toutes seules.
Quand il n’y avait qu’une cinquantaine de feux dans un village dont les archives paroissiales n’ont pas brûlé et qui est resté plus ou moins en dehors des grands axes des flux migratoires je veux bien qu’on sache ce qu’il en a été du voisin, mais à Lille!
Je veux bien également que vous ayez vos opinions politiques, mais elles ne sauraient s’exprimer par l’affirmation d’absurdités telles qu’elles conduiraient en toute bonne logique de l'hérédité telle que vous et NS la concevez, à peupler Alcatraz avec les descendants des migrants des premiers exodus ainsi que des razzias Vikings depuis Erik le Rouge (en Norrois Eirikr Raude) banni de Norvège vers l’an mille à la suite d’un meurtre, ou encore de ceux des français massacreurs des Indiens Natchez et Tanesas à Pensacola au 18ème, ce qui nous ferait une bonne partie de la population de ce continent !!
Rédigé par : Catherine JACOB | 31 octobre 2007 à 10:37
Mais Outreau n'a pas taclé que toute une chaîne de magistrats au professionnalisme médiocre et insignifiant.
Mais également des journalistes incompétents et quelconques quant à leur pratique professionnelle, qui ont couvert l'instruction de l'affaire.
Mais également les premiers avocats qui ont cumulé les quatre qualificatifs que j’ai utilisés.
Il y a eu là une forme de solidarité et de connivences dans la responsabilité qui n'ont grandi aucune de ces trois professions.
Et si je laisse parler comme vous dans cette note ce que je peux exprimer avec excès et manque de pondération.
Depuis Outreau, la question que je me pose à la lecture de certains articles concernant des faits divers ou des procès.
Qui couche avec qui ?
Dans la métaphore, bien sûr.
Rédigé par : Véronique | 31 octobre 2007 à 08:20
Dans une enquête publiée il y a quelques années par le journal La Croix, il était apparu que la sévérité des peines prononcées par les cours d'assises était fortement corrélée avec le département dans lequel l'affaire était jugée. Ainsi,par exemple, pour un délit de même nature, la Haute-Savoie était en général beaucoup plus sévère que le 9-3.
Est-il encore juste, à notre époque, de faire juger les crimes par un jury populaire ?
Rédigé par : Polochon | 30 octobre 2007 à 18:04
La mer a une fonction de régulateur thermique, en sa proximité le climat est adouci l'hiver et rafraîchi l'été. Cette comparaison n'a pas pour but de faire manger du poissons aux magistrats quoique ce soit riche en oméga 3 et 6, en vitamines b, en fer et en phosphore donc bon pour leur mémoire et leur équilibre émotionnel, mais de ramener à ce rôle de régulateur qui me semble important. Cette science donc qui a pour objet de régir les différents rapports entre être humains si mes souvenirs de cours de Droit sont bons a, je le pense, un devoir d'humer ce qu'il y a dans l'air, les bonnes comme les mauvaises odeurs et d'en tirer une analyse. Je pense que notre devenir serein ou agité dépend des décisions juridiques, des options que va prendre ce corps dans son indépendance avec la politique. Tordre la barre dans un sens ou un autre pour la redresser, éviter les tentations du tout permissif comme celle du tout répressif, dire non ou oui dans la bonne circonstance. Si cela n'existe pas, je pense à la nécessité d'une politique pénale, à des groupes de réflexions sans connotations au sein de la magistrature. Votre devoir va au-delà de la décision judiciaire, elle est forcément sociétale dans un état de Droit.
Souvent j'écris : "Viva la révolution" dans mes posts, je n'ai jamais précisé que je n'étais pas sérieux une seconde, comment souhaiter la boucherie, la désinhibition de la barbarie, cette révolution profiterait au pire de notre société.
Ma mère en compulsant les archives de sa ville pour notre généalogie a constaté que sous la Révolution ceux qui pillaient les églises, massacraient, étaient en tête des exactions, sont les aïeux de ceux qui font de la prison de Loos les Lille leur résidence principale, que nous ne connaissons que trop dans notre petit bassin boulonnais, c'est assez révélateur !
Je crois comme un forcené que le Droit est le meilleur moyen de nous sauver de la dérive possibles, des dérives possibles.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 30 octobre 2007 à 17:45
Autrement dit, nos journalistes seraient tellement corruptibles qu'ils s'abreuveraient exclusivement à la source du Barreau lorsqu'ils rédigent un avant-papier à l'ouverture d'un procès criminel retentissant ?... M. l'Avocat Général, soyons sérieux! En dépit de l'estime énorme et légitime que nous vous tenons, votre écrit me paraît inspiré davantage par l'envie de provoquer vos lecteurs que par celle de nous convaincre. Le professionnel réputé des assises sait parfaitement que cette communication ponctuelle, car limitée à certaines affaires, n'a que très peu d'effet sur le jury populaire pour ne pas dire aucun sur les magistrats professionnels de la cour : prenons, à tout hasard, l'affaire Agnelet ! Que n'a-t-on entendu dire sur les égarements de la justice et sur le risque d'erreur judiciaire !!! Agnelet a-t-il été acquitté pour autant à Aix ? Soyons sérieux, vous savez trop bien que l'égalité des armes est un leurre et que la fraternité corporatiste qui existe entre les magistrats du siège et du parquet à l'audience criminelle vaut tous les articles de presse. Combien de fois n'a-t-on vu l'avocat général connaître le délibéré avant que le Président ne le lise à l'audience publique ? En réalité, le magistrat du Parquet sait être en mesure de compter assez fréquemment sur ses collègues du siège, lors du délibéré pour se faire l'écho de ses réquisitions, si par cas la plaidoirie en défense avait par trop impressionné les jurés. Et puis, que dire de la communication par le Parquet lorsque le fait divers éclate ? Qui se répand à travers les médias pour dévoiler certains détails glauques qui dépeignent défavorablement le gardé à vue, accusé potentiel ? Qui soutiendra raisonnablement que l'opinion ne se façonne pas non plus sur la foi de la communication du ministère public durant le fait divers et jusqu'à l'ouverture de l'information ? Qui a un quasi-monopole de communication dans le temps de la phase initiale de l'enquête sinon le Parquet ? Demandez à tout hasard à certains Procureurs devenus médiatiques car friands d'être vus à l'écran s'ils se sentent défavorisés alors que l'avocat de la défense, durant la phase initiale, est souvent inconnu sinon ignoré ? Soyons sérieux, l'égalité des armes est un leurre et, pour aussi notable que soit l'accroissement des droits impartis à la défense, il reste encore beaucoup de travail à faire. La commission Delmas-Marty, qui a travaillé sur la recherche de l'égalité des armes, serait surprise de lire que vous êtes aussi convaincu que la défense aurait davantage de droit que son adversaire.
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 30 octobre 2007 à 15:18
Très beau papier, Monsieur ! Vraiment.
Pour moi, un tel article (du Parisien), est la démonstration évidente que "ce client là" n'a aucun autre moyen de défense.
Mais ne préjugeons pas au lieu et place de nos juges et jurés.
Puis-je vous solliciter la persmission de créer un "lien" à partir de mon site, qui renverrait vers le vôtre ?
Votre écriture et vos états d'âme sont magnifiques !
Il n'y a aucune raison que "mes" lecteurs (humhum... un peu d'auto modestie en ce qui me concerne) n'y aient pas accès !
Rédigé par : Infreequentable | 30 octobre 2007 à 12:56
"l'erreur de menuiserie"
Je ne comprends pas à quoi renvoie cette expression.
Ceci étant. Je pense comme vous, qu'il s'agisse aussi bien de condamner que d'acquitter d'ailleurs, que sont nuisibles non seulement le préambule médiatique au procès mais également toutes sortes de 'préambules' dommageables du même acabit (ex. fuites), qui aboutissent à ce que des jurés populaires auto-institués jugent sans magistrat pour les chaperonner, et en fonction de leurs seuls appétits et de leur seule soif du malheur d'autrui, un peu à la tête du client et beaucoup à la tête des poncifs en tout genre que l'on fait circuler à l'aune de leur comprenette étriquée parce que c'est ça qui rapporte le plus!
Mais vous n'y pouvez rien.
Les gens sont cons. C'est comme ça. Il faut faire avec!
D'autre part, plus vous leur donnerez de pouvoir d'intervention sur la vie du voisin, plus vous nourrirez leur penchant naturel à se croire meilleurs que vous et plus vous aurez sujet d'écrire, en pure perte hélas, des billets tels le billet d'aujourd'hui!!
Les gens n'ont plus de conscience morale ni de capacité de réflexion mais seulement des comportements mimétiques dont le modèle est le dernier à parler! C'est ça la démocratie petite bourgeoise qu'on a semée et que donc on ne peut que récolter!
Rédigé par : Catherine JACOB | 30 octobre 2007 à 12:00
4/1
4 commentaires-hommes
face à une seule femme !!!!
- oui mais quelle femme -
Catherine A.
( un coucou à Dame Véro quand même :-)
Rédigé par : Cactus pour encore plus d'inégalité | 30 octobre 2007 à 11:31
@mais oui Philippe, la plupart des avocats pénalistes ont pour seul souci la défense de leur client, qu'il soit coupable ou non ; c'est quand même un peu leur job. Il est vrai que certains - je ne pense pas forcément à Dupont-Moretti - sont devenus les spécialistes des clients les plus tordus, des affaires les plus glauques. C'est bon pour la notoriété et aussi parfois pour le portefeuille, la justice passe après.
Cela dit, il serait vraiment peut-être temps d'en finir avec le secret de l'instruction. Un vrai secret de polichinelle car si les avocats en sont dispensés, de nombreux magistrats (des substituts dans les petites villes, celles justement où souvent le quotidien local fait l'opinion) s'en affranchissent allègrement. En off comme on dit.
ps: si vous voulez me faire dire qu'il y a de mauvais journalistes je vous l'accorde volontiers. La démagogie, la paresse et l'incompétence sont sans doute à peu près bien partagées par toutes les professions.
Rédigé par : catherine A. | 30 octobre 2007 à 09:50
Vous écrivez : "demeurer loyal donc judiciaire"
Je me risque parfois à penser que vous êtes là, tout entier dans ce "donc". Et ça me rassure de savoir qu'il y a "encore" possibilité de parler.
Rédigé par : olivier | 30 octobre 2007 à 08:57
"Combien de fois, au cours d'un procès ou à la fin de celui-ci, entendant un avocat s'exprimer hors débat à la radio ou à la télévision, l'envie m'a pris de faire comme lui mais au moins j'ai toujours su résister à cette pulsion narcissique et offensante pour l'équité !"
...certes mais il n'est pas nécessaire pour vous de constituer, affaire après affaire, votre clientèle et de "racoler" ainsi... cette "soif d'expression" est "ad usum narcissus" comme le révèlent les fréquentes apparitions médiatiques des Collard, Vergès et autres compulsifs du rabat au vent : improductive, voire désastreuse, pour l'accusé tant les jurés se montrent rétifs à toute pression médiatique... Il serait d'ailleurs intéressant de comparer les "indices médiatiques" et les taux de réussite judiciaire : les courbes sont, souvent, inversement proportionnelles et les deux noms cités plus haut en sont d'évidentes démonstrations pour ceux qui suivent la chose judiciaire ailleurs que dans les médias.
Rédigé par : sbriglia | 30 octobre 2007 à 08:53
Je n'avais pas approuvé votre éminent confrère niçois, monsieur de Mongolfier, lorsque lors d'une entrevue, il avait suggéré la fin du secret de l'instruction puisque celui n'était devenu que de Polichinelle. Les liens complices entre avocats de la défense et journalistes seraient encore un peu plus resserrés. Lorsque l'on observe avec impuissance le sort réservé à la partie civile, à l'état par votre intermédiaire dans la doxa, nous partirions vite dans une étrange société.
Maître Dupont-Moretti fait souvent l'apologie de la défense et c'est à son honneur, mais il outre-passe cependant tout autant ce devoir en ne cachant pas son hostilité au système pénitentiaire, au système répressif... Que serait une cité sans ces mises à l'écart, sans cette possible sanction qui a un rôle, malheureusement pas pour tous, dissuasif ? Notre évolution va, je ne le crains vers cet paradoxe où l'individu a de plus en plus de choix, où il est magnifié, mais où il est d'étape en étape de plus en plus infantilisé. Réfléchissons à une politique de moeurs inverse où l'Homme serait dans un rail socio-professionnel pris en charge, où il pourrait se laisser porter, mais où il serait valorisé en tant qu'adulte, responsabilisé dans sa vie de citoyen.
Je ne lis plus Le Parisien depuis que je ne le suis plus, il y avait de bons articles, je me souviens, d'autres désastreux, mais il y a toujours cette information de proximité qui fait de Paris un village, cette vie locale que j'ai retrouvé ensuite dans La Voix du Nord, le Progrès, Var Matin et maintenant l'Est Républicain. C'est un journalisme qui diffère de celui du Monde ou du Figaro, mais qui a aussi tout son charme.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 30 octobre 2007 à 02:02