Pour nous mettre en forme, un faux couac et une bonne idée.
François Fillon, notre premier Ministre, se voit reprocher l'utilisation du mot "détail" à propos des tests ADN. Quel imprudent ! Ne sait-il pas encore que le langage n'appartient pas à tout le monde et qu'on n'a le droit de parler qu'en évitant soigneusement ce que Le Pen et ses partisans ont pu dire ? Alors plus de "détail" dans les propos politiques ! Il n'empêche qu'à son égard, il me semble qu'il y a autant de perfidies lassantes qu'il y a de courtisanerie au bénéfice du président.
Dans Libération, j'apprends que des auditeurs de justice ont envoyé une lettre au garde des Sceaux. Ils regrettent que le seul stage qui leur est réservé soit à accomplir au barreau. Ils ont tout à fait raison et je m'étais permis de l'écrire il y a quelque temps. Aujourd'hui, les philosophies du magistrat et de l'avocat sont en effet trop contradictoires pour ne pas imposer d'autres expériences. Cette restriction est sans doute encore une conséquence d'Outreau, on donne la défense en modèle !
Abordons, maintenant, l'essentiel de ce billet qui est de se pencher sur Bernard-Henri Lévy dont on entend beaucoup parler, puisqu'il publie un livre consacré à l'état de la gauche, en s'affirmant lui-même indéfectiblement rattaché à cette sensibilité.
J'ai lu un entretien entre BHL et Alain Finkielkraut dans le Nouvel Observateur. Quel bonheur, dans le dialogue entre ces deux personnalités, de pouvoir goûter à nouveau la sincérité et la conviction austères d'AF et de voir confirmer le talent d'illusionniste de BHL ! Non que celui-ci ne soit pas brillant, mais précisément il l'est trop. Le désir de séduire l'emporte sur l'exigence de vérité et il se sort avec trop d'adresse des pièges que la réflexion approfondie s'obstine à mettre sur son parcours scintillant. A chaque fois qu'une idée, un concept pertinents sont opposés aux siens, il s'engouffre dans cette stratégie facile qui consiste à proposer la synthèse de ce qu'il ne parvient pas à démontrer d'un côté et à combattre de l'autre. C'est infiniment commode puisque, de la sorte, il ne se sent contraint de répondre à aucune objection, puisqu'il a décidé, littérateur et essayiste voraces, de les avaler pour les dissoudre. Ce processus ne renvoie pas à une compréhension de la pensée de l'autre mais à une défaite de l'intelligence sublimée en plénitude. Il est fort, l'artiste ! Et pour sa démarche et pour l'impunité dont il ne cesse de bénéficier !
Ce matin, BHL a dialogué avec Nicolas Demorand sur France-Inter. Je n'évoquerai pas à nouveau le fond ni même l'habileté de Bernard-Henri Lévy qui, après avoir vanté la gauche à venir et défendu avec classe Ségolène Royal, s'en est pris vertement à Nicolas Sarkozy auquel il a donné deux conseils pour son voyage en Russie. Mais le tour de force a été d'assortir cette virulence, qui semblait pourtant authentique, par le rappel qu'il consacrait dans son livre vingt-cinq pages au président de la République, qu'ils se connaissaient bien, qu'ils se tutoyaient et que Nicolas Sarkozy l'avait invité à le soutenir. Autrement dit, BHL fournissait aux auditeurs une parfaite illustration de l'intellectuel d'aujourd'hui (si on excepte AF, pour les penseurs "grand public") qui, pour ne pas risquer de manquer le train d'un Pouvoir, monte dans tous. Il faut reconnaître que l'opération était remarquablement menée et pouvait suggérer non pas des épousailles avec toutes les opportunités mais l'indéniable honnêteté d'un philosophe dur, roide, épris de vérité mais ayant beaucoup de relations.
L'étonnant, au cours de cette excellente émission radiophonique qui tient d'abord à la personnalité de son animateur, n'était pas là mais dans le BHL nouveau qui nous était offert sur le plan du style et de l'oralité. On a pu tout dire de notre étoile sauf qu'il écrivait médiocrement et parlait vulgairement.
Et pourtant, sur ce dernier plan je ne l'ai pas reconnu, comme s'il avait bu trop de café et oublié toutes les bonnes manières du langage. Il a pris la précaution, cependant, de citer cette belle phrase d'un philosophe nous constituant comme "les gardiens des mots". Mais il n'en a pas tenu compte. Excité, survolté, avec une gouaille fabriquée, abusant des "cons" et des "petits salopards", insultant, il est tombé dans une grossièreté qui, constante dans l'entretien avec Nicolas Demorand, tranchait tellement sur son comportement habituel que je me suis demandé ce qu'elle cachait ou révélait. Un désir de "faire peuple", une dérive fortuite, la volonté de manifester qu'un BHL nouveau était survenu ou, tout simplement, l'envie de mettre dans la statue que les médias lui sculptent en permanence un peu de vie, même vulgaire ?
Je ne sais. Mais en tout cas quelle stupéfaction ! Il aurait dû nous prévenir. On risquait la crise de l'esprit !
J'ai pris l'émission radiophonique en cours, et il m'a fallu passer quelques minutes d'incrédulité avant de me rendre à l'évidence : c'était bien BHL. En effet, son registre de langue m'a surpris. Ca ne me le rendra pas plus attachant...
Rédigé par : Roxane | 09 octobre 2007 à 20:15
Monsieur,
Comme je vous plains, très sincèrement, hommes de loi !
Ne voyez en mon exclamation aucune pensée ironique... je pense très réellement qu'il faut un grand courage pour exercer vos fonctions en ce moment !... et tenter de faire votre travail en toute et réelle indépendance.
Je lisais ce matin un article rédigé par l'un de vos confrères, magistrat, sur le site du journal "rue 89". Il y dénonçait la vulgarité des gens au pouvoir en ce moment ; je me permettrais d'y ajouter le manque de culture et un attrait démesuré pour le paraître, ce qui va souvent ensemble... mais quel comportement professionnel adopter avec une personne telle que votre Ministre de tutelle ? On a le sentiment, vu de l'extérieur, qu'elle a une haine sourde des gens de justice, peut-être motivée par de l'incompétence, une revanche sociale, un fort sentiment de supériorité ?
Combien faut-il être sot et infatué de soi-même pour traiter les autres de "petits pois" !...
Je ne sais vers quoi tout cela nous mènera, mais je crois que notre pauvre démocratie glisse de plus en plus vers une "démocratie féodale"... Il faut que nous, citoyens, réagissions vite, pour retrouver enfin éducation et culture, justice et surtout décence et honnêteté.
Frédérique, Paris
Rédigé par : Mme Frédérique Cousin-Taillardat | 09 octobre 2007 à 18:59
Alain Finkielkraut, acceptant la mise en scène d'un entretien avec BHL pour assurer la communication du livre de ce dernier, ne me semble guère plus intéressant. Miroir, miroir...
Rédigé par : Bulle | 09 octobre 2007 à 17:40
Le problème des intellectuels et également des politiques, c'est qu'il faut aujourd'hui plaire à tout le monde et surtout aux médias !!!
En fait tout le monde est victime de cette "peopolisation"...
Pourquoi ??? Voilà l'essentiel... un besoin de reconnaissance !!
Rédigé par : marie | 09 octobre 2007 à 17:39
Pas très grave car je ne suis pas du tout bricoleur !
Ceci n'est qu'une broutille, je sais !!
Rédigé par : Cactus H. V . | 09 octobre 2007 à 17:38
A propos de la colère de BHL (et de la mienne sans doute) :
Peut-être que la marée idéologique dont les uns et les autres ne cessez de nous submerger finit, effectivement, par nous mettre en colère.
(et peut-être n'attendez vous rien d'autre que cette colère comme justification).
Rédigé par : olivier | 09 octobre 2007 à 16:38
Si "l'ingurgitation" que vous prêtez à BHL est habileté de sa part, on ne peut en dire autant de sa régurgitation.
Rédigé par : mike | 09 octobre 2007 à 16:17
Quant à la réponse de Guaino sur son maurrassisme présumé (par BHL), elle montre que la trivialité fait donc désormais partie des penseurs de l'ombre de nos "grands". LA classe.
Rédigé par : George's | 09 octobre 2007 à 15:40
Vous évoquez « Ce grand cadavre à la renverse » (Grasset) paru aujourd'hui et dont la 4ème de couverture nous dit : «Il est moins que jamais question de quitter la "vieille maison" squattée par de mauvais fantômes - mais elle est, hélas, à reconstruire de fond en comble »
Quant à «BHL vu par ses petits camarades : pour Alain Finkielkraut, à qui il arrive de mener des combats communs avec BHL et qui pressent qu'il pourrait se retrouver à ses côtés pour demander le boycott des JO de Pékin, celui-ci incarne ce qu'on pourrait appeler la transformation de la gauche en parti des bons sentiments. »
Je pense que si ces deux respectables intellectuels ont réellement cette intention, c'est qu'en bon gardiens des mots ils accordent davantage d'importance aux grands mots qu'aux grands remèdes, et babillent de façon totalement inconséquente et tout aussi ignorante que pouvait l'être autrefois celle des maoïstes à la Sartre, de la réalité économique et culturelle chinoise sur l'échiquier international, car, pour ma part, je pense que la Chine est quasiment la seule à avoir le poids suffisant pour peser du côté de la solution la moins sanglante possible dans la résolution de la question birmane ou plus exactement du Myanmar, à l'origine de laquelle, comme à l'origine de nombre de questions sanglantes du monde contemporain, se trouve l'ex empire britannique. Ce n'est donc pas le moment de la braquer à nouveau contre l'Occident en cherchant à lui faire perdre la face. Cela me fâche de voir le verbe glamour l'emporter comme toujours sur le sens des réalités !
Plutôt que les vers gourmands du cadavre socialiste, ce coeur que René de Chalon tourne jusque dans la mort vers Anne de Lorraine, sa femme, en signe de supériorité de l'esprit sur le corps : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b3/Le_Transi_de_Ren%C3%A9_de_Chalon_%28Ligier_Richier%29.jpg : FIDES: droiture loyauté et bonne foi!
Rédigé par : Catherine JACOB | 09 octobre 2007 à 15:35
Ph.B :
Les auditeurs "regrettent que le seul stage qui leur est réservé soit à accomplir au barreau. Ils ont tout à fait raison."
Crées par Hubert Dalle en 1991, directeur visionnaire de l'ENM soucieux d'ouvrir les auditeurs (adj) à des univers dont ils avaient, à l'avenir et potentiellement, à "juger" les "dérives" éventuelles ou qualifiées comme telles, les stages dits extérieurs - j'en ai été témoin et acteur - revêtaient deux avantages : "déniaiser" les apprentis-magistrats mais, également, permettre aux autres acteurs de la vie sociale de découvrir positivement leurs éventuels et futurs censeurs.
Je garde souvenir de grandes entreprises proposant aux "adj", à l'issue de leurs stages, des gratifications importantes pour le labeur accompli en leur sein - alors que dès leur intégration, ils étaient rémunérés par L'Etat et ne pouvaient donc accepter tout autre salaire - et se louant de la qualité de leurs prestations.
Limiter les stages des "adj" aux cabinets d'avocats, aussi utiles soient-ils, me semble, avec vous, grave car de nature à favoriser une culture univoque, quasi-endogamique, d'individus issus des mêmes cursus universitaires, parlant et écrivant la même langue, pourtant bien étrangère ou, tout au moins, lointaine de celle de la société réelle...
Nouvelle réforme, chère Véronique, pardon d'insister, qui n'illustre guère l'absence "d'inhibitions ou les trop grandes prudences" [que R.D] "aurait pu avoir si sa nomination avait été celle d'un GDS dans la grande et longue tradition politique immobiliste."
Rédigé par : Parayre | 09 octobre 2007 à 14:17
"Un désir de "faire peuple"", des contacts répétés avec Nicolas Sarkozy, tout cela accompagné de ce qui se voudrait être un manuel du parfait renouveau socialiste, le chef de l'État n'aurait-il pas choisi son prochain adversaire tout comme il aurait pu le faire lors des dernières élections ? En moins "télé"-guidé évidemment. Il est dommage que ces évènements coïncident avec l'annonce par DSK de se laisser désirer pour 2012, autrement, la course à la candidature socialiste aurait pu rester inaperçue.
Rédigé par : Frastealb | 09 octobre 2007 à 14:15
Si changement il y a, c'est qu'après avoir pensé que Ségolène était une vraie bécassine (cf l'édito qu'il avait fait dans le Point) il en est devenu un de ses plus farouches soutiens. Son côté Don Quichotte sans doute...
Sur la forme, il s'exprime souvent ainsi mais rarement, c'est vrai, devant un micro. En fait Philippe, rassurez-vous, BHL n'a pas changé.
PS : promis je n'emploierai plus, sur ce blog, "con" ou "petit salopard" ; pourtant parfois il n'y a pas d'autres mots pour le dire ; à moins que je manque sérieusement de vocabulaire ; ce qui n'est pas totalement exclu.
2ème PS pour le plaisir, voici un passage de la chronique consacrée à SR :
"Je passe sur le personnage de Ségolène Royal elle-même, ce mixte instable de démagogie et de caractère, de narcissisme extrême et de vraie audace politique - je passe sur ce côté Blanche-Neige et Dame Blanche, Jeanne d'Arc pour âge cathodique et Immaculée Conception néosocialiste, je passe sur ce « ralliez-vous à mon tailleur crème ! Inscrivez-y vos rêves, doléances et désirs d'avenir ! » que décrit Marc Lambron dans un portrait qui paraît ces jours-ci (« Mignonne, allons voir... », Grasset) et dont je recommande vivement la lecture....
dans le Point en novembre 2006
Rédigé par : catherine A. | 09 octobre 2007 à 13:13