« Une mêlée très ouverte | Accueil | Une immunité pour la douleur ? »

14 octobre 2007

Commentaires

Xavier

Vous avez raison de dire que le Monde est petit, mais en l'occurence, il y a pire : le Monde est malhonnête !

Malhonnête car le premier paragraphe de l'édito égrène des cas de petits délits en faisant croire qu'ils ont été réellement sanctionnés de 2 ou 4 ans de prison ferme. Le problème, c'est que lorsqu'on lit le grand article, on ne retrouve aucun de ces cas, et on comprend qu'il ne s'agissait que d'exemples dans lesquels la peine AURAIT été de 2 ou 4 ans SI la peine plancher avait été appliquée.

On nous fait donc croire qu'il y a eu des "injustices", alors qu'il n'en est rien ! Qui plus est, je trouve ça insultant à l'égard des magistrats, car dans la mesure où ils sont en droit de ne PAS appliquer la peine plancher, eux seuls auraient du porter la responsabilité de décisions aussi "injustes".

olivier

Merci de votre réponse. Je l'ai lue attentivement.
A suivre.


Véronique

@ Olivier

Il y a une troisième hypothèse qui peut expliquer une erreur de compréhension chez celui qui lit. Le défaut de précision chez celui qui écrit.

Ce qui pour des à l'aise dans une discipline exigeante comme celle du droit va de soi, n'est pas aussi évident que cela pour des à peu près nuls dans ce domaine.

Sur le fond de notre discussion.

Le texte de RD n'est pas inutile, en trop ou dans le toujours plus.

1 - il traduit un des engagements de NS pendant sa campagne.

2 - Je serais la première à me contenter des dispositions antérieures si nous en constations l'efficacité et un résultat positif quant à la baisse de la muti récidive.

3 - La multi récidive est EGALEMENT un échec des dispositions antérieures. Vous me répondrez que par manque de moyens le texte d'E. Guigou, par exemple, n'a pas pu être appliqué et ainsi, n'a pas pu prouver son efficacité.

Multipliez par 100, 1000 les moyens sans transformer le regard habituel porté sur la récidive, à savoir en gros :

les multi récidivistes sont d'abord des victimes des injustices de la société qu'il convient de n’encadrer qu’avec des professionnels (très) largement acquis et formés à cette perception exclusive, les améliorations seront modestes.

Tant que des professionnels manifesteront les plus grandes réticences envers l'aspect, en premier, répressif d'une sanction. Tant qu'ils ne solliciteront pas des évaluations concrètes et continues de leur travail d'accompagnement. Tant qu'ils auront le plus grand mal à admettre que la société leur délègue une mission de réinsérer avec l'impératif d'un résultat, je persisterai à penser que selon qu’on soit Guigou ou Dati, il y aura un divorce permanent entre la société et le monde judiciaire.

Je vous rejoins sur les dangers redoutables de l'instrumentalisation de la victime. Je l'ai exprimé à plusieurs reprises dans ce blog.

Mais cela ne nous autorise pas à compter comme négligeable ou presque pour rien les délinquances à répétition qui pourrissent, angoissent et font du mal à ceux qui ont à les subir dans leur quotidien.

Je ne parle pas là de vos propos sur les offensés que je pense mesurés, éclairés et qui me conviennent. Mais de ceux à l'image, par exemple, de l'éditorialiste du Monde.

Vous me parlez de 2002.

2002, c'est pour moi la date charnière où ce mépris pour les insécurités a fini par sauter à la gorge des P. Tournier et des A. Chemin coincés dans "leur volupté sèche" .

Et puis, entre vous et moi. Pour retrouver le propos de Philippe.

Des magistrats appliquent des peines planchers. Le fond du débat qui les a occupés sur cette question était le fait que devoir argumenter une non application d’une peine plancher portait atteinte à leurs prérogatives.

Autrement dit, une mise en cause de leur liberté d’appréciation. Autrement dit, selon eux, une trop grande place accordée dans ce texte à la mise en avant de la question de leur responsabilité vis-à-vis de la société.

@ Philippe

Pardon pour la longueur de ma réponse à Olivier.

Je ne fais pas là mon inconditionnelle de NS que, vous aussi, vous m‘avez reprochée. Je fais là mon inconditionnelle... de vous. Enfin, presque.

olivier

Véronique :

Vous faites deux contre-sens sur mon propos. Permettez donc que je précise.

Le toujours-plus que je dénonce, n'est pas la gradation de la sanction entre la primo-délinquance et la récidive. Il s'agit de l'inflation de textes.

Et je vous maintiens, en précisant, que les offensés ont besoin d'être reconnus dans leur offense, d'être reconnus vis-à-vis des offenseurs, mais les offensés n'ont pas besoin que, chaque année, un nouveau texte vienne "toujours-plus" témoigner de l'offense subie. J'ai même tendance à croire le contraire.

Le deuxième contre-sens concerne la qualification de victime.
On considère ordinairement que ce n'est pas tout à fait pareil d'être victime d'un crime, d'un délit, d'une incivilité, voire d'en être témoin, voire même d'en avoir entendu parler. Et ce qui m'inquiète, c'est la propension de ceux qui ont entendu parler de ceci ou de cela, à se présenter comme les quasi parties civiles d'une société dont on organise l'émoi (vous vous souvenez 2002, le brave citoyen mollesté ?). Et je m'inquiète que l'on "fasse" de l'honnête citoyen la "victime" de tout ce qui va de travers - esprit de responsabilité oblige, et pas seulement.

Je pensais que là-dessus nous pourrions être d'accord.

Dans le contre-sens, il y a parfois quelqu'un qui n'a pas su s'exprimer, et parfois aussi quelqu'un qui n'a pas voulu lire le propos pour ce qu'il était.

Il ne faudrait pas que votre "vigilance" à mon endroit vous aveugle.

Non ? Si ? Non ! Si-si, non.


Cactus rêvait d'un autre Monde

"Le Monde est petit !"
je rebondis donc, monsieur Bilger, sur votre tête de fil :
il est devenu bien "petit" Le Monde, le journal... depuis quelques années, côté certaines pensées voire développements non ?
il a bien changé :-(
(- ceci n'engage que mon moi chez vous là -)

bien sûr il a pris des couleurs mais je trouve certains articles que je m'efforce d'élire, de plus en plus ......" petits "!

à en pousser des hooooooo là là ?
la preuve !
Sissi !

Véronique

@ Olivier

Si nous mettons de côté le texte de RD, avant ce texte, l'évaluation d'une peine prenait en compte la biographie pénale du prévenu.

Nous étions déjà dans la logique du "toujours plus".

Quand, par exemple, JP, - ne souriez pas, Jacques - assumait la fonction d‘avocat général ou quand il était le magistrat qui décidait de la sanction, je ne suis pas certaine que dans ses réquisitions, ou dans ses jugements, il considérait qu’un profil très récidiviste était un élément en faveur d'un "moins" ou d'un "égal à".

Et le code pénal, de toute façon, définit des planchers.

Ce que vous appelez les

"honnêtes-citoyens-de-profession des victimes, des "offensés" "

se nomment aussi une société avec ses interdits traduits par des lois.

Où est le scandale quand une société dit clairement, sans ambiguïté, à un entêté de la délinquance que la multiplication de ses délits entraînera la sanction dans un "toujours plus" ?

Où est le sandale pour notre société de vouloir faire admettre aux excessifs de la récidive l'idée que nous - la société, vous, moi -, nous ne nous situons pas dans le registre du foutage de gueule.

S'il y avait pour notre entêté un doute encore possible, la peine plancher le lui formalise d"une façon nette.

Alors.

"Reconnaître ce qui les a offensés n'exige pas "toujours plus" de peines contre les offenseurs."

Une sanction majorée qui se situe quant à éventualité dans un plus que probable, je suis d'accord avec cela.

Si, Olivier.

sbriglia

"Où me suis-je trompée ??"

Dans le choix de votre alimentation

Catherine JACOB

Ludo Lefebvre
«Devons-nous nous comporter comme eux, les laisser faire ?
Cet après-midi, alors que j'étais dans une file d'attente, un homme passe devant tout le monde, je lui dis que nous sommes avant lui, il insulte tout le monde et passe quand même... Comment aurais-je du réagir alors que je fus le seul à me manifester, devenir un barbare à mon tour et le rouer de coups pour un motif aussi futile ?»

Autre exemple. Lieu :Mac Drive de Metz - Heure: 12h30 - Sens de circulation: normalement dans la région les véhicules roulent à droite - Priorité sur une route non prioritaire: en principe à droite vu le sens de circulation. Néanmoins
une voie à double circulation située entre Buffalo grill d'un côté et Mac Drive de l'autre, se voit utilisée sans aucun panneau de signalisation dans le sens de circulation contraire, à savoir le sens qui a cours en Angleterre notamment, autrement dit: véhicules entrants sur la voie de gauche et véhicules sortants sur la voie de droite du fait, m'a-t-il été précisé par la suite, d'une meilleure accessibilité présumée au Mac Drive d'un côté, ainsi que au parking Buffalo de l'autre.
La semaine dernière, j'arrive à proximité des lieux en roulant comme de juste sur la voie de droite et m'engage dans le parking en continuant sur cette voie, vu que rien n'indique qu'on se trouve tout à coup en extraterritorialité ou quelque chose de ce genre, en dehors d'un marquage au sol fantaisiste non visible d'entrée de jeu, et je me retrouve nez à nez avec un véhicule descendant auquel je signale d'avoir à reculer ainsi qu'à se désengager de cette voie. Le véhicule conduit par une jeune conductrice refuse de céder la place, et entame un slalom entre les véhicules de la file d'attente du Mac Donald qui se trouvent dans son couloir normal de circulation à elle- vu que les employées de ce restaurant se sont mis sur la gauche au lieu de se mettre sur la droite pour prendre les commandes en avance-, et mon véhicule -lequel se trouve donc dans le couloir qui en dehors de toute information contraire, est le couloir normal de circulation-. Arrivée à ma hauteur, elle me fait signe en rigolant de la bonne farce, qu'elle avait réussi à passer quand même. De façon cependant à éviter un accident pour le cas où un second véhicule venant du Buffalo emprunterait à nouveau en sens contraire ledit couloir, je demande à entrer dans la file à hauteur d'un croisement qui normalement me donne la priorité, vu que le couloir de gauche ne saurait être considéré comme une route prioritaire, et que se passe-t-il ? Je déclenche l'ire de quelques donzelles en furie qui clament par la portière que je devais faire la queue comme tout le monde. Résultat, l'employée du Mac Drive refuse de prendre ma commande et son responsable appelé par talkie arrive furax pour me dire qu'il ne me servira pas. J'avoue m'être laissée aller quelques secondes à devenir adepte de la nouvelle grossièreté le temps d'un bon juron, puis déclare tout net que je laisserai donc le moteur coupé jusqu'à ce que l'on prenne ma commande vu que je m'étais comportée tout à fait normalement et que ce n'était ni au Mac Drive ni au Buffalo à réformer le code de la route. Réaction: «Si vous ne bougez pas de là on appelle les flics. » Je réplique alors «appellez les donc, ça peut être intéressant de voir à quel code ils choisiront de se référer, le code Mac Buffalo ou le code de la route.» On m'a donc finalement servi un maxi best off que je n'avais plus envie de consommer, mais tenait absolument à obtenir, ne serait-ce que pour le donner au premier clodo venu. Bien évidemment, il m'a été précisé que si le Mac Drive ne me convenait pas, je n'avais plus besoin d'y revenir !

Où me suis-je trompée ??

olivier

Non, Véronique.

Reconnaître ce qui les a offensés n'exige pas "toujours plus" de peines contre les offenseurs.

Cactus tel Villepin , pond .

"à -tous- ....:"
(à Copenhague, on n'a pas besoin de mettre un antivol à son vélo. Peut-être que de ce côté-là, la paix civile danoise, on pourrait aussi chercher plutôt que d'entasser les détenus en se disant qu'on fait une grande oeuvre." ( Olivier ))

- à tous - :-(
JE veux bien : mais en quoi suis-je consterné moi-aussi par cette phrase ?
( de plus le vélo m'est interdit depuis d'illustres lustres )

Véronique

@ Olivier

"mais faire de tous les honnêtes-citoyens-de-profession des victimes, des "offensés restés sous le coup de l'offense"

Non Olivier.

Leur reconnaître simplement que ce qui les a offensés, meurtris et violentés n'est pas que dans leur imaginaire et contrarie d'abord ceux qui escamotent les réalités désagréables.

Car sans cette prise en compte, c'est de cette manière, en ligne directe, qu'on les enferme "sous le coup de l'offense".

olivier

@ Véronique :

Vous écrivez : "Et pourquoi les jeunes gars rouquins ne seraient pas capables, eux aussi, de consentir des efforts et de faire mentir leurs vulnérabilités aggravées par ce qu’ils n’ont pas reçu."

C'est sûr que ce serait bien. D'abord pour lui, pour nous ensuite. Ce serait bien... (je m'y suis même un peu employé toutes ces années là-bas, dans nos amitiés d'outre-murs).

Mais l'exigence salutaire qui est la vôtre, n'hésitez pas à l'appliquer aussi à d'autres.

Je n'ose pas trop le dire, vous comprendrez, mais faire de tous les honnêtes-citoyens-de-profession des victimes, des "offensés restés sous le coup de l'offense" (l'expression est de B. Barret-Kriegel au sujet du léninisme, dans 'L'Etat et les esclaves' - on peut la reprendre telle quelle) ne me semble pas aller dans le sens, celui de la responsabilité et de l'élévation de chacun.

Je ne coince pas quand vous appellez au resaisissement du rouquin. Je coince quand vous ne voyez pas les autres.

L'infantilisation du brave citoyen outragé ne sert pas que des intérêts moraux.

catherine A.

@Parayre
Si vous avez cru que j'avais des certitudes, c'est que je me suis très mal fait comprendre. Je pense simplement, c'est tout bête, qu'il faut une sanction. Sur ce qu'elle doit être et dans quelles conditions elle doit s'effectuer, il faudrait des pages entières. Si vous voulez me faire dire que les prisons actuelles ne sont pas ce qu'elles devraient être je vous l'accorde ; même si je n'y suis pas allée depuis longtemps. Stagiaire encore j'avais obtenu, après des mois de négociations avec la Chancellerie, de passer une journée en prison, sans prévenir au préalable le directeur et en ayant la possibilité de tout visiter et de rencontrer les détenus que je souhaiterais voir et ceux qui souhaiteraient me voir. C'était dans un ancien couvent de Clarisses reconverti en prison aprés la révolution. A chaque fois que j'y pense, je sens cette odeur de promiscuité, salpêtre, saleté, masquée difficilement par des litres de grésil. J'ai visité chaque cellule. Je me souviens d'une où devaient s'entasser une trentaine de détenus, à peine éclairée par une ampoule de 60 watts, une vraie cage aux fauves ; je me souviens des "pointeurs" isolés à l'étage et parmi eux de l'assassin-violeur d'un garçonnet de 4 ans qu'il avait enterré, aidé de son fils ado et qui doit à Badinter d'être en vie et sans doute libre aujourd'hui. Attention je suis contre la peine de mort ; je voulais juste dire qu'à quelques mois près, peut-être aurait-il été raccourci.
J'ai aussi assisté à des procès, et pas une seule fois, en attendant le verdict et en croisant souvent le regard de l'accusé, quels que soient les sentiments qu'il m'avait inspiré de compassion ou de répugnance, je n'ai pu réprimer un malaise physique ; la tête qui tournait, quand tombait le 10 ans ou 15 ans de prison.
Je ne suis donc pas une acharnée de la prison ; j'ai essayé simplement de dire qu'il fallait sanctionner les comportements délictueux mais qu'il fallait aussi tout faire pour aider, réinsérer. Comme vous je pense que rares sont ceux qui choisissent d'être délinquants. Ou alors ce sont ceux qui vont le moins souvent derrière les barreaux, ceux qui organisent, planifient à grande échelle, les délinquants en col blanc, les boss des trafics en tout genre, ceux qu'on appelle les "cerveaux".
Cela dit, je persiste - désolée - cantonner les détenus dans le rôle de pauvres types qui n'ont pas eu de chance et qui étaient quasiment obligés de "délinquer" (oh le néologisme) a des relents de déterminisme qui me dérangent.

Lousie

Enfin une sage parole Monsieur Bilger. Vous vous faites pragmatique !
Cette loi est juste car cette loi est équilibrée !

olivier

Merci Parayre d'avoir pris le soin de nous dire qui vous étiez et comment vous en étiez venus à cette retenue.

Merci, aussi, d'avoir rappelé la prostration de certains.

Peroixe

Le Monde est (parfois) petit. Peut-on se dispenser de le lire ? Ne serait-ce, alors que par mortification quotidienne ?

Véronique

@ Marie

En fait, Monsieur Bilger est multiple.

Sa nature romantique, romanesque, mélancolique et insaisissable, à l'image d'Elisabeth à Genève, l'a convaincu d'exercer un métier qui contiendrait son trop de personnalité étrange et fantasque.

Il suffit pour s’en convaincre de lire sa biographie professionnelle. Laquelle, si elle se situe dans la fuite et dans l’échappée, nous fait également envisager un jeune Bilger perméable, lui aussi, aux vulnérabilités.

Monsieur Bilger aurait-il infligé la question psychologique ?

Comme tout un chacun peut le lire dans ses ses notes, je pense que pour Monsieur Bilger, ce recours à la question psychologique n'est pas son genre.

Trop d'orgueil en lui pour consentir au petit et au très petit.

L'aveu d'un méchant qui avoue ne pouvant être compris pour lui que comme un succès, la preuve éclatante de son talent professionnel.

Non ?

@ Jacques

Je ne souris pas. *

Ma réponse à Olivier, même si elle est forcément déconnectée des réalités brutales et sans espérance du monde judiciaire et de la prison, est une illustration de l'effort de réflexion que j'essaie de faire.

Pour trouver un milieu juste.

Non pas en raison du mot milieu. Mais en raison du mot juste (je fais référence là à une phrase de Philippe).

« ...appuyées sur mon parcours personnel, les efforts consentis et l'éducation reçue... »

Et pourquoi les jeunes gars rouquins ne seraient pas capables, eux aussi, de consentir des efforts et de faire mentir leurs vulnérabilités aggravées par ce qu’ils n’ont pas reçu.

Ce qu’on ne leur a pas transmis ne doit pas les enfermer dans une vision d’eux-mêmes qui les explose.

* ps : vous ne voulez pas me croire. Mais pour l’ironie talentueuse et maîtrisée, j’ai trouvé à travers vos commentaires un maître.


Ludo Lefebvre

@ Parayre,

Vous faites le constat, c'est très bien et je l'entends, mais vous ne donnez pas la solution autre que la prison !
Très bien, je veux bien vous suivre, vous êtes empreint de sagesse, mais certains délinquants le sont-ils ?
Nous sommes déjà en train de vider l'océan avec une petite cuillère or vous savez bien qu'une absence de sanction carcérale serait une invitation pour certains peu scrupuleux. Alors certes l'emprisonnement est un pis-aller, mais que reste-il d'autre comme dissuasion lorsque des adultes décident de ne pas se comporter de façon responsable et altruiste ?
Devons-nous nous comporter comme eux, les laisser faire ?

Cet après-midi, alors que j'étais dans une file d'attente, un homme passe devant tout le monde, je lui dis que nous sommes avant lui, il insulte tout le monde et passe quand même... Comment aurais-je du réagir alors que je fus le seul à me manifester, devenir un barbare à mon tour et le rouer de coups pour un motif aussi futil et par conséquent être hors la loi, me taire comme le troupeau habitué à la soumission. Comment voulez-vous réagir lorsque vous-même vous ne vous autoriseriez jamais ce genre de comportement avec autrui ? Je peux vous dire que le soir lorsque vous allumez votre poste de télévision et que des journaleux vous expliquent que le problème, c'est vous, que la France est raciste, que ce que vous voyez au quotidien n'est pas vrai... Ceci vous met de la colère sur la colère ! Vous vous retrouvez bloqué avec votre éducation, votre phobie du scandale et toute une doxologie contre vous et vous êtes là, lésé, lésé et encore lésé !
Devons-nous nous mettre à vivre encore moins pour que des incivils puissent vivre leur plein épanouissement ?
J'en ai parfois ras le bol de cette société qui tourne à l'envers, qui ne cesse de prendre ceux qui font l'effort de bien se comporter pour des moins que rien... Ras le bol !
Quelles sont les mères débiles qui élèvent des rejetons ainsi pour que nous retrouvions à devoir les supporter ?

Marie

Je n'ai pas lu les articles du Monde cités, aussi, me suis-je permis une petite fantaisie.

Dame Véronique nous a fait une belle description de monsieur Bilger, dans la chronique sur Sissi. Aussi, m’appuyant sur celle-ci, je m’imaginais, notre hôte, trois siècles en arrière, sous Louis XIV, rendant la justice criminelle à la Tournelle d’un Parlement, lors d’un appel en matière criminelle.

A l’occasion de cette justice royale, écrite et secrète, un accusé lui aurait été soumis, là, dans cette chambre. Ledit individu aurait dû se défendre, seul, sans avocat et sans communication des pièces du procès. Il n’aurait pas fallu qu’il eût pu déguiser la vérité.

Suivant les formes de la grande ordonnance royale de 1670, notre révéré juge aurait été tenu de rechercher la preuve du méfait, du crime, dans l’affaire qui lui aurait été de céans présenté. Recherche strictement réglementée, celle-ci reposant sur le témoignage et l’aveu de l’accusé que notre vénéré magistrat se serait vu obligé, si nécessaire, d’obtenir par la torture, appelée « question judiciaire ».

Mais, celle-ci n’était toutefois qu’exceptionnelle, car ladite Ordonnance exigeait l’existence d’un crime punissable de mort, d’indices irréfutables contre l’accusé….

Là, une question se poserait : notre juge d’aujourd’hui aurait-il appliqué « la question » d’hier ?

Puis, celles-ci : La justice a-t-elle évolué ou est-elle devenue une justice pratiquant la « question psychologique » ?

Parayre

@catherine A.

N'y voyez aucune querelle de votre position finement argumentée mais une simple volonté de dialogue sur un sujet pour le moins délicat qui appelle échanges contradictoires et respectueux : j'ai, en termes de certitude(s), effectué un chemin inverse au vôtre !

A dix-huit ans, mes convictions sur la nécessité de la fermeté, notamment carcérale, étaient naïvement fortes, appuyées sur mon parcours personnel, les efforts consentis et l'éducation reçue...

Après trente années de magistrature ou presque - précédées d'une autre vie - et donc d'une familiarité quotidienne avec "l'imparfait", les réponses légales et judiciaires y apportées par mes soins ou mon institution sur mes réquisitions développées avec volontarisme mais, j'espère, toujours humanisme, m'ont conduit à perdre toute conviction, croyance, assurance arrogantes sur le tout-répressif et notamment la "prison"...

Aujourd'hui, à un âge avancé et retiré des "affaires", mes doute, incertitude, perplexité demeurent nombreux sur la pertinence de l'action pourtant loyale qui a été la mienne en serviteur scrupuleux de la Loi dans toutes ses dispositions.

Je n'adhère pas, vous l'avez compris, aux assurances affichées par beaucoup qui me semblent, au regard de mon expérience, ne souriez pas Véronique, révéler une méconnaissance de la réalité de la Justice pénale et du "monde" pénitentiaire comme du "public" - pardon d'utiliser ce terme - en relevant dans leur rigueur.

J'ai tenté, dans un précédent commentaire, resté sans écho ou presque, de m'interroger sur les colossaux préjudices causés par certains, peu ou pas réprimés, de surcroît dans des délais déraisonnables, et sur la célérité avec laquelle d'autres, plus miséreux - si, si, cher L.Lefebvre - à qui, seuls, compte tenu des délais sus-évoqués, les nouveaux textes sur les peines planchers sont et seront appliqués.

N'y trouvez aucune suffisance de "professionnel autiste" fermé à la controverse mais plutôt un témoignage nourri aux sources de la réalité de nos maisons d'arrêt, écoles du crime, de l'inactivité tabagique, bercée par la seule télévision et génératrice, pour ceux qui y sont incarcérés, plus de révolte que de prise de conscience de leurs errements pénaux antérieurs .

La surpopulation, et donc la promiscuité, l'oisiveté, la prostration ou le désoeuvrement sont certes, pour reprendre votre terme, constitutives d'une "punition" mais, sans ambition, elles ne participent en rien à l'éducation des détenus.

Or, je crois l'avoir déjà écrit "chez Philippe" , éduquer vient du latin "exducere" qui signifie conduire dehors...

J'aspire à ce que nos lieux d'enfermement y participent et qu'on ne se satisfasse pas, sans vision à plus long terme, de leur rôle actuel, improductif, de mise à l'écart, par définition provisoire, des plus abandonnés des nôtres.

Rares ou tout au moins peu nombreux, croyez mon vécu aux six coins de l'hexagone judiciaire, ceux qui choisissent volontairement la délinquance comme mode de vie après d'autres, plus normatifs, abandonnés car trop contraignants.

Ces derniers existent, certes, ils sont toutefois en faible nombre aujourd'hui, comme hier...


Fleuryval

@Olivier
Décidément, je t'aime bien, toi !
Tu as prévu quelque chose pour les dix ans qui viennent ?

diagonal

"Loin de moi l'envie de soutenir que la loi sur la récidive est parfaite"..
Quel serait à vos yeux, cher monsieur, ses défauts éventuels ? Auriez-vous "envie" (voire la capacité) de nous en dire un peu plus, au risque de "juger" de manière un peu plus critique, une loi préparée par un Exécutif cherchant uniquement à "châtier les méchants, et consoler les faibles", ce que les magistrats n'avaient jamais réussi seuls, jusqu'à présent. Et si le fait de châtier son langage avait pour unique vertu de calmer les débatteurs du café du commerce ? Pensez donc : ils pourraient lâcher la proie du Monde pour l'ombre du Figaro !... Quelle horreur.

Richard

Soutenez-vous que deux ans de prison est une peine proportionnée pour un voleur de parapluie ? Cette loi me semble à la fois injuste et inefficace.
Avec de telles mesures il sera bientôt possible de mettre en prison une large partie de la population (téléchargement illégal, canabis etc.). Comme l'a indiqué Maitre Eolas, une personne qui commet une infraction fait (psychologiquement) le pari qu'elle ne sera pas prise, pas que sa peine sera faible si elle est prise. Une piste est donc de sanctionner plus d'infractions (vidéo surveillance etc.) et non d'augmenter les peines pour les quelques malheureux qui se font prendre et qu'on l'admette ou non payent pour les autres. Cela veut dire aussi qu'il faut que la police soit plus maligne que les "voyous", ce qui n'est pas gagné.

olivier

Véronique :

Quand vous écrivez

"Je pense que le récidiviste - si nous pouvons utiliser ce terme très général - est une personne qui n'est faite que de vulnérabilités. Y compris celle qui s'appelle la frustration et la réponse impatiente qu'il y apporte, la délinquance."

je suis pleinement d'accord.

Pour 'mon' rouquin si j'ose dire (!), je crois qu'il était 'un peu plus à l'ouest' que nécessaire (la marginalisation, aussi).

"Habillé pour l'hiver"... écrivez-vous : oui.

à Ludo : je n'ai pas dit que vous étiez riche, mais je vous confirme tout de même que la prison rassemble des gens plus pauvres, et nettement, que la moyenne de la société.

à Catherine A.
Je suis d'accord avec vous en fait... et j'ai le sentiment que si certains ont vocation à changer les choses, la question de la réinsertion pourrait les occuper pleinement.

à tous : à Copenhague, on n'a pas besoin de mettre un antivol à son vélo. Peut-être que de ce côté-là, la paix civile danoise, on pourrait aussi chercher plutôt que d'entasser les détenus en se disant qu'on fait une grande oeuvre.

Véronique

@ Olivier

"La loi sur la récidive va-t-elle donc protéger les plus vulnérables ?"

Oui.

Dans le moins, ces vulnérables seront protégés le temps de l'incarcération des personnes qui présentent un risque haut de récidive, après la multi-récidive.

Ils auront également le sentiment que la société ne compte pas pour presque rien l’acte délinquant qu'ils ont subi. Cette violence de plus en plus violente que des éditorialistes dans le genre de celui du Monde ignorent parce qu'elle contrarie leur vision fantasmée du réel.

Seront-ils protégés sur le long terme ?

Non.

Si la peine de prison infligée est dénaturée de son sens premier qui est celui de la sanction. Donc, d’un possible coup d’arrêt dans le parcours délinquant.

Si la personne condamnée est confortée dans l'idée qu'elle n'est qu’une victime presque obligatoire de la société. Et si "ce statut", ajusté par d’autres, qui l’habille pour tout l’hiver, prend pour elle un caractère obligatoire et indiscutable.

Si le détenu n'est pas professionnellement et très qualitativement encadré lors de sa détention et de sa libération.

"Le récidiviste n'est-il pas aussi une personne avec sa propre vulnérabilité ?"

Je pense que le récidiviste - si nous pouvons utiliser ce terme très général - est une personne qui n'est faite que de vulnérabilités. Y compris celle qui s'appelle la frustration et la réponse impatiente qu'il y apporte, la délinquance.

Le jeune gars rouquin qui n'arrêtait pas de voler éprouvait aussi, je crois, un énervement fou à l'idée de toute frustration. Ne pas savoir se maîtriser est d'abord une violence qu'on inflige à soi. Qui finit toujours par faire exploser ce qui peut encore structurer et faire grandir un jeune gars.

Polochon

Le Monde est petit. Mais il y a d'autres excellents journaux sur la place de Paris et qui parviennent même en province !

catherine A.

@Philippe Bilger:
"Puis-je faire remarquer que, dans une société bien organisée et moralement structurée, l'importance du préjudice n'a rigoureusement rien à voir avec la gravité du délit ou du crime ?", écrivez-vous. Certes. D'autant que la "maladresse" n'est pas forcément une excuse et qu'en général celui qui commet un vol espère que celui-ci en vaudra la peine. Encore que... pour se remplir sérieusement les poches mieux vaut un beau braquage ou un délit d'initié qu'un vol à l'arraché... et s'il n'y a pas de raison de donner une prime aux "branquignols", voler un oeuf, un boeuf ou tout un troupeau, ce n'est peut-être pas tout à fait la même chose.
@Olivier
Qui sont pour vous ces "vulnérables" : des gens pauvres, trés pauvres ? Insupportable pour tous ceux qui en bavent au-delà de ce que la plupart d'entre nous peuvent imaginer mais qui pour autant, jamais ne passeront la ligne. Alors peut-être ceux qui n'ont pas eu la chance, dès leur enfance, d'être aimés, respectés et qui ne savent pas grand-chose de l'interdit et de ce respect minimum qu'ils n'ont pas eu ? Respect "maximum" plutôt.
Je vous suis quand vous dites qu'il faudrait se préoccuper de "l'origine de la nuisance". Simplement je pense qu'une "bonne" peine doit avoir deux fonctions : la première, évidente et selon moi indispensable, de punition ; la seconde d'aide, d'accompagnement du détenu ; parce qu'une société évoluée doit tendre la main aux plus faibles et si j'étais cynique, j'ajouterais que d'ailleurs c'est son propre intérêt.
Vous voulez que soit pris en compte le réel, d'accord mais n'oublieriez-vous pas un peu vite celui des victimes, drôlement "vulnérables" elles aussi.
Vous allez me dire que les délinquants sont eux aussi des victimes. A 18 ans je vous aurais dit "mille fois oui" et je n'y aurais pas mis la moindre restriction. Je crois que ce n'était pas une analyse correcte et qu'en disant cela je les cantonnais dans un statut de délinquants à perpétuité ; une idée franchement pas admissible.

Ludo Lefebvre

@ Olivier,

Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de pauvres en prison. En effet, le trafic de drogue, de voiture, le racket, la prostitution... rapportent beaucoup d'argent alors certainement au milieu de ce genre de délits, il y a quelques poivrots égarés, des nécessiteux qui ont cédé à la tentation. Celui que j'appelle pauvre n'a pas de quoi manger, se loger. Un employé modeste qui se fait un supplément de revenus en dealant du shit ou en volant des plombs n'entre déjà plus dans cette catégorie. Je suis moi-même pauvre puisque les dividendes de mon travail ne me seront payés que l'an prochain et que je vis entre-temps avec 420 euros par mois. Je ne suis donc pas un déconnecté de ce type de réalité.

olivier

à Véronique :

Vous écrivez

"(...)les délinquances à répétition qui atteignent, en premier, les plus vulnérables."

Tout à fait d'accord avec vous.

Mais.

La loi sur la récidive va-t-elle donc protéger les plus vulnérables ?

N'y a-t-il de politique de sécurité efficace que celle qui se traduit par un allongement des peines (et donc à court terme nécessairement par le passage à 70 - 80 000 détenus) ?

Au fond, faut-il mettre "hors d'état de nuire" un nombre x de concitoyens, pour combien de temps et sans jamais se poser la question de l'origine de la nuisance, du risque que le "remède" soit pire que le mal, et toutes ces choses un peu vulgaires qu'on appelle le réel ?

Le récidiviste n'est-il pas aussi une personne avec sa propre vulnérabilité (et je me souviens pour ma part d'un petit gars rouquin qui avait beaucoup volé ...)?

(Vous voulez que je vous dise : j'ai le sentiment que les héros actuels, ceux qui dégoulinent des pages de Match et de TF1, ceux là, ils se fichent un peu des plus vulnérables. Ils disent que non - ça devrait suffire, non ?)

Cactus Tout Cours

"Pourquoi tant d'acrimonie, et avec une telle méthode ?" dites-vous !
Je suggère juste de l'acrimonie avec parcimonie (à l'extrême limite alors !).

Catherine JACOB

J'ai lu l'article du Monde objet de votre billet, j'ai commencé par être interpellée par ce paragraphe:
«en cas de récidive aggravée, il [le prévenu] aurait eu bien du mal à sortir du carcan imposé par la loi : il lui aurait fallu invoquer des garanties "exceptionnelles" de réinsertion. "C'est un exercice quasiment impossible, soupire une parquetière de la région parisienne. La plupart du temps, nous avons affaire à une population en déroute sociale : des RMistes sans formation, des chômeurs en fin de droits, des toxicos, des gens en rupture totale avec leurs familles. Pour leur trouver des garanties exceptionnelles de réinsertion, il faut vraiment faire preuve d'imagination..." D'autant que les comparutions immédiates permettent difficilement de connaître le parcours des prévenus : à l'audience, les juges disposent uniquement d'une courte enquête sociale réalisée en urgence.»

Je continue de méditer.

Pour être honnête je précise que cette méditation est celle de la victime de plus d'une agression et dont la voiture a notamment été l'objet d'un récent sabotage visant probablement à s'emparer d'une batterie presque neuve [ une batterie de 4x4 ça ne fait pas 10 euros!!], sabotage interrompu mais qui a laissé le véhicule en état d'occasionner un possible accident en stoppant net à la traversée d'un carrefour par exemple -heureusement il a stoppé plus loin à un endroit ou son stationnement n'était pas gênant-, et qui a des choses à dire concernant notamment les méthodes d'enquête de police telles qu'il lui a été loisible d'en avoir un aperçu, mais que bien évidemment elle ne pourra pas exprimer sur ce blog, la mention en étant faite juste pour que les lecteurs ultérieurs du commentaire qui a des chances d'être un peu virulent puissent apporter mentalement un facteur de correction.

olivier

à Ludo Lefèvre et Parayre :

Je vous confirme votre stupéfiante intuition : il y a beaucoup de pauvres en prison.

olivier

J'ai lu votre nouvelle défense de la loi sur la récidive.

Je vous renouvelle donc mes questions :

Y aura-t-il, un jour, une loi suffisante, ou ces lois sont à la politique de sécurité ce que la pédale est au vélo ?
Y a-t-il une différence de nature entre la régularité du discours sécuritaire qui réclame "plus de fermeté" et le discours enseignant qui réclame "plus de moyens", le prêche de l'imam qui réclame "plus de moralité (des femmes)", le MEDEF qui réclame "plus de souplesse" ou bien enfin votre modeste lecteur qui réclame "plus d'amour" ?
Est-ce que le discours de la fermeté-renforcée s'arrête un jour comme une guerre ou un délire, du genre "ça finit par passer" - Barthes aurait dit par "tomber" - ou bien est-ce qu'il s'agit de lois dirigées par la raison et donc soumises à la discussion de leurs effets ?
(dans l'hypothèse où le prêche serait soumis à résultats, quand pourra-t-on les mesurer ? à quelle aune ? Les tenants de ces discours ou de ces lois auront-ils un jour une responsabilité morale ou politique ?)

Mon second "point" : par fonction sans doute, par tempérament peut-être, vous "tracez la ligne" entre les braves gens et les méchants.
Il me semble, et je l'ai appris aussi dans quelques livres, qu'on est d'autant plus gentil qu'on sait, intimement, qu'on peut être méchant.
Ce n'est donc pas tout à fait déjà écrit, la ligne entre bons et méchants, ça se conquiert chaque jour, et d'abord pour soi évidemment. Nous rappeler à l'ordre est d'ailleurs votre métier, sans doute : traceur de ligne - permettez-moi cette idée.

Mais ma question est donc : à force de leur raconter l'histoire de la bonté-des-braves-gens, ne craignez-vous pas qu'une violence légèrement au-delà de ce qui nous réunit comme société humaine finisse par s'exercer envers les méchants ? Au cas où cette violence s'exercerait déjà, au moins un tout petit peu, sporadiquement, ne craignez-vous pas de la couvrir en quelque sorte, non par la justification de la sanction, mais par la justification de plus de sanctions, et ceci, ce plus de sanctions, de manière récurrente ?

On appellerait cela une spirale, plutôt qu'une ligne, une ligne droite et sûre.

Ceci dit, je ne voudrais pas non plus gâcher la fête, le feu, les libations, tout ça quoi. Mais dès que vous aurez fini cette grande confortation, et peut-être ses lendemains moins lumineux, sachez que nous sommes quelques-uns à être là, disponibles pour autre chose.

Véronique

La peine plancher m'apparaît comme un élément d'analyse intéressant dans une appréciation nouvelle du sens donné à une sanction.

L'éditorial du Monde pourrait être proposé comme un texte emblématique des insuffisances, dans le débat public, liées à cette notion de sanction.

Au-delà de la négligence qui consiste à ne pas mentionner le profil du parcours pénal antérieur des personne susceptibles d'être sanctionnées par une peine plancher.

Au-delà de l’inconséquence qui consiste à feindre d'ignorer que le texte de RD garantit la liberté d'appréciation du magistrat, cet éditorial est à lui seul une synthèse du mépris qu'on a affiché pendant des années pour les délinquances à répétition qui atteignent, en premier, les plus vulnérables.

Quant aux magistrats qui interviennent dans l'article d'A. Chemin, où ont-ils trouvé l'idée que leur profession devrait être un métier facile ?

Appliquer ou ne pas appliquer une peine plancher est une décision et une responsabilités judiciaires qui donnent mal à la tête et à l‘estomac. La personnalisation de la peine, devenant, par l'application ou non du plancher, un exercice professionnel des plus exigeant. Ce qu’il ne doit jamais cesser d’être.

Pierre-Antoine

Mais non, mais non, brave gens dormez en paix LA Justice avec un J majuscule veille sur vous, pour assurer LE Ordre public avec O majuscule.
Je me rappelle ce que me disait un homme du fond de sa cellule, incarcéré pour je ne sais plus quel obscur déli : "Sais-tu pourquoi on représente la justice les yeux bandés avec une balance dans la main ?"
"ben pour qu'elle puisse juger avec équité sans tenir compte des apparences" ai-je répondu naÏvement.
"et non pauvre pomme, c'est pour qu'elle voie pas qui met du fric dans le plateau de sa balance pour la faire pencher du bon côté".

ça me rappelle ce que me disait un magistrat ami, "savez-vous pourquoi le code pénal est rouge ?"
là j'avais avoué mon ignorance.
"tout simplement pour que les magistrats ne s'aperçoivent pas qu'on leur a greffé à la place du coeur à l'ENM."
Il faut dire que c'était un magistrat qui avait quelques problèmes avec sa hiérarchie...

Que vous soyez riche ou pauvre etc. etc.

Continuez à dormir en paix braves gens, il y a quand même des rejets de greffe.

Cordialement

Pierre-Antoine

Ludo Lefebvre

@ Parayre,

Je vous rejoins également. J'aime l'argent, la possibilité de liberté qu'il offre, les gens entreprenants, inventifs, travailleurs, intelligents... Je ne suis donc pas dans une lutte des classes. Simplement, l'argent mal acquis, qui affame, spolie, qui bloque l'ascension d'autres potentiels, le veto corporatiste... me révoltent. Je n'accuse en rien notre président de la République, mais son entourage de droite comme de gauche, je ne suis pas dans une position politique, est bien repoussant. Je redoute une mainmise sur les affaires par de sombres crapules qui nous promettent des lendemains crépusculaires !

Parayre

@Ludo Lefebvre :

J'approuve les entiers termes du dernier paragraphe de votre commentaire et partage votre inquiétude.

J'ajoute :"comparutions immédiates" pour certains, "longues instructions" pour d'autres suivies de main-levée de mandats d'arrêt comme pour MM.Pasqua fils et Falcone...

Je doute que les délits d'initié occupant aujourd'hui l'actualité aboutissent rapidement à une répression de nature à châtier les méchants et consoler les faibles...

L'importance des préjudices me semble pourtant, en l'espèce, constitutive d'une gravité extrême des infractions dénoncées par l'AFM : on n'atteint pas des "planchers" mais plutôt des "plafonds" !

Frère Ponce

"Puis-je faire remarquer que, dans une société bien organisée et moralement structurée, l'importance du préjudice n'a rigoureusement rien à voir avec la gravité du délit ou du crime ?"

Comme vous avez raison !

En Perse, par contre, les procureurs font de la gravité du délit (le vol, par exemple), une condition sine qua non de la mise en mouvement de l'action publique.
Par exemple, aucun procureur perse n'enclenchera les poursuites si le délinquant est arrêté avant d'avoir dérobé quoi que ce soit.
Par conséquent, les policiers perses sont obligés de laisser le voleur accomplir parfaitement son forfait avant de l'arrêter !
Cela n'arriverait pas dans une société moralement structurée comme la nôtre !

Gloire à notre société bien organisée, qui nous préserve d'une telle aberration. Et gloire à vous, monsieur l'avocat général, digne représentant de notre ministère public.

Ddt

Pourquoi cette loi est-elle si indispensable si finalement elle ne change rien ? Tout changer pour que rien ne change, comme Lampedusa ?

De deux choses l'une : soit cette loi (comme vous le prétendez) ne contraint pas les magistrats et elle est alors inutile, soit elle les contraint et toute votre argumentation tombe.

Vous écrivez :

--
"Pour certains êtres, il faut concéder, tristement, que la liberté est criminogène et que leur faillite ne révèle pas l'échec de la prison, comme on le dit trop souvent"
--

Je ne peux pas être d'accord avec vous. Ou si la liberté est criminogène, elle l'est moins que l'ambiance délétère qui règne dans les prisons, même si celles-ci étaient plus dignes et moins surpeuplées, elles resteraient comme elles l'ont été depuis qu'elles existent, une école de la déviance et de la désocialisation.

Il ne faut pas oublier que la fonction de la prison varie selon les âges et les théories dominantes. Que je sache, elle est surtout un ultimum subsidium, la solution désespérée d'une société des droits de l'homme qui se retrouve confuse au moment de devoir les violer pour punir. Une solution qui permet de proportionner les délits et les peines.

Car certes la réparation du péjudice a lieu au civil et le vol est constitué quelle que soit la somme, mais il serait à mon sens de mauvaise foi de prétendre qu'un vol doit être puni de la même façon selon qu'il porte sur dix euros ou sur des millions.

Bref...

Ludo Lefebvre

Cette mesure sur la récidive va obliger le justiciable indélicat à intégrer la notion de conséquence de ses actes, à défaut que ce soit dans une démarche altruiste, ce sera dans une démarche égoïste, mais qui n'en sera pas moins efficace.
Si ce dernier ne veut toujours pas faire entrer en lui la conscience et bien il sera incarcéré et ce sera un temps de répit pour les victimes potentielles.
Je connais un bon moyen de ne pas être confronté à ces mesures, il consiste à ne pas commettre de crimes et délits, c'est pourtant simple. Il faut que le délinquant moderne sorte de la politique de l'excuse dans laquelle il fut plongé depuis si longtemps. Si quelqu'un a faim, il peut trouver dans la générosité de ses concitoyens et du gouvernement des solutions moins préjudiciables, s'il n'a pas faim alors il n'a pas d'excuses car il assouvit des pulsions de luxe et non de survie.
Attention cependant au possible tout répressif pour les couches populaires et au possible tout permissif pour les nantis... Il y a une possibilité de dérive grave qui n'est pas à négliger !

Je ne sais pas

Il est clair que tout le monde veut la même chose : une diminution sensible d'un phénomène social qui a nom délinquance, lequel regroupe les conduites socialement repréhensibles du fait de délits caractérisés à répétition. Le projet, puis la loi de lutte contre la récidive qui vise à ce que, au moins, les gens ne retombent pas dans la même faute et méditent sur leurs errements passés sans les réitérer, ne se situe pas tant, dans ses buts, sur le strict plan de la morale que sur le plan de la gestion, non pas tant non plus d'un vivre ensemble plus harmonieux qui impliquerait de considérables efforts de part et d'autre, efforts dont la mise en oeuvre dépasse largement le cadre du judiciaire, que d'un climat social moins explosif.

On discute donc avec cette loi à la fois de stratégies et aussi de moyens.

Vous nous dites que Le Monde, sous la signature d'Anne Chemin, se pose la question des effets pervers de tels moyens, ce qui veut dire que leur mise en oeuvre pourrait représenter sur le strict plan de la gestion d'un problème donné, un résultat déficitaire, autrement dit encore plus négatif que positif, ce qui s'analyse non pas du strict point de vue du nombre de condamnations prononcées à ce titre sur le nombre de condamnations totales, et sur une période donnée, ainsi que de leur effet quant à une diminution sensible du phénomène social en cause, et qui serait mesurable - reste encore en définir les critères d'appréciation - mais du point de vue de la balance entre le bénéfice socialement retiré de la diminution d'un phénomène pénible pour l'ensemble du corps social, et le coût en termes de gâchis humain qui pourrait intervenir au titre d'un effet pervers, et ne représenterait, de ce fait, aucun bénéfice en termes de véritable progrès eu égard à un idéal supérieur de société, mais au contraire une régression manifeste.

Or à cette question vous répondez : «dans une société bien organisée et moralement structurée, l'importance du préjudice n'a rigoureusement rien à voir avec la gravité du délit ou du crime. » autrement dit vous vous placez plus ou moins à cheval entre le plan strictement moral, et le plan d'une sorte d'économie politique subreptice, et en cela vous posez problème parce qu'il devient dès lors difficile de vous répondre sans adopter la même position que vous, ce qui risque de conduire à une voie sans issue.

Personnellement, je pense que pour avancer il faudrait, pour une fois, adopter une démarche que, en général, je n'aime pas, mais qui dans votre cas s'impose.
Il sagit de la démarche scolaire en trois points et qui tendrait à analyser séparément ces différents plans ou points de vue : I- le point de vue du moraliste II- le point de vue du gestionnaire [ou inversement] III- leur synthèse, puis conclure... provisoirement, en faveur ou contre une simplification telle celle-ci «Châtier les méchants, consoler les faibles. C'est aussi simple que cela. » Autrement dit, lire l'article par soi-même puis réfléchir. Or, je n'ai pas encore fini de réfléchir à votre précédent billet.

Marie

"Châtier les méchants, consoler les faibles"

Beaux préceptes de la Justice.
Pour certains, ceux-ci ne sont qu'illusions ; rêves d'un monde espéré meilleur. Idéalisé, sans doute.

Malheureusement, la réalité est parfois plus cruelle ; cela ne se passe pas exactement ainsi. Je vous renvoie, pour cela, aux paroles d'un certain haut magistrat.

Thierry SAGARDOYTHO

Si Le Monde est petit, Le Figaro est grand (et ce n'est pas une prière) ! Convenons-en tout de même : le Parlement a voté les peines planchers car il se méfie fermement de l'indulgence, qu'il estime coupable, de ses juges répressifs. Aussi habile que soit le plaidoyer de Philippe Bilger, avocat résolu et déterminé des peines planchers, le dispositif est suffisamment encadré pour interdire dans une assez large mesure qu'il y soit dérogé. Où seront les garanties de réinsertion permettant au tribunal de déroger à l'application de la peine plancher chez un individu comparaissant détenu, à l'issue d'une instruction ou mieux encore traduit en comparution immédiate à la sortie d'une garde à vue (sale, fatigué et hagard le plus souvent) ??? Le politique se méfie de ses juges, qu'il méprise au point d'ailleurs de les qualifier de "petits pois" et la peine plancher n'est pas autre chose qu'un saucissonnage du juge pénal. Cette conception se conçoit dans un système où la prison est une mesure de neutralisation. J'aimerais, Monsieur l'Avocat Général, qu'à l'occasion d'un prochain message, vous nous exposiez et, mieux encore, nous persuadiez de la façon dont, selon vous, la prison amende, rééduque et réinsère : en effet, votre plaidoyer peut être convaincant si, au final, la prison réinsère. Or, sur ce second point, vos réflexions nous aideraient à considérer que l'ensemble est cohérent. Remplir les prisons, soit. Mais pour faire quoi après ? Impatient déjà de vous lire...

Marcel Patoulatchi

Dans un article publié par le Monde il y a deux jours (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0%402-3224,36-966484%4051-966397,0.html), on apprend que « Alexandre Glardon, le président de l'antenne strasbourgeoise des Don Quichotte, a été condamné, jeudi 11 octobre, à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour outrage en récidive et violences sur un agent public ».

Un scandale, si l'on suit bien le ton de l'article.

Bien entendu, l'unique source d'information de l'article semble être le conseil du condamné (et ses proches), qu'on peut entendre déclarer qu'en fait « son client ne l'a [sa victime] pas frappé. Mais comme il s'agissait d'un agent de la CUS, la peine a été aggravée : normalement, il aurait dû avoir une amende et là, c'est une peine de prison qui est prononcée ». Le journaliste qui aurait fait le moindre effort aurait mentionné que le fait qu'une circonstance aggravante soit prise en considération peut, certes, changer le quantum d'une peine (notamment en passant d'une peine contraventionnelle pour des violences volontaires n'ayant pas entraîné d'ITT à une peine d'emprisonnement pour les mêmes violences volontaires aggravées) mais ne change en rien sa qualification : si Alexandre Glardon a été reconnu coupable de violences volontaires sur une personne chargée d'une mission de service public, il y a nécessairement eu des violences.

L'avocat, avec la bénédiction du Monde, « compare son client à "Jean Valjean" qui aurait "volé un quignon de pain et aurait pris vingt ans de bagne" », mais que ne nous en dit-il plus sur la personnalité de ce Jean Valjean - sa popularité auprès des services de police et de la justice ne serait-elle, à tout hasard, pas à son avantage, y apparaîtrait-il plus Thénardier que Valjean ? Qu'en pense Cosette ?

Le Monde est effectivement petit. Ce n'est pas vraiment nouveau mais cela mérite d'être signalé encore.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)

Ma Photo

MA CHAINE YOUTUBE

PRESSE, RADIO, TELEVISION & INTERNET

INSTITUT DE LA PAROLE

  • Formation à l'Institut de la parole
    Renseignements et inscriptions : philippe.bilger@florimont.com
  • L'Institut de la Parole propose des formations dans tous les domaines de l'expression et pour tous, au profane comme au professionnel de la parole publique. L'apprentissage et le perfectionnement s'attachent à l'appréhension psychologique de la personnalité et aux aptitudes techniques à développer. L’Institut de la Parole dispense des formations sur mesure et aussi, dans l’urgence, des formations liées à des interventions ponctuelles, notamment médiatiques. Magistrat honoraire, Philippe Bilger propose également des consultations judiciaires : conseils en stratégie et psychologie judiciaires.

MENTIONS LEGALES

  • Directeur de la publication : Philippe Bilger
    SixApart SA 104, avenue du Président Kennedy 75116 PARIS