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Un journalisme à inventer

Je me demande, depuis plusieurs années, pourquoi le journalisme proprement judiciaire est si décevant. Comme si l'institution judiciaire, ses pratiques, ses personnages, l'autorité politique qui les régit, n'étaient jamais parvenus à trouver, en règle générale, les chroniqueurs et les analystes qu'ils auraient mérité. Certes, il y a pour les compte-rendus d'audiences deux journalistes de haut niveau, Stéphane Durand-Souffland (Le Figaro) et Pascale Robert-Diard (Le Monde). Mais pour tout le reste, qui est capital, la plupart du temps on reste sur sa faim, avec un sentiment d'inachevé et de partiel, un mélange trop souvent approximatif et péremptoire.

Sans doute dois-je ce pessimisme à la constatation qu'il existe, au contraire, un journalisme économique et financier, matières apparemment techniques, qui a su trouver de quoi solliciter et passionner même le profane.

Je pense notamment à la chronique d'Eric Le Boucher, chaque samedi, dans le Monde. De manière à la fois incisive et pédagogique, avec une précision et une simplicité sèches, il rend accessibles des problèmes complexes sans mettre sa conviction "dans sa poche".

Je songe surtout, dans la dernière livraison de Marianne, à une formidable enquête de Laurent Mauduit sur "le salaire des patrons". C'est, en même temps qu'une dénonciation d'autant plus convaincante qu'elle demeure mesurée dans la forme, l'exposition d'un tableau qui n'omet aucun détail et, pour parler net, donne le vertige. Un monde est décrit sans commune mesure avec le nôtre, avec des critères, des valeurs et des évaluations qui relèvent de l'extravagant. Je ne peux m'empêcher, par exemple, de considérer avec un étonnement amusé l'aura éthique tressée à Louis Schweitzer président de la Halde, sachant qu'en 2006 il a perçu en tant que président de Renault la bagatelle de 11,9 millions d'euros. Il doit être piquant, dans la surabondance, de se pencher sur les inégalités et les discriminations... L'article de Laurent Mauduit est accablant et, contrairement à beaucoup de libelles écrits dans l'humeur, il agite l'esprit, stimule le citoyen et sert, en définitive, la cause de la démocratie.

Pourquoi la justice a-t-elle été incapable de fabriquer des talents, des compétences, des lucidités médiatiques de même qualité ? D'abord, contrairement à l'économie qui implique d'apprendre, de questionner, de se former et de s'informer avant d'écrire, le judiciaire laisse croire qu'il peut être appréhendé sans difficulté par n'importe qui. En tout cas, sans discipline ni vigilance. Sans une connaissance minimale et une objectivité convenable. Ensuite, le rapport de force est en défaveur de la justice qui ne sait pas imposer sa loi aux médias. Tandis que le champ de la finance, pour des raisons évidentes, tolère moins l'amateurisme de la part de ceux qui l'abordent.

La conséquence en est que le journalisme judiciaire n'est pas à la hauteur. Dégradant absurdement le meilleur et embellissant par ignorance ou complaisance le pire.

La justice est une trop belle vertu, un service public trop capital en République, trop nécessaire aux citoyens pour qu'on accepte de laisser les seuls journalistes nous en entretenir.

Les blogs le savent, qui en profitent.

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Voici les sites qui parlent de Un journalisme à inventer :

Commentaires

A vouloir commenter les faits de justice comme un match de foot, qu'on ne s'étonne pas que "l'image" de celle-ci soit la même que celle d'un match de foot... hoolligan compris.

Effectivement la justice vaut bien mieux que tout cela.

Peut-être aussi que la notion de "Juste" est à la portée de tous !

Or, Juste et Justice ne sont pas forcément du même moule, puisque la justice applique des règles (la loi) qui ne sont pas forcément "justes" au sens du sens commun et du bon sens...

Crois-je savoir qu'on nous a gratifié, il y a moins d'un an, d'un "ordre juste" comme "désirs d'avenir".
La mêlée des "bons sens", agitez bien (au shaker et pas à la cuillère) et le tour est joué !

1.000 exemples à vous donner, entre contravention (sur PV d'un agent assermenté, même quand il dit des conneries) au délit routier quand le panneau était caché par une branche de feuillu agité par la tempête (jusqu'à ce TPG qui efface les écritures d'encaissement de chèque sur son ordinateur, pour annuler une amende sur décision de justice et n'estime plus rien devoir à personne sans qu'on puisse vérifier quoi que ce soit : authentique et prescrit).

Peut-être aussi que le journalisme judiciaire, dans la presse écrite ou audiovisuelle régionale surtout, est relégué aux soins des "faits-diversiers" qui considèrent, à tort d'ailleurs, qu'il est aussi aisé de relater une instruction ou un procès qu'un fait divers à l'état brut lorsque l'enquête démarre. Or, ainsi que vous le soulignez justement, connaître les arcanes judiciaires pour savoir les vulgariser au plus grand nombre suppose une maîtrise du labyrinthe judiciaire dont peu de journalistes peuvent se targuer. Admettons tout de même que la presse TV compte aussi quelques plumes de référence (BERTHET, VERDEILHAN, WEILL-REINAL) même si les contraintes de temps (durée maximale tolérée à l'antenne et réactivité en raison des horaires limites de fabrication des journaux à l'antenne) en font un exercice différent de celui de la presse écrite. Sur le plan radio, c'est déjà moins évident à l'exception du pôle justice de FRANCE INFO (ARON, DENIAU, COGNARD). Comme vous, je pense que le journalisme judiciaire est à réinventer mais je ne crois pas qu'il existe une spécialisation judiciaire au sein des grandes écoles de journalisme. Un rédacteur en chef en TV régionale me disait récemment que c'était la partie la moins noble de leur métier. Je crois pourtant qu'un bon journaliste judiciaire vaut largement tout le reste. Une parenthèse en conclusion: le style inimitable de S.D.S permet de le reconnaître sans même lire la signature du rédacteur au bas de l'article. Du S.D.S, c'est déjà un croquis d'audience à lui seul. Ne pensez-vous pas?

Je suis surpris que vous n'évoquiez pas le fait que les spécialistes d'un thème sont de manière générale peu satisfaits des articles de presse sur leurs spécialités. J'admets néanmoins la spécificité du cas de la justice.

Je ne partage pas votre appréciation positive des chroniques d'Eric le Boucher. Par exemple son analyse des résultats du Grenelle de l'environnement témoignait d'une méconnaissance profonde des sujets environnementaux.

Deux citations, peut-être approximatives, mais bien adaptées pour accompagner vos propos :

"S'il continue à y avoir autant de journalistes les mots pueront"

"... ce qui est à craindre ce n'est pas le pas assez mais le trop-plein".

Rassurez-vous.
Les arts non plus n'ont pas la presse qu'ils méritent.
Sauf Soutine, très occasionnellement :-)

Votre déception quant à la couverture de l'actualité judiciaire par la quasi totalité de la presse n'a d'égale que la mienne.

Un début d'explication : la relation perverse du trio infernal qui "gèle" 99,99 % de ce qui concerne la justice.

Quel est ce trio ?

- La basoche : magistrats et avocats,
- Les politiques
- les journalistes en particulier ceux qui se piquent d'être des spécialistes de l'investigation ou de l'actualité judiciaire.

Ce trio n'est fait que de connivence et je suis toujours choqué de voir que la justice étant rendue, "au nom du peuple français", le citoyen est systématiquement exclu de tous les débats concernant la justice.

J'ai eu l'occasion de voir dans un colloque l'incroyable fossé qu'il y avait entre le trio infernal qui déverse toujours ses mêms sempiternels marroniers et le peuple, c'est-à-dire les citoyens qui étaient présents.

Il ya a là un hold up insupportable fait au vu et au su de tout le monde.

Pour paraphraser votre fin d'article je dirais que la justice est dans une démocratie trop importante pour la laisser administrer par ce trio infernal.

Je serais producteur d'émission ou rédacteur en chef j'excluerais sytématiquement la possibilité d'avoir ce trio infernal majoritaire sur les plateaux et je donnerais une part prépondérante aux citoyens et aux associations qui travaillent sur ce sujet... en me méfiant comme de la peste des "faux nez".

Il ya trop de connivence dans ce trio infernal pour leur laisser 99,99 % de la communication sur ce sujet trop important dans une démocratie.

L'économie est l'amie du moment, toujours pas la justice, ceci explique peut-être cela.

Peut-être est ce une discipline si subjective parfois qu'elle est plus complexe à restituer que l'économie ?

Peut-être que d'être partisan contre la justice est un "héroïsme" si jouissif qu'il n'est pas prêt à être abandonné ?

@PB:

Je vous rassure, le journalisme économique ne se porte pas mieux que le journalisme judiciaire... il est rare que l'actualité économique soit expliquée à l'aide de quelques concepts simples et reconnus et ne se limite pas à une litanie de valeurs des différents titres du marché...

«Pourquoi la justice a-t-elle été incapable de fabriquer des talents, des compétences, des lucidités médiatiques de même qualité ?»

Entre deux ouvrages de fond, une belle tâche vous attend encore à compter de votre retraite comme magistrat.

Au tout début des années soixante, j'ai travaillé avec une exceptionnelle journaliste judiciaire nommée Madeleine Jacob, personnage haut en couleurs qui terrorisait justiciables, avocats, magistrats et... journalistes. Alors âgée d'une vingtaine d'années et chargée de fabriquer les pages du quotidien Libération, je vivais dans la hantise de devoir couper quelques lignes des comptes rendus d'audience kilométriques de ladite Madeleine. Les spécialistes judiciaires étaient des stars à l'époque : voir Frédéric Pottecher par exemple. Ce qui n'est évidemment plus le cas aujourd'hui à l'exception de ces procès particulièrement médiatisés que sont les procès Barbie, Papon, etc. Je vous ai entendu ce matin sur France-Culture : pas vraiment en accord avec vous sur la réforme entreprise mais quel plaisir de vous entendre argumenter.
Avec le meilleur souvenir d'une jurée d'assises ayant pu constater de près votre humanité.

Lisant et analysant aussi bien des décisions de justice française que des décisions de pays anglosaxons ou de juridictions européennes ou internationales, une différence me frappe tout particulièrement :

les arrêts du Conseil d'Etat et de la Cour de cassation laissent de côté des aspects essentiels des faits, schématisent à l'excès (en usant parfois de l'ommission ou de la dénaturation des moyens invoqués) contrairement aux arrêts de la CJCE (par exemple).
Du coup, les aspects factuels, sans doute les plus aisément appréhendables par les tiers lecteurs ou auditeurs, soit sont absents, soit sont relatés de manière inappropriée par ces journalistes que vous critiquez avec raison.
Enfin, il semble bien (cf. notamment le récent ouvrage de Pierre Cahuc sur la société de défiance) que les Français n'aient pas du tout confiance dans la justice, et qu'ils s'en désintéressent (l'émission du "Bien commun" d'il y a quelques mois avec Robert Badinter était très éclairante à ce sujet). Une des meilleures illustrations de ce désintérêt et de ce manque de confiance, c'est d'une part l'absence quasi systématique d'invocation de la constitution et des principes constitutionnels (cf. notamment le discours du président Sarkozy à l'IRA de Nantes sur la fonction publique), et les commentaires essentiellement politiques et partisans qui entourent les décisions du Conseil constitutionnel, lors de leur élaboration et une fois rendues.
Dans l'émission précitée, Robert Badinter a bien expliqué et synthétisé la raison des multiples virages manqués. L'Europe aurait pu nous amener lentement mais sûrement vers davantage de considération et de respect du droit, vers davantage de culture juridique, mais avec l'adhésion des anciens pays de l'est à la convention européenne des droits de l'homme et l'explosion du flux de requête, la Cour européenne des droits de l'homme ne traite plus autrement que par un filtrage expéditif et totalement dépourvu d'examen des faits et de motivation que les affaires graves pour l'intégrité physique des personnes ou présentant un intérêt symbolique.
Nous voilà donc revenus à devoir changer les choses chez nous, mais curieusement, nos politiques dénoncent davantage certaines particularités nationales comme les grandes écoles ou notre fonction publique que d'autres particularités nationales, comme le très faible budget de notre justice et notre justice administrative très.... administrative !
A ma connaissance, seul François Bayrou a mis un peu en avant la question de l'impartialité structurelle du Conseil constitutionnel et du Conseil d'Etat pendant la dernière campagne présidentielle, et ça n'a eu quasiment pas d'écho, il faut bien le dire. Je crains fort qu'il ne faille une nouvelle affaire Stavisky ou une nouvelle affaire "des fiches" (pour le contentieux administratif) pour que la donne change, car hélas dans ce pays il semble impossible de réagir à froid à une multitude de petits dysfonctionnements, et c'est toujours une réaction à chaud à un gros dysfonctionnement (Dreyfus, Outreau,...) qui se produit.

@Philippe Bilger
Une remarque liminaire : "la justice ne sait pas imposer sa loi aux médias", écrivez-vous. Heureusement ! C'est dans les dictatures que les différents pouvoirs imposent leurs lois aux médias. Au passage, n'oubliez quand même pas ces lois restreignant la liberté de la presse, du stupide droit à l'image à celui sur la vie privée .
Pour revenir au sujet du papier, désolée mais "le trio infernal " me ferait presque rire si ce fantasme n'était pas le reflet d'une pauvreté de pensée et d'une bêtise crasses. Je crois d'ailleurs que dans la vie, il faut se méfier terriblement des "admirateurs éperdus" ; l'exaltation abolissant pas mal de facultés....
Qu'il y ait de mauvais journalistes, des paresseux, des incultes, des malhonnêtes même, évidemment. Comme dans toutes les professions ; pas plus sans doute mais pas moins. Mais je voudrais simplement rappeler que les articles ça ne se gobe pas comme un oeuf cru. Le journaliste n'est pas là pour penser à la place du lecteur/auditeur/téléspectateur, il est juste là pour apporter le maximum d'éléments. A chacun de se faire sa propre opinion. Il n'est pas interdit de réfléchir, de se documenter et quand un journal ne plaît pas on en change.
La remarque de Thierry S me paraît plus pertinente : oui les acteurs de la vie économique trouvent toujours que les articles dans ce domaine sont légers (lorsque récemment des patrons se sont colletés à un numéro des Echos, ils ont été nombreux à dire que l'exercice était d'une grande difficulté et qu'à l'avenir ils seraient sans doute moins sévères en lisant la presse), les écrivains que les critiques sont inconsistants, écrivent avec leur pied gauche et/ou savent à peine lire, etc. C'est un grand classique. Mais heureusement que les journalistes sont là pour essayer d'analyser objectivement, de prendre du recul, de tenter d'expliquer, d'aller chercher toutes les informations et pas seulement celles que certains ont envie de donner. Un journaliste aura forcément toujours moins de connaissances qu'un très bon spécialiste mais il essaiera de faire partager ce qu'il sait, sans jargonner, sans prendre ses lecteurs pour des idiots. Il est un passeur.
Pour revenir aux journalistes couvrant le judiciaire, il est vrai qu'à part les médias nationaux, rares sont ceux qui peuvent "se payer" des journalistes spécialisés. Comment voulez-vous qu'un quotidien régional s'offre les services à l'année de journalistes pour couvrir seulement deux sessions d'assises ? Ce sont donc souvent les faits-diversiers qui s'y collent ou ceux qui ont une inclination particulière.
Cela dit, peut-être faut-il aussi s'interroger sur ce qui se passe dans une cour d'assises, sur la théâtralisation qui donne toute son importance à la forme, au mépris souvent du fond et parfois de la justice la plus élémentaire. A faire d'un procès une pièce de théâtre plus ou moins réussie on court le risque de se retrouver avec des compte-rendus de spectacles. C'est désolant mais les journalistes ne sont pas forcément les seuls coupables.

Ph. B., aux compliments que vous décernez à Eric Le Boucher, il faudrait ajouter la capacité d'adaptation. Je crois me souvenir d'un magnifique retournement de veste au moment du CPE.

Le journalisme judiciaire en crise est l'un des symptômes de la crise du journalisme en général. Un blog comme le vôtre permet de pallier les insuffisances, sauf que :
1. Il n'est pas destiné au grand public
2. Vous n'êtes pas journaliste
France Info a préféré recruter une victime de l'affaire d'Outreau pour parler de la justice, plutôt que de confier cette tâche à une personne compétente. Les mass media font dans l'émotion et le compassionnel. Les juges sont considérés comme des monstres par l'opinion publique, et les mieux placés pour parler du Mal sont donc ceux qui l'ont directement côtoyé.

Pour avoir assisté, voire participé à des événements médiatisés par la suite, j'ai vu travailler sur place des journalistes. Puis, ayant lu leurs papiers, je me suis la plupart du temps interrogé : étions-nous bien au même endroit ? Avons-nous les mêmes yeux ? Sont-ils de ma planète ?
Pour tout dire, j'ai rarement lu une description fidèle de ce que les acteurs sur place avaient vécu. C'est sans doute la loi du genre, mais en tant que citoyen, je suis obligé de me poser la question : et pour tout le reste, ce à quoi je n'ai pas assisté, les domaines en lesquels je suis ignare, en qui puis-je avoir confiance ?
A ce jour, je n'ai pas la réponse. Je cherche, comme beaucoup de citoyens, et les blogs sont une des pistes, imparfaites, propres à satisfaire mon goût pour l'information honnête.
D'ailleurs je lis le vôtre, c'est tout de même un signe !

Les deux journalistes que vous citez, Stéphane Durand-Souffland et Pascale Robert-Diard, quand ils font la chronique d'un procès ou d'une affaire judiciaire ont su conquérir leur place de journaliste, c’est-à-dire celle de fournir des informations.

Dans leurs articles, on sent comme l'observation d'une limite qui les contraint positivement à se caler sur des faits ou sur des paroles prononcées dans une audience.

Ils font d’abord un travail de restitution. Se contraindre à s'en tenir d'abord à des faits, les privilégier par rapport aux commentaires, peuvent être pour un journaliste un exercice intellectuel contre soi.

C'est parce que ce travail est d'abord soigneusement fait que leurs analyses sont crédibles.

Les interroger l'un et l'autre sur leurs motivations à exercer leur métier dans le domaine judiciaire pourrait vous donner des éléments pour une meilleure compréhension de leur professionnalisme.

Ou alors.

Comment vous (l’univers judiciaire) avez-vous réussi à les intéresser ?

Vous me donneriez envie de m'y mettre.

(avec cette dangereuse fatuité qui consiste à croire que je pourrais faire mieux...)

Ce qui m'exaspère le plus c'est la manière dont certains journalistes s'approprient la portée d'un arrêt (ou d'un simple jugement, voire même d'une ordonnance) pour lui faire dire tout et n'importe quoi ; surtout quand ce tout et n'importe quoi sert de réceptacle politique. La subtilité du droit échappant aux profanes, il est dangereux pour une société de discréditer sa propre justice en jouant sur l'ignorance des citoyens.

J'ai peur que vous ne remarquiez les insuffisances des journalistes en matière de justice et de droit en raison de votre compétence et que vous n'appréciez les articles dans le domaine écomonique et financier que parce que ce sont des domaines qui vous sont moins familiers.

Les économistes sont souvent assez critiques sur la presse, par exemple :
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/11/25/1097-cette-fois-on-touche-le-fond
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/10/31/1061-maljournalisme-economique-au-monde-episode-cxvivii

La seule défense - et je sais qu'elle est faible - pour les journalistes est qu'ils écrivent dans l'urgence et sur des sujets qu'ils n'ont pas "choisis", contrairement aux articles des blogs... Ceci étant dit, des "talentueux" réussissent et dans l'urgence et sur des sujets imposés mais comme cela a déjà été dit, il n'y a guère de "spécialistes" satisfaits du contenu des articles couvrant leur discipline. Des risques de la vulgarisation.

Un journalisme à inventer ?

Sans doute faites-vous également allusion au nouveau concept qui se prépare : "MédiaPart". Site d'informations payant.

http://www.mediapart.fr/

Le prix de la liberté

Edwy Plenel

"Nous avons besoin d’une nouvelle presse en France, et MediaPart est ce projet. Vous en découvrirez progressivement les contours sur ce pré-site, jusqu’à la sortie, début 2008, du site définitif. Né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, il cherche à inventer une réponse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui minent l’information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté...

La suite à lire sur le site.

Pourquoi adhérer ?
MediaPart sera un site d’informations et de débats en partie payant : 5 euros par mois pour les moins de vingt-cinq ans et les chômeurs ; 9 euros par mois pour les autres. En adhérant à MediaPart, vous choisissez de soutenir un journalisme totalement indépendant, de qualité, et dans le cadre d’un site participatif. En adhérant, vous deviendrez membre du site et de notre communauté...

A quand la tirelire à l'entrée de votre site , monsieur Bilger ?


Heureusement qu'internet devait être à l'origine un outil de culture et accessible à tous.


Dans un autre domaine, allez-vous, monsieur Bilger, écrire un article sur la destruction du Code du Travail par le Parlement ?

http://www.betapolitique.fr/+Le-code-du-travail-va-etre
-reecrit-01714+.html

NS peut ensuite aller déposer des gerbes sur la tombe de nos morts pour la France !

http://chezfab.hautetfort.com/archive/2007/12/04/g-filoche-le-
code-du-travail-est-en-danger.html

G.Filoche : le code du travail est en danger


Ce Code va être voté au Parlement comme une lettre à la poste début décembre, sans aucune information des principaux médias. Il remet en cause les droits les plus quotidiens de 16 millions de salariés.

Cher Philippe Bilger

Le journalisme judiciaire est souvent assimilé à la chronique judiciaire.
En fait il s’agit de disciplines "sœur" mais qui ont leur propre identité.

Faire un compte rendu d’audience lisible pour le lecteur est souvent un exercice complexe surtout qu’il doit être fait dans l’instant ou presque.
Par contre l’article judiciaire rédigé pour un magazine ou un grand titre national ne relève pas forcément des mêmes qualités.
Les grands titres nationaux ont des rédacteurs spécialisés et de grande qualité comme vous le soulignez, mais en province, les chroniqueurs judiciaires qui font vivre la rubrique justice au quotidien sont tout aussi talentueux mas cela se sait moins.
Alors pour une fois mettons la province en valeur à vos yeux de…. parisiens !!

@Marie
Que vient faire votre commentaire sur la réforme du Code du travail dans ce post consacré au journalisme ?...
En quoi la refonte à droit constant du Code du Travail "remet en cause les droits des salariés" ?...
On aimerait quelques précisions... et non des slogans !

J'ai pratiqué pendant trente-cinq ans, je pratique toujours, le Code du travail : l'avez vous jamais ouvert ? Vous l'auriez fait, vous seriez convaincue combien son caractère indigeste et désordonné est une source d'ambiguïtés permanentes qui n'est pas à l'honneur de notre législateur...

Je vous invite à faire une incursion sur le blog d'Autheuil sur ce sujet pour vous éviter de proférer de telles contrevérités... et ne pas toujours porter crédit aux affirmations tendancieuses du camarade Filoche...
Un extrait (merci Autheuil pour le copyright !) :

"Pour faire taire les critiques qui évoqueraient une réforme "en catimini", sachez que la réforme a été lancée en février 2005 et que l'ordonnance a été prise le 12 mars 2007. Tout le monde a eu largement le temps d'expertiser ce texte, qui était public, accessible à tous, et même déposé sur le bureau du Sénat depuis le 18 avril 2007. Contrairement à d'autres mesures prises avec précipitation, ce texte a été mûri. Plusieurs acteurs s'y sont penchés, sous la houlette de la commission supérieure de codification peuplée d'éminents juristes. La consultation a été large et tous ceux qui voulaient se faire entendre n'avaient aucun mal à être auditionnés.

Pourtant, les gauchistes militants ne peuvent pas s'empêcher de brandir l'argument de la réforme silencieuse, sans débat, c'est plus fort qu'eux. On n'est plus dans l'argumentation, mais dans la mauvaise foi et contre ça, il n'y a pas grand-chose à faire. Certains parlementaires veulent organiser tout un barnum autour de ce texte, avec une foule d'amendements et une mobilisation assez sensible dans l'hémicycle. Leurs principales craintes portent sur les risques de modifications involontaires, au détriment bien entendu des salariés. Certains n'hésitent pas à aller plus loin et accusent le gouvernement d'avoir fait ainsi passer en douce des réformes impopulaires. C'est clair qu'il y aura des bugs, vu l'ampleur de la tâche. Parfois, il suffit d'un "et" qui remplace un "ou" et l'article ne dit plus du tout la même chose. Pour autant, j'estime que l'on peut faire confiance aux juristes qui ont travaillé, et si effectivement des erreurs ont été commises, il faudra les rectifier."

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