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Voici les sites qui parlent de Peines perdues :

Commentaires

olivier

Marcel :

Merci de me répondre.
Je crois qu'en tant que citoyen vous avez aussi un devoir vis-à-vis des vôtres qui sont incarcérés. Ils sont les vôtres. Fautifs, mais les vôtres. Vous ne pouvez pas les abandonner.
Je ne vous parle pas de bienveillance, de pardon, de laxisme ou d'autre chose ; je vous parle de ce qui fait de nous un peuple (la Loi, mais la Loi ensemble).
Bien sûr, c'est une croyance. Il se trouve que c'est collectivement la nôtre (et je pense à cette toute petite église, dont j'ai oublié le nom, mais pas l'isolement, la modestie et le tenir-bon, cette église la plus ancienne d'Alsace, vous voyez sans doute ? Et bien, elle témoigne que nous avons choisi la Loi de nos Pères, il y a fort longtemps).

Sur le second point, comment vous dire ? Je comprends une part de votre critique, mais parfois il y a ce qu'on appelle des défenses de rupture ; enfin, j'essaie de secouer des certitudes qui de post en post s'affirment, relayant...
Si ma maladresse vous a blessé, veuillez m'en excuser. Je suis très maladroit, je vous l'accorde.

Je ne doute pas que vous saurez aussi interroger à votre tour votre démarche, et ne pas être un tambour, fût-il vaillant !

Bien à vous !


Mussipont

Monsieur Patoulatchi,

Je dois vous avouer à mon grand désarroi que j'ai un tout petit QI et que malheureusement je n'ai rien compris à cette partie de votre message "En somme, il faudrait considérer que celui qui face à la frustration deviendrait violent mérite d'être replongé dans la société, où, inévitablement, il connaîtra la frustration. Drôle de carotte. Doit-on, au bénéfice de l'ordre pénitentiaire très très lacunaire mettre en péril la sécurité publique ?" Pourriez-vous réexpliquer à l'humble benêt que je suis votre point de vue ?


Concernant "mais quels critères d'efficacité proposez-vous pour évaluer la pertinence de ces dépenses ?" Le taux de récidive me semble être un critère suffisament objectif d'évaluation.

Marcel Patoulatchi

@Mussipont

Vous dites que le « "crédit de réduction de peine" [...] peut être annulé par le juge d'application des peines en cas de "mauvaise conduite du condamné en détention" [...] ce crédit est une sorte de "carotte" incitant le détenu à bien se comporter en détention. Sans cette carotte, un condamé à une très longue peine ne risque-t-il pas de devenir encore plus violent ? ».

En somme, il faudrait considérer que celui qui face à la frustration deviendrait violent mérite d'être replongé dans la société, où, inévitablement, il connaîtra la frustration. Drôle de carotte. Doit-on, au bénéfice de l'ordre pénitentiaire très très lacunaire mettre en péril la sécurité publique ?


Vous demandez si « le violeur d'enfant sera moins dangereux après avoir effectué toute sa peine de 20 ans de détention au lieu de 15 ans après réduction de peine ». A ce stade, si l'individu reste dangereux après 15 ou 20 ans, la question qui se pose est de savoir si l'on peut décemment lui permettre de jouir d'une pleine liberté. Vous dites que « nous ferions mieux de consacrer une partie du maigre budget de la justice à proposer des solutions de réinsertion (ou de soins) » ; mais quels critères d'efficacité proposez-vous pour évaluer la pertinence de ces dépenses ?

Thierry SAGARDOYTHO,

Vous n'êtes pas en train de plaider. Laissez donc vos hyperboles lamentables de côté et reconnaissez que nul criminel en France ne fait l'objet de la Loi du Talion. Vous reviendrez nous en parler lorsqu'on torturera les tortionnaires, violera les violeurs, etc.

Parayre,


Peut-on véritablement affirmer que seule « l'absence de résultats probants liés essentiellement à l'insuffisance du nombre de conseillers d'insertion et de probation constituera presque un plaidoyer futur en faveur de la poursuite du recours quasi-systématique à l'emprisonnement ». S'il n'y a que très peu de CIP, en effet, doit-on favoriser l'initiative, toujours au frais de la société, pour des individus qui dès à présent ne semblent pas en premier lieu souffrir d'un manque d'assistance mais d'un manque de volonté et d'une absence de contrainte compensatrice ?


Olivier,

Je me préoccuperai de la difficulté du fautif à assumer sa peine lorsqu'il commencera à prendre en considération les torts causés à autrui. Confier aux délinquants la charge de définir la faute, c'est comme confier au chasseur la charge de définir la chasse - s'il n'est pas ignare du sujet, il est loin d'être neutre. Si le délinquant en est un, c'est bien en premier lieu parce qu'il a trouvé acceptable de commettre des actes qui aux yeux de la loi sont des fautes. Si le délinquant est incarcéré, c'est bien en premier lieu parce qu'il a fait le pari d'être plus fort que la loi et qu'il a choisi d'ignorer les peines promises par elle.

Je n'ai cure de vos atermoiements sur un électorat bien flou qui serait victime de l'idéologie et du slogan, ni de vos théories en prêt à porter sur les porteurs de livres et de matraques. Votre tendance à disserter sur vos interlocuteurs et les idéologies qui les animeraient, selon vous, n'est pas de nature à favoriser le dialogue, mais atteste plutôt d'une tendance au monologue. Restons-en au palpable et vérifiable, si vous le voulez bien.


Catherine JACOB

Véronique,

Je vais vous donner un point de vue qui est à la fois un témoignage et une réflexion qui se situe dans la distance.

Il y a quelques années, une de mes élèves de japonais, élève d'hypokhâgne dans un établissement différent, est venue me trouver pendant les vacances de Pâques, vu que j'étais la seule enseignante disponible à ce moment là , pour me dire pour commencer : «J'arrête le japonais». Etonnée vu ses résultats très corrects et une participation active, j'ai réagi ainsi: «Dites-moi donc ce qui se passe exactement.». C'est là que j'ai découvert que le père de cette jeune fille venait d'être incarcéré, que sa mère ne vivait plus avec eux et qu'élève de classe préparatoire elle devait s'occuper de trois ou quatre frères et soeurs, je ne sais plus exactement, et que sans ressources pratiquement, autres que sa bourse d'études supérieures, elle devait assumer l'entretien global de ses frères et soeurs, que présentement le loyer lui posait un problème, que le propriétaire n'était pas décidé à attendre que le père ait achevé sa peine et trouvé à se réinsérer, que donc elle devait travailler, ce qui impliquait en fait d'arrêter complètement ses études.

Complètement abasourdie je me suis inquiétée de savoir si aucune assistante sociale n'avait été mandatée pour s'occuper de leur cas. De fait il y en avait une, mais, parce qu'elle était surchargée ou je ne sais plus trop pour quelle autre raison, la situation concrète était que personne ne s'occupait d'eux. C'est là que j'ai senti la colère monter, et que je lui ai dit: «Bien évidemment, pour ma part, je ne peux pas vous héberger, mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas vous aider à trouver une solution puisque aussi bien c'est les vacances. En tout état de cause en effet, l'étude du japonais ne représentant pas une priorité, il vaut sans doute mieux la mettre de côté.» .
Puis, j'ai pris contact avec l'inspection d'académie vu qu'il vaut toujours mieux s'adresser au bon dieu qu'à ses saints. Je suis heureusement tombée sur du personnel très conscient de ses devoirs et qui s'est montré atterré de la situation, qui m'a indiqué diverses démarches pouvant être accomplies. Nous avons fait ce qu'il fallait chacun de notre côté et heureusement trouvé un certain nombre de solutions provisoires permettant à l'élève brillante de ne pas arrêter ses études.

A la rentrée, j'ai envoyé un courrier au proviseur de son lycée pour l'informer de façon à ce que les enseignants soient rendus attentifs au cas particulier que cette élève représentait, mais je n'ai malheureusement - pour moi - pas pu m'empêcher d'ajouter que, le plus scandaleux dans l'histoire c'était que ce soit des personnels extérieurs à l'établissement qui aient du s'occuper du cas. Moralité, l'établissement a modifié sa présentation sur son site internet pour mettre l'accent sur le souci qu'il avait de tous leurs élèves qui pouvaient toujours s'adresser au lycée en cas de problème quelconque même pendant les vacances - je résume l'idée - et puisqu'aussi bien j'avais autre chose à faire que du social, n'a plus encouragé [euphémisme] les élèves à s'inscire à des matières optionnelles en dehors de l'établissement, vu la perte de temps qui pouvait résulter... du trajet!

Quelles que puissent en être, à nouveau, les retombées négatives éventuelles, sous quelque forme que ce soit, me concernant - vu que je fais confiance à l'imagination débordante dont font preuve en général les gens qui se sont rendus coupables de certaines négligences pour prouver qu'en réalité ce sont ceux qui les ont réparées qui sont en vérité les premiers coupables-, je souhaite ajouter ici que, davantage que par la production et le vote de textes de loi qu'ils ne prennent pas même la peine de lire eux-même dans leur détail, je souhaite que les tenants de la 'rupture' prennent enfin conscience de ce qu'une décision d'incarcération, par exemple préventive, peut causer de dommages collatéraux en cas d'absence de vigilance quant au suivi des conséquences de ladite décision sur le monde extérieur à l'univers carcéral , car dire à la société: «Voyez je vous protège, applaudissez-moi!» tout en fabriquant, par négligence, cinq futurs délinquants de plus qui peuvent cependant être préservés par une bonne prise en charge, ne me paraît en aucun cas constituer une politique de prévention de la délinquance responsable. D'où je suis amenée à renouveller le soutien de la citoyenne lambda à l'auteur du présent blog : plus de glamour dans la Justice, mais de la formation... pour tous et aussi de l'instruction civique même pour grands débutants !

olivier

J'ai lu votre réponse.

Véronique

@ Olivier

"je ne peux pas être à la fois dans la position de l'expert-utilisateur (de la prison !), et dans le même temps me proposer comme parangon de vertu. C'est du point de vue de la posture l'un OU l'autre."

Non Olivier.

Vous êtes dans la POSTURE de l'un ET de l'autre.

Votre expérience de la prison, en dépit de tout ce que vous y avez pu décrypter sur le système carcéral, ne fait pas de vous un expert de la question.

Elle ne vous contraint pas non plus à être la "voix" de l‘épreuve de la détention.

Elle ne vous oblige pas non plus à être un fébrile et un énervé de l'humanisme obligatoire.

Il s'agit de votre expérience qui est singulière.

Sa valeur : quand vous parlez des prisons vous pouvez dire "je" et y apporter la force et la densité du témoignage.

Sa limite : l'impossibilité d'une nécessaire distance.

En langage de bibliothèque, le mot sujet qui, selon moi, synthétiserait votre expérience serait : Prison : témoignage.

Mais si je fais mon travail correctement, à côté de votre témoignage, je place un ouvrage général informatif sur les remises de peine, une sorte de mode d'emploi. Je place également des ouvrages généraux théoriques, avec des analyses différentes, qui aborderont le sujet de la sanction en matière pénale.

Dans les trois cas, je ne recherche pas à tout prix l’expertise. Je privilégie le sérieux, l’exigence et la qualité du travail d’écriture et éditorial accompli.

Et ne me dites pas par-dessus le marché que je suis une nulle dans mon taf !

olivier

J'entends bien Véronique.

Mais : je ne peux pas être à la fois dans la position de l'expert-utilisateur (de la prison !), et dans le même temps me proposer comme parangon de vertu. C'est du point de vue de la posture l'un OU l'autre.

Je m'efforce pourtant de n'être ni l'un ni l'autre (par exemple en ne me situant pas en contre face aux juges ou aux gaffes), mais je ne peux pas être, ça c'est certain, les deux à la fois (même en Saint-Genêt!). Il y a là une contradiction dans votre critique.

Pour le reste, je maintiens qu'il y a un discours à l'oeuvre, puissamment idéologisé, et qui consiste à nous expliquer
1/ que TOUT doit être repensé (c'est le tout qui est gênant, qui révèle la nature du pouvoir);
2/ que le mal et l'injustice renforcés font, au final, le mieux et la justice. En Sarkosie, l'oxymore et le paradoxe sont souverains.
Cette petite mécanique du discours est partout présente.

Une forme d'exil intérieur m'autorise à en témoigner, malgré que j'en aie, et soyez-en certaine - de ce mauvais gré.

Véronique

@ Olivier

Nous avons fait la paix idéologique ensemble.

Mais je ne peux pas vous laisser dire que ce que je vous ai dit sur les réductions automatiques des peines ne serait que la manifestation du sarkozysme endiablé que vous me prêtez.

Je pense qu'un débat public sur le sens de la sanction est nécessaire. Pour essayer de sortir des impasses et des échecs créés par l’opposition systématique répression/réinsertion.

D'autre part, depuis que j'interviens dans ce blog, ce qui a été constant, je l'espère, dans mes propos :

l'expression de mon dégoût face à la situation des prisons de notre pays, en particulier celle des maisons d’arrêt.

Sur cette question, soyez-en certain, tant qu'une amélioration décisive n'interviendra pas, je ne concèderai jamais un centimètre.

Enfin, pour ce qui est des postures, et je parle également de la vôtre qui ferait de vous un humaniste irréprochable. Que savez-vous Olivier de ma vie ? Que savez-vous de mon entourage pour affirmer que je ne serais pas concernée par l'injustice, l’abus de pouvoir, le désarroi, l'exclusion, la souffrance ?

Ce sont des expériences que beaucoup d'entre nous peuvent faire à un moment de leur vie. Ce sont des épreuves que des proches ou des amis, dans la vie de beaucoup d'entre nous, peuvent traverser.

C'est vrai que je n'ai jamais été confrontée à la prison, ni personnellement, ni dans mon entourage. Mais j'ai traversé comme beaucoup, des proches traversent, comme dans l’entourage de beaucoup, des situations où l'espérance, parfois, souvent, nous font cruellement défaut.

Mais cela ne nous ne donne aucun certificat d’aptitude particulier pour émettre des jugements ou des appréciations qui deviendraient, en raison d’une expérience, indiscutables.

ps : je suis contente que votre fonction de bibliothécaire à la prison vous ait rendu quelquefois heureux et libre.

olivier

Véronique :

J'ai poussé la "collaboration" jusqu'à rire.

Je vous accorde donc une remise de peine, pardon une remise de colère. Mais qu'on ne vous y reprenne plus : pas d'idéologie "café du commerce sarkozien" sur le dos de ces drames quand on a la chance de ne pas être touchée. Plus d'excitation "c'est nouveau, c'est mieux" sans avoir pris la peine de se demander pourquoi c'était ainsi ; et enfin ayez la certitude qu'avant votre Rachida, votre Cecilia et votre Yasmina, il y avait aussi des gens capables de réfléchir, de réformer, de proposer (vous Sarkoziennes en choeur vous n'êtes pas le tout et l'infini - je vous assure - on atterrit).

La France n'est pas née en Mai 2007.

By the way, on est un peu collègues : quand j'étais à Luynes, je m'occupais de la bibliothèque... Dewey, reliures, tout ça...

Sans rancune ?


Véronique

@ Olivier

Alors comme ça, je ne serais pas la seule à ne pas vérifier les infos le dimanche, à perdre la mémoire et à me faire honte à force d'inculture judiciaire !

Si je mens, Philippe Bilger ment par omission. Jacques Parayre ment par omission. Car ces deux-là, magistrats, ne m'ont pas dit l'un et l'autre que les réductions automatiques de peines n’existaient que dans mon imagination idéologique.

Euh... quand je vous dis qu'il faut me réformer vite fait la magistrature...!

ps : ma dernière phrase, c'est juste pour sourire. Mais si !

olivier

Veronique : les délais de la modération font que l'ordre d'apparition de nos textes ne correspond pas forcément au rythme des positions et des réponses.
Afin de ne pas prolonger inutilement, je vous dis deux choses :
- penser que la réforme est en soi une nécessité globale, c'est bien être animée d'une idéologie (désolé) ; le faire avec cette joie, cette ivresse, c'est montrer peu de résistance à l'histoire ;
- s'en prendre systématiquement à ceux qui sont les plus pauvres et les moins instruits, et le faire avec le double argument de la morale et de l'intelligence (excusez du peu), vous draper de la sorte dans la double posture de l'honnête citoyenne et de la sévère éclairée, figurez-vous que personnellement je ne trouve pas cela glorieux : je le pense de Cecilia, Rachida, Yasmina et même de... Véronika.

Ca c'est pour votre posture.

En ce qui concerne l'argument des RP et des RPS, vous mentez.

Vous mentez, sciemment.

Vous mentez par intérêt idéologique.

Les remises de peine et remises de peine supplémentaires ne sont ni automatiques, ni en catimini (voir ma réponse à vos amis "grains de poivre" et autres). Il s'agit d'une procédure organisée, légale, rituelle (et le rite peut faire échapper au chaos), réunion de travail où participent à la fois des surveillants gradés, des personnels de réinsertion et le JAP.

Figurez-vous, "Véronika", qu'on n'a pas attendu votre passion réformatrice pour étudier un dossier et réfléchir à l'avenir d'une personne. Figurez-vous qu'on n'a pas eu besoin de votre glorieux vote du côté du plus fort, pour réfléchir.

Non, "Veronika", la Commission d'Application des Peines, ce n'est pas une assemblée de gauchistes échevelés, ce n'est pas une assemblée de pasteurs rêveurs, ce n'est pas un groupe de délinquants.

Il y a certes une part d'automaticité dans la délivrance des RP : si du jour au lendemain (brisé, ou sauvé, c'est selon, ou mieux : réfléchi, vous savez ré-flé-chi), un affreux commence à se conduire BIEN, alors effectivement, dès la première année où il se comporte bien, il en aura le bénéfice en terme de RP. Ne pas comprendre l'intérêt de ce principe, c'est avoir une vision plus idéologique que pragmatique de la prison.

Je finis là dessus : vous écrivez, après avoir aimablement rappelé que vous êtes ici pour monsieur Bilger, procureur, (et pas pour moi, je suppose... rires, décidément... pourtant les livres...), vous écrivez "ce que j'ai tenté de vous dire". Je trouve qu'il n'y a rien à ajouter à votre prose, à ce qui surgit là, de votre plume, comme de celle de Guaino, Dati et quelques autres. "ce que j'ai tenté de vous dire" et je vous imagine, rengorgée, haussant les épaules, satisfaite.

Esurnir

Pour ma part je pense que la question des réductions de peines est bel et bien abordée pendant les délibérés. Comme ce billet écrit par une de vos collègues du siège http://www.maitre-eolas.fr/2007/02/20/550-inside-the-delibere

Il est pour moi acquis que les magistrats ainsi qu'une partie du jury savent qu'une personne peut sortir de prison avant la fin de sa peine.

Je pense pour ma part, même si je n'ai que peu de chose pour étayer mon avis, qu'une menace de sanction forte puis la découverte d'une peine plus faible conditionnelle aide à la réinsertion du prévenu. Le taux de récidive des prévenus en liberté conditionnelle est bien inférieur à celui des prévenus "normaux".

Véronique

@ Olivier

Ce n'est pas bientôt fini ces allégations sur ma "propagande" !

Je ne soutiens personne et je n'appartiens à aucun mouvement ou parti politique.

J'ai voté NS en mai dernier parce que je pense que notre pays doit entreprendre des réformes profondes.

Je n'ai pas voté NS en priorité, obsessionnellement, et loin de là, pour la politique pénale qu'il envisage de mettre en place.

Ici, je me contente de commenter les notes de Philippe Bilger, de répondre aux personnes qui s‘adressent à moi ou de réagir à des commentaires dont je ne partage pas le point de vue.

Je ne vois pas au nom de quoi, pour cela, je serais contrainte de remettre en question mon choix du mois de mai dernier tous les quatre matins, histoire de participer aux critiques tous azimuts contre NS et RD.

Sachez que ce qui m'intéresse dans ce blog, c'est, en premier, ce qu'écrit Philippe Bilger, les accords et les contestations qui lui sont apportés.

Pour ce qui est du sujet de la note, je m'en tiens à ce que j'ai tenté de vous dire à 13h.

olivier

Grain de Poivre :

Ce que vous avez dit est faux. Quand on se dit honnête citoyen, on évite d'escroquer le lecteur, n'est-il-pas ?

Un détenu condamné à 8 ans ne fait pas 4 ans s'il se tient "à peu près tranquille". Ce que vous avez écrit est un mensonge. Dites-nous s'il est délibéré.

Si un criminel condamné à 8 ans se tient tranquille, ce qui entre nous est aussi un objectif - et si un jour votre fils est là-bas, détenu ou surveillant, vous partagerez cet objectif - donc si ce condamné criminel se tient tranquille, complètement tranquille et non pas "à peu près", il aura 3 mois de remises de peine pour douze mois effectués. La moindre incartade, un mot de travers, lui "coûtera" des semaines de RP.

Si vous n'êtes pas que propagande, vous verrez que votre chiffre de 50% ne colle pas du tout à la réalité. 12/15 n'est pas égal à 0,5. Mes instituteurs me l'ont appris, pas à vous ?

Dans le cas d'un effort de réinsertion soutenu, une remise de peine pourra être attribuée en commission d'application des peines pour une durée maximale de 8 semaines pour ces mêmes douze mois effectués.

On arrive, dans le meilleur des cas et qui ne se produit jamais, à 12 / 17 ce qui est sensiblement supérieur à 0,5

Vous avez donc menti - par propagande, comme tout, et certains commentaires vous y encouragent.

Quant à vos "suivez mon regard", osez dire ce que vous avez à dire. Qui craignez-vous ? Les juges ? Vous craignez les juges, Grain de poivre ? Pourquoi écrire par sous-entendu quand on a la conscience claire ?

Enfin, je vous livre une petite expérience : j'étais le détenu le plus clean qu'il y ait eu (j'ai pris mes baffes sans broncher, j'ai étudié, travaillé, tout quoi...) et je n'ai pas eu toutes les remises de peines que j'aurais pu espérer.

L'automaticité de ces remises est une fiction de propagande pour spectateur de TF1.
Les commentateurs la reprennent gaiement.

olivier

Parayre : votre réponse est bien aimable, mais je n'apporte qu'une vision de détenus parmi d'autres. Je ne me sens pas 'autorisé' - rien d'autre que du témoignage et/ou de l'opinion, pas d'expertise en tout cas.

Mais merci de m'encourager.

Les propos sur les RP-RPS de certains citoyens m'ont rendu physiquement malades, je vous avoue. Mais pas les vôtres.

Veronique :
Je vous rappelerai tout de même (oui, tout de même) que ce qui met à feu et à sang le débat, et pas seulement le débat, ce sont vos éternels bris de tabous, bris réalisés avec la pose de l'intelligence et de l'audace, voire du courage (!!!) alors qu'elle n'est que provocation sur le dos du malheur des autres - bonne définition du mouvement politique que vous soutenez.

Quand vous aurez pris la peine de réfléchir à votre endoctrinement, car c'est bien d'endoctrinement qu'il s'agit, effectivement, on pourra réflechir. Et je pourrai même, moi et quelques autres, peut-être vous surprendre.
En attendant, continuez la propagande en vous en prenant à plus faibles que vous, à plus petits et plus sales, à plus ignorants et plus fragiles, les détenus. Aidez-vous dans votre entreprise de cassage de petite gueule de gamins, par tout ce café du commerce qui gronde et qu'on encourage à longueur de JT. Répétez-vous chaque matin que votre violence politique est juste.

Permettez cette certitude : on ne peut pas être à la fois du côté du livre (vous êtes bien bibliothéquaire ?), et de la matraque (vous êtes bien sarkoziste ?), Madame. Vous aurez, nécessairement - vieille certitude juive - trahi l'un ou l'autre.

Véronique

@ Olivier

Je ne suis pas une excitée quand je pense que notre société a besoin de réformes structurelles profondes.

Nous parlons de l'automaticité dans les réductions de peine.

Maître Sagardoytho, plus haut, que vous ne pouvez pas accabler de la fébrilité exagérée et de la vulnérabilité au populisme que vous me reprochez nous dit très bien en quoi cette automaticité aboutit à de l'absurde.

Un autre commentateur a écrit que les magistrats informent un jury d'assises que la peine qu'il prononcera sera, de toute façon, transformée quant à son exécution réelle.

Dans le domaine de la justice, l'automaticité ou l'aspect mécanique des décisions me semblent toujours très préjudiciables.

Je n'approuve pas quand des consensus ou des règles qui me font penser à une sorte de clandestinité s’élaborent en cuisine. Je ne suis pas certaine non plus que pour une personne condamnée cette hypocrisie qui ne dit pas son nom soit satisfaisante. Au sens où les réductions automatiques dénaturent la fonction d’une peine et le sens que la personne condamnée, elle-même, peut y trouver.

Jacques Parayre nous explique que ces réductions automatiques sont une sorte d’outil de gestion, en catimini, de la population carcérale.

Je préfère toujours quand des dispositions gardent un sens authentique et clair.

Dans une réforme des prisons que je pense très urgente à réaliser, la difficulté réside pour moi dans l’aptitude à transformer le regard que nous avons sur la sanction, dans sa partie basse et dans sa partie haute. A trouver les bonnes articulations entre la sanction et la réinsertion et à les faire accepter.

Chaque délit est différent, chaque personne qui le commet est différente. La société se protège et sanctionne en incarcérant. La justice, par l’exécution de la peine, doit pouvoir individualiser la sanction au fil du temps carcéral de chaque condamné.

Mais en ajustant au mieux l'intérêt social et la progression d'un condamné.

Tout sauf de l'automatique. Un JAP n'est pas un gestionnaire des flux de prisonniers.

Véronique

@ Olivier

Je vous répondrai dès que possible.

En attendant, merci d'avoir la patience de lire ce que j'ai écrit à l'attention de Mussipont.

Et si possible, en vous efforçant d'éviter vous-même la fébrilité.

ps : je souhaiterais comme vous et comme Mike des interventions de professionnels des prisons.

Parayre

@Olivier

Votre présence sur ce blog est particulièrement utile et, je me permets de vous inviter à vous y exprimer amplement tant votre vécu est de nature à nous inviter à changer, si besoin, notre regard sur la sanction.

"Ne vous occupez pas des prisonniers si vous ne consentez pas à être leurs sujets et leurs élèves" déclarait le premier aumônier des prisonniers, Saint-Vincent de Paul ...

J'accepte volontiers d'être votre élève et suis convaincu de ne pas être le seul à y aspirer !

Catherine JACOB

Véronique,
«RD n'a pas été nommée pour mettre en oeuvre sa propre vision judiciaire mais pour appliquer une politique judiciaire qu'une majorité d'électeurs ont souhaitée. »

Ce n'est pas un particulier quelconque ou la reine d'une fourmilière qui a été élu-e, mais le chef d'un parti composé d'hommes et de femmes de valeur dont la discipline et la rigueur ont permis l'élection de l'un d'entre eux, et qui ont la capacité d'exister par eux-mêmes à l'intérieur d'une ligne de politique générale, ce qui implique le courage de démissionner si elle leur paraît dévier de facon préjudiciable à leur idéal initial ou encore celui de s'opposer de l'intérieur s'il y a lieu aux dérives qui seraient manifestes. Il existe entre qui est doté d'une telle capacité nécessaire à faire perdurer une démocratie sans qu'elle bascule dans le culte de la personnalité dont on a vu nombre de pernicieux exemples, et qui n'est qu'un aide de camp, la même différence qu'entre un chef de cuisine dont les compétences sont susceptibles de lui permettre d'améliorer une recette, ne serait-ce que celle du pigeon aux hauts petits pois, ou encore d'être heureusement créatif, et un marmiton susceptible de faire foirer les meilleures créations. L'exercice du pouvoir ne saurait s'improviser mais uniquement résulter d'un certain apprentissage, pour que le risque de confusion entre autorité, autoritarisme et finalement dictature ne soit pas trop élevé.

«Je pense qu’on ne réussit cela que si on est très qualitativement entouré et aidé.»

Je ne vous le fais pas dire mais l'infanterie ne suit que si la cavalerie reste en selle et on ne reste pas en selle avec des slogans ou des diktats mais avec une bonne assiette !

Grain de poivre

Pour le bon peuple, il est vraiment choquant que les voyous et les criminels ne fassent jamais la totalité de leur peine. A quoi sert dans ces conditions de l'avoir prononcée ? Un type qui est condamné à huit ans sait d'avance que s'il se tient à peu près tranquille il n'en fera que quatre. Suivez mon regard. Ce n'est pas cher payé de la vie des victimes.

Catherine JACOB

Je voudrais juste préciser que, dans l’analyse qui convoque la sagesse millénaire d’un conte et qui est pratiquée par quelqu’un qui n’en est plus à ânonner la lecture des textes, l’idée directrice en était de faire apparaître une distinction entre la condamnation de l’auteur d’un crime et l’homme en devenir ainsi que le devenir de sa condamnation, telle que la distorsion exposée par le billet du jour entre le criminel et le condamné soit l’objet d’une possible théorisation.

En aucun cas cela ne revenait à révoquer en doute les très réelles maltraitances, et autres crimes contre l’enfance, lesquels, ainsi que l’a exposé la présidente la Fondation pour l’enfance, Mme Anne-Aymone Giscard d’Estaing, née Anne-Aymone Sauvage de Brantes, ce matin sur France2, et comme je l’avais également entendu dire à un procureur général dont je n’ai pas mémorisé le nom, à l’occasion d’un débat télévisé il y a quelques années, sont dans une grande majorité (98% pour le procureur si mes souvenirs sont exacts), le fait de proches, et peuvent être prises en compte par le même conte, qui sera en revanche placé à cet effet dans une perspective et un éclairage différent vu qu’il se range lui aussi sous le même régime de la totalité que la plupart des notions archaïques qui sont celles du "monde du double".

C’est pourquoi je voudrais mettre à profit la présente mise au point pour souligner les dangers de cet acharnement conséquence d’un déni, qui ne fait pas que caractériser la figure archétypale qu’est celle de la reine sorcière de notre conte, mais aussi bien tous ceux qui ne veulent voir les dangers courus dans l’enfance que dans les 2% restants où ils s’emploient dès lors à les faire tenir, du fait, explique Mme Giscard d’Estaing [qui organise par ailleurs ce soir, au profit de sa fondation, une soirée au Château de Versailles où nous sera peut-être donnée à admirer une nouvelle tenue pour le garde des Sceaux], d’une répugnance pour les enquêteurs et les juges à aller ouvrir la boîte de Pandore du cercle de famille, répugnance que pour sa part elle pointe comme une survivance du droit romain telle que, quelque part, cordonnier étant maître chez lui, seuls ces 2% seraient admis à intéresser la Justice et à faire la une des médias.

Les conséquences des projecteurs braqués sur ces 2% du problème destinés à dissimuler en les absorbant de façon totalement pantagruélique, les 98% restants, sont bien évidemment comme l’actualité nous l’a encore récemment montré à propos des chiens mordeurs, que les gens paniquent et font n’importe quoi, comme ceux qui se mettent à conduire en masse leurs gros chiens à la SPA sous des prétextes aussi divers que fallacieux, sans compter que s’est même mis à opérer ce que les actualités d’hier ont appelé un serial killer pour chiens, lequel s’est auto-mandaté à l’application du principe de précaution pour l’ensemble des chiens de toute taille d’un même quartier qu’il a euthanasiés en déversant des saucisses empoisonnées dans les jardins au mépris des dangers qu’il faisait par là-même encourir aux enfants en bas âge qui auraient pu les ramasser et les porter à leur bouche sous l’œil vague d’une baby sitter !!!!!!

olivier

Mike : je suis d'accord avec vous sur la nécessité d'en appeler à l'intelligence des surveillants (souvent moins excités que nos "fébriles de la réforme") ; en tant qu'ancien détenu, je trouve en effet certains commentaires surréalistes.

Je crains, oui, qu'un jour la surenchère quotidienne des "fébriles de la réforme", des excités du tabou qu'on brise et de la pratique qu'on remet en question, ne finissent par générer de vrais drames. Pas de petites répétitions : des drames.

Tous ces commentateurs de la prison et des peines, tous ces gens qui se répondent dans un écho sans fin et comme en apesanteur de toute réalité pratique, ivres incitant à l'ivresse, d'un enthousiasme assomant, pétri de la certitude que tout ce qu'on réinvente est forcément mieux que ce qui était, vox populi dans ce qu'elle peut avoir de pire, ignoreuse et presque fière de sa capacité de violence, appellant sans fin à la souffrance d'un autre fantasmé (ici le détenu, là le clandestin, un jour, nécessairement, le dissident), tout cela ne sent pas bon.

C'est aussi la dignité d'une société que d'aider le fautif à assumer sa peine, c'est là le sens des remises de peines, dont je rappelle qu'elles ne sont pas automatiques, et divisées en deux parts (R.P et R.P.S) et j'ai honte d'avoir, moi, à vous le dire.

J'ai honte, Marcel, Véronique, et les autres, tout cet électorat en demande, demande, demande, d'avoir à vous rappeller, moi qui ai été fautif, ce qu'est la faute, la peine, la communauté, le pardon, bref ces choses essentielles dont vous devriez être, en tant que citoyens, honnêtes citoyens d'une République solide, les gardiens vigilants.

J'ai honte en pensant à ce pays, possédé par l'idéologie et le slogan. J'ai honte, Véronique, Marcel, et quelques autres, de votre possession.

Véronique

@ Catherine

Je n'ai pas écrit que le souhait de PB est qu'un GDS mette en oeuvre sa vision judiciaire.

J'ai écrit que pour l'essentiel de ses initiatives, RD mettait en oeuvre ce que Philippe a préconisé dans ses livres et dans son blog.

Peut-être qu'un bon nombre de magistrats sont du même avis que Philippe. J’en doute. Et de toute façon il est le seul magistrat, à ma connaissance, à avoir exprimé publiquement son accord avec les principaux projets de RD.

RD n'a pas été nommée pour mettre en oeuvre sa propre vision judiciaire mais pour appliquer une politique judiciaire qu'une majorité d'électeurs ont souhaitée.

Après, pour tel ou tel chantier de réformes, il y a la grandeur et l’extrême valeur, selon moi , d’une démocratie qui impliquent qu'une opposition ou que des filtres institutionnels assouplissent ou remettent en question, voire en échec, des dispositions.

Je ne suis pas d'accord avec votre idée qui consiste à dire que RD devrait passer son temps et son énergie à faire de la démocratie participative au risque d'être paralysée dans ses décisions.

Toute la difficulté de son travail est de trouver dans la gestion de ses dossiers les points d'équilibre sans rien compromettre dans les transformations qu'elle juge décisives.

Et comme nous parlons Dati/Bilger.

Je souhaiterais qu’à ses côtés il y ait des Bilger acquis à son programme de réformes qui lui permettraient d'éviter les pièges, les maladresses et les erreurs qu'on fait, nécessairement et obligatoirement quand on a la volonté de faire avancer les choses et quand on les fait concrètement avancer. Mais aussi quand, de cette manière, on remet en question des fonctionnements qui, à force d’être indiscutés, agissent comme des freins qu’on croit incontournables.

Et ce dans n'importe quel domaine, quelles que soient la qualité, la compétence ou l’aptitude des personnes.

RD ne peut pas porter à elle toute seule les turbulences fortes que ces situations particulières créent. Non pas parce qu’elle n’en n’aurait pas la carrure. Mais parce qu’elle s’attaque là à l‘infiniment difficile. Je pense qu’on ne réussit cela que si on est très qualitativement entouré et aidé.

Catherine JACOB

Paul,
Vous évoquez l’oubli du crime.
D’une façon générale, le droit à l’oubli est en effet inscrit dans la loi et notamment la loi n° 78-17 du 06 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. Ce droit me paraît notamment impliqué dans les forclusions et les prescriptions. Qu’est-ce que la forclusion ? Sur le plan juridique la forclusion consiste dans la déchéance d’un droit qui n’aurait pas été exercé dans les délais prévus par la loi. Ex. délais de recours. Maintenant il existe également ce qu’on appelle le « relevé de forclusion »qui appartient aux pouvoirs du juge. Il existe également une possibilité d’interrompre une prescription. Tout est donc question d’appréciation et de circonstances. Dans le cadre de la loi n°78-17 et de la prescription le droit à l’oubli est celui que peut invoquer l’auteur des faits, dans le cas de la forclusion le droit à l’oubli est celui qui peut être invoqué par l’autorité d’où par la société qu’elle représente.

Lorsque dans un post précédent, j’ai essayé de m’expliquer la distorsion relevée par notre hôte entre le judiciaire et le pénitentiaire, le criminel (celui qui est en passe d’être jugé et reconnu pour tel) et le condamné (celui qui a été jugé et reconnu coupable en effet du crime reproché), je suis à la fois proche et éloignée de votre remarque lorsque vous dites :

« Si l'on oublie le crime pour considérer le criminel après le jugement, peut-être est-ce parce que la justice est d'abord dans la parole dite clairement "vous vous êtes rendu coupable de..." »

Dire le droit, trancher, c’est en effet, dans le prolongement du dit, trancher, sinon la tête du moins le lien qui rattache le criminel à la liberté de poursuivre ses actions nuisibles. C’est donc donner au statut de l’acte reproché, celui d’un crime et à son auteur reconnu tel, celui de criminel et c’est ensuite apprécier le degré de rigueur avec lequel la sanction prévue doit, compte tenu de l’absence ou de la présence d’un certain nombre de circonstances, être appliquée, c’est donc condamner et condamner à.
En revanche, lorsque vous dites :

« que la peine est avant tout une mesure de protection sociale (et pour certains (rares?) condamnés, un temps de préparation de la réinsertion). »

Je me sépare de vous en tant que, à tort ou à raison, je pense que la peine est avant tout la sanction d’un crime et en second lieu, une occasion d’empêcher pendant un temps déterminé le risque que pourrait représenter le maintien du condamné extra muros (du lieu d’enfermement) pour la société, mais les conditions de détention nous montrent bien que ce n’est pas protéger les nouveaux compagnons du détenu du risque que ce dernier peut et seulement peut, continuer de représenter. La réflexion sur les bracelets électroniques ou les travaux d’intérêt général nous montrent bien qu’il y a autre chose en jeu dans la peine que ladite protection de la société.

On en revient donc à une question dont l’écho me parvient souvent en tant que pur questionnement sans réponse et qui est : l’enjeu de la peine.

Qu’est que punir ? Qui punit-on et que punit-on ? Et est-ce que cela a encore du sens de continuer à punir et parallèlement à surveiller, dès lors que celui qui continue de subir la peine n’est plus l’homme qui a été condamné pour son crime mais un homme différent, meilleur ou dans certains cas et c’est là aussi un énorme problème, pire.

Comment donc se donne à penser cette relation entre l’homme, son histoire, ses crimes, son semblable, autour de cette question fondamentale et non négociable des libertés au pluriel ?

Ce ne sont pas des questions auxquelles il est susceptible de pouvoir être répondu en deux coups de cuiller à pot, car elles me paraissent impliquer tout un cheminement de la réflexion que chacun doit accomplir pour soi-même en dehors de ses peurs et des projections de ses propres angoisses ou fantasmes et enfin de ses rancoeurs, ainsi que dans le cadre d’une réflexion responsable sur l’homme qui ne se limite pas à reprendre à notre compte de pures et simples doxa parce que c’est plus confortable.
De toute façon le public est assez souvent semblable à l’homme qui préfère faire poser trente-six serrures sur un bâtiment qu’il aura construit dans une zone inondable, à savoir inconscient du vrai danger qu’il encoure !!

Est-ce que la ré appréciation périodique de la peine dans la limite du maximum applicable stricto sensu implique l’oubli du crime et la négation de sa victime ? Je ne le pense pas. Est-ce qu’elle implique une vision optimiste de l’homme. Je le pense. Est-ce que cette vision est dangereuse pour le corps social en général ? Du point de vue de la logique des comportements, je pense même tout le contraire.
Est-ce que cela implique que je ne sois pas d’accord avec la vision du judiciaire exposée par notre hôte. Pas nécessairement, du moins telle que je me l’explique, car il me semble que comme moi il place l’homme au cœur de tout, cet homme qui est si souvent sa propre victime et qui dans son parcours tragique fait tellement de victimes collatérales, dans un souci du juste et des droits qui n’est pas négociable, mais aussi dont la vision n’est pas irrémédiable, et qu’à partir de là nous sommes, lui le magistrat et moi la citoyenne lambda, dans l’ouverture d’un dialogue possible. C’est tout.

mike

Pourrait-on avoir des commentaires de gardiens de prison, eux qui vivent réellement les difficultés ?

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