Sans doute dois-je ce pessimisme à la constatation qu'il existe, au contraire, un journalisme économique et financier, matières apparemment techniques, qui a su trouver de quoi solliciter et passionner même le profane.
Je pense notamment à la chronique d'Eric Le Boucher, chaque samedi, dans le Monde. De manière à la fois incisive et pédagogique, avec une précision et une simplicité sèches, il rend accessibles des problèmes complexes sans mettre sa conviction "dans sa poche".
Je songe surtout, dans la dernière livraison de Marianne, à une formidable enquête de Laurent Mauduit sur "le salaire des patrons". C'est, en même temps qu'une dénonciation d'autant plus convaincante qu'elle demeure mesurée dans la forme, l'exposition d'un tableau qui n'omet aucun détail et, pour parler net, donne le vertige. Un monde est décrit sans commune mesure avec le nôtre, avec des critères, des valeurs et des évaluations qui relèvent de l'extravagant. Je ne peux m'empêcher, par exemple, de considérer avec un étonnement amusé l'aura éthique tressée à Louis Schweitzer président de la Halde, sachant qu'en 2006 il a perçu en tant que président de Renault la bagatelle de 11,9 millions d'euros. Il doit être piquant, dans la surabondance, de se pencher sur les inégalités et les discriminations... L'article de Laurent Mauduit est accablant et, contrairement à beaucoup de libelles écrits dans l'humeur, il agite l'esprit, stimule le citoyen et sert, en définitive, la cause de la démocratie.
Pourquoi la justice a-t-elle été incapable de fabriquer des talents, des compétences, des lucidités médiatiques de même qualité ? D'abord, contrairement à l'économie qui implique d'apprendre, de questionner, de se former et de s'informer avant d'écrire, le judiciaire laisse croire qu'il peut être appréhendé sans difficulté par n'importe qui. En tout cas, sans discipline ni vigilance. Sans une connaissance minimale et une objectivité convenable. Ensuite, le rapport de force est en défaveur de la justice qui ne sait pas imposer sa loi aux médias. Tandis que le champ de la finance, pour des raisons évidentes, tolère moins l'amateurisme de la part de ceux qui l'abordent.
La conséquence en est que le journalisme judiciaire n'est pas à la hauteur. Dégradant absurdement le meilleur et embellissant par ignorance ou complaisance le pire.
La justice est une trop belle vertu, un service public trop capital en République, trop nécessaire aux citoyens pour qu'on accepte de laisser les seuls journalistes nous en entretenir.
Les blogs le savent, qui en profitent.
Dans Mythologies, Roland Barthes écrivait, évoquant les travers du traitement de l'affaire Dominici par les médias : "Justice et littérature sont entrées en alliance, ont échangé leurs vieilles techniques, dévoilant ainsi leur identité profonde, se compromettant impudemment l'une par l'autre". La mise en récit de l'événement, en matière économique, porte parfois les mêmes biais, nous l'avons vu dans quelques affaires récentes, particulièrement dans l'affaire Toyal (sur ce sujet, cf. La Bêtise économique, Editions Perrin).
Rédigé par : CM/RZ | 11 juin 2008 à 10:48
@catherine A.
« Ce que je peux faire, ce n'est pas ce que me dit un homme de loi ; mais ce que l'humanité, la raison et la justice me disent que je devrais faire. »
E. Burke
Monsieur Bilger, qui se trouve être l’aîné de certains, devrait inspirer un peu plus de respect pour sa personne et ses choix, il est intellectuellement apte à juger ce qu’il a envie de publier ou de censurer dans les nombreux commentaires qu’il reçoit. Sur ce point, nous pouvons lui faire confiance.
Alors, vous êtes-vous seulement posée la question que monsieur Bilger pouvait porter un quelconque intérêt à ce qu’il a choisi de publier !!
Où doit se porter le respect et la tolérance ???
« …Que diriez-vous si invitée chez vous à partager un repas, je vous laissais en plan pour aller chercher dans placards et frigo d'autres mets plus à mon goût ?... »
Quant à mes invités, Madame, à lire votre intolérance, j’ai certainement plus accepté et tendu la main que vous-même et certains qui vous ressemblent. Je ne parle, évidemment, pas d'un don ou d'une quête. Mais cela relève de ma conscience et ne regarde que moi seule.
« Avoir assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec nous, et agir envers eux, comme nous voudrions que l'on agît envers nous-mêmes, c'est ce qu'on peut appeler la doctrine de l'humanité ; il n'y a rien au-delà. »
Confucius
@Catherine Jacob,
Je suis désolée pour cette aubade qui vous était une fois de plus destinée, à travers moi.
Rédigé par : Marie | 12 décembre 2007 à 14:32
@Marie and cie.
Ma solidarité féminine ayant des limites, je vous le dis tout net, vos billets fleuves et hors-sujet me tapent sur les nerfs. Je trouve en outre assez peu correct de vous vautrer sur le blog de Philippe Bilger comme si vous étiez chez vous. Vous êtes invitée et un invité doit - en principe et pourtant je ne suis pas particulièrement formaliste - accepter un minimun de règles. Que diriez-vous si invitée chez vous à partager un repas, je vous laissais en plan pour aller chercher dans placards et frigo d'autres mets plus à mon goût ? Que je suis une affreuse grossière. Pour une fois je vous donnerais raison.
Rédigé par : catherine A. | 11 décembre 2007 à 18:12
Marie
Comme vous l'avez fort bien repéré, en la matière la simplification est réductrice !
Conséquences :
Comme je ne suis pas juriste, je vais passer par derrière et envisager la question du point de vue de la linguistique.
On critique souvent les langues à idéogrammes en disant : "C'est trop compliqué. Voyez la simplicité limpide de notre alphabet. " Ce qui est oublier d'où viennent nos lettres ou encore l'alphabet syllabique des japonais qui n'en ont pas moins, et avec raison, conservé les idéogrammes, simplifié la forme de certains, créé d'autres formes et multiplié les lectures possibles - parfois par dix -, intégré le système alphabétique au tout ainsi que les chiffres arabes qui se sont ajoutés aux chiffres chinois, conservé l'ancien système de mesure dans certains cas - mesures du sol, architecture - et adopté le système décimal pour le reste ! L'argument que l'on fait souvent valoir à la suppression de toute cette complexité revient, en dehors du classique : "Ils sont fous ces japonais - ou ces chinois", à mettre en avant un alourdissement et un ralentissement de l'apprentissage scolaire, de ces élèves qui ont pourtant les meilleures universités du monde dont les lauréats sont embauchés avant que n'ait séché l'encre de leur diplôme même si, depuis quelque temps, on met en avant, avec délectation, l’augmentation de leur taux de chômage !
Je ne vous précise pas que les critiqueurs n'y connaissent la plupart du temps strictement rien et veulent simplement s’économiser la peine de s’y plonger.
Les vietnamiens qui « se partagent de nos jours en cinq grandes familles linguistiques reparties parmi environ 75 ethnies », sont apparus « pour la première fois dans l'histoire vers l’époque de l'âge du bronze (civilisation Dông Son) et dont les tribus vivaient disséminées dans le sud de la Chine et au nord du Vietnam, ont formé des royaumes dès la fin du IIe millénaire » et ont utilisé les caractères chinois jusqu’au XIIIe siècle.
De ce fait, je peux par exemple, moi qui ne parle pas ces langues, lire la ligne du bas dans cette inscription, tandis que la ligne du haut me reste hermétique : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/Asie/images/vietna1.jpg
Par la suite, les vietnamiens ont créé – à la même époque que les coréens d’ailleurs – et selon les mêmes principes de base que l’écriture syllabique japonaise qui fut la première du genre, leur propre système d’écriture, le nôm.
« Au XVIIe siècle, Alexandre de Rhodes (1591?1660), un jésuite français de nationalité portugaise, a introduit l'alphabet phonétique romanisé (appelé quôc ngu), toujours en vigueur actuellement.»
Qu’est-ce que cela leur a apporté de vraiment intéressant ? Les seuls gagnants ont été ceux qui n’avaient plus à se donner la peine de se pencher sur les caractères idéographiques.
D’une façon générale, on observe que la simplification des langues précède souvent de peu leur disparition au point qu’on pourrait presque en tirer une loi au sens mathématique du terme!
S’agissant de la langue des codes, qui veut se vulgariser en s’imaginant se rapprocher du public sur le modèle kantien de la vulgarisation de la langue philosophique par l’introduction de l’emploi de l’allemand, ou de celui de l’église par le remplacement du latin par les langues vernaculaires des pratiquant, il s’agit en fait de quelque chose de totalement différent.
Le recours à l’allemand a ouvert certes l’horizon de la philosophie à ceux qui ne parlaient pas le latin, mais il a ouvert également l’horizon de la pratique philosophique à la polysémie vu que s’agissant de cette discipline, la langue de Descartes et la langue d’Hegel sont souvent réputées se distinguer par l’absence de clarté qui règne dans les brumes d’outre-rhin, autrement dit par l’obscurité matricielle de la polysémie des concepts ! « La chouette de Minerve (qui est une métaphore du savoir) prend son envol à la tombée de la nuit. » a dit celui qui voyait dans l’emploi de la langue commune un accroissement de la richesse du sens et donc de la possibilité du progrès du travail de l’esprit par l’abolition des limites qui le contenaient dans des emplois spécialisés !
Un tel résultat pour la langue du code du travail à laquelle on ne demande pas de donner accès à un travail personnel de législateur pour chacun de nos concitoyens, ne simplifiera pas, à mon avis, le travail des magistrats en cas de litige car il ouvrira la porte à toutes les contestations de qui s’estimera suffisamment clerc en la matière en ayant compris tout seul de travers ce qui auparavant lui était resté purement et simplement étranger et nécessitait le recours à un professionnel de la question, sans apercevoir néanmoins comment l’apparente simplification d’un texte sert en réalité à pouvoir mieux faire pencher la balance du côté de celui qui sera en « position d’interprétation dominante », un nouveau concept que m’inspire l’actualité du jour!
Autrement dit, la réforme d’un code telle qu’elle reflètera les avancées effectives du progrès social par de justes corrections, suppressions, ajouts, modifications et aménagements du droit et des droits et des devoirs respectifs est une chose, mais la seule simplification du langage dans lequel il s’exprime telle que cela revient à ouvrir la porte au droit de chacun contre tous, me paraît, à terme, devoir rendre, dans les faits, les choses plus inextricables qu’elle ne paraissaient l’être dans les textes et devoir remplacer le droit (= disparition) par la réapparition du seul accommodement entre les parties (= droit des affaires qui requiert, pour une véritable justice, de peser un poids égal dans les deux plateaux de la balance, ce qui n’est manifestement pas le cas de l’employeur et du salarié, de la multinationale et du sous- traitant, de l’administré et de l’administration etc. etc. etc.)
Pour finir, cette réforme telle que rapportée par les divers médias auxquels j’ai accès me paraît revenir à dire que, ma foi, 2+2 ≈ 4, hein ! vu qu’on va pas chipoter sur les capacités de calcul arithmétique du justiciable !
Rédigé par : Catherine JACOB | 11 décembre 2007 à 11:13
@sbriglia,
Aujourd'hui était rediffusé le débat à l'AN sur la simplification du Code du Travail.
Monsieur le Député Vidalies, se basant sur les avis des professeur du droit du travail, docteur en droit et maître de conférence qu'il ne manqua pas de lire, insinua que la lisibilité n'est pas au rendez-vous.
Il donna pour exemple et précisions :
L'Art L 122-14-4, relatif aux indemnités dues en cas de non respect de la procédure de licenciement, est éclaté en 6 articles qui ne se suivent pas : art. 1235-2 ; 1235-3 ; 1235-4 ; 1235-11 ; 1235-12 ; 1235-13.
D'un code du travail à 9 livres succède un code du travail à 8 parties ; qui passe de 271 subdivisions à 1891.
De 1891 articles le nouveau code en contiendra 3652.
Il a lu également une phrase du rapport de Mme le Rapporteur au nom de la majorité :
"L'intérêt d'une loi de ratification, outre de rendre sans objet les recours engagés devant la juridiction administrative contre cette ordonnance en donnant une valeur législative à l'ordonnance qu'elle ratifie..."
Deuxième partie cette nuit.
Il est évident que ce fut détaillé davantage !
Rédigé par : Marie | 10 décembre 2007 à 20:24
@Sbriglia,
Code du Travail, suite :
Selon Martine Billard, Députée :
"Il faut savoir que nous allons avoir très peu d'heures de travail sur ce texte, que nous n'avons pas de tableau(x) comparatif(s) entre l'ancien code et le nouveau, que le rapport qui a été fait à la sortie de la Commission n'est toujours pas imprimé. Voilà dans quelles conditions nous allons délibérer, nous, députés, sur un texte qui est très technique et qui en même temps est très politique, qui concerne des millions de citoyens, tous les salariés et tout ceci dans des conditions qui ne sont pas dignes d'une démocratie comme devrait être la France."
Tiré du magazine Parlement Hebdo.
Bien sûr, me direz-vous, ces propos émanent d'une députée Vert !
Rédigé par : Marie | 08 décembre 2007 à 18:42
Le journalisme judiciaire :
Chaque semaine, l'hebdomadaire le Canard Enchaîné commente et retranscrit brut de décoffrage le fonctionnement de l'appareil judiciaire. Cette chronique appelée "Coups de Barre" est signée par Dominique Simonnot.
Y aller faire un tour est plus qu'instructif, il est salutaire !!!
Et le plus souvent, on perçoit les décisions de justice rendues comme une partie de poker-menteur.
Je l'entrevois même, personnellement, comme l'usinage de la Justice, rendement et manque de moyens et pour quels objectifs ?
Le monde de la Justice ordinaire côtoie la misère sociale et humaine.
Le lien entre les deux se confond pour le meilleur et parfois pour le pire.
Dailleurs, si le Canard Enchaîné intitule cette chronique : "Coups de Barre", je pense que ce n'est pas par pure ironie.
A méditer sans doute, pour vous, qui rendez la Justice aux citoyens ordinaires dont je fais partie.
Alberto
Rédigé par : Alberto | 06 décembre 2007 à 11:42
"Les blogs le savent, qui en profitent"
oui mais déjà dépassés, les blog log in ou pas !
place "Net" aux Wizzz (voir sous mon nom de nom) qui ont donné un sacré coup de vieux aux blogs :-(
Rédigé par : Cactus a Wizzzé | 06 décembre 2007 à 10:27
J'ajoute que, selon les rédactions et selon les procès, les commentaires sont faits par un journaliste chroniqueur judiciaire, ou un journaliste généraliste qui a couvert les faits. "Oeil neuf" sur une affaire ou suivi de A à Z, c'est un choix.
Rédigé par : Marie-France Bezzina | 06 décembre 2007 à 08:07
La chronique judiciaire n'existe plus. Terminé le temps où un Pottecher relatait chaque jour les audiences qui devenaient un véritable feuilleton dont on attendait impatiemment la suite. Aujourd'hui, les procès sont relatés en pointillé. Vous savez comme moi comment on procède : des avocats, selon le degré de relation avec les journalistes, fournissent l'arrêt de renvoi ; comme c'est un résumé fort bien fait de l'accusation, il convient pour l'avant-papier de consulter aussi les défenseurs. Cela évite les ennuis. A partir de là, sauf rebondissement, souvent improbable, tout est dit, avant même que les audiences de "remise à plat du dossier" débutent. Ensuite les cours donnent aux journalistes un planning. Il n'y a plus qu'à choisir les jours "avec", souvent les deux premiers jours, le moment le plus attendu étant celui des premières paroles de l'accusé qui reconnaît sa culpabilité ou proclame son innocence. Ensuite, on repère les "jours intéressants", et bien sûr, le plein de journalistes revient lors des réquisitions... Les procès, souvent longs, trop longs, coûtent cher à tout le monde ! Et puis, je pense qu'il y a une très nette saturation du public sur ce genre d'exercice. Pour ma part, je pense que la formation de journaliste spécialisé en matière de droit n'est pas nécessaire. Il faut qu'il ait une connaissance de tout et qu'il se renseigne, par exemple auprès d'experts en médecine légale, aéronautisme, chimie... Mais 2+2 font toujours 4, encore que ce ne soit pas certain.
Cela dit, personne n'est à l'abri d'une erreur.
J'ai couvert récemment un long procès (sensible) : en première instance, des responsables ont été désignés ; en appel, ce n'était plus les mêmes pour le ministère public ! L'arrêt n'est pas encore rendu mais je l'attends avec impatience .
Bonne Saint-Nicolas ! En Lorraine, il détrône actuellement le Père Noël.
Rédigé par : Marie-France Bezzina | 06 décembre 2007 à 07:49
@Sbriglia,
Une précision :
"Ce matin, il y a eu interruption de l'examen du projet de loi de refonte du Code du Travail dans l'hémicycle à la demande du Parti Socialiste, faute de quorum atteint. Notamment, les députés UMP n'étaient pas suffisamment en nombre.
La discussion du texte a donc été ajournée, renvoyée à mardi prochain."
Rédigé par : Marie | 05 décembre 2007 à 23:28
@Sbriglia,
"Que vient faire votre commentaire sur la réforme du Code du travail dans ce post consacré au journalisme ?..."
Une petite visite de votre part sur le blog de monsieur Bilger, monsieur Cactus les trouvant trop rares !
Je vous rassure tout de suite, j'ai déjà plongé mon nez dans un code du travail. S'il est touffu, cela justifie au moins vos honoraires !!
Trêve de plaisanterie.
Madame Jacqueline Irlès, députée et rapporteur du texte, lors d'une interview, hier, a admis la déclassification de 500 articles qui passent de la partie législative à la partie règlementaire. Ce qui ne représente selon elle, je cite : "que 20 % de ce qui doit être fait".
J'ai entendu également une réaction, je suis désolée, je ne sais plus de qui et à l'occasion de quelle émission. Des exemples furent donnés de violation du droit du travail ; mais j'avoue que je n'ai pas pris de notes ; je ne pensais pas être interrogée. Si par hasard, cela me revenait, je vous le ferai savoir.
Par ailleurs, je vous signale si vous ne le savez et si toutefois cela vous intéresse, qu'il est programmé sur la chaîne Public Sénat les diffusions suivantes :
- Projet de loi, adopté par le Sénat, ratifiant l'ordonnance n° 2007-329 du 12 mars 2007 relative au code du travail (en différé du 04/12/07 à 18h)
Lundi 10/12/2007 à 15h
- Projet de loi, adopté par le Sénat, ratifiant l'ordonnance n° 2007-329 du 12 mars 2007 relative au code du travail (en différé du 04/12/07 à 18h suite)
Mardi 11/12/2007 à 1h15
Cela vous promet une bonne lecture.
Rédigé par : Marie | 05 décembre 2007 à 21:34
Bonsoir M. Bilger,
"Pourquoi la justice a-t-elle été incapable de fabriquer des talents, des compétences, des lucidités médiatiques de même qualité ?"
Je vous propose une hypothèse de réponse: parce qu'un journaliste s'adapte à son lectorat.
Donc, si les journalistes sont nuls en matière judiciaire, ou en tout cas en-dessous des attentes exprimées par les professionnels de la justice, ce serait parce que leur public ne serait pas intéressé par un journalisme de qualité dans ce domaine.
S'il n'y a pas d'intérêt du public à avoir accès à une information judiciaire de qualité, c'est peut-être tout simplement parce qu'il n'y a pas d'intérêt du tout du public pour la chose judiciaire.
Mais, si l'on en juge par l'omniprésence du fait divers judiciaire dans les médias, on peut déduire que cette dernière hypothèse est inexacte.
D'où une autre hypothèse : le public voudrait de l'information judiciaire, mais se contenterait de celle qu'il a, même de piètre qualité.
C'est là que les choses deviennent délicates.
Il s'en contenterait parce que:
- il se résigne au maljournalisme en matière judiciaire, comme on se résignerait à une fatalité ?
- il ne se rend pas compte que l'information est de mauvaise qualité, car les médias s'abstiennent de le lui dire (ce qui est normal: quand on vend un bien de piètre qualité on s'abstient de le dire à celui qui le consomme) ?
- il se contente du maljournalisme car il flatte ses bas instincts ?
- il se débrouille pour trouver une information de qualité sans passer par les médias habituels, donc, pourrait se passer d'un journalisme de qualité ?
- il éprouve une timidité intellectuelle teintée de respect, voire de crainte, devant une matière qualifiée de technique, que les journalistes sont rares à parvenir à synthétiser avec talent ?
Ce sont des pistes de réflexion. On voit qu'elles intéresseraient sans doute plus un journaliste qui voudrait se mettre à portée d'un lectorat nouveau qu'un professionnel de la justice.
Maintenant, le professionnel de la justice peut aussi se poser des questions.
Plutôt que de rendre responsable le média, c'est-à-dire l'intermédiaire entre lui et le public, il peut se demander si, dans le fond, l'absence de "bons médias" ne serait pas liée à l'absence de "bonne image".
Vous avez remarqué que nous vivons dans une société où l'on montre davantage ceux qui sont beaux que ceux qui sont laids : quand on est beau, il y a toujours quelqu'un pour photographier.
Or, en communication, on a toujours l'image qu'on se donne : si cette image n'est pas montrable, ce n'est pas la faute de celui qui prend la photo, c'est la faute de celui qui "est" sur la photo.
Ce détour par la beauté peut vous surprendre.
Pourtant je me réfère en réalité à un triptyque philosophique classique : le vrai, le juste et le beau.
La justice repose sur la recherche de la manifestation de la vérité, donc le vrai et le juste. Mais pas le beau.
Visiblement, cela ne suffit pas à susciter l'intérêt des journalistes de qualité.
Alors, si vous voulez vraiment les intéresser, rendez-la belle.
Donc, à la question:
"Pourquoi la justice a-t-elle été incapable de fabriquer des talents, des compétences, des lucidités médiatiques de même qualité ?"
On peut répondre : parce qu'elle n'est pas belle.
Ce n'est qu'une hypothèse, mais vous avouerez qu'on a quelques raisons de la tenir pour sérieuse tant la beauté attire le talent.
Reste à savoir comment s'y prendre pour rendre belle la justice...
Rédigé par : tschok | 05 décembre 2007 à 17:45
Eddy Plenel veut faire payer ce qu'offre gratuitement Rue89...
Rédigé par : Bulle | 05 décembre 2007 à 17:31
@Marie
Que vient faire votre commentaire sur la réforme du Code du travail dans ce post consacré au journalisme ?...
En quoi la refonte à droit constant du Code du Travail "remet en cause les droits des salariés" ?...
On aimerait quelques précisions... et non des slogans !
J'ai pratiqué pendant trente-cinq ans, je pratique toujours, le Code du travail : l'avez vous jamais ouvert ? Vous l'auriez fait, vous seriez convaincue combien son caractère indigeste et désordonné est une source d'ambiguïtés permanentes qui n'est pas à l'honneur de notre législateur...
Je vous invite à faire une incursion sur le blog d'Autheuil sur ce sujet pour vous éviter de proférer de telles contrevérités... et ne pas toujours porter crédit aux affirmations tendancieuses du camarade Filoche...
Un extrait (merci Autheuil pour le copyright !) :
"Pour faire taire les critiques qui évoqueraient une réforme "en catimini", sachez que la réforme a été lancée en février 2005 et que l'ordonnance a été prise le 12 mars 2007. Tout le monde a eu largement le temps d'expertiser ce texte, qui était public, accessible à tous, et même déposé sur le bureau du Sénat depuis le 18 avril 2007. Contrairement à d'autres mesures prises avec précipitation, ce texte a été mûri. Plusieurs acteurs s'y sont penchés, sous la houlette de la commission supérieure de codification peuplée d'éminents juristes. La consultation a été large et tous ceux qui voulaient se faire entendre n'avaient aucun mal à être auditionnés.
Pourtant, les gauchistes militants ne peuvent pas s'empêcher de brandir l'argument de la réforme silencieuse, sans débat, c'est plus fort qu'eux. On n'est plus dans l'argumentation, mais dans la mauvaise foi et contre ça, il n'y a pas grand-chose à faire. Certains parlementaires veulent organiser tout un barnum autour de ce texte, avec une foule d'amendements et une mobilisation assez sensible dans l'hémicycle. Leurs principales craintes portent sur les risques de modifications involontaires, au détriment bien entendu des salariés. Certains n'hésitent pas à aller plus loin et accusent le gouvernement d'avoir fait ainsi passer en douce des réformes impopulaires. C'est clair qu'il y aura des bugs, vu l'ampleur de la tâche. Parfois, il suffit d'un "et" qui remplace un "ou" et l'article ne dit plus du tout la même chose. Pour autant, j'estime que l'on peut faire confiance aux juristes qui ont travaillé, et si effectivement des erreurs ont été commises, il faudra les rectifier."
Rédigé par : sbriglia | 05 décembre 2007 à 14:04
Cher Philippe Bilger
Le journalisme judiciaire est souvent assimilé à la chronique judiciaire.
En fait il s’agit de disciplines "sœur" mais qui ont leur propre identité.
Faire un compte rendu d’audience lisible pour le lecteur est souvent un exercice complexe surtout qu’il doit être fait dans l’instant ou presque.
Par contre l’article judiciaire rédigé pour un magazine ou un grand titre national ne relève pas forcément des mêmes qualités.
Les grands titres nationaux ont des rédacteurs spécialisés et de grande qualité comme vous le soulignez, mais en province, les chroniqueurs judiciaires qui font vivre la rubrique justice au quotidien sont tout aussi talentueux mas cela se sait moins.
Alors pour une fois mettons la province en valeur à vos yeux de…. parisiens !!
Rédigé par : patrick doussot | 05 décembre 2007 à 11:50
http://chezfab.hautetfort.com/archive/2007/12/04/g-filoche-le-
code-du-travail-est-en-danger.html
G.Filoche : le code du travail est en danger
Ce Code va être voté au Parlement comme une lettre à la poste début décembre, sans aucune information des principaux médias. Il remet en cause les droits les plus quotidiens de 16 millions de salariés.
Rédigé par : Marie | 05 décembre 2007 à 09:05
Un journalisme à inventer ?
Sans doute faites-vous également allusion au nouveau concept qui se prépare : "MédiaPart". Site d'informations payant.
http://www.mediapart.fr/
Le prix de la liberté
Edwy Plenel
"Nous avons besoin d’une nouvelle presse en France, et MediaPart est ce projet. Vous en découvrirez progressivement les contours sur ce pré-site, jusqu’à la sortie, début 2008, du site définitif. Né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, il cherche à inventer une réponse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui minent l’information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté...
La suite à lire sur le site.
Pourquoi adhérer ?
MediaPart sera un site d’informations et de débats en partie payant : 5 euros par mois pour les moins de vingt-cinq ans et les chômeurs ; 9 euros par mois pour les autres. En adhérant à MediaPart, vous choisissez de soutenir un journalisme totalement indépendant, de qualité, et dans le cadre d’un site participatif. En adhérant, vous deviendrez membre du site et de notre communauté...
A quand la tirelire à l'entrée de votre site , monsieur Bilger ?
Heureusement qu'internet devait être à l'origine un outil de culture et accessible à tous.
Dans un autre domaine, allez-vous, monsieur Bilger, écrire un article sur la destruction du Code du Travail par le Parlement ?
http://www.betapolitique.fr/+Le-code-du-travail-va-etre
-reecrit-01714+.html
NS peut ensuite aller déposer des gerbes sur la tombe de nos morts pour la France !
Rédigé par : Marie | 05 décembre 2007 à 08:57
La seule défense - et je sais qu'elle est faible - pour les journalistes est qu'ils écrivent dans l'urgence et sur des sujets qu'ils n'ont pas "choisis", contrairement aux articles des blogs... Ceci étant dit, des "talentueux" réussissent et dans l'urgence et sur des sujets imposés mais comme cela a déjà été dit, il n'y a guère de "spécialistes" satisfaits du contenu des articles couvrant leur discipline. Des risques de la vulgarisation.
Rédigé par : Bulle | 05 décembre 2007 à 04:50
J'ai peur que vous ne remarquiez les insuffisances des journalistes en matière de justice et de droit en raison de votre compétence et que vous n'appréciez les articles dans le domaine écomonique et financier que parce que ce sont des domaines qui vous sont moins familiers.
Les économistes sont souvent assez critiques sur la presse, par exemple :
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/11/25/1097-cette-fois-on-touche-le-fond
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/10/31/1061-maljournalisme-economique-au-monde-episode-cxvivii
Rédigé par : stellar | 04 décembre 2007 à 23:19
Ce qui m'exaspère le plus c'est la manière dont certains journalistes s'approprient la portée d'un arrêt (ou d'un simple jugement, voire même d'une ordonnance) pour lui faire dire tout et n'importe quoi ; surtout quand ce tout et n'importe quoi sert de réceptacle politique. La subtilité du droit échappant aux profanes, il est dangereux pour une société de discréditer sa propre justice en jouant sur l'ignorance des citoyens.
Rédigé par : Aizen | 04 décembre 2007 à 15:17
Vous me donneriez envie de m'y mettre.
(avec cette dangereuse fatuité qui consiste à croire que je pourrais faire mieux...)
Rédigé par : olivier-p | 04 décembre 2007 à 13:13
Les deux journalistes que vous citez, Stéphane Durand-Souffland et Pascale Robert-Diard, quand ils font la chronique d'un procès ou d'une affaire judiciaire ont su conquérir leur place de journaliste, c’est-à-dire celle de fournir des informations.
Dans leurs articles, on sent comme l'observation d'une limite qui les contraint positivement à se caler sur des faits ou sur des paroles prononcées dans une audience.
Ils font d’abord un travail de restitution. Se contraindre à s'en tenir d'abord à des faits, les privilégier par rapport aux commentaires, peuvent être pour un journaliste un exercice intellectuel contre soi.
C'est parce que ce travail est d'abord soigneusement fait que leurs analyses sont crédibles.
Les interroger l'un et l'autre sur leurs motivations à exercer leur métier dans le domaine judiciaire pourrait vous donner des éléments pour une meilleure compréhension de leur professionnalisme.
Ou alors.
Comment vous (l’univers judiciaire) avez-vous réussi à les intéresser ?
Rédigé par : Véronique | 04 décembre 2007 à 12:23
Pour avoir assisté, voire participé à des événements médiatisés par la suite, j'ai vu travailler sur place des journalistes. Puis, ayant lu leurs papiers, je me suis la plupart du temps interrogé : étions-nous bien au même endroit ? Avons-nous les mêmes yeux ? Sont-ils de ma planète ?
Pour tout dire, j'ai rarement lu une description fidèle de ce que les acteurs sur place avaient vécu. C'est sans doute la loi du genre, mais en tant que citoyen, je suis obligé de me poser la question : et pour tout le reste, ce à quoi je n'ai pas assisté, les domaines en lesquels je suis ignare, en qui puis-je avoir confiance ?
A ce jour, je n'ai pas la réponse. Je cherche, comme beaucoup de citoyens, et les blogs sont une des pistes, imparfaites, propres à satisfaire mon goût pour l'information honnête.
D'ailleurs je lis le vôtre, c'est tout de même un signe !
Rédigé par : gabian | 04 décembre 2007 à 11:35
Le journalisme judiciaire en crise est l'un des symptômes de la crise du journalisme en général. Un blog comme le vôtre permet de pallier les insuffisances, sauf que :
1. Il n'est pas destiné au grand public
2. Vous n'êtes pas journaliste
France Info a préféré recruter une victime de l'affaire d'Outreau pour parler de la justice, plutôt que de confier cette tâche à une personne compétente. Les mass media font dans l'émotion et le compassionnel. Les juges sont considérés comme des monstres par l'opinion publique, et les mieux placés pour parler du Mal sont donc ceux qui l'ont directement côtoyé.
Rédigé par : Noblesse Oblige | 04 décembre 2007 à 11:29