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« L'inculture judiciaire | Accueil | Peines perdues »

Lettre à mon Ministre

Madame le garde des Sceaux,

Ne voyez nul irrespect dans ce courrier. Faute d'avoir eu l'honneur de vous rencontrer et de vous parler, il ne me reste que l'écrit pour vous transmettre le message qui me tient à coeur. Je suis persuadé aussi que vous préférez, comme moi, une parole libre à un silence complaisant, une franchise spontanée à une campagne d'insinuations et de rumeurs.

J'ajoute que, pour respectables qu'ils soient, les syndicats n'ont pas vocation à être les seuls intercesseurs entre vous-même et la magistrature et qu'il y a place pour des visions singulières.

Votre politique, celle qui est mise en oeuvre et celle que vous annoncez, puis-je vous dire que je l'approuve totalement. Je tiens pour rien mes réticences sur telle ou telle fusée intellectuelle lancée par le président de la République et dont la validité serait à vérifier. Par exemple, la comparution des personnes déclarées irresponsables devant les cours d'assises. Je ne crois pas que les familles de victimes seraient davantage consolées et je suis certain que l'Etat de droit y perdrait.

Pour l'essentiel, mon assentiment pour la loi sur les peines planchers vous est depuis longtemps acquis et je ne perçois que des avantages, pour la société, à faire passer les récidivistes dangereux, majeurs ou mineurs, sous des fourches caudines fiables et rigoureuses.

Si vous parvenez à mener à bien la réforme de la carte judiciaire - et vous avez rappelé votre détermination à ce sujet -, vous aurez réussi, contre tous les corporatismes se déguisant en intérêt public, un exploit qui méritera d'être salué. Vous avez installé une commission pour réfléchir à la dépénalisation du droit des affaires. Ce ne sera pas une mince entreprise entre l'utile exclusion de l'accessoire, sans mauvaise foi caractérisée, et la conservation de l'essentiel clairement frauduleux.

Vous prévoyez, pour la fin du mois de novembre, un grand débat sur la future loi pénitentiaire et si celle-ci tient ses promesses, les prisons, aussi nécessaires qu'elles soient, ne constitueront plus une indignité humaine et une honte pour la République. Ce qui est au coeur de votre projet et qui garantira au moins l'abstention bienveillante de l'opinion publique, c'est la volonté d'améliorer, en même temps, la condition des condamnés et le sort des personnels. A distinguer la première du second, le risque de devoir faire face à une incompréhension outrée était inévitable. Vous y échapperez par cette solidarité tout à fait justifiée. Et la nomination d'un contrôleur général des lieux d'enfermement est une initiative qui aura à l'évidence d'heureux effets. Un regard extérieur sur les univers clos est plus efficace que les  vigilances internes trop souvent formelles.

Peut-être vous attacherez-vous aussi à modifier la composition du Conseil supérieur de la magistrature. Diminuer le nombre de magistrats ne l'affaiblirait pas mais le rendrait, paradoxalement, plus légitime. Un jour aussi, vous oserez remettre sur le chantier cette question fondamentale de la responsabilité des magistrats. Dès lors que leur activité juridictionnelle tombe dans un dévoiement qui ne la protège plus, on pourrait concevoir un régime élargi de responsabilité qui tiendrait compte de cette dénaturation. Admettre cette exigence non plus comme une charge mais comme un honneur, loin de fragiliser notre corps, restaurerait la confiance du citoyen qui ne nous prêterait plus un pouvoir sans contrepartie, aujourd'hui intolérable.

Pour ma part, oserais-je suggérer que la division de la magistrature en deux unités distinctes et autonomes - siège et parquet - représenterait une chance pour l'institution. Créer organiquement l'obligation d'un double regard apporterait un esprit neuf à notre procédure pénale qui n'attend que cette révolution puisqu'on ne veut pas de celle, radicale et bienfaisante, qui consisterait à supprimer la fonction de juge d'instruction.

Vous avez manifesté votre désir de nommer plus de femmes à des postes importants de responsabilité. Je n'y vois que des avantages si on ne tombe pas dans le travers qui a permis, parfois, l'hégémonie virile : reléguer la compétence au second plan. Peut-on vous suggérer d'adopter des méthodes moins brutales ? Est-il ainsi indispensable, pour la bonne administration de la justice, de "virer" quelques mois avant sa retraite un procureur général respecté ?

Vous devinez bien que je n'aurais pas eu l'impudence de vous envoyer une correspondance électronique s'il ne s'était agi que d'un aval à donner à votre politique. Vous avez suffisamment de partisans pour n'avoir pas besoin de moi. Il n'empêche que le fond ne cesse pas de me convaincre mais que la forme me laisse surpris. Au nom du premier, je me permets d'évoquer la seconde.

Par forme, j'entends par là vos apparitions sur la scène mondaine médiatisée. Il y a quelques jours, j'ai parcouru Point de vue et je vous ai vue. Pour ne rien vous cacher, mon premier sentiment fut d'étonnement. Comme on pouvait s'en douter, le Canard enchaîné vous a consacré un article. Bernard Arnault donnait un dîner historique pour les 60 ans de Dior. Apparemment, la fête fut superbe et vous portiez une très belle robe longue.

Peut-être êtes-vous en train de songer que ce magistrat sur lequel vous avez une autorité, par l'entremise de son procureur général, dépasse les limites et que votre existence de garde des Sceaux ne le regarde en rien. C'est sur ce point capital que je me sépare de vous.

En effet, il me semble que la communauté des magistrats et son ministre constituent une totalité, une unité, une solidarité qui ne peuvent pas laisser la première indifférente et le second insensible. Il est manifeste que si vous administrez le service public de la justice, si, d'une certaine manière, vous nous gouvernez, vous nous représentez aussi. L'action du ministre que vous êtes ne s'arrête pas, à nos yeux, au seul vote de lois et à des déclarations publiques qui, prononcées parfois devant des publics hostiles, feront de moi à chaque fois le défenseur de votre courage intellectuel et politique. Elle concerne aussi cette immense part de mondanité et de publicité qui vous voit conviée en qualité de garde des Sceaux et offre une illustration de votre personnalité dans laquelle nous sommes évidemment partie prenante. Pour prendre un exemple, lorsque Claire Chazal a le droit de se laisser photographier en votre compagnie, nous sommes aussi les victimes de cette confusion.

J'ai conscience d'aborder un thème délicat mais qui me paraît suffisamment important pour que je vous en entretienne. Notre perception de vous-même en qualité de ministre ne parvient pas à occulter cette vie mondaine médiatisée qui, pour être théoriquement à égale distance de la vie personnelle et de la vie politique, représente surtout, sans rapport avec la première, une vision clinquante, superficielle et ostensible de la seconde. Je sais bien que quelques-uns de vos collègues, hommes et femmes, sont friands de ces exercices sociaux et somptuaires mais votre fonction rend sans doute le hiatus plus éclatant entre le sérieux, la rigueur de la fonction et la futilité de ces manifestations où tout coule et se montre en surabondance. Il est normal que nous nous en préoccupions comme il ne serait pas absurde que les autres administrations s'en soucient.

Il serait même scandaleux que le corps judiciaire, dans le secret ou sans fard, ne soit pas attentif à ce qui accable quotidiennement la justice en le comparant avec les soirées brillantes qui, aussi passionnantes soient-elles, semblent trop en décalage, en inadaptation pour ne pas susciter au moins une once de malaise chez nous. Les tragédies, les dérives, les échecs, les désastres enfouis dans l'exercice de toutes les justices, pas seulement pénale, la multitude de ceux réclamant consolation et réparation, de ceux faisant obstacle à la manifestation de la vérité, les contentieux de luxe et les instances de pauvreté, cet immense et contrasté paysage judiciaire n'est-il pas, avec son intensité dramatique, trop lourd pour pouvoir supporter un garde des Sceaux qui s'adonnerait, sous notre regard de professionnels et de citoyens, à des incursions festives sans commune mesure avec la grandeur de sa charge et l'honneur de notre métier ?

Une seconde, j'ai cru deviner sur votre visage une touche de dérision et comme un peu de condescendance. Certes, vous avez été magistrat mais vous connaissez et admirez les entrepreneurs, vous raffolez sans doute de l'esprit d'entreprise. Je devine aisément les procès qu'on peut intenter à notre institution. Elle serait ridicule avec sa dénonciation éthique de l'argent et son puritanisme, cet éperdu désir de pureté qui l'habiteraient. J'ai trop souvent vitupéré le corporatisme de beaucoup de mes collègues pour ne pas venir au secours de la magistrature quand elle le mérite. Si notre conservatisme est souvent timoré, il a aussi son allure et nous préserve, avec une intuition rarement en défaut, des pièges qu'induisent les fascinations faciles de la modernité, du luxe et de la profusion. Il est vrai que nous portons en nous, probablement avec trop de raideur et de rigueur, une bonne conscience que j'admets, à force, lassante, une détestation sinon de l'argent du moins de toutes les manières inélégantes et vulgaires d'être riche qui nous rendent, il faut bien l'avouer, la tolérance souvent de plus en plus difficile. Reconnaissez qu'il y a dans le luxe massif quelque chose qui gêne, que la vulgarité suinte même des gens de distinction quand on a l'impression qu'ils ignorent ou méprisent ce qui se passe de l'autre côté de la rue, de la vie. Aussi, on ne saurait tourner en dérision ce qui fait profondément la force de notre être collectif, précisément notre goût des êtres au coeur de toute justice authentique et notre méfiance de l'avoir. Cela ne signifie pas évidemment que nous serions assez sots pour ne pas réclamer une augmentation de nos traitements et, plus noblement, du budget de la justice. Mais je crois que nous sommes parvenus à nous situer, aujourd'hui enfin, dans une morale de l'équité. J'insiste sur ce plan car votre volonté justifiée de battre en brèche nos archaïsmes pourrait vous faire oublier la qualité et la rectitude des principes et des valeurs qui généralement guident notre pratique. Dès que nous pouvons être les témoins de ce qu'accomplit notre ministre de la justice, ici ou là, côté place Vendôme et côté Dior, nous sommes fondés à penser. On peut garder ces pensées pour nous ou les exprimer. Je suis sûr que vous ne vous irriterez pas de cette étrange missive électronique inspirée par la passion de la justice qui nous est commune. Quelle présomption de ma part, d'ailleurs, que de croire que vous la lirez mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour écrire.

Daignez agréer, madame le garde des Sceaux, l'expression de ma très haute considération.

Commentaires

Revu et corrigé à la hausse donc opinion inchangée. Quel talent que celui du Maître des mots !

Monsieur l'Avocat Général,

Votre plume est à l'image de votre langue: définitivement sans pareille.
Acceptez en conséquence mes compliments les plus sincèrement dénués de toute flagornerie.
Au plaisir (relatif de tout de même) de vous entendre bientôt requérir contre un de mes clients.

Vincent OLLIVIER
Avocat à la Cour

Tout est dit sur le fond en observant la forme : l'adresse de cette lettre sur la toile plutôt que place Vendôme. Voilà beau temps qu'on rêve de savoir la Justice domiciliée ailleurs qu'au voisinage du Ritz, Cartier, Chanel, Van Cleef & Arpels.
Comme si, enfin, elle n'était plus du luxe et se cherchait un siège entre ou trop ou trop peu.

Il y a quelques métiers qui imposent un certain devoir de non-fréquentation... Journalistes, magistrats et sans doute garde des Sceaux, afin de garder la (bonne) distance qui évitera quelque complaisance. Mais on assiste tous les jours à des complicités méditatiques loin des régles éthiques... On apprend aussi, ici ou là, des délits d'initiés où les complicités sont à peine cachées. Il n'y a plus de bal masqué au pays du Président décomplexé !

Une belle rose, Monsieur Bilger, mais que d'épines !

Je suis esbaudi, Monsieur l'Avocat Général, par votre habilité à mêler critique et admiration, enthousiasme et scepticisme. C'est avec des termes bien délicats que vous lancez vos scuds, en étant de plus, j'en suis convaincu, parfaitement sincère.
Toutes mes félicitations, continuez à partager votre verve et, plus important, vos positions.
La magistrature est hélas trop pleine encore de flagorneurs dont l'unique positionnement consiste à suivre la droite ligne du parti. Si votre parole est libre, je note que la plume n'est pas aussi serve qu'on le prétend.

Merci beaucoup pour avoir exprimé tout fort ce que beaucoup pensent tout bas. Il ne faut pas penser qu'avoir des valeurs morales - comme le rejet de cet argent et de ce luxe - serait démodé : c'est au contraire plus que vital pour les magistrats aujourd'hui. Et tant pis s'ils doivent être les derniers à l'incarner...


D'après de ce que j'ai entendu ce jeudi soir, l'émission "Vivement Dimanche" consacrée à Rachida Dati est "privée" de Cécilia et seule, une intervention de NS, enregistrée à part, sera diffusée. Pourquoi ? Ce n'est pas ce qu'avait prévu Michel Drucker. Rachida Dati est sans doute éblouie par un destin qu'elle n'imaginait pas. Et aveuglée... Et puis, faible femme, elle se doit de prouver sa force par la force.
Alors vous lisez Point de Vue ! Moi aussi ! Cette lecture est très instructive. La "Haute Société" de notre pays ne me fait pas rire.
J'aimerais voir quelques-uns de ses membres, dans les rues, l'hiver, quand il fait bien froid, servir la soupe. Alors, on dira qu'il y a le mécénat, c'est vrai, qui donne du travail, c'est vrai... Ces réceptions qui fournissent aussi du travail, mais quelle dérive en face des miséreux !

Philippe, comme vous j'ai été très surprise de voir Rachida Dati, habillée en Dior je suppose, à cette soirée. Certes à peu près tout le Gouvernement y était, le Premier Ministre en tête ; certes participèrent à d'autres sauteries du même genre les prédécesseurs de Mme Dati place Vendôme et si elle fut plus photographiée que les autres c'est juste qu'elle est plus glamour. Il n'empêche. Je n'arrive pas à penser que ce soit vraiment la place des ministres qui me semble-t-il benoîtement ont d'autres choses à faire de leurs soirées. D'ailleurs l'actualité n'a pas tardé à venir rappeler cruellement, avec les derniers développements de l'affaire EADS, ce que ces liaisons peuvent avoir de dangereux ; au moment où, qui plus est, planche une commission sur la dépénalisation du droit des affaires. Quelle ironie.
Quant à la participation de Mme Dati à l'émission de Drucker, spécialiste de la brosse à reluire, elle m'atterre. Mais que voulez-vous j'ai déja écrit ici que les femmes, moi en tête, ont le droit à la connerie, je revendique donc aussi celui à la vanité ; je comprends que Mme Dati ait un peu la tête qui tourne et soit un peu enivrée par ce pouvoir nouveau ; j'espère simplement qu'elle ne deviendra pas alcoolique.
ps : vouloir effectivement virer ce Procureur général quelques mois avant son départ à la retraite et alors qu'il a plusieurs fois demandé une mutation toujours refusée ne parait pas une décision très opportune. Et ce ne sera pas un cadeau pour l'éventuelle procureure qui lui succédera. Etre perçue comme une chouchou n'est pas facile, Mme Dati devrait pourtant le savoir.

"Quel talent que celui du Maître des mots !"
nous compte C. Jacob

"Votre plume est à l'image de votre langue: définitivement sans pareille."
nous conte V.Ollivier

je vais me contenter de rajouter ceci :

" peut-on parler d'un court magistral ?"

là est ma question !


Une brosse si reluisante cache toujours quelque accroc au vêtement que le "choc des photos" reprendra bientôt. C'est un simple point de vue !

Excellent ! (commentaire simple et efficace qui résume relativement bien le fond de ma pensée...)

L'honneur de toute profession consiste à l'assumer au mieux, d'être responsable de son exercice. Que les magistrats ne le soient que rarement m'étonne, je trouve honnête et honorable que vous le réclamiez dans l'intérêt même de la justice. Je ne vois pas pourquoi le garde des Sceaux ne se rendrait pas à une réception, même brillante, il n'est pas de droit divin, Nolite me tangere ne s'applique pas. Il ne lui est pas interdit de fréquenter des personnalités étrangères au monde juridique. Rien n'est plus fâcheux que de frayer seulement dans son milieu coutumier, on s'y sclérose ; à l'extérieur on apprend toujours de l'inédit, c'est utile. Il se trouve que l'actuel garde des Sceaux est une femme et une jolie femme. Elle se doit d'honorer son hôte en étant élégante. Elle portait une robe longue de grand couturier, soit. Son salaire de ministre affleure tout juste celui d'un haut magistrat. Il est bien évident, car habituel, que cette robe d'un grand prix lui a été prêtée, ce d'autant car elle ne peut toujours porter la même. Heureux les hommes qui en tenue de soirée revêtent le même smocking, quelle inégalité entre les sexes ! Et puis elle porte si bien la toilette qu'elle pourrait devenir mannequin dans une autre carrière, si le vent politique lui est contraire, il n'est point de sot métier et les cachets peuvent être fabuleux.

Lettre superbe mais que j'aurais évité de divulguer en l'adressant, sous pli confidentiel, à sa destinatrice, ne serait-ce que pour lui permettre de vous répondre plus spontanément. Promettez-nous de divulguer sa réponse, s'il en est une.

«Je n'y vois que des avantages si on ne tombe pas dans le travers qui a permis, parfois, l'hégémonie virile : reléguer la compétence au second plan. Peut-on vous suggérer d'adopter des méthodes moins brutales ? Est-il ainsi indispensable, pour la bonne administration de la justice, de "virer" quelques mois avant sa retraite un procureur général respecté ?»

D'après TopNews Reuters sur http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/topnews_reuters/2007
1004.REU9570/nouvelle_querelle_entre_rachida_dati_et_la_magistratu
re.html «Le porte-parole du ministère, Guillaume Didier, a confirmé à la presse qu'il avait été demandé à Bernard Blais de déposer une demande de mutation comme avocat général à la Cour de cassation. Il a rappelé que les procureurs généraux sont nommés en conseil des ministres par le président de la République.
Bernard Blais a jusqu'à jeudi pour répondre, a précisé le porte-parole, en se refusant à se prononcer sur les options en cas de refus. Le ministère n'a pas de candidat au poste et il ne s'agit donc pas de promouvoir une femme, comme croient le savoir les magistrats d'Agen, a-t-il dit.»

Nonobstant

«Le conflit pourrait s'envenimer en raison de la volonté déclarée de Rachida Dati de faire prévaloir la règle de la parité hommes-femmes lors des prochaines nominations dans le corps des procureurs généraux. Un mouvement est prévu avant la fin de l'année, a dit Guillaume Didier..»

Donc si je comprends bien, il s'agit de faire en sorte que, dans l'intérêt du service, il n'y ait aucun procureur général en poste dans la ville d'Agen pendant un temps présentement indéterminé, mais peut-être à l'échéance de la fin de l'année ?
Une vieille histoire de pruneaux à 20 euros peut-être ? Et qui aurait pu donner à penser qu'un magistrat qui va devoir déménager à huit mois de la retraite, dans l'intérêt du service, sera bien plus utile à la Cour de Cassation où il n'aura pas le temps de prendre connaissance de façon approfondie des dossiers en cours ?
Et peut-être même sera-t-il encore davantage utile et performant s'il ne déménage pas et se voit contraint de faire quotidiennement le trajet Paris-Agen et qu'avec un peu de chance il ait un accident de trajet, ce qui faciliterait un réglement autonome du problème ?

Les Japonais ont depuis longtemps pris en compte le KARO-SHI, le décès dû à la pénibilité du travail, même pendant un temps donné, ex: crise cardiaque, et cela coûte très cher à l'employeur d'indemniser ensuite la famille.
D'autre part s'il doit manier le Karcher quai de l'horloge, histoire de balayer devant sa porte avant de prendre son travail, il faudra le mettre en formation, donc il ne sera pas opérationnel avant longtemps, d'où je comprends que l'intérêt du service c'est une mise à la retraite anticipée. Voilà ! Dans ce cas où sont ses stock option?

A titre indicatif, Paris-Agen par la SNCF, Départ 05h03 Arrivée Paris - Montparnasse 09h30 [à 64 ans à quelle heure faudra-t-il se lever pour de toute façon ne pas pouvoir être là à 08heures tapantes et se faire sermonner, parce que, bien évidemment, l'intérêt du service ne permettra pas de lui aménager des horaires!] Retour Paris-Agen, à titre indicatif PARIS MONTPARNASSE 1 ET 2: 18h25 - Arrivée Agen 23h01, et ce sont des horaires TGV. Est-ce qu'un procureur a droit au remboursement de ses frais de déplacement en première classe parce que si ce n'est pas le cas il y sera en plus quotidiennement de sa poche pour la différence entre la première ou la seconde classe.

Il m'est arrivé de devoir prendre le train de 06h Nancy-Remiremont arrivée 07h50 pour être dans ma salle à 08h tapantes sous peine de chahut dans le couloir, donc de courir comme une dératée jusqu'au lycée avec mes cours sous le bras, mais je n'avais pas 64 ans et je suis encore très loin de les avoir. A cet âge-là, il s'agit d'une brimade pure et simple, et qui pénalise toute la famille du magistrat ! Comment avec quatre ans d'expérience dans la magistrature peut-elle sérieusement envisager de faire se lever tous les jours à quatre heures du matin et se coucher à une heure du matin un magistrat d'expérience de 22 ans son aîné ? Comment inculquer le respect à coup de peines planchers, si l'exemple de l'absence de respect et de considération pour les aînés qui veulent eux aussi que leur travail soit rentable, en premier lieu pour leur employeur, vient ainsi d'en haut ! C'est d'un manque de psychologie incompréhensible !
Je suis curieuse de savoir comment l'intérêt du service s'agissant de celui de l'institution judiciaire peut effectivement être justifié ou motivé de façon raisonnable et sensée.
Mais peut-être Monsieur Bernard Blais n'a-t-il pas compris à temps 'qu'il fallait y aller à donf' [= à fond]!

Le vieux routier que je suis devenu au contact des subtilités administratives qui s'expriment dans les mesures de suspension provisoire de poste destinées, à terme c'est-à-dire à une échéance interderminée, à en créer un nouveau bien mieux à la place et dans l'intérêt du service, me fait dire que si on prend aussi peu de gants avec un procureur général qu'avec vulgaire un chargé de cours, c'est que l'avenir s'annonce bien sombre au Royaume de Danemark:
«Anges, ministres de la grâce, défendez-nous ! Qui que tu sois, esprit salutaire ou lutin damné ; que tu apportes avec toi les brises du ciel ou les rafales de l'enfer, que tes intentions soient perverses ou charitables ; tu te présentes sous une forme si provocante que je veux te parler. Je t'invoque, Oh ! réponds-moi ! Ne me laisse pas déchiré par le doute ; mais dis-moi [....] Que signifie cela ? [...]? Dis ! pourquoi cela ? dans quel but ? que veux-tu de nous ? (Le spectre lui fait un signe.) »

C'est une missive pleine de tact, d'émotion, de talent, de courage, d'accords et de désaccords. Vous avez la justice au corps quand d'autres n'ont qu'un corps de justice, quelle différence !

Il m'a déjà été donné de vous exprimer combien je trouve roborative votre "missive" à notre garde...

Je souhaite donc simplement revenir sur "la division de la magistrature en deux unités distinctes et autonomes - siège et parquet -[qui] représenterait une chance pour l'institution."

Longtemps opposé à cette idée, sourcilleux sur ma qualité de magistrat tout au long de ma carrière exclusivement exercée au parquet, me voilà retiré des "affaires" et sensible à votre argument auquel je suis pourtant resté sourd durant trente ans...

"Outreau", les récentes et actuelles velléités de la Chancellerie de préfectoraliser les "PG" aux motifs d'une parité-alibi, me conduisent - notamment lorsqu'il est question de nommer chef de parquet général l'actuelle titulaire d'un tel poste dans un territoire d'opérette - de rejoindre vos positions qu'un grand juge du siège, auprès duquel j'ai eu l'honneur d'occuper, ne cessait de m'exposer, sans que je l'entende, au début des années quatre-vingt...


Le statut du "ministère public", je le réalise tardivement, est de nature à provoquer une confusion dans l'esprit de la population qui, peu avertie des subtilités juridiques (cf votre billet sur "l'inculture judiciaire"), est assurément convaincue qu'il est également celui du "siège".

A savoir, soumis à l'exécutif, mutable "ad nutum", soucieux de sa carrière et donc de complaire au pouvoir pour éviter ses foudres...


Par capillarité, je me répète, la confusion s'impose !

Au-delà, "le double regard", par vous évoqué, et notamment dans les petites et moyennes juridictions, se révèle inopérant tant le "concubinage immobilier", le quotidien, la familiarité corporatiste - très humains - l'interdisent comme "Outreau" l'a démontré, tel "Lesigne" l'a illustré... certainement de bonne foi mais cruellement toutefois.

Belle liberté de pensée qu'exprime votre plume.
Bravo Monsieur Socrate ! Pardon, je voulais dire Monsieur Bilger.

Lettre splendide dans la forme.

Sur le fond, je ne sais même pas où commencer. Un ministre s'est rendu à une fête. Quelle horreur !

Je n'ai lu nulle part que la justice française devrait être calviniste de Genève. Sous prétexte que l'on participe au service de la justice, l'on devrait se cloîtrer dans la prostration, se couvrir la tête de cendres, ne jamais se rendre à aucun événement mondain ? Ou si on le fait, y être mal habillé, puisqu'on sent bien que le vrai péché de Mme Dati était de porter une robe longue. Ou en bure peut-être, avec un cilice ?

Les ministres ont des fonctions de représentation. Ils participent à des événements mondains. Ca ne date pas d'hier. A mon avis, ça ne leur plaît pas tant que vous semblez le penser : on se lasse très vite des mondanités. Et d'ailleurs ça n'a pas d'importance. Que Rachida Dati soit illuminée par les paillettes de la haute société, comme on sent que vous le fantasmez, ou qu'elle soit très consciente de sa vacuité, ce que je pense, parce qu'elle n'en est pas à son premier cocktail, ça fait partie de son métier. Point.

Et à mon avis, quand Portalis lui-même était garde des Sceaux, il allait à plus de soirées mondaines que Rachida Dati (sans parler de Cambacérès sous les ors de l'Empire!), et on en parlait autant dans les feuilles de chou de l'époque. Certes, il n'y avait pas de photos, mais ça n'empêchait pas les ragots, et le Paris de l'époque en était tout aussi friand que celui d'aujourd'hui.

Alors oui, la "people-isation" de la politique, ça existe, et c'est un phénomène qui mérite qu'on s'en interroge. Mais franchement, que Rachida Dati aille à une soirée en robe longue, ça ne méritait pas un article du Canard enchaîné, et surtout ça ne méritait pas que quelqu'un d'aussi doué et occupé que vous ne s'y attarde.

Entendu récemment, dans un cercle où des avocats se répandaient en obscènes quolibets sur le garde des Sceaux, qu’elle était, certes, «incompétente», mais encore que Philippe Bilger, à qui l’on attribue le choix de l’épithète, la méprisait parce que Rachida est arabe. Ils vous avaient lu, et c’est ce qu’ils avaient lu, et certes ce n’était pas ce que vous aviez écrit. Comme je n’avais pas, moi, compris, à lire vos écrits, même entre les lignes, que vous aviez conçu une si malodorante opinion, ni exprimé, même à mots voilés, cette opinion qui n’en est pas une, je leur ai franchement livré mon avis : «Même entre les lignes, je n’ai pas compris que Philippe Bilger avait jamais pensé cela.» Et du reste, ce n’est pas là le burin avec lequel votre pensée si fine est ciselée. Ce vent contraire leur fit changer de ton. Tous les Français ne sont pas racistes, quoique la plupart des Français bien blancs, et d’autres qui ne sont ni l’un, ni l’autre, et même ni l’un et l’autre, trop souvent le supposent.

Or, dans cette missive récidive, où l’on vous surprend à fulminer le luxe et la luxure comme je ne sais quel étroit bigot, un janséniste d’outre-tombe, vous prenant les pieds dans les concetti comme un bas courtisan qui veut faire le malin en jouant les bouffons refroidis, et s’aplatit tout en se plaignant, et se plaint tout en s’aplatissant, n’aimant probablement que vivre au ras de terre, et où l’on vous voit pyrrhoniser avec des formules mielleuses, jouer au Descartes puritain, et tellement sinuer que finalement vous serpentez, et tellement persifler que finalement vous vous croyez peut-être tout aussi fascinant que ces perfides serpent qui sifflent sur nos têtes… dans cette missive, donc, vous vous perdez, Monsieur l’avocat général.

Pire qu’Hermione, pire qu’une espèce assez vile de Savonarole en toge, un vieux Robespierre pétrifié rêve de couper en deux une trop pimpante Marie-Antoinette…

Quelle classe, voilà une lettre que l'on peut qualifier sans fausse modestie de lettre d'anthologie. A l'heure où de sombres essayistes sont les références des collèges - "Qu'est ce que tu racontes connard" (Extrait du livre qui va être étudié en français en classe de 5 ème par mon plus jeune fils) ou des têtes de gondole des supermarchés, la syntaxe, la pensée de cette lettre est digne des meilleures prépas. Monsieur Darcos puisque Racine, Corneille, Molière ont été mis au pilon, introduisez Philippe Bilger dans nos écoles, collèges ou lycées ; notre langue à tout à y gagner.

Quant à Madame Dati chez Dior ? Je la pense suffisamment subtile pour différencier les obligations protocolaires et la charge ministérielle que lui a confiée le Président Sarkozy.

Monsieur l’avocat général,

Je reçois votre lettre avec tristesse et gratitude mélangées.

Vous savez que ma nomination comme ministre de la Justice a été la marque d’un bouleversement politique de notre société.

En d’autre temps, vous avez émis une réserve sur le choix de ma nomination. Insistant sur son caractère symbolique au détriment d’une compétence et d'une expérience que, vous, magistrat, placez en priorité.

Pour la première fois, dans la justice de notre pays, le pouvoir politique a souhaité un ministre de la Justice comme garde des Sceaux.

C'est une façon de dire que la spécificité de ma fonction ne peut plus n'être comprise et entendue que par les seuls professionnels de la justice.

Il y avait nécessité de parler à l’ensemble des citoyens de ce pays pour que notre idéal de justice, ses questions, et ses débats, soit l’affaire de tous et non plus seulement réservé qu’au seul univers judiciaire.

Il y a eu aussi - enfin ! - le parti pris de faire admettre que notre société est diverse et qu’un parcours comme le mien ne pouvait pas n’être que de l’ordre de l’exceptionnel. Il y avait la volonté de normaliser ce qui reste encore pour certains de l'ordre d'un anormal.

Beaucoup ont été profondément heureux de ces transformations importantes.

Vous me reprochez Arnault et Dior. N'y voyant là que l’affichage de connivences regrettables pour la fonction que j’occupe.

Juste cela, Monsieur l’avocat général.

Vous êtes-vous interrogé sur, par exemple, ces connivences intellectuelles et traditionnelles si habituelles dans notre milieu de robes rouges, noires, costumées, entre des professionnels qui peuvent souvent laisser penser à nos concitoyens que la justice ou la loi n’est, au fond, qu’un sujet qui ne les regarde, qu'eux.

Toutes les connivences sont vulgaires. Et parce qu’elles sont vulgaires, elles sont toutes blessantes.

Je ne suis pas fâchée par votre lettre.

Imaginez-vous un seul instant, quand je suis dans mes secrets et au cœur des obligations de ma fonction, que je ne me félicite pas que la magistrature ait produit des professionnels tels que vous ?

Et dans le secret, je sais que quelque part, un grand magistrat saura toujours me dire, avec sa liberté de parole qui souvent me fera du mal, quand je me fourvoie.

Pouvoir compter sur son indépendance vis-à-vis de tout et de tous me rassure.

Je voudrais que vous envisagiez, qu'en dernier lieu, là est un de mes orgueils d’appartenir à votre corps.

@ Madame le ministre

J'ai seulement imaginé une réponse possible.

Philippe Bilger sera-t-il sur le plateau de Vivement Dimanche consacré à Rachida Dati ? Hélas non ! Philippe Bilger ne sachant pas manier la brosse à reluire, il n'a aucune place chez Drucker. Effectivement, Vivement Dimanche Prochain !!!

Tant que votre blog exprime une opinion de citoyen, voire les pensées d'un magistrat populiste (c'est-à-dire qui confond l'opinion publique avec la justice lorsque cela lui sied), je vous lis avec intérêt.

Aujourd'hui voilà que vous redéfinissez les grandes lignes de la politique judiciaire, vous vous en prenez aux principes de la République et vous tordez notre droit à des fins corporatistes.

Je ne tartinerais pas, comme vous aimez à le faire, en mêlant émotion et exemples judicieusement amalgamés pour rationaliser une démonstration qui n'est en fait qu'une réaction.

Mon opinion est que Madame la Ministre n'a pas à être grise et peine-à-jouir comme une statuette de Daumier. La constitution française pose le principe de la séparation des pouvoirs, le magistrat que vous êtes semble l'oublier, lorsque cela l'arrange. Vous ne vous posez pas en magistrat mais en avocat d'une cause que vous ne définissez que de manière liminaire, conformément à votre stratégie de communication qui n'est en fait, selon moi, qu'une expression égocentrique d'un politicien jaloux. Si les dorures et la télévision vous manquent, essayez au moins de produire des idées moins nauséabondes.

Que Madame Dati se dore la pilule ou se pavane dans les médias ne m'émeut guère (elle est jolie à voir, ça me gêne moins qu'un Peyrefitte), elle représente le pouvoir politique et c'est à ce titre qu'elle est en charge de la réforme de cette institution.

L'antiféminisme c'est has been, je vous suggère d'aborder le thème sur le ton de la dérision comme vous le fîtes naguère. Depuis que vous vous prenez au sérieux, vous désespérez les petites gens comme moi.

Admiratif du style mais déçu de vous voir vous déchaîner contre les soirées mondaines auxquelles, comme tous ses prédécesseurs, Madame Dati est tenue d'assister.
Ne confondons pas fonction et personne.
Ce qui sera intéressant : le résultat de son passage au ministère ; ses photos dans tel ou tel canard avec telle ou telle star ne me font ni frémir ni m'extasier.
S'il vous plaît, gardez votre plume fine et acérée pour "de plus nobles objets de votre courroux".

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