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« Pauvre Anouilh ! | Accueil | Une prison qui bouge ! »

Mais qui les a tués ?

Le 28 septembre 1986, deux garçonnets de huit ans sont retrouvés, le crâne fracassé à coups de pierres, sur une voie ferrée à Montigny-lès-Metz.

Pour ces crimes, Patrick Dils a été condamné à deux reprises avant d'être acquitté par la cour d'assises du Rhône le 24 avril 2002.

Francis Heaulme a été mis en examen, au mois de juin 2006, pour ces homicides volontaires et selon l'Agence France Presse reprenant l'Est Républicain, le procureur de Metz vient de requérir un non-lieu en sa faveur, faute de charges suffisantes. On peut légitimement présumer que le Doyen Thierry Monfort ne va pas s'opposer à ces réquisitions puisqu'il avait déclaré au mois d'avril qu'il allait "bien être obligé de faire un non-lieu", ajoutant avoir "tout tenté" pour parvenir à la manifestation de la vérité et constatant que "c'est triste à dire, mais je n'ai plus de piste. Je crois bien que c'est cuit".

Ces péripéties procédurales, parfaitement valides en elles-mêmes et diligentées par d'excellents collègues, ne mettent pas en cause directement le fonctionnement de la justice même si, en définitive, force est d'admettre que l'incompréhension du citoyen à l'égard de cette affaire criminelle hors du commun peut apparaître justifiée.

On sait que le double meurtre, au regard de toute l'information recueillie, n'a "impliqué" que Patrick Dils et Francis Heaulme. Aucun tiers apparemment n'est venu troubler, sur ce plan, l'administration de la preuve. Ils sont deux, et rien que deux. L'alternative, c'est la présence passive de l'un et la culpabilité de l'autre, ou l'inverse. Sans faire preuve d'une facile lucidité rétrospective, comment ne pas supputer que l'acquittement de Dils est du à la présence de Heaulme sur les lieux - peu importe son apparence à cet instant - et que les réquisitions de non-lieu au bénéfice de ce dernier sont fondées sur le doute qui s'attache à sa culpabilité ? Les deux, réciproquement, grâce à l'autre, grâce au doute, auront obtenu une exonération judiciaire que, dans la rigueur des principes, on n'a pas à discuter.

Mais, alors, qui a tué ces deux garçonnets de huit ans ?

L'Etat de droit, dans de telles manifestations, nous contraint bien à considérer que tout acquittement n'est pas la consécration d'une innocence, que toute ordonnance de non-lieu n'est pas la démonstration d'une virginité mais que l'un et l'autre, dans certaines conditions, ne permettent que d'inférer une absence de culpabilité et la certitude - ce mot utilisé à dessein - d'une incertitude substantielle. Puisqu'il y a forcément, dans les deux, un coupable et que chacun s'appuie sur la possible criminalité de l'autre pour se sortir de son propre étau.

Au risque de choquer, il me semble que la perfection formelle d'une telle construction judiciaire n'est pas loin de représenter une absurdité pour le bon sens et le commun des citoyens. Deux couples de parents ont perdu leur enfant dans des conditions atroces et sont condamnés à se satisfaire du doute qui a éloigné l'un et l'autre membre de cet intenable duo d'une suspicion fondamentale. Il est facile, dans le confort d'une chambre, à l'abri de tout, de se persuader qu'il vaut mieux un coupable en liberté qu'un innocent en prison. Mais deux personnes en liberté - je sais qu'Heaulme est incarcéré par ailleurs - quand l'une est nécessairement coupable ?

En tout cas, à cause de cette affaire exceptionnelle par sa gravité et ses imprévisibles conséquences, je me sens plus que jamais enclin à refuser le diktat médiatique qui vient avec sulpicianisme jeter le voile de l'innocence sur n'importe quel accusé ayant échappé aux fourches caudines de la justice. Parce que celle-ci a respecté ses valeurs dont la défense a naturellement bénéficié, rien ne nous oblige, sur le plan de la conviction intime, à octroyer aux anciens accusés une considération aussi entière que celle qu'ils se portent après des décisions d'absolution.

L'innocence est un trésor trop rare pour que le judiciaire le sème ainsi à tous vents. Le doute et ses suites légitimes créent, déjà, à eux seuls, suffisamment de dégâts.

La question lancinante demeure celle-ci, qu'on le veuille ou non : mais alors qui les a tués ?

 

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Commentaires

A vous lire entre les lignes et même dans les lignes, on ne peut qu'être accablé par votre implicite conclusion...

Philippe, votre papier me perturbe sérieusement. Dils, dites-vous, a été acquitté parce qu'Heaulme était censé être sur les lieux. Peut-être a-t-il été surtout acquitté parce que l'enquête avait été faite n'importe comment, parce que le gamin de 16 ans qu'il était a avoué n'importe quoi comme j'aurais sans doute avoué dans les mêmes circonstances. Pendant la reconstitution il a fait ce qu'on lui disait de faire, persuadé qu'il allait retrouver son père et sa mère. Il avait seize ans mais je crois vraiment que c'était encore un enfant. Je l'ai rencontré ainsi que ses parents et j'avoue que ça a été pour moi une rencontre très intense. Que Dils ait été acquitté grâce (ou à cause) à la présence supposée d'Heaulme et qu'Heaulme ait été considéré comme non impliqué dans ces deux meurtres ne veut pas dire que l'un ou l'autre soit coupable mais peut-être simplement - pardon si je me répète - que l'enquête a été bâclée. Avoir un coupable parfait (Patrick Dils) sous la main n'incite guère à faire du zèle. Ce coupable a fait quinze ans de prison pour rien, s'est fait copieusement violer et j'en passe.

L'un des deux ?
Voire les deux ? Car c'est bien l'un des mécanismes du crime parfait qui a fait les beaux jours du roman policier et de quelques grands films de renommée mondiale.

Ce qui n'ôte rien à la douleur des parents et surtout à l'ignominie des destins tragiques des deux victimes : ceux-là voyaient sans aucun doute possible leur avenir vraiment autrement !

J'ai toujours envie de pleurer quand je pense à eux !
Je les garde bien au chaud au fond du coeur, alors que je ne les connais pas...

La justice est presque parfaite...

Qui a tué... On se pose la même question dans "Meurtre dans l'Orient Express" d'Agatha Christie... Et s'il n'y avait pas un... mais deux criminels ?

@Bernard 1, ignoble, etc.
hé les garçons ; allez-y, vous, dire à Dils que ses 15 ans c'était du cinéma. La douleur des parents je ne peux même pas en imaginer le quart du centième, comme vous sans doute. Mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller à imaginer n'importe quoi. Les bras m'en tombent !

Un des deux ? Un troisième ? Les deux ? La seule chose que l'on puisse dire c'est que la justice a échoué et que les familles des deux victimes ne sauront sans doute jamais qui aura tué leurs enfants.

Le non-lieu rendu dernièrement n'aura pour effet que de relancer le débat sur l'innocence de Patrick Dils. Acquitté sur le papier, condamné et coupable dans l'esprit de certains.

Quant à Francis Heaulme, quelle raison le pousserait à mentir ? Condamné à perpétuité, pourquoi n'avouerait-il pas un autre meurtre ? a contrario pourquoi le ferait-il ? Et là on tourne en rond.

Et Patrick Dils : comment en est-on arrivé à le condamner à deux reprises pour finalement l'acquitter près de 20 ans après les faits ? Sur quels fondements ?

Le doute est partout dans cette histoire et pourtant on nous dit qu'il faut douter, et de tout, pour arriver à une bonne justice. Mais a priori on s'est perdu dans le doute dans cette histoire un peu à l'image de l'affaire du petit Grégory.

Vous terminez votre billet par cette question : qui les a tués ? Vous auriez presque pu vous demander qui ne les a pas tués ?

Est-il vraiment exclu qu'un autre criminel que les deux cités ait pu passer par là ?
Vingt ans après, il est difficile de remonter une piste.

Je suis d'accord avec Sbriglia et je demeure, moi aussi, perplexe à la lecture de votre article. Les péripéties de cette affaire n'ont permis de connaître successivement que deux auteurs hypothétiques du crime. Mais rien ni personne n'a jamais soutenu, démontré ni prouvé qu'il s'agissait nécessairement de l'une de ces deux personnes à l'exclusion de toute autre. C'est pourtant le postulat sur lequel vous fondez votre articulation pour aboutir, en termes allusifs, à jeter un voile de suspicion sur l'innocence de Patrick Dils. Si telle est votre conviction, il faut alors affirmer, et non pas insinuer. Et avancer des arguments précis.

J'ignore si Dils a tué ou non ces deux gamins, Heaulme, il est prouvé que ce n'est pas lui. Ce qui me dérange dans cette histoire, c'est que Dils passe du statut de monstre à celui de héros, comme les accusés d'Outreau. Et je suis toujours ennuyé de cette perversion de la réalité qui démonise ou angélise à l'envi. Qui s'est soucié des gamins victimes de leurs parents Delay-Badaoui même s'ils ont menti ? Qui s'est soucié de ces deux gamins de Montigny qui eurent la tête broyée à coup de pierres ? Ha, la justice s'est peut-être trompée dans le cas lorrain, s'est trompé dans le cas nordiste... Il y a lieu à réjouissances, les accusés à tort ou revendiqués en tant que tels sont portés, on les loue. C'est la fête, la justice s'est trompée ! Alors des indemnisations records sont accordées, normal ils sont passés à la télé. Les journaux antiautorités, hormis la leur, font la nouba : enfin un mauvais procès, on en tient un, on ne le lâchera pas... Les livres sortent souvent partisans, faussés, écrits par d'autres et c'est une nouvelle star de la télé-réalité qui naît. Il y a Loana baisée dans la piscine, Moundir qui a appris l'alphabet avec difficulté, celle qui s'est programmée un voyage aux Seychelles pour se faire cocufier devant la France entière et enfin les victimes d'une injuste justice réactionnaire.
J'ajoute que s'être fait violé en prison ou ailleurs ne fait pas d'un être un innocent pour autant.
Mais les gamins de la tour du Renard, pour eux c'est l'orphelinat, mais les gamins de Montigny les Metz, pour eux ce fut le cercueil avant l'heure. L'attention s'est portée ailleurs et bien non, je pense aussi et surtout à eux.

"L'innocence est un trésor trop rare pour que le judiciaire le sème ainsi à tous vents. Le doute et ses suites légitimes créent, déjà, à eux seuls, suffisamment de dégâts". Fort bien : mais alors, l'innocence judiciaire ne résulte-t-elle pas d'une absence de culpabilité judiciairement décrétée ?

Septembre 1986 !! Pour ma part, c’est en octobre 1986 que j’ai commencé à travailler à l’université de Metz tout en résidant encore à Nancy, et je dois avouer que j’ai un souvenir beaucoup plus vif de mon entrevue avec le Doyen que de ma lecture des articles du Républicain Lorrain de l’époque.
En revanche les souvenirs des articles du temps de l’acquittement de Dils sont plus nets vu que j’avais été très intéressée par le cas de l’innocence condamnée puis reconnue mais aussi très sensible à la détresse des familles qui voyaient ainsi leur peine ravivée et je m’étais interrogée sur la nécessité d’une victime émissaire.
Enfin j’ai également regardé la récente émission qui faisait le point sur l’affaire et je me suis fait un certain nombre de réflexions nouvelles vu qu’une émission de télévision et des articles de presse renvoient finalement des reflets assez différents d'une même réalité.

« chacun s'appuie sur la possible criminalité de l'autre pour se sortir de son propre étau. »

De fait, à ma connaissance, celui qui s’est appuyé sur la possible culpabilité de l’autre, c’est le premier à avoir été condamné, Dils, qui doit semble-t-il son acquittement à la présence du tueur en série, Heaulme, sur les lieux. Quant à ce dernier, il n’est semble-t-il plus à deux meurtres près et dit que ceux là ce n’est pas lui car ce ne serait pas son modus operandi.

« Mais alors qui les a tués ? »

C’est vrai que c’est la question que tout le monde se pose.
Maître Liliane Glock, le conseil de Heaulme dit que s’agissant de son client, elle-même y perd son latin – du moins c’est ce que j’ai compris de sa récente interview télévisée. J’ai eu récemment affaire à une entreprise dont le siège social au Ban st Martin, n’est pas très éloigné des lieux (Montigny-lès-Metz) d’après ce que m’en a dit le secrétariat avec lequel j’ai évoqué l’acquittement de Dils qui d’après ce qu’on dit ne semble pas avoir convaincu tout le monde dans le coin. Je me suis fait la réflexion que les gens avaient encore de quoi parler pour un bon moment, je pense. (Je précise cependant à toutes fins utiles = à destination de l’avocat de Dils auquel j’ai déjà été opposée au TI, qui s’en souvient peut-être et qui figure peut-être parmi les lecteurs de ce blog, que je ne dis pas ça à cause de lui - vu qu’en lui-même, il représente le cadet de mes soucis même si on est tous les deux clients du même boulanger- mais tout à fait indépendamment)

S’agissant de l’émission, j’ai été frappée par la différence qu’elle a fait apparaître entre les deux gamins, les deux familles et jusqu’aux deux avocats qui donnaient à voir deux mondes totalement différents.
Maître BOH-PETIT avait sorti et disposé sur le manteau de la cheminée de son bureau l’entier dossier qui représente un volume tout à fait impressionnant qui donc donne un peu une idée du calvaire qu’a vécu Mme Béning, la maman du petit Cyril, calvaire qu’elle a vécu seule puisqu’elle a divorcé depuis à cause de l’état psychologique dans lequel elle a expliqué que l’a mise l’affaire et que ne supportait plus le papa si j’ai bien compris. Me BOH-PETIT a de ce fait assigné l’état pour faute lourde (Voir les archives Europe1 : http://www.europe1.fr/informations/article.jsp?idboitier=737118&prov=rss )

Maître RONDU, l’avocat de la grand-mère du petit Alexandre Beckrich paraissait au contraire dans un bureau qui semblait vide et sur lequel la caméra donnait une vue plongeante. (Il existe des archives FR3 quant à cette famille et à son avocat qu’on peut retrouver à cet endroit : http://w1.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&num_notice=9&total_notices=9&mc=Beckrich,%20Ginette ) –

« Aucun tiers apparemment n'est venu troubler, sur ce plan, l'administration de la preuve. Ils sont deux, et rien que deux. » nous dites-vous et c’est cela aussi qui paraît bizarre quand on songe au nombre impressionnant de suspects examinés au départ.

Je ne me souviens plus du chiffre exact énoncé par l’officier de police en charge du dossier au départ et que l’avocat de Dils a assigné pour acharnement ou harcèlement, mais il m’avait paru tout à fait étonnant.

Loin de moi la prétention d’énoncer quelque idée nouvelle que ce soit, mais si je devais produire un schème idéographique de l’événement tel que rapporté par l’émission que j’ai regardée récemment, je prendrais en compte un élément « grand personnage » et un élément semblable à «deux petits personnages » distribués de part et d’autre du premier et j’obtiendrai alors plusieurs possibilités de lettres qui existent, la première c’est celle qui nomme de nos jours le «rien » mais a commencé par nommer une danse estivale pour la pluie, la seconde fait des petits personnages, des motifs peints sur le torse d’un défunt et destinés à l’empêcher de revenir, donc conjurent en quelque sorte le « revenant », le sens en est « clarté », le troisième est le porteur d’eau, il y en a d’autres comme notamment'venir en aide'...

Si je m’interroge sur ces figures, ce qui me vient en premier lieu à l’esprit c’est que les petits personnages des lettres sont semblables mais les deux enfants paraissent en revanche très différents sur les clichés qui en ont été montrés. Le grand personnage peut aussi bien correspondre à la figure de l’acteur du crime qu’à la figure du découvreur du crime.
Pourquoi des enfants aussi dissemblables en apparence dans la vie, se retrouvent-ils si semblables dans la mort, petits gisants côte à côte (la photo est floutée certes) qui, dit-on, se connaissaient à peine puisqu’ils jouaient ensemble pour la première fois. Il est très interpellant que cette première fois soit celle qui les ait réunis pour l’éternité, l’un enfant fragile et paraissant introverti, l’autre enfant dynamique, ouvert, plein de vie. C’est très étrange en vérité comme le hasard peut faire les choses…
Une autre question énigmatique encore, comment y-a-t-il pu y avoir double crime, les enfants étant restés si près l’un de l’autre (du moins si sur la photo montrée les corps n’avaient pas déjà été déplacés) et dans le même sens au point que l’image d’une lettre possible avec un grand personnage en filigrane s’est dégagée pour moi de la photo.
Curieusement encore, ce sont les enfants qui sont morts mais le fantôme en vérité c’est lui, l’acteur du crime, puisque il (ou elle, pourquoi pas) demeure dans l’inconnu tandis que sur les tombes pleurent toujours les mamans. Enfin, une surtout, à ce qu’il semble.
Décidément, entre la Vologne et le talus de Montigny-lès-Metz, que de secrets !

Et, pour finir, oserais-je dire que, très agité au début de son interview, le juge d'instruction chargé du dossier m'a fait penser à un troll ?!

" mais alors qui les a tués ? "

Une réponse a été apportée par la justice.

Celle-là.

La justice n'est pas, n'est plus en mesure de pouvoir répondre à votre question.

J'ai écouté hier soir la déclaration du procureur de Metz que j'ai personnellement trouvée remarquable.

La justice dit à la société qu'elle est impuissante à établir la vérité. Et que la société doit accepter ce constat d'impuissance et d'échec.

Pour les parents des deux enfants, ce ne peut être, évidemment, que de l'ordre de l'inacceptable.

Le procureur a pris la décision d'assumer vis-à-vis de ces familles dévastées à jamais le principe du doute et de l'imperfection de la justice. Parce qu'il n'y a plus la possibilité de faire jaillir la vérité.

Au risque de heurter, je pense qu'il n'y a pas d'autre réponse possible que celle du procureur de Metz, à apporter à votre question.

@ catherine A.
Je ne pense pas avoir cité un ou des noms, mettre un nom sur un ou des éventuels coupables est une chose grave qui n'est pas de ma compétence. L'enquête s'est orientée vers un criminel ; et rien n'empêche en probabilité que deux pervers, deux monstres se soient croisés même fortuitement et aient commis l'horreur, l'irréparable. Si judiciairement c'est difficilement démontrable c'est possible mathématiquement.


Qu'on le veuille ou non, dossier aidant, Dils a avoué au moins 6 fois, à des personnes différentes. Les détails étaient là. Notamment les pierres, pièces à conviction jetées légalement 3 ans après la seconde condamnation de Dils. Celui-ci était, avec sa famille, voisin presque direct des grands-parents d'Alexandre. Le soir tragique, il s'est trouvé au pied de la butte SNCF alors que les corps martyrisés n'étaient pas encore découverts. Il a vu les parents d'Alexandre près de leur voiture et il les a entendus appeler leur fils. Jacqueline Dils m'a dit, lors "d'une reconstitution privée", en faveur de la défense de son fils : "Patrick a eu peur, il a couru vers la maison". Qu'est-ce que cela voulait dire ? Dans une interview au Républicain Lorrain, en 1987, peu après l'arrestation de son fils, Jacqueline Dils affirme que ce soir-là, la famille n'a rien entendu, d'ailleurs, elle écoutait le feuilleton de 20 heures sur RTL TV. Ce n'est que le lendemain matin qu'elle a appris la nouvelle.
Heaulme habitait souvent chez sa grand-mère, à quelques kilomètres de là. Il avait un amour particulier pour la promenade à bicyclette, sa "femme", disait-il dans son langage. Cela dit, le tueur que l'on connaît n'a jamais massacré le visage de ses victimes, ce que le meurtrier des 2 garçonnets a fait. Heaulme était plutôt un amateur d'Opinel.
Connaissant Ginette Beckrich qui souffre depuis 21 ans de la mort d'Alexandre qu'elle élevait en grande partie, l'affaire n'en restera pas là. Il est d'ailleurs envisagé un nouvelle information judiciaire contre X, ainsi le dossier ne sera pas refermé. Jamais, dit-elle, tant qu'elle vivra.
Je précise : Patrick Dils a été acquitté en 2002, à Lyon, il est donc judiciairement innocent.

Vous dites : "tout acquittement n'est pas la consécration d'une innocence, toute ordonnance de non-lieu n'est pas la démonstration d'une virginité". Je vous répondrai : "Toute accusation n'est pas la démonstration de la culpabilité, toute condamnation n'est pas la consécration de la vérité." L'un ne va pas sans l'autre. Posons-nous quelques questions sur le passé de la justice (Ranucci, Omar, Seznec, etc...)

@Marie-France Bezzina
N'avez-vous donc tiré aucune leçon de l'affaire Grégory ?

Oh Philippe, je ne reprendrai pas les nombreux commentaires que j'ai fait depuis longtemps sur votre blog quant à la manifestation de la vérité dans les affaires complexes et j'ai évoqué ici la notion de "certitude du doute".

L'innocence de Dils n'a pas été semée à tous vents et ce rare trésor a été obtenu à l'arraché. Admettons que la présence de Heaulme sur les lieux, même si rien dans l'instruction ne permet de l'incriminer, jette une lumière particulière sur l'affaire. Et c'est quand même pas de bol pour un meurtrier d'enfants de se retrouver pile poil dans un patelin paumé au moment où un double crime se commet sans y être pour rien...
Dils a été acquitté, ce qui signifie qu'au terme d'une instruction et d'un débat d'assises, à la faveur d'éléments convergents, il a été reconnu innocent.
Heaulme n'est pas dans la même configuration : c'est un criminel qui passe ce coup là entre les mailles du filet, sans débat.
Philippe, s'il vous plaît, si je vois bien comment on peut prouver qu'un acte a eu lieu, expliquez-moi comment on peut prouver qu'il n'a pas eu lieu. Voici 12 ans que j'essaie de résoudre cette quadrature, et je n'y parviens pas. Nous sommes dans le domaine de l'absurde. Dans les affaires complexes, la justice n'est en mesure de prouver qu'un acte n'a pas eu lieu uniquement lorsqu'un autre acte a eu lieu et s'y substitue. Et vous faites donc cette erreur : puisque l'acte "Heaulme" ne parvient pas à se démontrer, vous ressuscitez l'acte "Dils" qui vient en substitution.

En outre, le troisième homme est toujours possible, la justice l'a peut-être sous les yeux en refusant de le voir. Je vous le dis, Philippe, j'en connais, dans une affaire que je connais trop bien, un troisième homme, qui siège même en partie civile à la faveur d'une manipulation juridique acceptée (par négligence et paresse) par la justice, oui, oui, tout est possible dans un tribunal.

Après la première condamnation de Dils et avant la révélation tardive de la présence de Heaulme, vous auriez écrit : "On sait que le double meurtre, au regard de toute l'information recueillie, n'a "impliqué" que Patrick Dils" et vous auriez eu tort !

Certes il vaut mieux acquitter un criminel que condamner un innocent mais il serait bon que le bénéfice du doute profite aussi aux victimes ou à leur famille.
Je veux dire par là qu'acquitter tous les criminels n'est pas une solution satisfaisante ; la recherche de la vérité et non la victoire dans un tribunal devrait guider les juges et les avocats, rien que la recherche de la vérité.

Marie-France Bezzina
«Les détails étaient là. Notamment les pierres »

Et ? Les pierres ont laissé des traces comme la poudre d'une arme à feu ?

Bernard1
Rien n'empêche jamais rien dans l'ordre de l'hypothétique, pas même je pense que leur(s) assassin(s) n'ai(en)t été familier(s) à l'un ou l'autre des enfants, ni même qu'à un moment donné les enfants n'aient été plus de deux à jouer ensemble et que cet ou ces autres aient pu avoir remarqué quelque chose d'insolite avant même le double crime.
Est-ce qu'on s'est interrogé sur le comportement ultérieur des petits camarades de l'un ou de l'autre tel qu'il aurait pu manifester un trouble quelconque ? Mais je pose la question juste ça comme vu que le juge d'instruction a tout de même bien expliqué que toute infime piste ayant pu se présenter avait été soigneusement explorée. L'hypnothérapie n'était cependant pas à l'époque ce qu'elle est maintenant qui permet à des souvenirs enfouis de revenir à la surface.

Je me souviens du film "Le Glaive et la Balance" de Cayatte : deux hommes ont été vus s'enfuyant après le meurtre d'un garçonnet... Quand la police les arrête, ils sont trois,
chacun disant bien sûr que ce sont les deux autres...
comment affronter cette situation ?
Ce film que j'ai vu il y a trente ans m'avait troublé, m'a marqué sur ces situations "impossibles" et où toute solution : condamner un innocent ou blanchir des coupables, est inacceptable.
Cayatte trouve une fin cinématographique plus que juridique...

Les pierres ont une grande importance : au cours de ses aveux rétractés par la suite, Dils en avait expliqué l'ordre d'utilisation, ce qui correspondait aux conclusions des experts. Je ne vais pas étaler le dossier. Mais il y a des détails absolument affreux : Dils avait indiqué que lorsqu'il avait frappé la tête des enfants qui s'était imprimée dans le sol, cela ressemblait à un melon qu'on écrase. Aveux dictés par la PJ, selon Dils, après. L'un des yeux des enfants n'a pas été retrouvé. Comprenez-vous pourquoi les familles dont personne ne peut imaginer la douleur veulent que la vérité éclate. Ce double crime fut l'horreur absolue. Comme la presse anglo-saxonne le pratique : je précise que Patrick Dils est, en l'état, innocent. Heaulme aussi.
Pour ce qui est de l'affaire Grégory, ne vous inquiétez pas...

Où serait le piétinement des sacro-saints Droits de l'Homme et du citoyen si pour faire lumière sur cette affaire, les suspects avaient une dose de Penthotal et un passage au détecteur de mensonge ?
Ils ne seraient pas battus, humiliés, tués. Alors qu'est-ce que l'Etat attend pour mettre à disposition de la justice les moyens technologiques innovants pour parvenir à la vérité ?
Je ne comprends réellement pas le blasphème à adopter de tels procédés ou alors je suis devenu encore plus froid que je ne le pensais. Ce serait l'opportunité de décrédibiliser nombre de méthodes de défense basées sur le mensonge, d'améliorer le Droit par la technique.

Vous employez souvent le terme "sulpicien", et ici "sulpicianisme".

J'ai eu beau chercher, je n'ai pas tout à fait compris à quoi vous vous référez, ce que vous entendez par là.

@Ludovic Lefebvre :

Le détecteur de mensonges : le Pentagone affirme que ce procédé est fiable à 95%. Il me semble que ce 5% suffit à la défense pour invoquer le bénéfice du doute. Pour le penthotal, je ne sais pas quelle est sa fiabilité mais il s'agit d'une drogue censée modifier le comportement d'une personne. Je vois mal comment, de par ce fait, on peut justifier son utilisation dans une procédure judiciaire.

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