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Surtout pas !

Le Parisien, en Une, pose cette question à propos de l'Algérie et de la colonisation : "la France doit-elle s'excuser ?"

Lors de son voyage en Algérie, si le président de la République a dénoncé le système colonial en tant que tel, il a tout de même nuancé son propos en rappelant l'existence de tous les gens de bonne foi qui n'avaient pas eu à rougir de leur action. Et il a refusé de présenter les excuses que l'Etat algérien exigeait. Non seulement il a résisté à l'absurde repentance mais de retour à Paris, il a reçu  les associations de harkis et d'anciens combattants pour manifester à quel point des excuses n'auraient été compatibles qu'avec une vision unilatérale de l'Histoire.

Puisque depuis quelques années, la mode est à l'anthropomorphisme, imaginons notre réaction si, de manière lancinante, on venait nous tirer par les basques pour nous inciter à une contrition rien moins qu'évidente. Il est certain que cette attitude impérieuse nous conduirait, quoi qu'on en ait, à ne pas obtempérer à la prescription et à faire preuve d'indépendance. Il est certain que l'Etat algérien a utilisé la pire méthode pour faire plier un autre Etat souverain : celle du diktat qui, pour être prétendument éthique et généreux, n'en était pas moins marqué de suffisance et d'ignorance.

De suffisance, on perçoit bien pourquoi. Mais d'ignorance aussi, car cette repentance ainsi exigée pour la colonisation française en Algérie renvoie à une étrange conception de l'Histoire et de l'humanité. Si des excuses sont parfois présentées dans l'existence ordinaire, c'est d'abord parce qu'on est libre de les formuler ou non mais surtout en raison du caractère limité du champ où elles s'inscrivent. On peut prétendre tout savoir d'un incident qui a opposé deux personnes. Sans trop de risque, il est concevable de définir au moins une responsabilité principale voire exclusive ainsi qu'une innocence indéniable. Cette maîtrise de l'événement qu'aucune fissure ne guette ni n'altére, ce bloc de cohérence se rapportent à des instants imprégnés de la logique particulière et univoque d'affrontements privés. Mais l'Histoire ? Dans la meilleure des hypothèses, elle offre aux spécialistes, aux politiques et aux citoyens de tous pays des paysages morcelés, des totalités imparfaites, des béances et des pleins, des comportements équivoques et des pratiques ambiguës, des pics tragiques et des étendues de bonne volonté, du bruit et de la fureur mais aussi des eaux calmes. Elle est illisible si on croit pouvoir la traiter comme une finitude, comme un monde ayant livré, pour l'éternité, toutes ses clés. Elle n'est plus l'Histoire, même dans ses parts les plus sombres, si elle ne demeure pas ouverte sur le gouffre du temps à venir, sur l'infinité de morsures ou de caresses que pourront lui prodiguer les démentis ou les confirmations de demain. La colonisation française en Algérie, pour être figée dans les mémoires, vitupérée ici et moins décriée là, ne constitue cependant pas une immobilité qui pourrait être scrutée aisément en surface et dans ses profondeurs. Le cadavre du passé bouge encore, bouge toujours. Qui pourrait vouloir présenter des excuses devant du fluctuant, de l'indiscernable ? Que le matériau soit composé de séquences cimentées par du certain et  de l'incontestable n'empêchera jamais la corruption du doute, la pertinence d'une autre analyse, la révision de l'acquis, l'équité ou la partialité de l'appréhension, n'entravera jamais la vie dans son travail de destruction et de re-création. Se repentir pour hier, c'est ajouter une complaisance inutile à une Histoire qui s'est déjà vengée.

Et ce n'est pas le dialogue qu'on attend d'Etats comme la France et l'Algérie ! Etonnant dialogue, d'ailleurs, que celui qui contraindrait l'un à passer sans discussion sous le joug de l'autre ! L'Histoire assénée comme une preuve et jetée à la face d'un pays comme le châtiment suprême. Au contraire, l'Histoire comme une possibilité de concorde, une opportunité de lucidité. Que chacun, dans les pays meurtris et déchirés, où les mémoires se combattent parce qu'on refuse que la réalité les réconcilie, veuille bien analyser l'Histoire devant sa porte ! La colonisation française en Algérie n'a pas besoin, pour être élucidée et éventuellement condamnée, des excuses de la France à l'égard de l'Algérie. Elle a besoin, aujourd'hui, du travail des Algériens sur cette période, de celui des Français sur leur rôle, et ni d'un côté ni de l'autre, il n'est nécessaire d'imposer le préjugé moral partisan qui viendrait troubler la règle et la connaissance. En Histoire, c'est par la confrontation de lucidités collectives mais séparées que l'on aboutira à une vision de la colonisation qui ne soit ni choquante par mansuétude ni scandaleuse par oubli. Il faut faire Histoire à part.

Le président de la République a sauvé l'honneur de la France certes, mais aussi celui de la seule conception de l'Histoire qui vaille : une invention et révision permanentes, une incessante liberté. On ne se repent pas, on cherche et on découvre, on défriche et on consolide. On prend conscience puis on ne recommence plus.

La France doit-elle s'excuser ? Surtout pas.

   

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Commentaires

La France doit-elle s'excuser ?


Depuis quelques années, maintenant, les excuses sont à la mode, c'est devenu une manie. A ce rythme là, on peut également remonter jusqu'à 732, pourquoi pas, à Charlemagne... ou ... ou... à Jésus Christ. On trouvera bien quelque chose à se reprocher.
Je ne pense pas que pour l’image de la France dans le monde, cette situation soit salutaire. Il me semble que cela serait plus une marque de faiblesse, une sorte de rejet, de déni d’une Histoire, de notre Histoire, de nos ancêtres et de tous ceux qui sont morts pour l’écrire.
Avons-nous seulement le droit, en mémoire d'eux ?

L’Algérie espérait-elle tester le Président Sarkozy ? Il a, de son côté, ne l’oublions pas, subi un affront avant son voyage officiel.
Il est évident que ce pays attendait davantage, mais NS a été très lucide et très juste dans ses explications. On ne peut pas jeter la pierre à tout le monde. Il y a eu un contexte.

La dérobade de Sarkozy
Il a refusé de présenter les excuses officielles de la France à l’Algérie
http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=82120


Par ailleurs, y a-t-il un seul pays qui ait présenté quelques excuses que ce soit pour une politique militaire et événements passés de leur Histoire ?
Nous avons encore du mal à cicatriser les années 40-45, alors pourquoi toujours entretenir des plaies qui ne peuvent apporter qu’âcreté. A force de remuer le passé, nous avons juste réussi à développer des incidents du style : le voile, la religion, les caricatures, les signes religieux, l’intransigeance, le racisme… Tout devient prétexte à contestation. Tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur.


J'ai souvenir dans les années Mitterrand de la restitution de canons par FM à la Suisse, prise de guerre de Napoléon.
Fort de cette restitution, la Suisse n'hésita pas à réclamer une dette de la même époque. Pourquoi pas !!!

L'Etat français coupable fut le bain dans le tonneau des Danaïdes. Nous nous sommes excusés pour la Shoah, ce qui est discutable mais dont on ne peut discuter et Sharon nous traita par la suite d'antisémites, la Marseillaise fut ensuite sifflée lors d'un match de football entre les deux équipes et nous sommes traités d'antisémites sans arrêt.
Ensuite vint la compétition victimaire des arabes, des noirs, des homosexuels et ce pays accueillant, relativement juste et humain, se forme depuis en champ de bataille dont les arbitres sont absents et insultés.
L'Algérie n'aurait donc pas commis de crimes horribles lors de la guerre d'indépendance ? Les juifs, les chrétiens et autres pieds-noirs ne sont-ils pas interdits dans ce pays qui a déjà glissé dans l'islamisme radical selon mes sources sur place ?
Bouteflika n'a de cesse de réclamer des excuses, de vouloir nous dicter nos manuels scolaires et on le laisse faire, comme on laisse notre hymne être humilié de sifflets... au nom de quoi et pour quelle justice ?

L'Angleterre en a autant à son actif, mais n'a jamais fait la moindre excuse, personne ne cherche de poux dans le tête de la reine.

Depuis quand devons-nous nous excuser à la place de nos grand-parents, de nos trisaïeux ?
Je m'excuse souvent auprès de gens que j'ai blessé, d'actions dont je n'ai pas vu tout de suite la conséquence néfaste, car l'amende honorable me semble une dignité et un respect d'autrui, mais je ne suis pas responsable des autres.

Si nous faisons l'inventaire historique basé sur le crime, la conquête, aucun peuple, aucune nation, aucune religion, aucune ethnie n'échappent à la repentance.
Cette unilatéralité de l'excuse est une humiliation, un asservissement, un rapport de force, un test, un chantage, un profit auquel nous avons trop cédé et dont nous voyons les conséquences.

C'est aussi un bon moyen de faire diversion, de la part des Algériens, sur la mauvaise gestion de leur pays, la corruption... Nous leur avons trouvé du gaz et du pétrole, nous leur avons construit routes, écoles, hôpitaux, dispensaires... ils ont les outils pour se développer, mais ils en font n'importe quoi, préférant l'argent facile à l'essor économique.
Aussi en guise d'excuses à Bouteflika, je réponds : mon c.. sur la commode !

Je ne suis pas d'accord avec vous, Sarkozy s'est repenti et répandu en Algérie devant les étudiants et il aurait dû répondre aussi sur le lobby juif au ministre des anciens combattants algériens.

Tant que nous ferons passer les intérêts économiques avant la grandeur de la France, le cirque continuera. Deux milliards d'investissement pour Total et la recette d'un match de foot sont importants, pas autant que notre attitude internationale sur le long terme et les retours de ceux-ci. Même là, le calcul n'est pas bon !
Bouteflika et Sarkozy ont passé un message aux expatriés en France, vous pouvez continuer.

Je n'ai, en tout cas, pas envie de collaboration avec ce gouvernement algérien tant qu'il a une attitude de la sorte.

Si Sarkozy veut ficher la France en l'air sur les conseils de quelques-uns, il est bien parti en de multiples domaines.
Plus de repentance disait-il au soir de sa victoire, depuis qu'il est élu, il ne cesse de se repentir. Son gouvernement est une repentance à lui tout seul !

Surtout pas ?
Pourquoi pas ?

Pourquoi ne pas s'excuser auprès des enfants et petits-enfants de ceux que nous avons blessés, lésés, fait souffrir... durant le siècle de colonisation et la guerre qui y mit fin.
Car la colonisation, en plus d'être injuste, ce que Nicolas Sarkozy a reconnu, fut aussi violente, même si elle comporte aussi des aspects positifs (investissements, équipements, échanges culturels..) qu'il faut aussi mettre en lumière.
Il me semble que la France aurait tout à gagner à être assez claire sur ces points, et à le dire...

"Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort n'était que d'un côté".
La Rochefoucauld

Peut-être un jour les magistrats devront-ils s'excuser devant l'opinion de sanctionner pénalement et sévèrement tous les malheureux, victimes de la vie, qui incendient des autobus, tirent à balles réelles sur les forces de l'ordre, sans trop savoir ce qu'ils font, quand bien même ils menaceraient l'intégrité ou la propriété d'autrui ?

Des excuses ??? Mais on rêve !

Même mes cousins Corsi, de ceux qui font nationalistes virulents dans le civil (et poseurs de bombes dans la nuit) ils n'ont jamais imaginé demander des excuses depuis 1769 (et la bataille de Ponte Nuovu)...

Ce serait tout simplement indécent, même pour un prélat habillé de blanc, que de faire acte de contrition, piétinant l'Histoire déjà gravée dans le marbre !

Les choses du passé sont ainsi faites : elles demeurent à jamais (jusqu'à l'oubli).

Ce que je veux dire, c'est que l'Histoire, on l'assume et puis basta !
Sinon, on n'a rien à faire sur cette planète.

J'ai le sentiment qu'en la matière le président de la République s'est bien conduit, c'est-à-dire avec mesure.

Sans vouloir minimiser une Histoire, l'Histoire de deux pays et tout ce qu’elle englobe, il faut également reconnaître que tout ne fut pas négatif.

Il ne faudrait pas, par ailleurs, prendre pour prétexte une colonisation, une guerre et ses effets, dans un pays qui a tant tardé à évoluer une fois la France partie, pour la culpabiliser.
Ceux qui ont eu l'opportunité d'aller en Algérie furent surpris de constater que rien, depuis le départ de la France, n’avait été fait, pour exemple la distribution de l'eau, qui n’est accessible que quelques heures seulement dans la journée, dans certaines villes. Un roulement étant appliqué, la population doit s’approvisionner durant ces deux heures. Cela était encore ainsi, il y a quelque temps.
Il faut se souvenir également qu'au moment du tremblement de terre qui eut lieu en 2003 ou 2004, quelques-uns ont tenté de jeter l'opprobre sur la France, qui était déjà retirée du pays lorsque les immeubles furent construits. Cela aurait été si aisé de déclarer que la France avait construit des « châteaux de sable » et donc qu'Elle était responsable. Ce pays est atteint comme beaucoup d’autres par la corruption…
Doit-on également en faire notre mea culpa ?


Pardonnez-moi de me citer, mais je recopie ici un article rédigé par ailleurs sur ce sujet :
---------
Nicolas Sarkozy s'est rendu en Algérie, "en ami" dit-il. Après la polémique suscitée par des responsables d’anciens combattants algériens, exigeant que la France reconnaisse que le colonialisme fut un crime, jusqu’à la déclaration, démentie depuis, du ministre algérien des anciens combattants sur le "lobby juif" qui aurait permis à Nicolas Sarkozy de se faire élire, cette visite ne s’annonçait pas triomphale. Tout au plus, comme l’a précisé le président sur TF1 et France 2, s’agissait-t-il d’aller signer là-bas des contrats pour les entreprises françaises.

La France est déjà le premier partenaire commercial de l’Algérie et ces contrats entrent donc dans une forme de routine qu’il n’y a pas lieu de magnifier outre-mesure. Chaque année, de nombreux contrats sont signés en Algérie par des entreprises françaises. La relation franco-algérienne ne saurait se réduire à cet échange commercial, alors que chacun des peuples vit intensément depuis 1962 une relation quotidienne ambiguë, mêlée de proximité et de défiance.

Les Algériens représentent la population étrangère la plus nombreuse sur notre territoire : 900 000 (officiel) personnes dont la moitié de bi-nationaux. C’est la plus importante - et de loin - communauté algérienne à l’étranger. Mais c’est aussi la plus importante communauté de bi-nationaux, partagés entre les deux rives de la Méditerranée, ne sachant qui de l’Algérie ou de la France est son véritable pays. Certes des réussites spectaculaires dans les mondes économiques, artistiques ou sportifs accompagnent d’autres réussites plus discrêtes d’un grand nombre de jeunes diplômés, ingénieurs, techniciens, mais la question identitaire reste posée pour eux comme pour ceux qui subissent la discrimination, le chômage ou la délinquance.

C’est sur cette base humaine que devraient se fonder les relations franco-algérienne, et non plus sur un retour sempiternel vers les démons d’une histoire commune sanglante. Ce ne sont ni les anciens combattants du FLN, ni les nostalgiques d’une colonisation bienfaitrice qui bâtiront la relation franco-algérienne de demain. Il est donc grand temps de solder ce contentieux d’un autre temps, afin de libérer la construction d’une relation nouvelle, forte, nécessairement forte.

Le président Sarkozy a décrit à Tanger les contours d’une union euro-méditerranéenne qu’il appelle de ses voeux. Projet louable et utile. Mais comment interprêter positivement ces passages de son discours où il magnifie l’attirance des européens pour la rive sud de la Méditerranée en citant les croisades, les invasions européennes, les colonisations successives, tout en omettant soigneusement de citer la longue attirance des arabes pour la rive nord, lorsqu’ils se sont installés pendant de nombreux siècles en Espagne ? Est-ce ainsi qu’il convient d’introduire ce projet d’union, en laissant supposer qu’une nouvelle croisade, économique celle-ci, préluderait à ce projet ? Maladroit.

La colonisation fut une catastrophe. Il n’est pas honteux de le reconnaître. Les excuses sont vaines dans la mesure où les acteurs de l’époque ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Mais la reconnaissance reste d’actualité. Dire que les idéaux de la France ont été déformés dans la colonisation ne constitue pas une humiliation mais l’affirmation d’une simple réalité : la France a envahi l’Algérie, a exproprié les Algériens, les a réduits à un statut infamant qu’elle n’aurait pas toléré pour ses propres citoyens. Voilà qui n’exprime que la vérité simple, certes déplaisante mais incontournable. Voilà qui effacerait l’effet détestable de cet amendement absurde voté le 13 février 2005 affirmant que la colonisation avait eu des "aspects positifs", véritable injure frontale qui fut à l’origine de l’annulation de la signature du Traité d’Amitié prévu la même année.

C’est aujourd’hui que la France et l’Algérie ont besoin de nouer une relation forte qui confirmerait dans les faits l’imprégnation que vivent aujourd’hui les deux peuples. Il ne s’agit pas de construire une amitié impossible entre les anciens du FLN et ceux de l’OAS mais de rendre compte d’une réalité sociologique et culturelle que vivent ensemble les Algériens et les Français de ce début du 21ème siècle

Je pense que la question des excuses est une question culturelle. Les cultures orientales et extrême-orientales me paraissent se situer davantage dans la logique du paraître donc de l'excuse publique qui répare en permettant à qui se réclame de leur nécessité de redresser la tête. Nous nous situons davantage dans une logique de l'intériorité qui veut que qui reconnaît sincèrement avoir quelque chose à se reprocher se mortifie et batte sa coulpe même en silence.
Quand les chinois réclament des excuses aux japonais ils sont dans la même logique culturelle.
Quand les politiques japonais passent leur temps à s'excuser à la télévision quant aux malversations qu'à tort ou à raison on leur reproche c'est au moins autant une façon de rechercher la concilation qu'une façon de s'engager sur la voie de la repentance, et c'est là un euphémisme puisque à peine se sont-ils excusés qu'ils récidivent...
Idem il n'y a pas si longtemps le pdg d'un grand groupe coréen.
Le problème me paraît, comme ça a priori, tenir à ce que nous ne donnons pas tout à fait le même contenu aux mots ni tout à fait le même sens à l'acte.
Les uns veulent l'excuse qui leur permette de se redresser et de revenir sur la ligne de crête, les autres ne veulent pas de l'acte de contrition, du cilice, ni de la mortification intériorisée qui leur paraîtrait nier ou occulter tout un certain nombre de paramètres.
Comme c'est sans solution, il me semble à moi aussi que la solution Sarkozy est une façon de solutionner l'insolutionnable...!

Surtout pas, je suis d'accord, mais il y a des conditions à ce "surtout pas". Ce n'est pas parce que le passé est "fluctuant" et "indiscernable" ou susceptible de réinterprétation qu'on n'a pas à présenter des excuses, c'est pour une autre raison. C'est parce que ce ne sont pas les excuses qui comptent, c'est la reconnaissance des faits avérés. Il faut avoir reconnu et accepté certaines choses. Accepté les actes des Français qui ont fait notre histoire et donc ont participé à ce que nous sommes. Des Français, des Algériens, des Allemands, etc, peu importe.
Peu importe quand les faits ont eu lieu, au 17e siècle contre les Marranes en Espagne ou au 20e siècle en Chine. La Chine et la Corée sont en droit de demander une "reconnaissance" des crimes commis sur leurs territoires par les armées japonaises d'occupation. Le roi d'Espagne présentant ses excuses, il y a quelques années, pour les crimes commis contre les Marranes, c'était inutile. Pas excuses, mais reconnaissance. Moyennant cette reconnaissance, les excuses deviennent inutiles et on peut aller de l'avant. Alors pour moi la question est plutôt : sur ce point de la reconnaissance, sommes-nous bien nets ?
Le premier travail de l'historien, avant toute analyse, est d'établir les faits, et en ce qui concerne la colonisation de l'Algérie, les faits sont parfaitement discernables. Il y a des épisodes bien établis, dans l'histoire de la colonisation française en Algérie, qui font frémir et dont aucune analyse n'effacera l'horreur. Je pense notamment à cette population enfermée dans une grotte, et enfumée, qui rappelle très précisément Oradour-sur-Glane. Acceptons-nous la réalité ? Cette question est importante, en référence à l' "invention" et à la "révision" permanentes que vous appelez de vos vœux : cette invention et cette révision permanentes ne peuvent se faire qu'à partir du moment où les faits sont établis et acceptés comme tels, sous peine de tomber dans le "révisionnisme" en son plus mauvais sens.
Et j'ajouterai que plutôt que faire "histoire à part", il faut faire "histoire indépendante des émotions".

Remarquons quand même que l'aveu du caractère profondément injuste de la colonisation donne des gages aux partisans de la repentance. Encore une fois, le président entre en discordance avec le candidat qui déclarait péremptoirement en meeting que la France n'avait pas à rougir de son passé colonial.
Et puis, juste pour le plaisir, cette petite perle : "L'injustice attise toujours la violence et la haine" a dit celui qui, à une petite semaine d'écart, affirmait que "ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale" ...

Le président de la République doit-il s’excuser pour les crimes commis par la France pendant la guerre d’Algérie ? A cette question, vous répondez « surtout pas ». Sans doute, en effet, n’a-t-il pas à le faire, mais cette péripétie internationale pose plus largement la question du regard que les collectivités humaines portent sur leur mémoire. Premier point : l’utilisation politique de l’histoire au profit du pouvoir. Depuis l’empereur Auguste jusqu’à l’époque contemporaine, elle a toujours existé. Elle correspond au désir de pérenniser une domination, de lui conférer une légitimité en la reliant à un passé réel ou mythique. Ici, elle s’assimile le plus souvent à de la propagande. Mais cette récupération de la mémoire, cette mise en scène parfois excessive, répondent aussi aux aspirations identitaires des peuples et s’inscrivent dans un moment donné de leur évolution collective. La France d’Ancien Régime a vénéré pendant longtemps Jeanne d’Arc et Saint-Louis, puis, avec le siècle des Lumières et le début de la Révolution, elle a fait du roi Henri IV un mythe. Les cas sont encore plus frappants avec l’apparition des nationalismes du XIXème siècle. Voyez l’Allemagne ressuscitant ses Nibelungen, héroïsant le combat du Chérusque Arminius vainqueur des légions romaines. Voyez la France elle-même statufiant son Vercingétorix, en songeant moins à Jules César et à Alésia qu’à l’Alsace-Lorraine et à Sedan. Je ne parle pas ici de Drummont, de Maurras et de l’exaltation nauséabonde du « sang » français. Emile Durkheim l’écrivait à la fin du XIXème siècle : comme toute nation, l’identité française a besoin de symboles pour se rassembler, elle vénère autant Jeanne d’Arc, le drapeau tricolore, que les soldats de l’an II. Et dans ce cadre, la réalité des faits historique compte peu. C’est une question de symbole, de fierté nationale, d’identité profonde. Nous vivons encore largement suivant ce schéma depuis cinquante ans : idolâtrie vouée au général de Gaulle, influence de l’extrême gauche et du parti communiste sur l’histoire « officielle » de la République, notre mémoire étant l‘héritière directe de la configuration géopolitique de 1945, ainsi que des grands événements qui ont suivi. Or Nicolas Sarkozy a lui-même participé à cette volonté d’arrimer le pouvoir à un socle identitaire, aidé en cela par la belle plume d’Henri Guaino. Je me souviens, pendant la campagne, avoir entendu un discours sur la nation particulièrement émouvant, même si l’hommage rendu au colonialisme m’a choqué et que le culte posthume voué à Guy Môcquet m‘a lassé. Emouvant parce que, pour la première fois depuis longtemps, des valeurs historiques communes étaient vivifiées, nous permettant de sceller à nouveau le pacte national. Car ce dernier n’est jamais donné une fois pour toute. Il faut constamment l’alimenter, le protéger, l’inspirer. C’eût été peut-être l’occasion aussi d’intégrer d’autres composantes de la nation : les fils des esclaves et des colonisés en font partie. Cela n’a pas été fait et je l’ai regretté. Là s’arrête ma critique. Certains historiens de gauche se sont offusqués de ce que le pouvoir avait pourtant toujours fait, les mêmes historiens n’ayant jamais blâmé les énormités qui correspondaient à leur propre idéologie, comme la justification de la Terreur révolutionnaire, le complot des 200 familles ou la revanche patronale de 1940. Si l’énonciation de valeurs communes est une nécessité, la société civile doit toutefois se montrer vigilante dans une démocratie et ne pas se laisser enfermer dans un moule systémique, quel qu‘en soit par ailleurs le bien-fondé. Aucun pays du monde ne fait volontiers acte de repentance. La Turquie ne veut pas entendre parler des Arméniens, l’Autriche ne se sent pas responsable de la Shoah, le Japon ignore les crimes commis en Chine et les Chinois ceux perpétrés au Tibet. Mis à part les Etats-Unis, auxquels il faut parfois reconnaître ce courage, nous avons été parmi les rares pays à reconnaître nos fautes, du moins certaines d‘entre elles. J’ai souvent critiqué Jacques Chirac, mais il a beaucoup œuvré dans ce sens : massacres des Madagascar, rôle de l‘Etat français dans la rafle du Vel d‘Hiv et la déportation des Juifs, etc…
Je ne sais pas si un chef d’Etat doit battre constamment sa coulpe pour des crimes perpétrés par les générations qui l’ont précédé, ce que je crois en revanche c’est que le débat est nécessaire. Et je me permettrai pour terminer une comparaison avec le monde judiciaire : vous savez mieux que moi, Monsieur l’avocat général - et vous en avez débattu à propos des crimes d’ordre psychiatrique - qu’autant et plus encore que l’excuse elle-même, l’explication, la clarification, constituent une forme d’apaisement essentiel pour les familles des victimes ou pour les victimes elles-mêmes, qu’elles soient d’origine française ou algérienne.
PS : Je ne comprends pas bien ce que vous avez voulu dire ici par anthropomorphisme.

Ludo L. vous écrivez : "(...)nous leur avons construit routes, écoles, hôpitaux, dispensaires..."

Sur ce point précis, je voulais tout de même vous dire :

Quand j'étais enfant, j'ai vu construire ce qui allait devenir mon collège.
Je me souviens des ouvriers. L'un d'eux était très beau, avec une moustache fournie, une peau brune, comme tannée, des yeux noirs, et aussi un gentil sourire.
Il ne parlait pas bien français, mais nous avions un peu échangé. Il venait d'un village d'Algérie et s'appellait Malek.

Il a construit mon école, Malek.

Je voulais vous dire, Ludovic, que si nous n'avons pas à nous excuser, rien ne nous interdit en revanche de savoir dire MERCI.

Au nom d'une fraternité française, qui nous rassemble. Et parce que nous n'avons pas encore su le faire.

Mais pourquoi tant d'Algériens souhaitent-ils quitter leur merveilleux pays, si bien dirigé et qui crée tant d'emplois pour s'installer dans un pays de criminels qui n'a pas le courage de reconnaître qu'il est seul responsable de ce qui s'est passé ?
Ne confondons "surtout pas" la classe dirigeante algérienne qui a trouvé un moyen de réunir un peuple divisé en un réflexe nationaliste et antisémite et les Algériens qui sont pour la grande majorité de braves gens ne demandant qu'à travailler et vivre en paix avec les autres.
Et surtout, comme le dit si bien notre hôte, ne tombons pas dans les pièges qu'une histoire écrite par un seul camp tend aux naïfs et aux révolutionnaires en peau de lapin dont le rêve est l'abaissement de la France afin de préparer la voie du grand soir.
A mon avis, mais beaucoup diront le contraire, notre président n'a pas trébuché.

Vous parlez, Philippe, de suffisance et d'ignorance et vous n'avez pas tort mais ce que je retiens de ce voyage, comme des précédents en Russie et en Chine, ce sont les contorsions de style, une espèce de bouillie pour les chats qui veut dire sans dire tout en disant, cette hypocrisie, manque de courage, intérêt (chacun cochera la bonne case) qui dénonce un jour le caractère autocratique d'un Poutine et le lendemain lui lustre les mocassins, qui accepte que Bouteflika nous crache à la figure mais l'accueille en grande pompe quand il vient se faire soigner, cette diplomatie qui me fait honte quand un ambassadeur français se précipite pour, dans la foulée d'un tyran africain, dénoncer comme d'affreux criminels les gens de l'Arche de Zoé dont il semble qu'ils soient surtout des illuminés. A propos de l'Afrique, toujours cette complaisance à l'égard de tous ses dirigeants qui affament leurs peuples et remplissent leurs poches. Je déteste la repentance. Les erreurs du passé, quels que soient les belles paroles et les beaux gestes, ne seront jamais effacées. Par contre j'attends de nos dirigeants le courage politique qui peut éviter que d'autres soient commises aujourd'hui, là, maintenant. Et franchement, pour l'instant je ne vois pas bien où est la rupture avec les mauvaises manières d'hier.

Olivier P,

Je sais dire merci aux gens. Dire merci à Malek et les autres 3 % qui ont participé contre rémunération à la reconstruction de la France m'est aussi naturel que d'avoir de la gratitude pour cette société de service avec tous ses acteurs.

Où je ne suis pas d'accord, c'est lorsque l'on dit que ce sont ces 3 % qui ont reconstruit la France pendant que les autres se sont tourné les pouces, qu'il n'y eut qu'eux dans les emplois pénibles. Où je ne suis pas d'accord, c'est aussi qu'on oublie systématiquement de remercier Gino, Moshé, Marcel, Manuel, Gunter... On ne pense qu'à remercier Malek et dire que Marcel est un con.
Cette République "une et indivisible" qui ne reconnaît que des Français sans distinction de race, de religion, j'y suis attaché tout autant que vous. Je crains, hélas, qu'elle ne soit plus présente que dans les textes et que la politique, la vie commune se fassent maintenant uniquement par des groupes de pression ethniques, mais aussi religieux, économiques, régionaux, idéologiques... !

Des excuses... NON. Ca deviendrait une chaîne sans fin, chacun voulant sa part d'excuses pour une date précise de l'histoire. Je ne me souviens plus si c'est un dédommagement ou des excuses qui avaient été demandées à l'Espagne pour les bûchers d'Isabelle la Catholique (1451-1504), celle-ci avait envoyé les juifs qui avaient refusé de se convertir au catholicisme au bûcher... Et si nous demandions des excuses à l'Italie qui a vu naître Jules Cesar pour la colonisation de la Gaule par celui-ci ? Nous trouverions ça absurde, c'est pourtant dans le même ordre d'idées que s'inscrivent les excuses que nous devrions formuler à l'Algérie.
Un peu de sérieux. Que les politiques se déssaisissent de l'histoire et la rendent aux historiens. Cela permettra à ceux-ci de nous donner une objectivité de la "colonisation" de l'Algérie par la France sur laquelle nous pourrons méditer dans 200 ou 300 ans au moins... Nous en sommes encore à de vieilles querelles datant de 1789... alors l'Algérie à encore bien du temps avant d'avoir son tour au tribunal de l'histoire.

une bombe sans retardement ce jour ........pour ne pas s'être excusés ?
mes excuses , alors ! :-(

Toujours étonné des mansuétudes que l'on s'accorde dans ce pays...
Si les excuses étaient venues plus tôt, on n'en parlerait plus depuis belle lurette..

Mais au nom de la gloriole psychorigide de l'Etat, nous ne le fîmes pas, nous préférâmes nous abstenir.
Nous allâmes jusqu'à prêcher que la colonie serait positive... Un comble, le sommet de la bêtise ! C'était d'une finesse diplomatique extraordinaire...
On ne peut pas faire repentance éternellement, mais j'aimerais bien savoir ou et quand il y eut repentance...
L'un de vous/nous s'est-il levé le matin en se disant, tiens on a torturé, égorgé, pillé, violé, menti, on va faire repentance aujourd'hui ? Vos pères peut-être...?
Je vais aller me confesser et basta, je serais pardonné..
L'absolution à moindre frais.

Aimeriez-vous être colonisé pendant les 131 prochaines années avec tout ce que ca suppose comme horreurs ?

Peut-on considérer dès lors que le nazisme n'était qu'une colonie positive ?
Ca vous tente 130 petites années de nazisme ?
Non ! Certes il y a des nuances dont j'ai bien conscience, mais pourtant... il y aussi des parallèles que nul ne peut nier ?
Quand on vide un pays de sa substance...
Combien y a-t-il eu de morts pendant ces 131 ans ?
De famille séparées ? détruites ? Des générations entières!
Ces réactions qui posent la colonie comme étant positive sont quasi-poutiniennes..
L'exemple de la Tchétchénie, c'est pas beau à voir. Pourtant ce bon Vladimir considère ca comme positif lui, sa colonisation par les armes, d'ailleurs nous l'approuvons à travers notre président qui ne devait jamais lui serrer la main mais qui le félicite de l'autre..

Quel gars d'extrême droite voudrait ça chez lui ? Quel gars de n'importe quelle extrême serait tenté par cette monstrueuse aventure qui durerait 131 ans?

L'esclavage de l'Afrique fut-il de la colo positive ? Combien de millions de morts ?
Le sang versé pourrait couvrir toute la planète sans doute

L'avidité fut immense, ignoble, une avidité de dégénérés.
Quoi de plus légitime que la RESISTANCE? N'avons-nous pas résisté à Hitler qui nous voyait comme une colonie positive sans nul doute...

Je pense que des excuses n'auraient pas été un luxe, à ce qu'aucun de nous n'accepterait notamment. Il y a un manque d'intelligence diplomatique effroyable.
Le dit qui tue autant que le non-dit.

"Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse..."

C'est bien mignon les historiens, mais ca ne réglera pas les rancoeurs accumulées sur de trop longues années délaissées de la fin de la guerre à aujourd'hui, ces ommissions d'analyses ont fabriqué le terreau d'un certain terrorisme, tant chez nous qu'en Algérie.
L'ignorance ou le mépris des besoins engendrent généralement le pire.

à Ludo L. :

Vous nous écrivez qu'on "leur" a construit des écoles.

Je vous réponds que dans la réalité, c'est "eux" qui ont construit les nôtres. Le réel, Ludo.

Et je ne suis pas certain que cela soit si reconnu que cela, et en tout cas pas par leurs fils - mais ça nous mène loin des propos de notre hôte.

J'aimerais que l'on s'excuse auprès de nos chers séléniens que nous avons envahis un soir de juillet 1969.
Devons-nous traduire Armstrong, Collin et Aldrin devant la cour internationale de justice?
Faut-il créer un tribunal d'exception?
La question se pose, chers amis...

Plus sérieusement, que l'on demande à nos aînés de se mortifier sur la colonisation, de faire leur mea culpa, après tout, il y avait de quoi mais de toutes manières, ils ne sont plus là, les vrais responsables.

Mais Nicolas Sarkozy l'a très justement dit, il n'est pas, tout comme moi d'ailleurs , d'une génération responsable de quoi que ce soit sur le sujet.

Qu'on se repente, qu'on s'excuse d'une faute qu'on a faite, c'est naturel.

Mais le faire de quelque chose commis par nos ancêtres, car l'invasion de l'Algérie ne date pas de mes parents ni même de mes grands-parents, c'est stupide.
Je le dis tout net.

De plus cette demande venant de membres du FLN, parti ne respirant pas particulièrement la démocratie, je trouve même cela risible.

Enfin sans ostracisme aucun mais avec une certaine colère, je rajouterai aussi que si certains de nos résidents étrangers qui se permettent de siffler et huer notre hymne national, ne se sentent pas bien sur le territoire de la république française ils peuvent rentrer à la maison, je n'y verrais aucun inconvénient majeur.

Un mot encore. En France, je crois que nous assistons non pas à la résurrection , mais au chant du cygne de l’idée nationale. Ce dernier ne sera pas remplacé par un sentiment fort d’appartenance européen, mais par une nouvelle forme d‘expression d‘identité d’échelle internationale. L’accélération de la mondialisation, l’augmentation de la mixité culturelle, et surtout l’effet des dérèglements climatiques vont bouleverser en profondeur nos modes de vie et de pensées. J’imagine deux scénarii : ou bien nous parvenons à freiner les bouleversements climatiques immenses dont nous ne vivons encore aujourd’hui que les prodromes, et alors le phénomène de mondialisation continuera de s’accroître avec une dilution des entités traditionnelles, ou bien - ce qui est malheureusement plausible - nous n’y parvenons pas, et dans ce cas, étant donné l’impact de cette dérégulation et du pillage des ressources sur la planète, nous nous dirigeons vers un repli identitaire et une crise dont nous n‘imaginons même pas l‘ampleur. Je dois admettre que, dans un tel contexte, les questions de susceptibilités franco-algérienne me font l‘effet d‘un épiphénomène.

Bonsoir, tout le monde !

Oulala, ce débat m'interpelle forcément. Je suis née dans l'ex-Indochine et pour moi, mon pays, celui qui fait naître les larmes à mes yeux (bridés), c'est la France.
Je ne renie pas l'Histoire universelle dont je ne connais pas tous les conflits, toutes les invasions. Hé oui, mea culpa :). J'en connais les grandes lignes.
La guerre. Soupir. La colonisation. Soupir.

Mélanger les différentes cultures ? Leur métissage, si on aime ça, peut s'avérer ultra enrichissant côté expérience humaine dans une vie, elle-même courte face à des siècles d'Histoire !

Manque de pot, y'a cet instinct qui pousse à préserver son territoire. Après tout, qui accepte(rait) de mettre son domicile à la disposition de tous voire de devenir le domestique mal traité ( exprès en deux mots) des nouveaux occupants? Déjà là, oui, pour moi je le reconnais, y'a cette notion de territoire difficile à surpasser. Les bons sentiments prônés c’est facile lorsque l’enjeu reste d’encourager les autres à être solidaire (à partager sa terre, son pain, etc..) !
Alors, à l'échelle d'un pays, j'vous dis pas!

Dans tous les conflits, y'a des gens qui foncent, versent dans la violence.
Dans tous les conflits, il y a ceux qui tempèrent.
Dans tous les conflits, il y en a qui suivent le mouvement sans trop y penser.

Marguerite Duras a écrit "L'amant" : sublime talent et odeur d'exotisme à la clef. Elle y parle d'amour, utilisant la sensualité comme prétexte. Entre deux races certes mais surtout, entre deux cultures. Une passion tuée dans l’œuf. Ce qui a uni ces deux individus les a aussi séparés. Romantisme à l’état pur ou autobiographie romancée ?

Je me rappelle ce Monsieur âgé si doux, courtois, effacé, assis sur son banc, en plein centre de la ville où je vivais. Il devait être d’origine soit algérienne soit marocaine. Avec l'esprit que j'ai, j'aurais pu lui témoigner de l’empathie et non de la compassion. Non pas lui présenter mes excuses. De manière spontanée mais sans y être contrainte et non pour me donner bonne conscience et passer à autre chose. Pour la colonisation, pour le travail difficile qu'il a peut-être (peut-être pas, d'ailleurs) réalisé sur le sol français. La pitié est une émotion ou un sentiment malsain.

Trois autres cas :
Je me rappelle ces jeunes issus de l'immigration, sûrement nés en France, venus du Maghreb, qui se moquaient de mes origines en pleine rue. A plusieurs reprises.
Je me rappelle aussi ces jeunes non issus de l'immigration qui me raillaient.
Je me souviens de ma détresse au soir du 1er tour des élections présidentielles en 2002.

Devrais-je demander des explications, des excuses, de la repentance? Non, pas envie, même si, sans verser dans le pathos, ben ouais, ça m'a fait mal. J’ai tourné la page.

J'aime mon pays et je veux y demeurer. Je pense que j’y mourrai. Mais avant, je veux faire face à ce qui mérite le coup de vivre: les gens charmants, la culture, le paysage, la gastronomie et sa démocratie. Et j’en oublie !
Je ne veux pas m'empêtrer dans les "je te remercie de t'excuser. Je (ne) t'excuse (pas) de ne pas t'excuser. etc..." Je souhaite regarder un Français ou une Française d’origine à pied d’égalité, sereinement, partager, converser (comme je le fais avec vous en ce moment). Rire, aussi. Les écouter me parler de leur vie, comme le dirait J-J Goldman. Faire des projets. Pourquoi pas ?

Au-delà de l'Histoire faite de conflits, de souffrance(s), d'humiliations – mais aussi de petits bonheurs nés, par exemple, d’unions secrètes ou non, nés de la découverte d’un pays et d’un peuple, au-delà de l’Histoire qui n’exclue aucune nation, il y a, sans connotation religieuse ( cf la passion, le repentir), la possibilité de réfléchir sur ce qui s'est passé.

Je crois en la remise en question personnelle posée … même si elle ne débouche pas sur des excuses en bonne et due forme. D’ailleurs, sur le principe, que valent des excuses forcées?
Une réflexion née d'elle-même me paraît plus constructive pour celui ou celle qui la suit que la pression destinée à lui faire fléchir le genou et à dire "c'est ma faute, ma très grande faute!"

Si l'Histoire n'apprend rien et ne parvient pas à instruire ceux et celles qui la vivent, chacun reste avec sa conscience, lourde ou légère. L’héritage d’un peuple concerne tout le monde si ce dernier veut bien se sentir concerné. Après, tout dépend ce que l’on souhaite en faire.
Se repentir officiellement pour les erreurs commises par nos ancêtres est bien entendu symbolique, relève de la diplomatie.
Concrètement,je vous le demande ? Je ne saisis pas les enjeux. Dans certains cas, les regrets viennent trop tard. Les gens sont meurtris ou morts, le mal est fait.
Bien entendu que la France est désolée, comme elle porte en elle ses propres blessures.
"Les paroles s'envolent, les écrits restent."
Que voulons-nous écrire sous le mot "destin" d'un peuple?

Prévenir les générations à venir, ok. Pour éviter les drames passés. Toutefois, « ne pas oublier » ne signifie pas « remuer le couteau dans la plaie ».

On peut tout à fait respecter le souvenir de ces victimes de blessures physiques et morales, torturés et/ ou morts lors de tous ces conflits. On peut confier leurs âmes à qui bon nous semble si on est croyant.

Pourtant, je crois en un regard tourné vers l'avenir. Une plaie, pour cicatriser, ne doit pas être titillée. L'Histoire nous porte mais elle est derrière nous et l'avenir reste libre à construire.
Et je n’associe pas le verbe « construire » aux enjeux économiques, aux contrats à signer.

Le droit à la liberté n’est pas un héritage mais à désirer : en cela nous sommes tous libres.

Mes ancêtres ont sûrement souffert. Les Vietnamiens d’aujourd’hui adorent les Français et le contraire. Au final - même si c'est cruel à écrire car, quelque part, il y a une relation cause à effet puisque ma joie d'être sur le sol français fait peut-être suite à des souffrances d'autrui -, je suis si heureuse de vivre en France ! L’Histoire a pesé sur mon passé mais j’ai choisi de laisser reposer les morts en paix et de m’ouvrir à l’avenir que je tente de me construire au présent. Parce que l’Histoire a influé et influe toujours, a pesé et pèse encore sur tout le monde, sans exception, sur ce globe ! Les victimes sont par définition et en règle générale, innocentes. Mais, question : qui est coupable et qui est le bourreau ?

En conclusion de mon blabla :
« Sûrement pas ! », Philippe ? Vous étiez si spontané. Sur l’idée, vous avez raison, à mon avis. Si les pays veulent avancer, il faut faire comme l’écrivait Antoine de Saint-Exupéry : «Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.»
J’ai choisi ma direction et avec plaisir avec tous les hommes de bonne volonté sur cette Terre : l’avenir. En luttant sans violence pour combattre les injustices d'aujourd'hui et de demain. Et l’auto-flagellation ne participe pas à cet épanouissement. Seul le combat pour le Bien vaut le coup.
Nobody's perfect, yes ! Pourtant, je crois qu’il existe de bonnes volontés dotées de générosité du coeur et de l’esprit.
Bonne soirée à tous.
Bien à vous, Philippe !

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