A plusieurs reprises, j'ai évoqué la nécessité de la réforme de la carte judiciaire. Mille fois projetée, jamais mise en oeuvre jusqu'à maintenant, elle est, depuis quelques semaines, présentée "au coup par coup" par le garde des Sceaux, encore récemment à Rennes et à Montpellier.
Autant l'obligation de réserve du magistrat ne doit pas lui interdire toute appréciation sur son ministre dès lors qu'il demeure à la fois respectueux de la fonction et dans le champ professionnel, autant sa participation aux manifestations bruyantes et parfois grossières qui s'organisent lors des visites de Rachida Dati me semble contredire la conception que j'ai de notre mission et de notre image dans la société. C'est au nom de cette même argumentation qu'à titre personnel, je suis hostile à la grève du 29 novembre et que je crains, en dépit des apparences, une désaffection encore plus vive du citoyen à notre égard. Je ne méconnais pas que l'action syndicale a des libertés et s'assigne des objectifs qui pourraient paraître justifier ce décalage total entre ce qu'on attend du juge et ce que la contestation moderne lui permet. Il n'en demeure pas moins qu'à mon sens, au sujet de la carte judiciaire, le magistrat s'engage dans un combat douteux et se mêle à une fronde collective dont il devrait, au contraire, s'éloigner.
Ce n'est pas seulement parce que ces brouhahas revendicatifs aux causes hétérogènes mettent plutôt en évidence la pugnacité, voire le courage d'une femme seule, Rachida Dati, en face des broncas. C'est, plutôt qu'à nouveau, en face d'une politique qui veut faire bouger les choses et les lignes, nous apparaissons comme les tenants de l'ordre ancien, comme si notre unique souci ne devait pas être d'examiner s'il mérite d'être sauvegardé ou non au regard du bien de la République. Pas au regard du nôtre.
Une position plus lucide aurait été d'autant plus bienvenue que la réforme de la carte judiciaire fait partie de ces changements qui ne préoccupent pas directement le citoyen mais seulement la classe politico-judiciaire et, pour être encore plus précis, les élus et les avocats. J'ai conscience que mon opinion a la chance de pouvoir être formulée de Paris et de l'Ile-de-France, qui ne seront guère touchés par l'incidence de la réforme.
Lorsque le garde des Sceaux, selon le Monde, à la fin de sa visite à Rennes, souligne que "la fracture n'est pas entre moi et le monde de la justice, mais entre les citoyens et leur justice. Les réformes sont toujours très difficiles", elle a raison sur les deux plans mais, les mélangeant, elle fait perdre de vue la spécificité de son action qui, en l'occurrence, n'a pas de rapport avec l'ambition plus générale et hautement souhaitable de restaurer un lien de confiance et d'estime entre la magistrature et les citoyens qui attendent d'elle infiniment plus que ce qu'elle donne au quotidien.
Pour la carte judiciaire, non seulement le citoyen ne s'investit pas dans ce débat mais, à l'évidence, questionné, il soutiendrait la cause du statu quo à partir du moment où il aurait la certitude que celui-ci n'entraînerait que des effets positifs. C'est en raison du caractère très politique et technique de cette empoignade et de ces oppositions, du masque qu'elles arborent pour dissimuler des intérêts à court terme, des corporatismes et des commodités à ménager que la magistrature aurait du ne pas s'immiscer dans ces joutes. Elle a tout à y perdre parce que ses alliés apparents ne s'autorisent une résistance que parce qu'ils ont l'impression que la société les contemple sans les désapprouver. Pour peu que cette dernière se mette en mouvement et contre toute attente, soutienne le parti du changement, nul doute que le vent tournerait vite et qu'on verrait les grands mots pompeux pour dire non s'effacer et ne plus oser empêcher les oui nécessaires.
Qu'on récuse le changement de méthode du garde des Sceaux, inspiré par le président de la République, pourquoi pas ? Mais qu'on ne fasse pas croire que la légitimité du fond et la justesse de l'entreprise en sont affectées. Y a-t-il un seul magistrat, syndiqué ou non, qui puisse soutenir que, sur le strict plan judiciaire, cette réforme serait inutile pour la rationalité et la cohérence d'un paysage et d'un service public qui, en concentrant leurs moyens, multiplieraient à l'évidence leurs forces ? Le maintien d'une justice de proximité devient l'alibi démocratique de beaucoup de calculs sans grandeur.
Il n'est pas trop tard pour changer d'orientation, d'adhésion. Le syndicalisme a le droit d'être intelligent. Ou faut-il comprendre qu'il est mené au nom de considérations et de solidarités qui n'ont aucun lien avec le bien public ?
Il nous faut une nouvelle carte.
William Gomez répond à M. Jean-Claude Bardout
La ministre de la Justice a entrepris plusieurs consultations en faisant le tour de France pour expliquer le plan sur la carte judiciaire : une circulaire avait pour l’occasion été adressée avant son tour de France aux chefs des juridictions et aux préfets !
Comme M. Bardout le souligne bien lui-même, la justice doit être mieux gérée, la justice doit être réformée, les moyens de la justice mieux répartis sur le territoire, donc la carte judiciaire réformée et pour y arriver il faut commencer quelque part ! Cependant le souci du gouvernement n’a pas pour vocation de s’attaquer prioritairement aux tribunaux de proximité que sont les tribunaux d'instance, c’est de s’attaquer aux lieux où les Français et les Françaises estiment que la justice est très loin de leurs besoins des citoyens et de la crédibilité !
Il est à noter que l’histoire démontre en tant que telle qu’aucun gouvernement n’a pu aboutir à des réformes judiciaires en France ou a toujours été contraint à faire marche arrière parce que tout le monde râle !
Nous sommes désolés M. Bardout, réformer n’est pas forcément avoir l’aval des magistrats ou dire ce qui leur fait plaisir !
Une question à M. Bardout : et l’affaire de l’arrêt du 2 novembre 2004 et du jugement du 13 novembre 2003, que pouvez-nous dire sur ces décisions dans l’intérêt d’une bonne justice?
Merci !
William Gomez
Rédigé par : William Gomez | 11 mars 2008 à 17:39
Je partage votre opinion. La réforme de la carte judiciaire est nécessaire mais, elle a été très mal entreprise par Madame Dati.
J'ai eu l'occasion de développer ma position dans mon blog : http://ouvertures.blog.lemonde.fr/2007/11/18/carte-judiciaire-une-reforme-qui-ne-change-rien/
Je vous laisse la découvrir.
Rédigé par : Laurent Goldman | 19 novembre 2007 à 10:57
A ce sujet, Madame Rachida Dati est sur le plateau d'"Esprits libres" après la pub, dans quelques minutes.
Avis à la population (bien que je pense que tout le monde possède un programme télévisé chez lui :)!)
A bientôt et bon we à tous !
Bonne soirée, Philippe !
Rédigé par : Parisot | 16 novembre 2007 à 23:37
Rachida ou le courage d’une femme seule ? Je rêve, notre cher Président n’est-il pas derrière elle ? Et que dire quand on sait que, par courage, elle se fait accompagner jusque dans la salle aux réunions où assistent des chefs de juridictions (avec invitation + contrôle d’identité) de 20 policiers en civil, pas un de moins et que les "manifestants" sont exilés par les CRS à plus de 600 mètres du lieu de réunion....
M. Bilger, vraisemblablement votre « connaissance » des juridictions françaises (?) ne vous permet pas d’apprécier l’incidence que peut avoir la suppression d’un tribunal pour les provinciaux. Je vous trouve assez éloigné du citoyen lambda rmiste et sous tutelle.
Rédigé par : aspi-rine | 16 novembre 2007 à 12:33
sbriglia
«Pauvre novice : tombé dans l'antre de la Pythie,»
Ce qui caractérisait la Pythie ce n'était pas un antre mais un trépied.
La Pythie n'était pas un monstre mais une vierge [du moins à date ancienne], unique servante du Dieu [du moins à date ancienne toujours], et qui rendait les oracles à l'occasion d'une unique consultation annuelle [à date ancienne encore], le 7 de Bysios [le mois dit délphien = février], autrement dit le jour anniversaire de la naissance d'Apollon.
Juchée sur le trépied que surmontait le mystérieux 'Olmos', une pierre cylindrique [ qui fait penser au 'cong funéraire' néolithique, lequel avait également vocation médiumnique cf. http://www.museeguimet.fr/Cong =une remarque qui, soit dit en passant, est un scoop- ], la Pythie transmettait la réponse de l'oracle, car elle n'était que le porte-parole du Dieu dont elle était possédée - entheos -.
Il semblerait qu'elle n'ait été mise en état de grâce que par la seule observation des règles de son sacerdoce ainsi que des rites purificateurs, et que contrairement à ce qu'on trouve chez Platon à propos de la Mania, son délire sacré n'ait rien eu à voir avec une transe induite par quelques vapeurs méphitiques, champignonesques ou tout ce qu'on veut, y compris l'effet sur le système nerveux d'une overdose de feuilles de laurier.
Les oracles étaient rendus dans l''Adyton' du temple autrement dit 'le lieu interdit aux profanes' tel que pouvait l'être par ex 'le bois sacré' des germains etc... donc rien d'un 'antre' tel par ex celui du Cyclope.
Donc s'agissant de ma demande à No vice de s'expliquer sur les points obscurs de son propos, vous avez tort de situer la Pythie du côté de ma demande. En revanche, s'agissant de la façon dont était induit l'état de grâce autorisant la transmission des paroles du Dieu, je pense que vous avez tout à fait raison de convoquer ce personnage à propos de la façon dont s'expose de nos jours la réforme de la carte judicaire... Nous n'avons droit en effet qu'à de l' 'entheos' là ou nous exprimons le souhait légitime d' 'enthumema' - pensée, réflexion, méthode, raison, motif - clairement exposés !
Rédigé par : Catherine JACOB | 15 novembre 2007 à 13:57
Philippe Bilger demande quel magistrat pourrait soutenir que "cette réforme serait inutile pour la rationalité et la cohérence d'un paysage et d'un service public qui, en concentrant leurs moyens, multiplieraient à l'évidence leurs forces ?"
Je ne vois pas en quoi cette concentration de moyens va améliorer la justice. Il suffit d'aller consulter les statistiques du ministère de la Justice pour constater que les petits tribunaux (instance ou grande instance) ont des délais de jugements bien plus courts que les grosses boîtes.
D'autre part, s'il est nécessaire de revoir la carte judiciaire, pourquoi abandonner toutes réformes des cours d'appel, et supprimer uniquement des tribunaux d'instance (beaucoup) et des TGI (un peu) ?
Curieusement, les tribunaux d'instance sont les juridictions accueillant les populations les plus fragiles, et surtout sans être accompagnées obligatoirement d'un avocat, ce qui justifie une certaine proximité géographique.
Rédigé par : Réflexive | 15 novembre 2007 à 13:49
En rapatriant les juges d'instance au siège du TGI auquel ils sont déjà rattachés, va-t-on rendre ces juges, du seul fait de leur localisation au siège, plus efficaces, plus compétents ? Non évidemment car ce qui se passait dans les TI à supprimer se fera de la même manière ailleurs. Les bons juges d'instance resteront bons et les mauvais idem. Une addition de juges en un même endroit ne sécrète pas nécessairement la compétence, qui s'acquiert par d'autres méthodes que le seul critère géographique. En revanche, le justiciable modeste, qui se déplace au siège du TI parfois en personne et sans avocat, ressentira plus durement la délocalisation de sa juridiction. Vu de Paris, Mme Dati s'en moque sans doute ! S'agissant de la justice pénale, un recadrage géographique est en revanche une idée plus intéressante car il importe de lutter contre l'isolationnisme du Juge d'instruction éloigné de tout, dans son petit tribunal, et pluri-compétent lorsque, en plus des affaires à instruire, on lui demande d'aller siéger aux audiences de circulation voire de divorce. Sur ce point, les pôles de l'instruction obéissent à la nécessité. Que le justiciable y aille menotté ou par ses propres moyens, la question de l'éloignement est à cet égard moins délicate. Ce que déplorent tous les "locaux", c'est la réforme vue et décidée de Paris. Qui peut sérieusement soutenir que les cahiers de doléances établis tout au long de l'été au plan local ont été discutés avec les décideurs et les acteurs concernés ?
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 15 novembre 2007 à 13:34
"Ce n'est pas seulement parce que ces brouhahas revendicatifs aux causes hétérogènes mettent plutôt en évidence la pugnacité, voire le courage d'une femme seule, Rachida Dati, en face des broncas".
Je ne suis pas convaincu qu'il faille voir dans la méthode DATI une quelconque forme de courage. Je dirai un mot sur le fond de la réforme mais ce qui me frappe chez notre ministre de la Justice, c'est son incapacité à communiquer correctement (et les exemples sont multiples depuis qu'elle est en poste).
Or lorsqu'on est un politique et a fortiori ministre, ne pas savoir communiquer, c'est souvent se tirer une balle dans le pied quand bien même les réformes que l'on propose sont justifiées.
Lorsque notre Président évoque la rupture, on aurait pu penser qu'elle engendrerait aussi un changement de méthode. Malheureusement, le garde des Sceaux continue de faire passer ses réformes comme les gouvernements précédents l'ont fait.
Qui peut sincèrement me démontrer que la réforme de la carte judiciaire a été réfléchie en intégrant la position des intéressés, c'est-à-dire d'abord les citoyens et ensuite les magistrats, fonctionnaires et auxiliaires de justice ?
On peut toujours taxer de corporatisme la réaction des avocats, des magistrats... Mais précisément, si on les avait écoutés avant d'annoncer la réforme, en retenant peut-être certains de leurs arguments ici ou là, probablement que Madame Dati n'aurait pas à subir des sifflets partout ou elle se rend.
Sur la forme, pour ma part c'est un zéro pointé.
Sur le fond, la réforme a sûrement un sens.
Mais tout de même, on a suffisamment insisté sur la nécessité de rapprocher le citoyen de la justice afin qu'une confiance puisse s'instaurer.
On a même créé des juges de proximité (qui ne sont pas forcément des juristes) pour traiter les affaires du quotidien.
Et aujourd'hui, on fait surtout disparaître des tribunaux d'instance.
En terme de proximité, on ne peut faire mieux.
Pensez-vous sincèrement que le locataire disposant de son seul RMI assigné par son bailleur parce qu'il ne peut plus payer son loyer fera un voyage d'une centaine de kilomètres pour se rendre au tribunal d'instance après qu'on ait supprimé celui se trouvant à quelques kilomètres de chez lui ?
Le résultat ? Une décision de justice rendue hors la présence du défendeur qui ordonnera une expulsion ...
Quid de tous ces gens que l'on voit dans les tribunaux d'instance pour obtenir un certificat de nationalité ou la marche à suivre pour l'obtenir ? Devra-t-on faire une heure de route pour repartir cinq minutes plus tard le document en main ?
On nous explique également que l'on supprime certains tribunaux qui gèrent un contentieux peu important en terme de volume. Mais n'est-ce pas aussi un gage de qualité, puisque traitant moins de dossiers les magistrats peuvent y consacrer plus de temps ?
Dans le Val d'Oise, on va supprimer le TI d'Ecouen, sa compétence se trouvant absorbée par le TI de Gonesse.
Eh bien j'espère que les moyens humains suivront car je ne sais pas comment les magistrats de Gonesse qui sont déjà surchargés vont pouvoir "éponger" ce nouveau contentieux. Il faut avoir assisté à une audience devant le TI de Gonesse pour savoir de quoi on parle.
Les transports en commun étant inexistants entre ces deux communes, je souhaite bon courage aux justiciables...
Vouloir réformer, c'est bien, savoir réformer c'est encore mieux.
Rédigé par : zadvocate | 15 novembre 2007 à 13:05
Merci de m'expliquer les avantages pour les citoyens de la réforme de la carte judiciaire en cours, n'étant pas une spécialiste.
Le tribunal d'instance de ma ville est supprimé. Ce tribunal concerne plutôt des personnes en situation précaire qui n'ont pas de moyens de déplacements. Or le tribunal le plus proche est situé à 25 km mais il n'y a pas de bus et seulemnt un train matin et soir entre nos deux villes... Il va y avoir une véritable difficulté d'accès géographique suite à la réforme en cours pour de nombreux concitoyens.
Qu'en pensez-vous ?
Rédigé par : françoise | 15 novembre 2007 à 10:55
Un avant-goût de la carte judiciaire ? Il n'y a qu'à se pencher sur la carte hospitalière et habiter Bergerac par exemple. Pathologie lourde = Bordeaux ou Périgueux à 2h ou 1h de trajet aller. Les personnes en chimio font la navette avec des ambulances [ que la sécu peste et peine à rembourser ], poireautent dans les salles d'attente, ne reçoivent que peu de visites dès lors qu'elles sont hospitalisées.
N'évoquons même pas l'idée de prendre le train, la carte ferroviaire a elle aussi été revisitée par Bercy. Alors ayez pitié, impitoyables Parisiens qui décidez de tout.
Rédigé par : madame de F. | 14 novembre 2007 à 18:54
Cette référence à Outreau me déconcerte complètement car ce qui choque dans Outreau c'est l'idée faîte qui ferme à toute écoute sauf de sa propre pensée, et la contagion de ce comportement à l’institution entière qui vide les magistrats de l’humain. Aujourd’hui les opposants à RD sont au contraire bien humains, mais ce sont la ministre et la Chancellerie qui ne sont pas en mesure d’expliquer le bien-fondé de ce qu’ils font : s’agit-il de simples économies budgétaires ou cela apporte-t-il quelque chose aux justiciables ?
Le savez-vous ?
Rédigé par : Jean-Marie | 14 novembre 2007 à 11:45
@ Olivier (l'autre Olivier...) -
Vous avez parfaitement raison : cet argument d'Outreau est profondément indigne (lire également le venin répandu ici par des commentateurs/trices chargés de "marquer" certains blogs comme on dit au foot).
J'ajoute à votre indignation ceci : il faut bien comprendre que sous l'apparence du "réformisme à la hussarde" (avec tout le narcissisme collectif que cela génère), et avec ces arguments malhonnêtes (délinquance intellectuelle ?) du genre "Outreau",
on a affaire à une vaste entreprise de "délégitimation" d'un ordre ancien, ébranlement jouissif du sobre institutionnel,
et que cette entreprise vise uniquement à asseoir toujours mieux le pouvoir du nouveau maître.
Il existe des antécédents. Nous ne sommes pas démunis. Replongeons-nous dans l'histoire de la Révolution Culturelle et du maoïsme par exemple. Regardons les figures : ici et là, une Athéna fascinée par le pouvoir dont elle sera l'inlassable petit soldat, guérilla propagandiste, et ailleurs la cohorte servile. Ce sont toujours les mêmes figures, quasi anthropologiques, seules les couleurs changent (rouges d'hier, bleues aujourd'hui).
Ce n'est pas un hasard si certains partisans de ce pouvoir s'en prennent à 68. Ils sont bien en concurrence avec cette autre subversion - subversion placée au rang de valeur en soi et levier de pouvoir des nouveaux maîtres.
[Si on se place aux côtés de Lévinas, on parlera d'une "contestation de l'ordre d'en-haut"]
Rédigé par : olivier-p | 14 novembre 2007 à 09:26
@ Ludo
Cela devient trop compliqué pour moi si dans ce je vous écris, vous y lisez des insinuations à votre endroit. Alors que je ne vous connais pas.
Le blog de Philippe Bilger est pour moi un outil de liberté et de communication avec d'autres.
Je ne veux pas que les échanges qu'il me permet se transforment en du non plaisir.
Je préfère donc, pour ce qui est des échanges entre vous et moi, m'en tenir là.
@ Olivier
" C'est un épouvantail agité pour ceux qui ne connaissent rien au sujet. "
Des commentateurs, et j’en fais partie, ont écrit qu'ils n'avaient pas les compétences pour juger de la pertinence de la carte de RD.
Mais cela ne nous contraint pas non plus à prendre pour acquises et indiscutables les oppositions qui seraient "autorisées" à la carte de RD.
Puisque vous nous parlez des juges de tutelle.
Je souhaiterais que vous, vous m'expliquiez la proximité, l'accessibilité, le rapport de qualité dont bénéficie une personne sous tutelle avec son juge, dans une ville dont la suppression du tribunal est décidée.
Au quotidien, dans la vie de tous les jours, la fréquence des rencontres entre le juge et la personne.
Expliquez-moi la spécificité et la proximité de cette relation. Dites-moi en quoi cette personne va être lésée par la décision de RD. En quoi la carte de RD va gravement atteindre ce lien privilégié.
Aucune insinuation dans ma question. Je veux savoir et comprendre.
Ce que je veux aussi vous dire c’est que dans ma vie professionnelle antérieure, j’ai vu, j’ai assisté, j’ai été un acteur, un décisionnel dans l'effondrement d’un secteur d’activités, le secteur textile.
C’est juste ça qui me permet de dire que des transformations nécessaires qui ne sont pas opérées à temps n’ont pas fini de me tourmenter. Huit ans après j'en assume l'entière responsabilité. Ma grille de lecture ne peut pas être autre. Même si je conçois très bien que l'un ne se mélange pas avec l'autre.
@ Bernard
Je ne pense pas que des magistrats en grève, conspuant un ministre, diffusant des circulaires dont l’intention est de défaire ce que des élections ont fortement signifié, soient compris, à la décharge de RD, comme la traduction d’une démocratie et d’une République en danger.
Je comprends cette grève comme une énième grève de fonctionnaires. Aussi, à la pensée de cela, ce qui devient difficile pour moi est de concevoir la Justice comme un Pouvoir et une Autorité.
A force de se banaliser de cette façon, les magistrats ne représentent pas à mes yeux l’équilibre des pouvoirs qu’ils sont censés garantir. C’est plutôt sous cet aspect que je perçois la très grande fragilité d'une République.
Qu’ils ne s’étonnent pas après que leurs décisions de justice ou leurs jugements ne deviennent que douteux, exagérément discutables, au même titre que n’importe quelle circulaire de n’importe quelle administration.
Rédigé par : Véronique | 14 novembre 2007 à 07:06
Sarkozy a toujours vécu à Paris et dans les Hauts-de-Seine.
Yannick Favennec député UMP de la Mayenne déclare à propos de Rachida Dati que "Ce n'est pas en allant se faire élire maire du 7e arrondissement qu'elle connaîtra la France qui est avant tout un pays rural"
Les journalistes parisiens tendance gaucho (Libé en tête) n'arrivent pas à être contre cette belle réforme.
Du Jacobinisme politique et intellectuel. Tout est résumé.
Encore un mot.
Je ne supporte plus d'entendre Rachida Dati invoquer Outreau pour justifier la suppression de tribunaux d'instance ! A chaque sortie, elle ressort cet argument outrancier et personne ne réagit. Quel rapport entre l'affaire d'Outreau et un juge des tutelles. On nous balance cette crétinerie sans le moindre commentaire critique.
C'est un épouvantail agité pour ceux qui ne connaissent rien au sujet. Cela permet simplement de rappeler aux crétins moyens que les juges sont tous des gros mauvais avec trois yeux méchants. Pratique pour les disqualifier au moment où il s'apprêtent à faire grève.
Rédigé par : Olivier | 13 novembre 2007 à 22:25
A Véronique,
Mais c'est que déconstruire, construire, détruire, reconstruire coûte cher, très cher et c'est l'appel au n'importe quoi. Vous verrez le coût parisien lorsqu'il faudra déconstruire le marasme des ponts et chaussées parisien lorsque l'on se rendra compte que c'était une erreur de métamorphoser un pôle d'activité telle qu'une capitale en village de vacances pour parasites !
Je suis pour l'action, mais réfléchie. On ne peut pas aller de chaos en chaos parce que c'est nouveau, il y a des êtres humains avant des idées au milieu de tout cela.
La carte judiciaire est peut-être une bonne mesure, mais vous pouvez difficilement dire que c'est à changer au gré des humeurs.
J'aime beaucoup l'allégorie talmudique de Olivier parce que c'est bien à l'homme de s'adapter au monde et à la structure et non l'inverse sinon ce n'est plus qu'une politique d'humeur avec l'instabilité, le paradoxe, l'incohérence de l'être humain sans règles.
Dans la politique de l'émotionnel que vous revendiquez, je n'y vois guère de solutions pour la justice, le fonctionnement de l'Etat. Dans d'autres sphères l'esprit peut certainement vagabonder, mais tout n'est pas artistique. Une tête rigide vaut certainement plus malgré ces imperfections qu'une tête vide. Cette liberté, cette rêverie, je me la garde pour écrire des poésies, des romans, mais je ne la transpose pas aux sciences sociales, ce serait une catastrophe. Enfin, nous ne sommes pas obligés, à moins d'être très limités, de se limiter à un type de réflexion, à un stéréotype. Je ne suis pas trop souvent passé à côté de ce que j'énonçais jusqu'à présent que je sache !
Pour un psychorigide, j'ai tout de même écrit et monté sept pièces de théâtre, habité dans huit villes, eu quinze emplois, écrit un livre, en sort trois au moins cette année, eu deux familles, suis diplômé en commerce, lettres, médecine douce (hygiéniste-naturopathe), ai fait deux stages pour artistes, fus en sport-spé athlé et les changements sont loins d'être finis... peu de points communs en somme avec votre insinuation, comme d'habitude.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 13 novembre 2007 à 20:17
Il y a un non sens dans cette manifestation des représentants de la justice, une odeur de soufre qui cautionnera et donnera du crédit aux diables et diablesses rouges et roses. J'en entends certains qui en font déjà leur cheval de bataille et lâchent cette rumeur : " Si les magistrats descendent aussi dans la rue, c'est que là-haut ça ne va vraiment plus ".
Si la justice n'est pas toujours bien vue, les magistrats ont aux yeux de l'opinion publique un pouvoir d'analyse et de critique presque sans faille, on ne confie pas le pouvoir de rendre la justice à n'importe qui, c'est un droit régalien. Dans la rue ils risquent d'éxécuter "l'éxécutif". Une manifestation qui pourrait avoir bien plus de répercussions que celles (reconductibles ) que veulent mener quelques apparatchik(s) staliniens en mal de vedettariat et d'otages.
Rédigé par : Bernard | 13 novembre 2007 à 18:49
"Il nous faut une nouvelle carte" dites-vous !
En effet et pas que pour éviter tout train-train ( je sais, j'ai mal choisi mon jour ) le menu actuel à la carte judiciaire ne me sied point trop non plus - moi qui suis resté menu malgré des poignées d'humour de plus en plus visibles voire risibles - mais tout dépendra cependant du contenu au menu de la nouvelle carte !
sinon là, j'adhère, tête raide ou pas :
"Il n'est pas trop tard pour changer d'orientation, d'adhésion. Le syndicalisme a le droit d'être intelligent."
Rédigé par : Cactus adhésif | 13 novembre 2007 à 16:56
N'étant ni magistrat ni avocat et n'ayant pratiqué qu'une seule fois un tribunal d'instance crasseux et vieillot, lequel va du reste être supprimé, je ne peux que me reconnaître incompétent face à la polémique de la carte judiciaire.
Les arguments des uns et des autres me paraissent sérieux mais si j'avais à voter sur ce sujet, je m'abstiendrais.
La carte militaire, la carte hospitalière ont été modifiées, soulevant à chaque fois les objections des élus locaux qui ne pensent qu'à leur réélection.
Pourquoi pas la carte judiciaire ?
La méthode "à la hussarde" de Madame Dati ne plaît guère, mais je n'ai pas noté de proposition alternative charpentée et présentée à qui de droit.
Les défilés et manifestations semblent à ce jour contre-productifs.
Peut-on imaginer que des professionnels de la chose judiciaire puissent faire entendre calmement leurs avis ou la France n'est-elle toujours composée que de tribus gauloises jalouses de leur pré carré et oublieuses du sort du pays ?
Il serait vraiment triste de voir des magistrats défiler le 29 novembre comme tous ceux, professeurs et autres représentants de la République, qui se sont commis dans ces exercices depuis trop d'années et ont oublié leur vocation de "service au public".
Le devoir de, à mon sens, prime le droit à.
C'est, en tout cas l'éducation que j'ai reçue.
Rédigé par : mike | 13 novembre 2007 à 15:02
@ no vice : "Pouvez-vous expliciter et préciser ces trois points SVP"
Ah ! J'ai l'impression de revenir cinquante ans en arrière, à l'époque de la blouse grise et de la plume sergent-major...
Pauvre novice : tombé dans l'antre de la Pythie, vous serez dévoré tout cru !
(...proposez la version longue : vous en profiterez un peu plus...)
Rédigé par : sbriglia | 13 novembre 2007 à 14:23
@no vice
«On peut entendre que les personnes qui rendent la justice, justement parce qu'elles ont conscience de ce que signifient ces choix gouvernementaux pour le service public auquel elles sont attachées [1], cherchent des moyens d'action [2], auxquels personnellement je ne puis me résoudre.[3] »
Pouvez-vous expliciter et préciser ces trois points SVP.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 novembre 2007 à 13:33
@ Olivier
Ah oui !
Allez convaincre dans une bibliothèque que notre taf ce sont des prêts et des retours de documents à des particuliers (une société vivante) qui, bizarrement, fréquentent autant, sinon plus la structure, par exemple, en plein d'août -et je fais tout pour ça - quand ils sont plutôt en vacances. Et bizarrement, quand ceux qui ne partent pas en vacances ont le plus besoin de pouvoir nous rendre visite.
Donc, en face, je maintiens.
Nécessité d'assurer, entre le 15 juillet et le 15 août, un service public de qualité, fiable et efficace autant que, par exemple, au mois d'octobre (Euh... avant les congés de la Toussaint).
Bonjour ! Quand des congés sont "adaptés" en fonction du rythme annuel de l’institution Education nationale, comme une évidence placée sur une étagère,
Remarquez, pas de problème !
Car si j’en crois quelques-uns, la solution est toute trouvée.
Y a qu’à fermer la bibliothèque entre le 15 juillet et le 15 août !
Je sais. Ça n'a rien à voir, mais rien à voir du tout, avec les TGI, les TI, la noblesse de robe des magistrats, des greffiers et des autres. Mais ça a un petit peu à voir quand même.
"Tout le sarkozisme est dans cette "vérité" discrète, placée là, sur l'étagère à évidences."
Je vous l’ai déjà dit. Je ne suis pas un porte-flingue sous-marin de NS. En plus, Philippe a écrit un jour qu’il y a des soutiens qui sont parfois des handicaps.
@ Philippe
Mais non, pas de panique !
Je ne suis pas en train de dire que vous devriez assurer les permanences dans votre tribunal entre le 15 juillet et le 15 août.
Rédigé par : Véronique | 13 novembre 2007 à 12:26
Une commentatrice écrit :
"Et une société est un organisme vivant."
Tout le sarkozisme est dans cette "vérité" discrète, placée là, sur l'étagère à évidences.
Le propos de la commentatrice est comme une mine anti-personnel enfouie sous les pas innocents.
Au-delà de ce que m'inspire le propos et le procédé,
je souhaite dire que toute la pensée de Finkielkraut, ou des regrettés E. Lévinas, B. Lévy ou F. Rosenzweig se situe en opposition à ce vitalisme, à cette référence constante et fascinée à la vie et à la mort.
Pour répondre sur le fond à l'ébranlement sarkoziste (mais pas à la jouissance qu'il procure à ses partisans, celle-là on ne peut y répondre) :
La question n'est pas qu'on adapte l'institution, mais que nous nous adaptions à l'institution - et c'est de cette adaptation que naît, renaît, notre humanité.
En termes talmudiques (et chrétiens également, disons : en dialogue) : la question n'est pas de faire que le shabbat soit pour l'Homme, mais qu'en protégeant le shabbat nous accédions à notre humanité.
Notre hôte reconnaîtra, je l'espère, en quoi son conservatisme est bien reconnu là comme un humanisme (qui n'a pas besoin d'être vigoureux pour être respectable).
Rédigé par : olivier | 13 novembre 2007 à 09:55
@ Ludo
Ce n'est pas exactement le tribunal à roulettes.
Simplement la prise en compte d'une société changeante, évolutive à laquelle la plupart n'ont pas eu d'autre choix que de s'adapter.
Les fonctionnements anciens sont morts. Et une société est un organisme vivant.
Alors oui, nécessité d'une souplesse. Pas seulement dans les structures et dans les organisations. Mais dans les têtes. Surtout.
Rédigé par : Véronique | 13 novembre 2007 à 08:46
Vous avez raison de souligner qu'il appartient aux magistrats plus qu'à d'autres encore de garantir le service public, revendication et mouvement des magistrats se heurtent nécessairement aux impératifs de leur fonction.
Cependant, on peut entendre une certaine lassitude en regardant de plus près les raisons invoquées à l'appui de cette réforme:
Modifier une institution au seul motif que cela n'a pas été fait depuis 1958 paraît nettement insuffisant si on veut bien regarder que le découpage des départements qui doit servir de base à la réforme date de la Révolution française.
La modifier comme réponse à l'affaire d'Outreau ? Quel rapport avec les TI massivement supprimés ? Faut-il rappeler que M.Burgaud avait deux collègues juges d'instruction et qu'une instance collégiale a validé la totalité de ses décisions ?
La modifier comme moyen d'améliorer les délais d'obtention d'un jugement. Alors que les petits TGI ont des délais de jugements (cela figure dans la plupart des rapports rendus par les chefs de cour dans la phase dite de concertation) largement meilleurs ?
Que la justice des TI est de loin la plus rapide ?
La lecture de tous les discours du GDS nous apprend ensuite qu'une justice concentrée dans les grandes villes sera une justice de meilleure qualité car rendue par des spécialistes. Outre la maladresse du propos (il n'existe pas de juges de seconde classe et faire croire au justiciable le contraire est dangereux) c'est raisonner comme si un bon juge était uniquement un bon technicien du droit. C'est omettre la dimension humaine du métier de juger et surtout que 80 % des décisions rendues ne comportent que peu ou pas de difficultés en droit. Spécialiser les juges c'est omettre que la lassitude et l'habitude de juger, les amalgames et la banalisation des maux d'autrui sont les principaux maux dont souffre la justice.
Avant de dire que les Français souhaitent avec le GDS la réforme de la carte judiciaire, il faudrait tout de même assumer, au lieu de faire valoir toute une série d'arguments fallacieux, que le seul but de la réforme est de faire des économies, fut-ce au détriment de la qualité de la justice, ce qui est peut-être moins vendeur mais tout à fait conforme à l'air du temps.
On peut entendre que les personnes qui rendent la justice, justement parce qu'elles ont conscience de ce que signifient ces choix gouvernementaux pour le service public auquel elles sont attachées, cherchent des moyens d'action, auxquels personnellement je ne puis me résoudre.
Rédigé par : no vice | 13 novembre 2007 à 01:05
Il est vrai que pour le justiciable qui n'a ni le temps, ni les moyens de parcourir quelques centaines de kilomètres que l'on soit de la partie civile ou adverse peut rapidement être plus problématique. La journée passée dans la salle des pas perdues n'est déjà pas une sinécure si en plus, il y a deux heures de transport...
Enfin en ces heures où la délinquance devient un problème de société, il faudrait peut-être plus de lieux, de magistrats, d'informatique, de réactivité.
Je n'ai pas toutes les informations en main même de la part des grévistes puisque maintenant on s'indigne d'abord, on trouve les raisons ensuite lorsque l'on daigne les donner.
Rédigé par : Ludo Lefebvre | 12 novembre 2007 à 21:11