Une immunité pour la douleur ?
Grâce à l'action des sociétés de personnels du groupe Le Monde, les Publications de la Vie catholique, etc, Alain Minc ne présidera plus le conseil de surveillance à partir du mois de mars 2008. C'est une bonne nouvelle. Il pourra choisir son successeur: c'est une mauvaise nouvelle.
Bertrand Cantat bénéficie depuis peu d'une libération conditionnelle.
Est-ce une bonne nouvelle pour la justice ?
Il faut le dire tout net : à partir du moment où l'exécution de la peine n'est jamais totale, il n'y avait aucune raison pour que Bertrand Cantat ne soit pas libéré alors qu'il avait déjà effectué plus de la moitié de son temps de détention. Il n'a bénéficié d'aucun traitement particulier, son comportement pénitentiaire a été exemplaire et il est évident que, pour lui, le projet de réinsertion est acquis.
Il a commis le crime de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de Marie Trintignant sans intention de la donner dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003 à Vilnius en Lituanie. Il a été condamné par une juridiction de ce pays le 29 mars 2004 à la peine de huit ans d'emprisonnement. Transféré à Muret, en France, la libération conditionnelle lui a été accordée par une décision d'un magistrat de Toulouse, chargé de l'application des peines, qui a suivi l'avis du parquet. Des extraits, publiés par le Figaro, montrent à quel point l'argumentation a été développée avec soin et les possibles critiques intelligemment réfutées.
Bertrand Cantat devra se soumettre à une double obligation et la période probatoire, en plus, a été prolongée d'un an jusqu'au mois de juillet 2010.
En dépit de la célébrité du chanteur, je ne suis pas sûr qu'on évoquerait avec une telle "couverture" médiatique sa sortie de prison si Nadine Trintignant, la mère de la victime, n'avait cessé depuis le drame de mener un combat évidemment inspiré par la douleur et par la volonté de continuer à faire de cette tragédie une affaire extraordinaire.
J'avais tenté de montrer, à l'époque, dans un article publié par le Figaro, comme ce crime m'était apparu terriblement passionnel, révélant l'incompréhension de deux mondes, l'affrontement de deux êtres et la violence sans excuse de l'un sur l'autre. Il n'empêche que tout crime, et celui-ci plus qu'un autre, ne peut être appréhendé et expliqué que si on accepte de mettre en face du crime la victime qui, vivante, innocente, sans le savoir, a pu mettre en branle sans le savoir des démons insoupçonnés chez l'autre.
Nadine Trintignant a tout tenté, encore récemment par un courrier, pour interrompre un processus qu'elle sentait proche d'aboutir. Elle n'a pas réussi dans son entreprise et si je plains la mère éplorée et indignée, j'en suis heureux pour la justice.
Nadine Trintignant vient de déclarer, selon le Parisien "Par la loi, un homme qui tue sa compagne ou son épouse pourrait être condamné à vingt, vingt-cinq ou à perpétuité. Or cela ne dépasse jamais les huit ans et ils n'en font que quatre... Si les hommes savaient qu'ils peuvent risquer vingt à trente ans de prison non compressibles, il y aurait peut-être moins d'orphelins."
Même pour soutenir la cause des femmes battues, celle de sa fille qu'elle assimile à ces drames ordinaires en en retirant l'incendie intime, j'ose dire que ses propos me semblent excessifs. Cette légitime dénonciation des violences viriles a-t-elle besoin d'être exprimée avec cette sorte de rage "populiste" qui s'égare par ailleurs sur le plan de la vérité pénale ? Puisque Bertrand Cantat est clairement la seule cible de cette diatribe, puis-je rappeler que le crime qui lui était reproché est puni en France de quinze ans de réclusion criminelle, le meurtre de trente ans et l'assassinat de la réclusion criminelle à perpétuité ? Le mélange opéré par Nadine Trintignant pour mieux laisser croire à une scandaleuse indulgence pourrait être admis et compris dans l'immédiateté de l'horreur et de la perte mais quatre années plus tard il est moins convaincant dans son excès que regrettable dans son approximation.
Certes, je pourrais me féliciter que des sensibilités progressistes, ayant signé, je crois, moult pétitions en faveur d'une société décrispée et compréhensive - et c'est un euphémisme ! - découvrent qu'il est des rigidités et des sévérités qu'on souhaite plus que tout et que la cause des autres n'a rien qui ressemble à la vôtre, avec son chagrin ineffaçable. Ce serait une autre mère de victime qui se laisserait aller à proférer de tels propos, nul doute qu'on leur donnerait moins d'écho et qu'ils seraient même taxés d'outranciers.
Nadine Trintignant, en elle-même et autour d'elle, grâce à sa culture et à sa capacité de résistance à l'instinctif, dispose d'un capital pour ne pas succomber à la haine, et pourtant elle y cède. Je me demande qui pourra jamais résister à ce ressentiment vindicatif et obsessionnel qui vise à remplacer la personne qui manque par l'être toujours présent du condamné. Il faut que celui-ci n'en finisse jamais avec sa peine, avec la peine qu'il a causée.
La douleur aurait tous les droits. Il y aurait une immunité de la douleur. Toute la vie ?
@Philippe
Mais c'est un meurtre qu'a commis Bertrand Cantat et il est temps de faire comprendre que les violences conjugales, pas plus que les incestes, ne concernent pas avant tout la sphère familiale et ne seraient que des manifestations d'un amour hors-norme. Les crimes passionnels c'est de la littérature, de la mauvaise, qui cachent comme les mal-nommés "crimes d'honneur" les violences que certains hommes trouvent normales à l'égard des femmes.
Bertrand Cantat a battu à mort Marie Trintignant et l'a laissée mourir sans appeler les secours.
Il y a 2 ans j'étais en ESpagne où les violences conjugales sont une plaie de cette société macho, j'ai vu dans un village une manifestation des hommes en soutien à un des leurs qui avait tué son épouse ; ces braves gens ne comprenaient pas que cet homme soit en prison.
Que Bertrand Cantat se soit bien conduit en prison je n'en doute pas, c'est le contraire qui m'eût étonnée. Pas comme ces grandes gueules qui insulteraient un gardien qui les a regardées de travers. Que cette sortie anticipée à mi-peine soit "normale" j'en conviens ; il n'empêche que condamner à 8 ans de prison quelqu'un pour un meurtre, en sachant qu'il n'en effectuera que 4 ans, perso je trouve que c'est peu cher payé.
Au delà de cette affaire, une de vos phrases me trouble terriblement : "tout crime, et celui-ci plus qu'un autre, ne peut être appréhendé et expliqué que si on accepte de mettre en face du crime la victime qui, vivante, innocente, sans le savoir, par son attitude, a pu mettre en branle des démons insoupçonnés chez l'autre"; pardonnez-moi mais je refuse de mettre en face de ce crime la victime et encore moins d'envisager qu'elle peut, fut-ce inconsciemment, être à l'origine de cette fureur meurtrière. Si on pousse à l'extrême votre argument on retrouve hélas ce que disent violeurs et meurtriers régulièrement : "elle m'a poussé à bout" elle l'a cherché en quelque sorte.
Ce n'est sans doute pas ce que vous voulez dire mais c'est peut-être ce que certains entendront. Je suis désolée mais je ne peux vous suivre. Vraiment pas.
Rédigé par: catherine A. | 16 octobre 2007 at 19:01
Inversons le raisonnement : si Nadine Trintignant pleure encore le décès de sa fille qui n'a pas su résister aux coups qu'elle a reçus, c'est, peut-être, que la vengeance publique au profit de laquelle le citoyen policé a été dessaisi de sa venageance privée, a failli.
Curieuse vengeance publique puisque "l'exécution des peines n'est jamais totale" (sic !). Un JAP, jeune en général et souvent talentueux, va donc "réviser" la décision d'un tribunal ayant statué collectivement sur les réquisitions d'un membre du ministère public : l'équation devient demi-peine prononcée par un demi-tribunal sur les réquisitions d'un demi-procureur.
Mais il est vrai qu'il faut vider les prisons...
Est-il exact que l'absence de grâce présidentielle du 14 juillet (quel beau symbole républicain !)a entraîné une baisse de la récidive ?
Une politique pénale simple, claire et affichée est-elle possible ?
Rédigé par: André ALGRIN | 16 octobre 2007 at 19:02
La culture et/ou le milieu dans lequel on évolue ne sont pas grand-chose face à la douleur de la perte d'un proche dans de telles circonstances et sont de bien maigres filets pour ne pas sombrer dans la haine...
Mais sinon je suis d'accord !
Rédigé par: Largentula | 16 octobre 2007 at 19:20
Félicitations pour votre brillant plaidoyer en faveur de la prudence et de la sagesse qui doivent entourer la libération tapageuse de B.Cantat. En plaçant de plus en plus la victime au coeur de l'action publique répressive ainsi que les lois pénales récentes ou en gestation le démontrent, le gouvernement prend gravement le risque que le ressentiment et la vindicte des victimes s'expriment de plus en plus bruyamment à l'audience criminelle, au détriment de l'accusé mais aussi des attributions de l'avocat général, avocat naturel de la société. Le risque de dérive existe déjà et il s'exprime à l'occasion de certains procès lorsque le Président des assises tient mollement son audience : partie civile qui invective publiquement l'accusé et son défenseur, photos du défunt arborées publiquement, rassemblement devant le Palais, etc... Il ne reste plus qu'une étape à franchir pour parachever l'édifice : placer la partie civile au coeur de l'exécution des peines et lui allouer le droit de s'opposer à une libération conditionnelle ou à tout autre aménagement de peine. Dans le cas de B.Cantat, on imagine ce qu'aurait donné le droit pour Mme Trintignant de s'opposer à une demande de libération conditionnelle. Comme au Royaume Uni, il est grand temps que le procès pénal se recentre sur ce qu'il est exclusivement : la répression d'une infraction et la sanction du coupable, et ce débat intéresse la société seule. Mais ce sera l'oeuvre d'une législature politiquement différente car ce débat n'est évidemment pas dans l'air du temps.
Rédigé par: Thierry SAGARDOYTHO | 16 octobre 2007 at 19:25
J'ai connu un cas similaire et anonyme, la personne a effectivement eu sept ans d'emprisonnement et elle est ressortie au bout de trois ans et demi. Bertrand Cantat n'a donc eu aucune clémence particulière.
Par ailleurs, cet homme a visiblement été détruit par ce geste impulsif et irraisonné. J'essaie dans la mesure de mes moyennes capacités d'avoir une empathie pour mieux pouvoir comprendre ce qui amène un homme à l'apparence sympathique à enlever une vie malgré lui. Si une femme dont j'étais très amoureux m'avait expliqué qu'elle allait passer l'été avec son ex d'un rire mauvais, je pense que j'aurais eu intérêt à prendre mon manteau et à quitter la pièce très rapidement. J'ai connu la douleur que peut engendrer une fiancée cruelle et cynique dans une autre vie, je comprends mieux depuis certains drames que peuvent nous révéler Détective et autres magazines traitant le fait divers. Je n'excuse pas, ne rationalise pas le crime de B.Cantat, j'écris simplement que je comprends cette possible perte de maîtrise au milieu d'une passion amoureuse où le sentiment guide plus que la raison.
Je n'aime pas les récupérations de Lio qui fut une femme battue et voit en son amie Marie Trintignant un symbole de la femme maltraitée. Ce sont deux histoires différentes dans deux contextes différents et le geste malheureux de B.Cantat est autre que celui de la brute qui libère ses frustrations personnelles, voire professionnelles sur son épouse.
Quant à madame Trintignant, elle use et abuse de sa notoriété et du pouvoir qu'elle lui apporte pour une douleur que l'on comprend bien, mais qui l'égare... J'agirais peut-être ainsi dans son cas, mais avec des nuances dues à ma nature : un crime n'est pas un assassinat même s'il touche une personnalité, c'est pour la vérité que je me serais battu, pas pour la travestir.
Bertrand Cantat a été jugé comme le prévoit la loi, il a reconnu son crime et purgé sa peine du moins dans les textes. Il respectera sa condition de ne pas divulguer d'informations sur cette histoire et restera choqué de son action jusqu'à la fin de ses jours. Je suis persuadé qu'il a été pris dans un tourbillon de colère le dépassant, pouvant tous nous dépasser. Ce n'est pas à mes yeux, une personnalité perverse ou un coutumier de la persécution machiste, juste un amoureux n'ayant pas su gérer.
Nadine Trintignant ne réussira pas, je l'espère, à adapter la réalité à sa douleur de mère.
Rédigé par: Ludo Lefebvre | 16 octobre 2007 at 22:20
Je ne m'attarderai pas, comme vous du reste, sur A.Minc, le spinoziste plagiaire, judiciairement condamné de ce chef peu glorieux et aujourd'hui, en partance de la présidence du conseil de surveillance du Monde...
Je préfère, par contre, témoigner, pour l'avoir lu, de la qualité du "papier" que vous aviez, au temps du drame, signé dans le Figaro au sujet de B.Cantat.
J'y avais retrouvé, comme dans votre billet de ce jour, les sentiments vécus en traitant des crimes passionnels, irréductibles effectivement à des pétitions de principe car "humains", trop "humains", appelant en effet, pour tenter de les expliquer et de les appréhender, une étude de l'histoire des protagonistes, auteur et victime, le jour du drame et auparavant.
Vous rappelez par ailleurs, à juste titre, que les "coups mortels", sont punis de quinze de réclusion et que N.Trintignant, usant voire abusant de l'écoute médiatique dont elle bénéficie, joue quelque peu avec la vérité - qu'elle ne peut ignorer - en évoquant des sanctions non encourues par le célèbre chanteur.
J'ajouterai que ce dernier - qui était dans les délais de la libération conditionnelle depuis le 29 octobre 2006 - aurait été libérable le 29 juillet 2009 et qu'il bénéficie donc aujourd'hui d'une réduction d'incarcération de seize mois...
La réalisatrice, hautement respectable dans sa douleur, me semble toutefois, avec vous, céder à la haine qui, par définition, n'est pas la justice.
Le temps écoulé depuis le 27 juillet 2003 ne paraît pas avoir apaisé ses sentiments de répulsion ni l'avoir empêchée de céder à la misologie.
Il est heureux que le JAP et le parquet de Toulouse aient, eux, raison gardée en appliquant, avec recul, la loi, la seule loi !
La haine et les penchants qui la dictent sont sans doute les écueils dont il importe le plus aux magistrats de se préserver.
Rédigé par: Parayre | 16 octobre 2007 at 22:53
Bilger, Parayre, du Schubert à quatre mains, enchantement du style et de la pensée...
Et comme nous sommes encore un peu en ère rugbystique : "il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui les déménagent" disait Casque d'or.
Rédigé par: sbriglia | 17 octobre 2007 at 08:45
On peut s'interroger sur la publicité de cet aménagement de peine.
Il me semble que cette publicité enferme la malheureuse mère de la victime : en tant que mère, elle ne peut pas tenir d'autre discours. Toute autre parole serait "scandaleuse".
Ce n'est pas madame Trintignant qui s'égare, c'est tout ce climat qui égare.
Quels que soient nos antécédents, cela nous rappelle, je crois, la nécessaire distinction de la Justice : la partie civile n'est pas le procureur, le procureur n'est pas le juré, le juré n'est pas le juge d'application des peines et le JAP n'est pas le conseiller "insertion-probation".
Cela nous rappelle aussi le danger d'identification de l'ensemble de la société aux victimes.
D'abord, cette identification est un irrespect envers les véritables victimes (il y a des compassions sans retenue qui frisent le voyeurisme et la jouissance secrète - n'en soyons pas dupes, une certaine presse regorge de cela derrière le masque de la compassion).
Ensuite, je crains pour l'avenir démocratique d'une nation où celui qui a vu le vol du parapluie du conducteur de bus s'époumone comme celui dont on aurait brisé les jambes. Le citoyen peut aussi calmer le jeu, de lui-même - c'est même, il me semble, son devoir.
Les grands mouvements totalitaires se sont tous réclamés d'une justice maintenant, d'une justice enfin ; il se sont tous appuyés sur le cri du peuple (pour mieux l'étouffer et le contraindre après).
Une pensée donc pour la mère de Marie dont la voix résonne encore en nous. Une pensée, aussi, discrète, pour la mère de Bertrand.
Rédigé par: olivier | 17 octobre 2007 at 08:48
@Ludo, franchement arrêtez de vous faire du cinéma ; "une femme à l'air mauvais", rire quasiment sardonique d'un côté, un gentil garçon malmené par une garce de l'autre. Y étiez-vous ? Et même si cela s'était ainsi passé. Je t'aime trop, je te tue ; c'est ce que l'on entend dans chacun de ces meurtres ; c'est en criant ça que les hommes espagnols, étaient descendus dans rue, faisant du meurtrier une victime. Comme si les femmes infidèles, et souvent même pas, devaient finir comme Carmen. Je me répète mais une femme n'est pas la propriété de son compagnon ; toute relation humaine est par essence fragile, aléatoire, elle peut s'arrêter d'un instant à l'autre. Il n'y a que les enfants qui croient à l'amitié éternelle pour ne pas le savoir ou les êtres bouffis de vanité. Vous oubliez aussi que la plupart de ces hommes sont des récidivistes et il semble bien que Cantat en était un ; des hommes pour qui les femmes sont des choses, LEURS choses.
Vous oubliez aussi que très peu de femmes tuent celui qui veut les quitter ou qui les regarde d'un air mauvais, j'en conclus donc qu'elles n'ont pas de coeur. C'est d'ailleurs ce que vous dites à longueur de posts.
Rédigé par: catherine A. | 17 octobre 2007 at 09:47
Ce qui fait frémir, dans votre propos par ailleurs mesuré et sensé, c'est ce constat affligeant : "L'exécution de la peine n'est jamais totale" !
Dont acte. C'est la loi et il n'est pas question de s'opposer à la loi (au moins dans mon esprit) !
Mais alors, à quoi cela sert-il de faire délibérer un jury (dans les affaires criminelles), si c'est de toute façon pour se "moquer de sa sentence", pourtant plus forte qu'un collège de juges assis (vox populi, vox dei, n'est-ce pas !) ?
Et qu'on ne vienne pas me dire que déjà, dans leur tête, 15 ans (ou 20 ans), ce n'est pas rien même si on divise par deux la peine.
S'ils estiment que mettre à l'abri la société des dangers d'un criminel patenté pendant 20 ans est un minimum, tout bien pesé, vous devriez leur proposer 40 ans dans vos réquisitions... en tenant compte de l'existence d'un JAP !
Rédigé par: Infreequentable | 17 octobre 2007 at 10:44
olivier
«Ensuite, je crains pour l'avenir démocratique d'une nation où celui qui a vu le vol du parapluie du conducteur de bus s'époumone comme celui dont on aurait brisé les jambes. »
Lequel lui ne s'époumone pas lui, comme chacun sait, mais garde ses forces autant que possible et prévient simplement de ce qui va arriver, qui effectivement arrive.
Personnellement, j'ai déja perdu au moins cinquante parapluies vu que je les oublie assez facilement s'il a cessé ou presque de pleuvoir entre temps. J'ai également récupéré trois aux quatre reliquats de parapluie aux baleines cassées par le vent, mais d'une facon générale j'aime la pluie qui me remémore les paroles de ma grand-mère: «Les beaux oiseaux ne mouillent pas.»!
En effet sur les plumes des beaux oiseaux l'eau glisse leur ajoutant un éclat particulier lors du retour des rayons du soleil qui se reflètent dans les gouttes de pluie.
Une suggestion concernant les parapluies : au Japon, il existe des dépôts de parapluie publics à usage des passants et où l'on peut se servir ou reposer le parapluie emprunté à un autre endroit, ce gratuitement, contrairement à ce qu'il en est ici pour les vélos.
Gouttes de pluie au soleil http://pds.exblog.jp/logo/1/200409%2F26%2F02%2Fb0032802%282%29%2Ejpg et http://blogimg.goo.ne.jp/user_image/39/e5/c371dfa5b0e420585d8294
5849277bca.jpg
Enfin il n'existe pas de parapluie, même judiciaire, pour les pluies de larmes, juste le soleil... Quand le soleil reviendra-t-il pour N Trintignant ? Qui peut le dire ?! On peut juste le lui souhaiter.
Rédigé par: Catherine JACOB | 17 octobre 2007 at 10:44
catherine A.
"Vous oubliez aussi que très peu de femmes tuent celui qui veut les quitter ou qui les regarde d'un air mauvais, j'en conclus donc qu'elles n'ont pas de coeur. "
Les femmes ne sont pas tant dans la violence physique que dans une autre forme de violence, celle qui effectivement peut pousser à bout ou, tant qu'à dire les choses comme elles sont car pourquoi serions-nous fondamentalement meilleures qu'eux, le fameux petit 'bouillon de onze heures' qui n'est pas du tout une arme masculine, mais l'arme de la patience déterminée. Or donc, si le coup de sang est de l'ordre passionnel, que dire de cette lente, obscure et mesquine distillation de tous les poisons y compris des poisons de l'âme dont notre littérature est remplie...
Rédigé par: Catherine JACOB | 17 octobre 2007 at 11:13
"Vous oubliez aussi que très peu de femmes tuent celui qui veut les quitter" nous conte Catherine A
(preuve que je lis bien presque tout :-)
je prends note ; je pense qu'après 35 ans de bonheur commun, je vais... à cause vous... quitter ma très chère épousée !
et dire qu'avant de vous élire ici, cette pensée ne m'avait même pas effleuré ! :-(
sinon immunité
rime avec impunité ?!
Sissi et ce, face à son destin !
(sinon comme chanteur, je l'ai beaucoup écouté à une époque révolue ; sissi aussi !)
Rédigé par: Cactus yeux révolver | 17 octobre 2007 at 11:37
En dehors des questions de justice sur lesquelles je me garderai bien de me prononcer, je m'interroge sur la difficulté des hommes, et des femmes, de se méfier de la passion et de vivre plutôt de tendresse, voire de raison.
Je n'ai pas la réponse ; dans le film "le printemps, l'été, l'automne, l'hiver et... le printemps," le vieux moine déclare que la passion prolongée peut conduire au meurtre. Peut-être lui même en a-t-il fait l'expérience ? En serions-nous exempts ?
Si quelqu'un a la réponse, je la méditerai.
Rédigé par: mike | 17 octobre 2007 at 11:54
@ Catherine,
Je vous trouve excessive dans vos propos qui relèvent à n'en pas douter d'un certain révisionnisme judiciaire.
Le mot "meurtre" que vous employez a une signification précise qui ne correspond pas à la qualification juridique retenue dans cette affaire.
De même, lorsque vous écrivez que "Bertrand Cantat a battu à mort Marie Trintignant et l'a laissée mourir sans appeler les secours", vous rendez compte de faits qui ne correspondent pas à la réalité telle qu'elle a été judiciairement établie ; vos propos laissent en effet clairement entendre que B. Cantat a intentionnellement tué M. Trintignant.
L'excès ne sert malheureusement pas la noble cause que par ailleurs vous semblez vouloir défendre.
Laissons l'émotion et le désir infini de vengeance aux seules familles éplorées, c'est déjà beaucoup.
Rédigé par: Nicolas | 17 octobre 2007 at 12:03
« …Il a commis le crime de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de Marie Trintignant sans intention de la donner dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003… »
Cette formulation me fait bondir à chaque fois que je la lis. Que ce soit pour ce fait ou un autre.
Rappel nécessaire : « [En 2003, interrogé par l'AFP, le procureur général Antanas Klimavicius a expliqué que B Cantat sera inculpé pour "homicide, en vertu de l'article 129 du code de la criminalité", précisant que la charge d'homicide volontaire n'était pas prévue dans ce nouveau code de la criminalité lituanien ».
"Nous considérons, contrairement à ce qu'il prétend, qu'il a volontairement donné la mort à Marie Trintignant, a en outre souligné Ramutis Jancevicius, le procureur du district de Vilnius, dans un entretien au Parisien. Il était conscient de ce qu'il faisait. Par ailleurs, son attitude après l'évanouissement de sa victime montre qu'il n'a rien fait pour tenter de la sauver.] »
Perdre un enfant pour une mère, étant donné le lien qui les unit, quel que soit son âge, est une tragédie. C’est hors nature. Le perdre dans des conditions d’extrêmes violences rend cette évidence insupportable.
Mme Trintignant n’a certainement pas « digéré » le fait de n’avoir pu faire délocaliser l’affaire. Le droit français proposant des peines plus lourdes qui ne sont, d’ailleurs pas appliquées. Mais, en Lituanie, il y a bien eu procès. Seulement, les victimes ou familles de victimes éludent, ou ne sont pas suffisamment informées, tout simplement, au moment du procès, des remises de peines, (y en a-t-il seulement en Lituanie ? ) desquelles se trouvent déduites, ce qui est normal, la durée de la détention provisoire. Cependant qu’est-ce que cela changerait, puisque le reste de la peine fut effectuée en France ? Peut-être tout simplement une procédure d’appel ?
Mme Trintignant aurait cru que la peine imposée aurait été effectuée en entier ?
Un appel avait été interjeté, puis subitement interrompu, alors ?
Une justice a été rendue.
Qu’il reste une animosité, elle est compréhensible.
Contrairement à la chanson, le temps n’efface pas. Encore moins lorsque l’auteur de la disparition de l’être cher se trouve et se trouvera médiatisé, ce, au fil des années, plus ou moins ouvertement, du fait de sa notoriété. De quoi raviver des douleurs qui cicatrisent mal. Douleurs ravivées, parfois, innocemment par des enfants qui ont juste la « maladresse » de ressembler à leur maman, soit dans le physique, soit dans les manières, soit dans l’esprit…
Eh oui ! Car dans cette malheureuse affaire, il y a, il ne faut pas les oublier, des enfants, quatre, et deux sont encore mineurs.
Animosité qu’il faut apprendre à canaliser du fait de ces jeunes, pour leur santé.
http://www.lepoint.fr/content/confidentiels/article.html?id=184488
http://www.actustar.com/Actualites/15594/les-ex-de-marie-trintignant
t-se-battent-pour-leurs-enfants
Il y a un point, dans les propos de Mme Trintignant, que je rejoins, si les hommes violents étaient jugés plus sévèrement face à leurs actes, (puisque les lois de ce pays contiennent des durées conséquentes), à la longue, du moins il faut l’espérer, ceux-ci seraient contraints à se modérer. Eradiquerions-nous, en partie du moins, cette calamité ? Mais il est vrai que face à une certaine misère, face à l’alcool, face à la drogue…. !!!! et aussi, sans doute, à une certaine indifférence... !
La loi atteint-elle au moins son objectif ? Les faits sont-ils bien interprétés puisque souvent des individus considèrent qu’il y a violences parce que le couple veut divorcer !!! Et que c’est une manipulation de la femme ! Ce qui est un comble.
Mais en réalité, qu’est-ce que la vie de la femme face à celle de l’homme ?
J’ai déjà dénoncé sur ce blog le cas qui m’avait révolté, il y a plusieurs années maintenant, de cette femme espagnole tuée de 66 coups de couteau par son mari. La justice espagnole avait, au moment du procès, estimé qu’il n’y avait pas eu acharnement de la part de ce dernier.
En Iran, la vie de la femme ne vaut que la moitié de celle de l’homme. Aussi lorsqu’elle est tuée, c’est sa famille qui doit verser de l’argent à l’agresseur puisqu’elle ne vaut que la moitié de sa vie.
C’est peut-être de là que vient l’expression préférée des hommes, en parlant de leur femme : « ma moitié » !
D’où la place qui lui est réservée.
D’où la difficulté de faire appliquer la parité, notamment au Parlement où les femmes n’ont pas l’accès qui leur serait dû, ayant tout autant que les hommes, le droit de voter des lois qui les concernent.
Mais là, est encore un autre débat...
Rédigé par: Marie | 17 octobre 2007 at 12:08
"Des extraits, publiés par le Figaro, montrent à quel point l'argumentation a été développée avec soin et les possibles critiques intelligemment réfutées."
Bien.
Mais jusque-là nous ne sommes pas non plus dans l'exploit, l’époustouflant ou le très exceptionnel dans une argumentation.
Ou alors, si l'argumentation du magistrat est à ce point intelligente. Alors, mon Dieu, que penser des argumentations des magistrats pour des cas, disons, moins voyants ?
Nous sommes, dans l’argumentation de cette décision, dans ce qui devrait être la norme.
Une argumentation fouillée, détaillée, soignée, travaillée ne doit pas être de l'ordre d'un exceptionnel ou d'une heureuse surprise. C'est ce qu'on est en droit d'attendre des magistrats, au regard du pouvoir qui est le leur.
Je n'ai rien à ajouter sur la libération conditionnelle de B. Cantat.
Dans ce qui se pratique ordinairement sur cette question, cette mesure est en conformité et légitime.
Je ne suis pas du tout d'accord avec votre propos qui consiste à ne présenter N. Trintignant que comme le porte-parole de la douleur d'une victime qui n‘aurait de cesse de poursuivre de sa souffrance le meurtrier de sa fille.
N. Trintignant appartient à une génération de femmes qui ont fait beaucoup pour la cause des femmes. On leur doit énormément pour la prise en compte de l'horreur banale et quotidienne vécue par les femmes quand elles sont frappées et parfois battues à mort.
Bien avant Vilnius, N. Trintignant s'est inscrite dans ce combat.
Après, qu'elle se soit égarée par des publications ou par des prises de position qu'on peut juger excessives ou inopportunes est une chose.
Comme beaucoup, je le lui ai reproché.
Mais je reconnais à N. Trintignant la place qu'elle, et avec elle d'autres femmes, ont su conquérir pour porter secours à des femmes en totale et terrifiante détresse.
Rédigé par: Véronique | 17 octobre 2007 at 13:25
"un crime n'est pas un assassinat"
Un crime n'est pas forcément un assassinat, effectivement (le viol et la torture sont des crimes sans être des assassinats), mais dans le cas présent il faut surtout souligner qu'en France, un homicide involontaire n'est pas un crime mais un délit.
Rédigé par: Le hasard | 17 octobre 2007 at 16:02
@ catherine A
Sans prendre parti pour le meurtre masculin ou féminin Carmen ne doit pas nous faire oublier Médée .
Rédigé par: Bernard de .. | 17 octobre 2007 at 16:11
Nadine Trintignant nous fait oublier que Marie a également un père : Jean-Louis. Un homme certainement meurtri au plus profond de lui-même par ce drame et qui a su pudiquement se taire. Paraphrasant Montherlant je ne peux que conclure : "Que de bruit dans ce silence."
Rédigé par: Bernard de .. | 17 octobre 2007 at 16:22
Catherine A,
Y étiez-vous, vous-même ?
Vous déformez mes propos comme d'habitude, j'ai parlé d'une rire mauvais, pas d'un air mauvais ou d'un regard mauvais.
J'ai dit que je comprenais cette perte de contrôle, ce geste impulsif, pas que je l'excusais, ce qui n'a rien à voir !
Oui, il y a des mots, des attitudes qui font très mal, qui vous font sortir de vos gonds. Contrairement à vous, je ne suis pas dans une guerre des sexes, ceci est tout à fait valable à mes yeux dans un cas comme dans l'autre.
Je n'ai jamais dit que la femme était la propriété de l'homme, je ne pense pas ce genre de chose et il n'y a pas que les enfants qui croient aussi à l'amour éternel, il y a également les amoureux. Je n'ai pas parlé de garce à propos de Marie Trintignant, vous n'êtes que dans une pure extrapolation de ma pensée, totalement fausse de surcroît.
Cantat n'était pas un récidiviste, c'est ce que veut faire croire Nadine Tritignant qui use de tous les stratagèmes pour imposer son diktat de bourgeoise de gauche. Les témoignage des ex-compagnes disent le contraire... Vous prenez la justice pour un terreau machiste qui dissimule la vérité pour alléger la peine des crimes masculins ?
Je me fiche de l'Espagne.
Personnellement, je trouve que cette prise de parti systématiquement féministe dans la confrontation vaut le machisme car il égare le jugement.
Parce que Cantat est un homme, il lui aurait fallu perpétuité, devenir le machiste qu'il n'est pas, le symbole que cherchent Lio et autres qui sont fêtées à la Thanks- giving. Et bien non, la justice n'a pas à être le porte-drapeau de micro-fascismes qui ne cessent de faire du vous et du nous, de réclamer son petit privilège partial dans une société égalitaire.
Pour une femme, vous auriez demandé les circonstances aténuantes, parce qu'elle vivait avec un "macho" ?
Rédigé par: Ludo Lefebvre | 17 octobre 2007 at 17:01
A Catherine A
Je n'apporterai pas de commentaire supplémentaire aux différentes réactions que je viens de lire, sauf celui-ci.
Vous écrivez dans votre tout premier commentaire d'hier :
"...Que cette sortie anticipée à mi-peine soit "normale" j'en conviens ; il n'empêche que condamner à 8 ans de prison quelqu'un pour un meurtre, en sachant qu'il n'en effectuera que 4 ans, perso je trouve que c'est peu cher payé..."
Ce procès d'intention que vous faites à notre justice ne tient pas, car la condamnation de Bertrand Cantat à 8 ans d'emprisonnement a été prononcée par la justice de la République lituanienne.
La justice française n'a fait que prendre en compte ce jugement comme base, et a traité ensuite la demande de requête en liberté conditionnelle selon les textes en vigueur actuellement.
Ni plus, ni moins.
Rédigé par: Samagne | 17 octobre 2007 at 17:06
Catherine A. considère que la peine encourue pour violences conjugales est trop faible, cela s’entend. Mais il ne me semble pas que ce soit le sujet de Nadine Trintignant. Il me semble que ce qu’elle ne supporte pas est que Cantat puisse un jour sortir de prison.
Cela se comprend : Cantat vivant lui interdit tout deuil, car il y a un responsable à son malheur qui lui permet de ne pas affronter ce fait simple : la mort de sa fille de son vivant.
Ce fait aurait pu subvenir de toute autre façon, et être mère c’est accepter d’avoir donné vie à une personne aimée destinée à la mort. La douleur est alors aussi forte mais sauf à maudire Dieu, la vie, etc, le fait de n’avoir pas de responsable oblige à affronter le deuil.
Là la haine a pris racine peut-être pour toujours, car la haine est sans doute le sentiment humain le plus naturel et peut-être le plus fort durablement, du moins si l’on y prend pas garde : j’imagine que la mort de Cantat seule peut apaiser la haine.
Antigone est toujours là.
Vous avez raison PB, il n’est pas anodin qu’une figure emblématique des croyants du progrès se retrouve sœur d’Antigone, et s’apprend à elle-même que rien ne change sauf l’écume des époques.
Rédigé par: Jean-Marie | 17 octobre 2007 at 18:27
Catherine Jacob : je vous ai lu, sans comprendre (pardonnez-moi). Mais je vous ai lu.
Rédigé par: olivier | 17 octobre 2007 at 22:52
Bonjour, et merci pour ce billet.
"Ce serait une autre mère de victime qui se laisserait aller à proférer de tels propos, nul doute qu'on leur donnerait moins d'écho et qu'ils seraient même taxés d'outranciers."
J'ajouterais :
s'il s'agissait d'un autre accusé, il y a longtemps qu'il serait dehors !
Avant de commettre les forfaits (assassinat de Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, Julie Scharsch, 14 ans, et d'Hedwige Vallée, 38 ans) qui l'ont tristement rendu célèbre, Pierre Bodein avait écopé de trois condamnations pour un total de... 62 ans de prison. Ces trois condamnations étant simultanées, il n'a donc effectué que la plus longue, soit 25 ans, et ce conformément au droit francais. Peine pour laquelle il a bénéficié de remises de peines, il est donc sorti au bout de 13 ans.
La moindre des choses quand on a laissé sortir un Bodein, c'est de donner une nouvelle chance à B.Cantat. Marie Trintignant n'en aura assurément pas, mais ce seul constat justifie-t-il que les lois en vigueur ne s'appliquent pas à B.Cantat ?
Rédigé par: nicolas | 18 octobre 2007 at 00:27