Ma Photo

Dans les médias: radio & télévision

  • Europe 1
    Samedi 26 mai à partir de 9 h15 dans l’émission de Michel Grossiord "C’est arrivé demain".
  • RTL, "On refait le monde"
    avec Bernard Poirette, de 19h15 à 20h, mercredi 6, lundi 11 et lundi 18 juin.

Dans les médias: presse

Mes liens favoris

Diffusion

  • Wikio
    Wikio - Top des blogs

Mentions légales

  • Directeur de la publication: Philippe Bilger
    SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS
Blog powered by TypePad

« Une justice de couleur | Accueil | Un but en traître ! »

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341c86dd53ef00e54fcc04848834

Voici les sites qui parlent de Du sens à l'Ouest ! :

Commentaires

litim

Excusez-moi mais je pensais pouvoir répondre à ce billet, sans être fiché à l'école nationale de la magistrature et encore moins au Conseil Supérieur de la Magistrature.
Pour être honnête avec vous, j'ai une vision intérieure du "milieu" carcéral et non extérieure. Ce qui me permet aisément d'apporter des informations, dans la mesure où le sujet ne m'est pas étranger.

Cordialement.

Véronique

@ Litim

"…c'est indispensable mais pour d'autres cela reviendrait à donner de la confiture aux cochons."

A défaut de convaincre de l'indispensable, il faut rappeler que le code de procédure pénale dispose que :

"Chaque établissement pénitentiaire possède une bibliothèque dont les ouvrages sont mis gratuitement à la disposition des détenus. Sa localisation doit permettre un accès direct des détenus à l'ensemble des documents. Un bibliothécaire, à défaut, le service pénitentiaire d'insertion et de probation assure les achats, organise la formation et encadre les détenus qui en assurent la gestion quotidienne".

Pour revenir à la note de Philippe, je regrette que l'initiative de OF ne s'inscrive pas plus dans cette disposition réglementaire qui ne se discute plus.

Sous réserve d’être contredite par des personnes plus au fait que je ne suis des réalités de l’univers carcéral, la presse, qu’elle soit quotidienne, hebdomadaire, mensuelle ou spécialisée est peu proposée dans ces bibliothèques. Et plus particulièrement sous la forme de prêt.

Je n’ai aucun souci avec des engagements privés. Mais il me semble que donner du sens à un engagement ou à une initiative ce serait aussi élargir pour OF son ambition, son pouvoir d’influence et de relais à un accès dynamique et habituel à la presse en général.

litim

Pour les biens-pensants c'est indispensable mais pour d'autres cela reviendrait à donner de la confiture aux cochons.
L'école de la seconde chance n'est pas une utopie, elle existe, si la prison ne peut plus être un redresseur de tort, à quoi sert-elle ?
A-t-on vraiment besoin de nous enfoncer plus profondément cette épine dans le pied pour bien avancer ?
"La machine à fabriquer les délinquants" Jacques Lesage Delahaye. monde libertaire.

Véronique

@ Catherine

Si vous avez la curiosité de prendre connaissance du rapport établi en 2004 - j'ai recherché mais je n'ai pas trouvé de synthèse plus récente - sur le fonctionnement des bibliothèques dans les établissements pénitentiaires, vous vous rendrez compte que les choses ne peuvent pas se résumer qu'à des positions de principe exclusivement indignées, militantes ou généreuses. Et que des étapes ont été franchies, principalement depuis 1992.

Il existe à la fois des ressources financières et humaines. La question des surfaces, la parcellisation des structures par quartiers de détention qui semble être le modèle le plus courant, une informatisation plus adaptée et plus performante, la grande difficulté à instaurer un temps suffisant de fréquentation de la bibliothèque ne sont pas des obstacles insurmontables.

Pour peu qu’on s’attache à penser la bibliothèque comme une structure devant d’abord répondre à des critères de professionnalisation avec l'impératif d'un suivi régulier. Au même titre, par exemple, que les structures éducatives existantes.

L'ABF (Association des Bibliothécaires Français) propose des formations professionnelles aux détenus chargés de la gestion courante des bibliothèques. Ces offres de formation sont très peu utilisées. Les formations à distance sont peu pratiquées.

Le CNL propose deux types de financements.

" Une cinquantaine de dossiers est envoyée chaque année au CNL par les SPIP ou les établissements, ce qui ne représente guère qu'un tiers environ des bibliothèques d'établissements pénitentiaires.(...) En cinq ans (2000-2004), plus de la moitié (53%) a quasi ignoré l'utilisation de cette procédure : 20% des bibliothèques n'ont présenté au CNL qu'un seul dossier, et un tiers n'en a soumis aucun." (extrait du rapport que j'ai cité plus haut).

Ce que je retiens de ce rapport, c’est la nécessité d’une mise à plat des différentes ressources et intervenants en vue d’une rationalisation efficace des moyens, ainsi qu’une évaluation des besoins.

C’est ainsi, je pense, en s’efforçant d’abord d’avoir une vision claire d’un existant dans chaque établissement et des besoins, qu’on a le plus de chances d’adapter l’organisation à un accès habituel, rationnel et normalisé des bibliothèques.

Catherine JACOB

@Véronique
"la question qui reste entière, [..] est celle de l’accessibilité des détenus aux structures."

ça c'est sûr!
Il est tout à fait vain de se demander en effet s'il vaut mieux leur servir une omelette paysanne au lard et aux patates rôties ou bien plutôt une omelette au gruyère accompagnée d'une petite salade de pommes de terre dès lors qu'on n'a pas d'oeufs sous la main !!


Véronique

@ Olivier

Sauf que je n’ai pas écrit que le rôle de la lecture est de réinsérer. J’ai écrit que des bibliothèques normalisées sont susceptibles de contribuer à la mission de réinsertion des prisons.

Je tiens à la nuance dans mon propos.

Je n’ai aucune croyance ou certitude sur ce qui réinsère ou pas. Ce n’est pas mon débat.

Ce que je voudrais défendre dans cette discussion c’est seulement une vision pragmatique et professionnelle de l’accès à l’information et à la culture dans les établissements pénitentiaires.

M’appuyant sur le commentaire de Litim la question qui reste entière, outre celle de l’accessibilité à un fonds attractif et répondant au mieux aux besoins des utilisateurs, est celle de l’accessibilité des détenus aux structures.

olivier-p

Véronique : le rôle de la bibliothèque n'est pas de "réinsérer".
La lecture, madame, n'est pas orthopédique.

Catherine JACOB

@ Véronique

J'ai bien compris.
Mais qu'est-ce que la qualité de l'outil quand celui qui l'utilise ne sait pas s'en servir ? Personnellement je pense que la première qualité d'une bibliothèque est de bons bibliothécaires qui connaissent leur fonds même pauvre et sont donc à même de conseiller le lecteur novice ou timide, ainsi que d'organiser des activités 'autour de la consultation' du fonds, comme par exemple celle du cercle de lecture que j'ai évoqué et par ailleurs testé dans le cadre de l'un des séminaires de l'université Marc Bloch qui consistait à 'lire ensemble' même des textes difficiles et d'un suivi ardu comme Levinas ou Arendt, donc également des textes traduits.
Ce qui se dégage de la 'mise en voix' en quelque sorte du texte écrit est tout à fait particulier. Il m'est même arrivé de tester la lecture à haute voix avec des textes écrits dans une langue inconnue de l'auditoire et d'essayer de faire malgré tout passer quelque chose par le simple travail de la diction et de son corollaire le geste et, tenez-vous bien, d'y réussir! Mais bon s'agissant des prisons, trouver des bénévoles capables d'organiser cela ne doit pas être spécialement évident non plus je le concède!

Maintenant, concernant la continuité des collections, leur mise à jour régulière vous avez bien évidemment mille fois raison. Je peste en effet assez souvent contre les établissements qui pèchent à cet égard, sachant tout de même que, la plupart du temps, quand j'ai besoin d'un ouvrage que son coût ou sa rareté ne me permet pas d'acquérir et qui ne se trouve pas davantage dans les établissements proches, je passe par le prêt inter qui est tout de même un service formidable. Savez-vous qu'il m'est arrivé de devoir faire venir de la BU de ce qui était à l'époque Berlin-est, des articles dont les auteurs enseignaient à la Sorbonne mais dont cette dernière ne possédait pas d'exemplaire !!
Du coup je viens de vérifier pour voir quels étaient les ouvrages de PB qui apparaissent dans le catalogue en ligne du centre de documentation de la Faculté de droit de Lille et bon, force est de constater que les universités japonaises sont aussi bien, sinon mieux achalandées, le concernant, que sa propre université ce qui est à la fois hélas un comble et une constante concernant nos universitaires !

http://194.167.255.246/uPortal/tag.idempotent.render.userLayoutRootNode.target.n13.uP?doSearch=true&showBrief=true&searchGroup=WEB-2&template=search-multi-index-drop-exemple&index1=BAW&term1=Bilger+Philippe&defaultLimit=&defaultSort=DATE+DEC

On y trouve cependant également un ouvrage qui n'apparaît pas dans la liste du Blog et qui est "Le Besoin de justice" en co-écriture avec Claude Grellier (celui j'imagine qui avait inculpé un académicien... ce qui du coup donne une irrésistible envie de lire ces Entretiens !!) et normalement Joseph Vebret l'écrivain qui pour sa part n'est pas cité par le catalogue !!
Cette petite consultation impromptue m'a également permis de constater que mon édition du Droit de la Presse, qui est celle de 2003, ne mentionne plus le Bernard Prévost des éditions antérieures ce qui là aussi donne envie de le faire venir pour voir les différences, mais bon en ce moment j'ai assez à faire et pour commencer je vais dans mon canapé soigner ma 'névralgie faciale afrigorée' - bien grand mot pour dire qu'on ne sait pas exactement ce qui la cause, vraisemblablement les brusques descentes du thermomètre extérieur comme on vient encore d'en connaître encore une par ici -!

badarlotie

Une "entreprise culturelle" n'est pas toujours une entreprise comme les autres. Je parle de Bartabas, évidemment.
Il faut admettre cela, sinon c'est tirer un trait sur toutes les pratiques artistiques qui sont un tant soit peu audacieuses, novatrices ou disons le mot, marginales (mais sont-elles pour autant sans intérêt ?).
Bartabas a une entreprise parfaitement rentable, qui s'appelle le cirque Zingaro, à Aubervilliers. Il y met en scène des spectacles, à la fois savants et populaires, qui attirent un public nombreux. Pour Zingaro, Bartabas n'a pas besoin de subvention.
Il n'en va pas de même de l'académie de spectacle équestre de Versailles. Et dans le différend qui oppose Bartabas au ministère, c'est d'elle qu'il s'agit (et non de Zingaro).

Cette académie n'est pas un "lieu de spectacle" au sens strict du terme, puisqu'il s'agit aussi d'une école qui enseigne l'art équestre.
C'est avec la mairie de Versailles (et le ministère de la Culture) que Bartabas a repris (crée en réalité) ce lieu, car son projet s'inscrivait dans un vaste plan de valorisation du patrimoine versaillais (en l'occurrence les écuries royales) auquel madame Albanel, alors conservatrice du Chateau de Versailles n'était pas étrangère.
S'il y a des activités qui ne seront jamais "rentables", l'académie du spectacle équestre en fait partie. La raison en est simple, limpide même : l'investissement que représente cette troupe ne peut pas être équilibré par ses recettes, et cela bien que les "reprises musicales" affichent souvent complet. Les circonstances dans lesquelles Bartabas a "pété les plombs" sont à élucider (lui-même publie une lettre ouverte dans le Nouvel Obs, pour s'expliquer) et je ne lui cherche pas d'excuse. Mais prendre le prétexte de ce comportement pour stigmatiser (une fois de plus) les intermittents, le théâtre subventionné (pourquoi pas les cheminots ?), comme le font certains commentaires, cela me semble déplacé. Et assez significatif d'un discours qui tend à se répandre, et qui voudrait que toute activité humaine soit "rentable".

Est-ce qu'un orchestre qui joue de la musique baroque ou contemporaine est rentable ? Assurément pas. Faut-il pour autant lui demander d'ajouter quelques "tubes" de la Star'Ac à son répertoire, pour attirer le chaland ? Ou bien, vendre les places à des tarifs si élevés que seule une élite friquée pourra se les offrir (à moins que les salles soient simplement vides ?). L'action publique a tout de même une noblesse et un mérite : promouvoir des formes d'art exigentes, qui font partie de notre histoire, de notre richesse. Cette ébullition artistique n'est pas totalement étrangère à l'identité française et à l'attrait qu'exerce notre pays sur des millions de touristes chaque année. Je me permets de rappeler à tous les contempteurs de l'action publique que le premier auteur du théâtre subventionné s'appelait Molière.

Véronique

@ Catherine

Nous pouvons être comme Philippe et moi-même des convaincus de la transformation urgente des conditions de détention dans notre pays.

Après, il y a des aspects dans cette transformation que nous pouvons choisir de porter.

Je partage tout ce qui est dit dans la note au sujet de la lecture. Mais ce qui est dit est inséparable pour moi d'une volonté publique, associée comme pour Ouest-France à des engagements privés, de mise à disposition légitime, vivante et non aléatoire de médias culturels. Comme le font les médiathèques de lecture publique.

Il me semble que s'efforcer de ne s'en tenir qu'à cette ambition-là. Rassembler autour de soi de grandes volontés pour décider les pouvoirs publics à professionnaliser l'ensemble des bibliothèques des établissements pénitentiaires suffirait à la peine de Philippe.

J'imagine qu'en tant que magistrat, il dispose des relais nécessaires pour faire entendre et concrétiser cette ambition.

Pour revenir à votre suggestion, mon métier m'a appris que la priorité dans une bibliothèque est la qualité de son fonds qu'il faut sans cesse travailler, valoriser, actualiser, ajuster. Envisager également qu'une bibliothèque est aussi une vitrine de l'actualité éditoriale.

La presse se travaille comme un support à part entière.

Très simplement.

Veiller par exemple à la continuité des collections. Mettre en place, dans certains cas, des formules plus souples que celles de l'abonnement. Prendre en considération la nature des prêts. Disposer pour cela d'un outil informatique d'analyse des statistiques de prêts, etc.

Plus les structures seront normalisées, plus ces bibliothèques seront susceptibles de contribuer à la mission de réinsertion des prisons.

litim

Il existe dans les centres de détention et maisons d'arrêt des groupes de lecture. La difficulté n'est pas de faire entrer la culture en prison mais de donner aux détenus les moyens d'y accéder. les bibliothèques généralement bien garnies ne sont pas facilement accessibles.
La prison reste un endroit sécurisé où les mouvements des détenus sont très réglementés, promenades, parloirs, activités sportives. Il suffirait de mettre des bibliothèques avec salle de lecture dans les cours de promenade, pour les prisons et centres où la surface des cours le permettrait (sauf pour les prisons du plan 13000, nouvelle génération). Pour la M-A de Fresnes pas la peine de rêver, les camemberts ont assez de mal à accueillir plus de 20 détenus.
Les anciennes prisons ont toutes la même conception en forme de zéro, le vide du milieu de ces structures n'est jamais utilisé, avec les nouveaux matériaux tel que les planchers en verre, il serait possible de remplacer les filins de sécurité. Le GENEPI est très présent pour les cours de soutien scolaire, souvent de jeunes étudiants très dévoués et efficaces.
Il y a aussi AUXILIA qui dispense des cours par correspondance "gratuitement" comparé au CNED, mais ce qu'il faut savoir c'est qu'avec le CNED l'administration pénitentiaire peut prendre à sa charge 60 ou 75% de la formation, si celle-ci est susceptible d'être acceptée, il est hors de question de financer une formation de banquier ou d'assureur.
Les cercles de lectures sont une excellente idée, pour les détenus c'est une occasion d'y rencontrer un ami d'une autre aile ou d'un autre bâtiment, et c'est très mal vu par la Pénitentiaire qui n'a de cesse de déceler toute tentative de regroupement, lorsqu'un bon groupe se forme, il est rapidement éparpillé dans différents secteurs, la règle d'or pour mener à bien sa barque est : "diviser pour mieux règner".
Ne perdons pas de vue que la sécurité reste la priorité à l'intérieur des établissements, un surveillant est payé pour surveiller et un directeur pour diriger, pas pour penser !
Avec ça essayez de mettre une once d'humanisme en milieu carcéral relève de l'utopie ! Je ne comprends pas pourquoi on s'acharne à libérer des individus dans le même état où ils sont entrés !!!!!
Bien à vous R Litim


Mussipont

@litim : merci pour votre témoignage "décapant"!

J'ai eu l'occasion d'aborder la question du travail des détenus avec des surveillants, ils sont partagés entre l'idée que le travail a une fonction "constructive" pour la personne détenue (notamment parce que la rémunération permet de commencer à indemniser les victimes) et l'idée que donner du travail à une personne détenue prive un ouvrier honnête de travail (je leur ai fait remarquer que vu le niveau de qualification en général demandé dans les prisons, l'ouvrier privé de travail n'est pas français mais plutôt d'Asie du Sud-Est...)

Pour ce qui est de s'abonner à "Dedans-Dehors" édité par l'OIP, j'imagine sans peine les tracas qu'ont du vous poser cette démarche vu l'hostilité déclarée des surveillants vis-à-vis de l'OIP !

Jean Philippe

Il existe également des associations qui permettent de faire rentrer la culture en prison. Je pense au GENEPI que je connais bien dont la volonté est justement de montrer aux détenus qu'ils sont avant tout des citoyens.

Avant cette initiative on avait un nombre non négligeables de détenus qui étaient abonnés au journal "Ouest France". Je me souviens d'un qui faisait régulièrement des courts séjours en prison. A chaque fois il prenait un abonnement le temps de sa détention. On ne peut pas faire de généralité mais même parmi les détenus qui n'ont pas un niveau intellectuel très élevé il y en a certains qui ont envie d'accéder à la culture. Je ne peux que féliciter "Ouest France" pour cette initiative.

J'aime beaucoup ce journal, non pas parce que j'y ai travaillé mais parce que je pense que contrairement à d'autres journaux celui-ci a le mérite de démocratiser l'information. Evidemment la lecture de ce seul journal ne suffit pas pour être bien éclairé mais on a l'essentiel.

Bonne année à tous et en particulier à Philippe Bilger !

Catherine JACOB

@ Véronique

"Je pense que vous pourriez concrétiser votre engagement en étant très partie prenante, en tant que magistrat, dans une transformation et une valorisation des bibliothèques dans les prisons. "

Est-ce que vous suggérez quelque chose comme la mise en place de cercles de lecture à haute voix, parce que ça, qui est déjà une bonne idée en soi, me paraîtrait une excellente idée en milieu carcéral en ce qu'elle permet en effet non seulement un accès à la culture pour tous y compris les analphabètes, mais également une thérapie par la voix. Entendre une voix qui porte l'écoute, qui vient substituer aux douleurs intimes indicibles les mots qui les chantent (= phénomène incantatoire de l'inflexion), qui les susurrent ou qui les hurlent et qui fait naître des univers, me paraît véritablement aussi salutaire a priori que le journal !!


Véronique

Suite à votre note j'ai lu hier un rapport "Les bibliothèques des établissements pénitentiaires" (www.centrenationaldulivre.fr).

"Cette mission a été conduite conjointement par l’Inspection générale des bibliothèques -Claudine Lieber- et l’Inspection générale de l’administration des affaires culturelles -Dominique Chavigny- de juin à décembre 2004."

Ce rapport constitue un état des lieux des bibliothèques en milieu carcéral.

Ce qui est très intéressant, au-delà de quelques réalisations très positives, c'est la difficulté pointée par les responsables de cette mission à transformer les structures existantes en des lieux répondant aux mêmes critères qu'une médiathèque habituelle de lecture publique. Notamment pour ce qui concerne l'accès à une offre de presse quotidienne et de magazines diversifiée.

Les maisons d'arrêt restant généralement les plus mal loties en la matière.

D'autre part, en Allemagne, une réorganisation de la bibliothèque de la prison de Münster est particulièrement remarquable.

"La bibliothèque pour les prisonniers de l’établissement pénitentiaire de Münster a été élue "Bibliothèque de l’année 2007" parce qu’elle contribue avec succès, dans des conditions très particulières et dans le cadre de la mission spécifique qui lui est impartie, à l’intégration par la culture et l’éducation." (Site du Goethe- Institut)

Cette réussite - 37,4 de prêts par utilisateur en 2002, 52,6 en 2006 - est exemplaire.

"En 2006, une enquête scientifique de l’université de Münster a montré que 79,1% des détenus déclarent que c’est principalement par « la lecture » qu’ils occupent leurs loisirs. Les livres et les médias de la bibliothèque sont allés jusqu’à « battre » la télévision (71,8%)"

A quand, en France, des bibliothèques d'établissements pénitentiaires susceptibles d'être élues bibliothèque de l'année ?

Il me semble que des engagements comme celui de Ouest-France ajoutés à une vraie volonté politique de professionnalisation de ces espaces marqueraient un progrès considérable.

L'idée étant de se caler dans un cadre professionnel de mise à disposition, de suivi et de valorisation de l'offre et des espaces adaptés à des besoins.

@ Philippe

Vous me répondiez que l’initiative de Ouest-France illustrait votre cause, celle d’un humanisme non mou.

Je pense que vous pourriez concrétiser votre engagement en étant très partie prenante, en tant que magistrat, dans une transformation et une valorisation des bibliothèques dans les prisons.

litim

Bonne et heureuse année 2008 à tout le monde, que vos voeux se réalisent !

Oups ! Restons modeste contentons-nous de les voir se concrétiser, vers un avenir meilleur pour tous pour ceux et celles qu'ils soient "dedans ou dehors".

Ces deux mondes sont identiques, la prison reste le miroir de la société !
C'est a nous acteur actrice de la société, chacun, chacune a son niveau de faire en sorte que ce miroir reflète de l'espoir, le moteur de notre existence.

L'espoir de voir le bout du tunnel, une retraite bien méritée, un projet se concrétiser, la réussite dans son travail, sans jamais perdre de vue que la pire chose qui puisse vous arriver c'est de croiser le chemin de notre misérable justice.
Triste vérité rapporté par un magistrat sur un plateau de télévision assis près de vous M.Bilger, excusez cet écart d'élocution, votre honneur.
J'ai du respect pour les hommes, je peux vous dire à tous que ce n'est donné à tout le monde que de devenir un homme dans la vie. C'est bien plus facile d'être lâche ! Se taire et laisser dire.

j'ai vécu les tinettes du mitard à Loos les Lille en 94, l'isolement à la santé, la nourriture avariée de la maison d'arrêt de Beauvais.

Derrière les barreaux et non au-devant de la scène il s'en passe de bien bonne, des vertes et des pas "mûres".
Notre société rejette à juste titre les maux dont elle souffre sans se "soucier" de sa guérison.

D'une migraine et bien nous voilà verni avec une tumeur au cerveau !
10 % de la population carcérale s'en sortent.
Dis-moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es !
On a essayé de mettre des petits délinquants (peines de moins de 3 ans) avec de grosses peines.
Au début cette idée a bien fonctionné jusqu'au jour où il n'y avait plus que des petits délinquants insouciants, les grosses peines avaient tous demandé leur transfert avant de se retrouver avec une autre affaire sur le dos pour avoir manifesté le mécontentement de frites servies froides, et oui il y a ceux qui tombent pour la gamelle.
Les banlieues sont bien c'est la politique de ghettoïsation menée début des années 80 qui est lamentable.

Vous mettez une famille de français avec 10 familles d'arabes, je suis désolé mais les Durant finiront eux aussi par manger du couscous tous les jours ! ( si je puis me permettre de faire un peu d'autodérision)
J'ai été élevé dans une cité où nous n'étions que deux familles d'immigrés, et ce sont les plus belles années de ma vie.
C'est plus difficile aujourd'hui de bien grandir dans cet environnement.

Dans tous systèmes bien établis il y a une hiérarchie, on se faisait mater et on matait.

On respecte et de ce fait, on est respecté. "dedans dehors" même combat.

L'insertion par la formation ou le travail reste le seul espoir d'une amélioration des conditions de vie. On parlera plus de formation car quand on tombe pour avoir volé c'est pas pour travailler en prison !!
D'autant plus que le travail ne court les coursives. dans les années 90 il y avait un peu de tout, le montage des boucles de ceinturons, le collage d'enveloppe, confection de sac pour grand magasin, les charbons de démarreur, le conditionnement, et me direz-vous c'est pour ça qu'il y a autant de chômeurs car les prisonniers nous prennent le travail ! Ce n'est certainement pas ces petits concessionnaires qui font exploser le PIB de notre pays.
Le bon côté de la chose c'est que ça redonne du baume au coeur à ceux qui n'en n'avaient plus ! Pour la formation ce doit être une obligation, quand on prive un individu de ses droits ce n'est pas pour lui laisser le choix de faire n'importe quoi !
Pour s'en sortir réellement il faut faire preuve de beaucoup de courage, la concentration ou la motivation n'est pas toujours là au bon moment, à Beauvais j'avais du demander une cellule individuelle conformément au Code pénale, pour étudier, car il n'y avait que des chauffeurs de 6 ou 10 détenus, à titre exceptionnel, on m'autorisa à étudier en cellule de mitard quand je le souhaitais.
Cette situation n'était du goût des surveillants. Pour avoir voulu m'informer sur les conditions de vies des détenus je me suis abonné à "Dedans Dehors" et le rapport de loup (Observatoire International des Prisons) j'ai du porter plainte contre le directeur de la prison de la Santé pour détournement de correspondance, deux jours après le directeur venait en personne avec de plates excuses me remettre les deux numéros manquants, qui tiennent sur son bureau depuis un mois.
Les formations mises en place dans les centres de détention sont souvent des artifices.
Une formation permet d'avoir de la main d'oeuvre pas chère financée par des organismes extérieur à l'administration pénitentiaire, ex : stage d'horticulture à Liancourt (60) pour entretenir le magnifique parc du château, stage de peinture à Amiens pour la rénovation des bâtiments, où encore stage de pré-qualification de magasinier à la maison d'arrêt de la Santé pour des gestionnaires de stock d'ingrédients et denrées divers.
En y regardant de plus près c'est tout un système de combines.
Quelques anecdotes :
La contrainte par corps s'applique dans le cas d'un condamné de moins de 65 ans, solvable, et qui ne s'acquitte pas de ses obligations pécuniaires envers le Trésor public. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à partir de cet instant le détenu est à la charge du Trésor public.
Plus généralement la contrainte par corps était souvent employée par les services des douanes pour le paiement des amendes infligées en matière de trafic de drogue.
Ce qu'il faut savoir c'est que le détenu n'était plus à la charge de l'administration pénitentiaire mais du ministère des Finances !
Il suffisait pour rapidement retrouver sa liberté de demander une quelconque opération où acte médical onéreux pour rapidement obtenir sa libération. Qui serait assez stupide pour continuer à réclamer un franc six sous pour en débourser le double !

La remise en liberté d'un détenu qui ayant travaillé au magasin de la cuisine à la Santé (Paris 14°), a été remis en liberté conditionnelle rapidement, après avoir prévenu la direction, les travailleurs sociaux, des détournements qui s'y passaient.
La juge d'application des peines qui était farouchement hostile a sa libération a du se résigner à le libérer.
Mais pour ne pas perdre la face elle le mit en semi liberté, et comme le gars était mariole, le centre de semi liberté n'a pas supporté très longtemps son régime de végétarien et l'a vite fait glisser en liberté conditionnelle.
Quand on vit de restriction, le peu qu'on a est un vrai plaisir, contempler les étoiles la nuit dans le ciel, écouter la musique qui vous enchante, lire un livre de son choix et non ce qu'on vous impose, à la Santé des intervenantes extérieures pouvaient vous apporter les livres de la bibliothèque nationale. C'était du grand luxe.
C'est pas facile à vivre l'incarcération, alors autant bien la vivre que la subir.
Ce n'est pas le bagne non plus, ceux que je plains le plus au monde ce sont les innocents. Il n'y pas ou peu de remède pour redonner la joie de vivre à un innocent incarcéré.
Je vous remercie, Votre Honneur, d'avoir soulevé cette généreuse initiative de Ouest-France quant à la distribution d'un journal en milieu carcéral, la denrée la plus onéreuse pour exercer la matière grise à la réflexion.
Je vous adresse mes meilleurs voeux pour l'année 2008, et merci d'avoir pris le temps de me lire. R Litim


Mussipont

Merci Olivier pour cette explication, j'imagine que ce "choc" ne doit pas faciliter la réinsertion sociale...

olivier-p

mussipont :

La culture de soi qu'on a élaborée dans son coin en taule, privé d'autres repères que le règlement, il se trouve que dehors, elle n'intéresse personne.

C'est tant mieux, évidemment. Mais pour l'individu qui se prend cela en pleine face, ce n'est pas très facile "à négocier" comme on dit chez les psys. On est au mieux décalé.

Robert Marchenoir

@Catherine Jacob
Je n'ai jamais eu le bonheur d'utiliser le standard de l'EHESS. Je sais uniquement que ses augustes chercheurs refusent de déménager à Aubervilliers parce qu'il n'y a pas d'arbres ni de cafés, et qu'il faut prendre un autobus après le métro. A quoi donc ai-je échappé ?

Mussipont

@olivier-p : vous écrivez "J'ajoute que le choc a surtout lieu après la sortie, et qu'il est dévastateur. Une sorte de "condamnation au délire" qui vous attend, quand bien même on se voudrait quitte de tout cela."

J'ai peur de ne pas bien comprendre ce que vous voulez dire par là, pourriez-vous être plus explicite, je m'intéresse beaucoup aux difficultés rencontrées par les personnes qui sortent de prison.

@catherine JACOB : effectivement, c'est à mon avis une excellente chose que ces PC-phone, le maintien du lien familial notamment compte lui aussi énormément dans le processus de réinsertion.

Catherine JACOB

Le journal à l’ouest mais le téléphone à l’est !

La maison d'arrêt de Metz-Queuleu est à nouveau au diapason des établissements européens et les personnes détenues disposent désormais d'un PC-Phone, de son mode d'emploi et peuvent avoir un quart d'heure de crédit, ont annoncé les actualités régionales de 19heures aujourd'hui.

olivier-p

Vous écrivez : "(...)une distance entre d'une part, la culture acharnée, vindicative, rarement sereine de soi coupable et sanctionné et d'autre part, la normalité de l'univers."

Vous décrivez à mon avis très bien le processus. J'ajoute que le choc a surtout lieu après la sortie, et qu'il est dévastateur. Une sorte de "condamnation au délire" qui vous attend, quand bien même on se voudrait quitte de tout cela.

Je n'ai, pour ma part, pas trouvé la clé.

Bulle

L'univers carcéral, et l'univers du quotidien pour beaucoup, est l'occasion de tomber dans l'illettrisme même pour ceux qui ont su lire. Quelques titres d'un journal vite lus peuvent garder dans le cercle des lecteurs même très occasionnels.
J'ai participé à l'élaboration de matériel pour l'alphabétisation d'adultes dont certains avaient su lire, ou tout au moins déchiffrer enfant, et par manque de lecture en avaient perdu leurs premiers automatismes. Les extraits de journaux et leurs titres constituaient une grande partie de ce matériel. Si un seul homme ou une seule femme peut être sauvé de l'exclusion du cercle des lecteurs...


Catherine JACOB -suite et fin -

@Robert Marchenoir
"elle se comporte comme la représentante d'une race supérieure à qui tout est dû"

Hum ! Avez-vous déjà eu affaire au standard de l'EHESS, cette hôôôôôôôôôôôôôte graaaaaaaaaande écooooooooole?

Ceci étant, il n'y a pas que le milieu dit artiste à pouvoir prétendre être subventionné, sachant que le système qui consiste dans d'autres pays européens à mettre le pied à l'étrier - c'est le cas de le dire - puis à accompagner sur le plan de la gestion un temps défini d'un commun accord jusqu'à ce que la petite entreprise du spectacle, ou d'autre chose, puisse voler de ses propres ailes, me paraît nettement plus judicieux et représenter une technique d'investissement plus intelligente que cette technique de la serpillère qui consiste à éponger régulièrement les débordements de trésorerie des gens qui 'pétent les plombs' comme vous dites, le jour où on leur annonce brutalement que le prix de la matière première des serpillères dépasse désormais les moyens de l'Etat et qu'il leur faut se démerder avec leurs propres mouchoirs de poche !

Véronique

@ Bulle

Ce n'est pas que je ne suis pas convaincue par l'initiative de Ouest-France.

Je pense seulement qu’il est très difficile de susciter le désir et le goût de la lecture.

L’initiative de Ouest-France, au demeurant très louable, est incomplète si elle ne s’accompagne pas d’un apprentissage pour certains de la lecture et d’une réelle sensibilisation pour d’autres à ses vertus qui pacifient.

Il y a un témoignage fin et sensible de Philippe Claudel " Le bruit des trousseaux " sur son expérience d’enseignant en milieu carcéral. On approche de près dans ce livre toute l’âpreté à laquelle on doit faire face pour partager avec d’autres ce qui pour vous, pour Philippe et pour moi va de soi.

@ Marie

Bonne année à vous et à tous ceux qui sont rassemblés par et dans la communauté de ce blog.

Meilleurs vœux à Philippe pour la poursuite de son journal intime en forme de collectif.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.