Guy Bedos, il faut arrêter.
Ce n'est pas la première fois que cet humoriste aigre de talent, se pique de se présenter comme un combattant et un militant. Mais il dépasse les bornes, dans le Parisien d'aujourd'hui, où avec aplomb il se crédite "d'un rire de résistance". On ne sait pas contre quoi mais peu importe.
J'éprouve la plus vive admiration pour les véritables héros de la Résistance. Ceux qui sont morts ou qui se taisent. En revanche, je déteste la mythologie et l'exploitation de cette période sombre et courageuse. Par les héros imaginaires d'alors et les héros rétrospectifs d'aujourd'hui.
Ce beau mot, cette superbe exigence, cette volonté d'exister et d'insister qui devrait irriguer la vie de chacun perdent tout sens à force d'être appliqués par n'importe qui à n'importe quoi. Cette manière de laisser croire à une intrépidité actuelle au nom d'une audace historique passée sans commune mesure avec nos petitesses et nos choix faciles me révulse.
Surtout de la part d'artistes. Sans doute sont-ils à ce point conscients du confort dans la critique que leur offre notre démocratie qu'ils en rajoutent sur le plan de la gravité citoyenne. Comme ils ne risquent rien, ils s'inventent des dangers. Comme ils sont libres et le demeureront, ils fabriquent pour les besoins de leur cause une République perpétuellement en danger. Le monde et ses tragédies, les otages en Colombie, les crimes du quotidien, les prisons qui enferment les insolents ici ou là, les journalistes qu'on assassine en Russie ou ailleurs, le conflit israélo-palestinien, le désastre irakien, la rumeur violente et dévastatrice d'un univers qu'aucune raison, parfois, ne semble pouvoir dominer, tout cela n'est rien, évidemment, si on veut bien considérer l'immensité de la tâche que s'est assigné Guy Bedos ! Nous défendre mais de qui ? Nous protéger mais de quoi ? On ne lui a rien demandé et je ne suis pas loin de juger ridicule son empressement à nous sauver de périls fantasmés.
Ce rire de résistance qui sonne comme un clairon et vous a "une gueule de casoar et gants blancs" est d'autant plus grotesque qu'en France, Guy Bedos, heureusement, n'encourt pas le moindre danger pour sa liberté d'expression, ses acidités, sa drôlerie appréciée ou non. C'est d'ailleurs la blessure fondamentale de nos artistes militants, de nos comédiens saisis par l'esprit partisan, de nos chanteurs spécialistes patentés des banlieues que de pouvoir s'ébattre dans le champ immense de notre espace démocratique non seulement sans être réellement vilipendés mais en étant courtisés. Rien ne paie plus, auprès d'une société ayant honte d'elle-même et de ses valeurs fondamentales, que l'agressivité indolore de bateleurs et d'improbables consciences. Quand on est à l'abri de tout, on s'en félicite au lieu de s'emparer de la Résistance pour la galvauder et, au fond, la salir par l'usage affreusement banal et décalé qu'on en fait. Quand le rire de résistance vous laisse triompher devant des publics ravis, on a la délicatesse de songer à ceux qui sont offensés, blessés, torturés pour avoir fait rire dans des pays au masochisme limité et au sens de l'humour inexistant. Quand on a cette chance, on déplore l'infortune étrangère. Quand on n'a pas à résister, on soutient les résistances nécessaires et périlleuses et on ne feint pas d'en être familier. Si on tient à tout prix à l'étage supérieur, à la rigueur, du bout des lèvres et de l'esprit, on propose un rire de lucidité qui, ouvert à tous vents, ne se hausse pas du col et ne prétend pas faire se lever des orages désirés implacablement absents. Bref, on ne joue pas, toujours, la comédie. On laisse aussi, parfois, la vraie vie vous rattraper et on se regarde et on fait silence.
Guy Bedos, il faut arrêter. Après vos spectacles, le seul désagrément qui vous guette, c'est d'être harcelé par les journalistes qui aiment vous entendre dire du bien de vous. Loin de moi l'envie de minimiser ce désagrément. Il est vrai qu'un autre vous guette, terrifiant. Vous avouez - à la fois, blasé et un peu fier - avoir été reçu à plusieurs reprises par le candidat Sarkozy, qu'il a tenté de vous faire tomber sous son charme mais que bien sûr vous n'y avez pas succombé. Je vais vous murmurer un secret. Comme vous n'aimez pas le président, je suis sûr que vous allez être confronté à un immense défi, à une épreuve redoutable, à un embarras plus que cornélien : il va vous inviter à nouveau. Quelle dure et difficile résistance que la vôtre. Je vous plains.
La résistance du rire, en France ? Faites-moi rire.
"Quand le rire de résistance vous laisse triompher devant des publics ravis, on a la délicatesse de songer à ceux qui sont offensés, blessés, torturés pour avoir fait rire dans des pays au masochisme limité et au sens de l'humour inexistant. "
Sans aller jusque là, on peut juste peut-être souligner au passage que si l'humoriste reconnu ne risque rien chez nous à faire rire des puissants qui y trouvent quelque part médiatiquement leur compte, l'humoriste occasionnel qui fait rire sous cape d'un personnage fortuné à l'ego sur-dimensionné risque, même ici, de devoir le payer ad vitam aeternam dans sa vie privée et professionnelle sans aucun moyen d'action pour y faire mettre un terme !!
Rédigé par : Catherine JACOB | 21 décembre 2007 à 09:49
Une nouvelle qui ne fait pas du tout rire : Rachida est en perte de vitesse dans les sondages chargés de mesurer la cote d'amour (glamour) des ministres (cf. LCI). A ce sujet, ses clichés photos (empruntés sans doute au temps où Carla Bruni était mannequin) réalisés récemment dans un grand hôtel parisien et diffusés en une d'un hebdo, vous ont-ils fait rire ?
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 21 décembre 2007 à 09:00
" Ce n'est pas la première fois que cet humoriste aigre de talent se pique de se présenter comme un combattant... "
"ok ok mais c'est plutôt un ancien combattant, non ?" vous répond Cactus.
C'est vrai qu'ils vieillissent mal ces combattants-résistants.
Je ne peux pas m'empêcher de penser que les résistances à la Guy Bedos sont pathétiques.
Sont-ils à ce point démunis d'arguments audibles ou crédibles pour n'exprimer leurs oppositions qu'à travers des concepts devenus exsangues et vides de sens, qu'ils se répètent inlassablement, en boucle, pour refuser de voir qu'un monde et des modes de fonctionnements sont morts ?
Bien avant l'élection de NS.
Je suis étonnée tous les jours par les fictions que G. Bedos et d'autres s'inventent. Pour ne pas avoir à imaginer que leur monde d'hier est très loin derrière eux.
Quand je songe à la Résistance, la vraie, mon interrogation concerne la solidité morale et l'envergure humaine de ces hommes et de ces femmes qui, avant tout le monde, avaient tout compris.
J'ai lu, il y a peu, une biographie de Pierre Brossolette. Il s'est jeté dans la vide parce qu'il était terrifié à l'idée de parler sous la torture.
"La résistance du rire, en France ?"
Laissez-moi seulement sourire de tristesse et d'accablement.
Rédigé par : Véronique | 21 décembre 2007 à 08:19
Je crois que je préfère encore Bedos, l'ancien combattant, à Bigard, l'humoriste tendance... Nicolas Sarkozy l'a sans doute choisi pour faire rigoler Benoit XVI...
Rédigé par : Bulle | 21 décembre 2007 à 04:21
Guy Bedos,
Le comique dont Miller écrit les spectacles et qui a traité le maire d'Amnéville de nazi parce que dernier a un nom allemand (Kieffer)... sacré référence intellectuelle !
Il est de gôôôôche et les autres sont les salauds, les intolérants... Oui, cela se voit et s'entend !
Vous n'auriez pas dû l'attaquer, car il est traumatisé d'avoir vu sa mère frapper son père d'un coup de marteau sur la main ! Ce n'est pas un de ses sketch, il a sorti cette absurdité le plus sérieusement du monde en entrevue et dans sa biographie.
J'aime les mégalos, les personnalités fortes quand elles ont le talent, le style, pas la démagogie sur fond de vide.
Depuis combien de temps ce genre de pantin triste ne s'est pas intéressé aux petites gens autrement que pour leur voler la vedette ?
Guy Bedos... au placard, nous avons entendu assez de ces billevesées pour cinq générations.
Résistant à quoi ? C'est lui l'envahisseur, l'envahissant.
Qu'a-t-il de si différent de Sarkozy ?
Ce n'est qu'un faux rebelle du système comme il y en a tant, une baudruche qu'on laisse s'agiter parce qu'il ne fera pas trop de vagues dans ce monde médiatique qui pourrait l'exclure, lui enlever la soupe.
Prends ta petite laine Guy, il fait froid l'hiver dans le maquis ardéchois... pauvre vieux clown ridicule, à moins que tu ne préfères la Corse ou Neuilly chez toi... usurpateur !
Rédigé par : Ludovic Lefebvre | 21 décembre 2007 à 01:29
Excellent !!
Et encore, vous ne savez pas tout car parmi ces résistants de la dernière heure, se cachent certainement des squatteurs d'appartements de la régie de la Ville de Paris.
Je préfère penser à mon père qui pendant cinq ans de captivité en Poméranie a su résister au désespoir et à la bêtise et qui à son retour a fondé une famille et repris simplement son travail.
Rédigé par : Polochon | 20 décembre 2007 à 22:04
Julien,
Poser le débat politique en France comme la résistance face à un homme me semble à la fois fichtrement réducteur tout en étant outrageusement démesuré. Le paradoxe de mon propos n'est qu'apparent. Il m'apparaît, en effet, réducteur de réduire la résistance au fait d'être opposé. Il m'apparaît, par contre, démesuré, d'accorder à un simple individu, fut-il président de la République, la responsabilité de l'ensemble d'une tournure prise par la vie politique.
Vous dites que l'on peut utiliser le terme résistance sans se référer à la seconde guerre mondiale. Notamment lorsqu'on parle de résistance des matériaux. Bien entendu. Mais, a contrario, on ne peut utiliser l'expression La résistance sans s'y référer.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 20 décembre 2007 à 20:18
Vous vous attaquez avec raison à un monument de "l'humour à sens unique" comme souvent chez les "Humoureux de bancs publics", son gros défaut ! (ceci dit respectueusement !)
"Ce n'est pas la première fois que cet humoriste aigre de talent se pique de se présenter comme un combattant... "
ok ok mais c'est plutôt un ancien combattant, non ?
Rédigé par : Cactus | 20 décembre 2007 à 18:50
Je ne suis pas certain que des sketchs sur la police comme ceux de Coluche dans les années 70-80 ou ceux des Inconnus dans les années 90 seraient encore possibles aujourd'hui.
Il reste à déterminer si c'est de la censure ou de l'auto-censure.
Rédigé par : Olivier | 20 décembre 2007 à 18:21
Excellentissime !
Jubilatoire !
Fin d'année en feu d'artifice !
Il y a longtemps que vous ne m'aviez fait rire ainsi !
Guy (je ne résiste pas à t'appeler par ton prénom, même si on n'a rien gardé ensemble, mais tu as de l'humour, n'est-ce pas ?...), imprime le texte, scotche-le dans ta loge et relis-le avant chaque spectacle : même le clown a besoin du fou du Roi !
...tiens, je t'envoie le livre de Primo Levi, tu verras ce qu'est "résister"...
Joyeux Noël, Guy, il me semble que tu es habillé pour l'hiver !
L'hermine, ça tient chaud !
Rédigé par : sbriglia | 20 décembre 2007 à 16:28
On peut reprocher au pouvoir politique de devenir people, mais il a été devancé par le showbiz qui s'est politisé.
Rédigé par : all | 20 décembre 2007 à 15:06
Voulez-vous nous dire qu'il n'y a pas à résister à Sarkozy ou que les saillies de Bedos ne sont pas de la résistance ? (au passage on peut utiliser ce mot vierge du contexte de la guerre, comme vous avez reconnu légitime que Fillon puisse librement employer le mot détail).
Rédigé par : Julien | 20 décembre 2007 à 14:46