Une formidable bouffée d'air pur, d'intelligence libre, ce matin, sur France Inter. Nicolas Demorand, qu'un auditeur imbécile s'est permis d'insulter, recevait le philosophe Alain Finkielkraut (AF).
Mon enthousiasme pour ce dernier ne s'accompagne pas, je l'espère, d'une inconditionnalité sotte. J'ai conscience aussi que sa stature est d'autant plus remarquée qu'elle s'impose dans un désert français. Certes, il y a des penseurs, des essayistes, des analystes ou des polémistes mais aucun ne sait mêler comme lui, aussi intimement, la profondeur de la réflexion, le courage et l'indépendance de la parole avec la vigueur fine du langage. Sa grande force, et j'en ai souvent profité sur ce blog, c'est qu'il stimule, réveille et suscite la réplique. Il va brillamment au coeur de l'ordinaire pour en tirer des leçons essentielles. Il rayonne à part.
Avant d'aborder le fond des propos échangés, je voudrais donner immédiatement un exemple de cette personnalité singulière et des heureux effets qu'elle ne manque pas d'avoir même sur les thèmes les plus controversés. AF est parvenu à traiter du comportement public et privé du président de la République sans tomber dans la flagornerie ou la diatribe. Aujourd'hui, pour un intellectuel, une telle aptitude relève de l'exploit. Celui-ci est d'autant plus appréciable qu'ainsi, et malgré les apparences, en ne refusant d'appréhender ni les ombres ni les lumières, AF nous a offert de Nicolas Sarkozy une image infiniment plus nuancée et estimable que celle diffusée par ses thuriféraires un peu courts et, évidemment, ses adversaires monomaniaques.
Le débat a porté principalement sur la "politique de civilisation" qui a vu l'irruption d'Edgar Morin, qui semble éprouver lui-même du mal à préciser les contours de son nébuleux concept, dans l'espace politique. Je n'ose pas croire que la référence à cette pompeuse et équivoque notion puisse résulter seulement de la volonté de quitter les chemins difficiles du politique pour aborder les rivages plus riants, parce que plus flous, de la civilisation. Pour résumer, en termes infiniment moins choisis, c'est le désir de voir le qualitatif prendre sa revanche sur le quantitatif. On verra qu'AF donne, par les trois exemples qu'il choisit, un contenu plus large à cette "politique de civilisation".
Le premier concerne Villiers-le-Bel où à la suite des drames récents, un père de famille, d'origine béninoise, a été obligé de quitter ce quartier parce que la vie était devenue infernale pour tous ceux qui travaillaient, avec le vacarme nocturne et les mobylettes pétaradantes.
Le deuxième se rapporte à Bartabas qui a cassé du mobilier parce qu'on lui aurait manqué de respect en diminuant le montant d'une subvention. Il a osé téléphoner en cours d'émission en se déclarant diffamé.
Le dernier a trait à l'émission de Thierry Ardisson sur Canal Plus, "Salut les terriens". La riche idée a été proposée à des invités d'octroyer l'Alien d'or à la personnalité dont la mort, au cours de l'année écoulée, a mérité le moins de considération. Le cardinal Lustiger a "gagné" ce prix honteux, au milieu des rires gras et obscènes.
Cette triple illustration représentait, pour AF, une crise non pas de civilisation mais de dé-civilisation, un phénomène qui montrait que cette dernière ne faisait plus partie du jeu, même par une transgression qui l'aurait encore révélée présente, mais qu'elle était oubliée, abolie. Les deux premiers exemples m'ont d'autant plus touché que totalement ou partiellement je leur avais consacré des billets. Je rejoins ce désir d'AF d'aller chercher dans la quotidienneté sociale ou médiatique les signes les plus éclatants de la décadence, de la faillite de notre savoir-vivre ensemble.
Je ne suis pas persuadé que nous nous trouvions, en dépit de ces incidents ou vulgarités, dans un moment de société qui nous plongerait dans l'informe et l'imprévisible d'un monde ayant oublié jusqu'au nom de civilisation. Nous n'avons pas encore atteint ce point extrême où le fond ayant été touché et l'espoir anéanti, nous ne pourrions que remonter à la surface pour inventer un progrès à la mesure d'aujourd'hui. Je perçois plutôt que nous sommes encore dans le délitement résistible, dans l'usure molle et progressive, dans le naufrage doux et presque consensuel d'un univers qui échappe aux quelques volontés lucides pour rejoindre le désastre baptisé tôt ou tard évolution inéluctable, fil bienfaisant du temps. Camper au milieu du gué, quand tout semble encore possible mais que tout souligne notre impuissance, qu'on ne parvient plus à retenir le sable du génie national entre nos mains et par nos esprits, exige, plus que jamais, le refus d'une forme de déclinisme qui, pour être clairvoyante, briserait net les bonnes volontés et les désirs de renaissance. Parfois, il y a, dans le discours terrible et décapant d'AF, une musique sombre qui nous aspire vers la défaite en prétendant nous en préserver. Il ne faut pas qu'AF désespère tous ceux qui lui font confiance et qui ont besoin de cueillir, au sein de ce qu'il dénonce et montre, de quoi constituer le sursaut de demain. Si ce n'est pas encore une dé-civilisation mais seulement une société qui continue de se décomposer en nous laissant donc encore une chance, ne pourrait-on tenter d'identifier ce qui surgit de ces exemples et serait susceptible de nous éclairer ?
Le constat est d'autant plus aisé à établir qu'il se fonde sur des évidences ressassées à perte de vue, d'enquêtes sociologiques et de colloques. L'unité d'une communauté nationale, qui aime les différences pour les transcender, qui cultive les singularités mais pour les offrir à tous, qui permet à quiconque d'utiliser l'ensemble de sa palette humaine, de l'être intime à la vigilance du citoyen, est battue en brèche au point que mille clans se constituent, des groupes, des factions, qui viennent mordre pour arracher partie de valeurs qui devraient demeurer communes. Autrui non seulement n'est plus respecté mais dans la vie sociale qui est dénuée de sens si elle n'implique pas au moins une neutralité bienveillante à l'égard de son prochain, les solitudes sont fières de se mouvoir dans un espace où elles ont la prétention de n'avoir besoin que d'elles. Autrui n'est plus ce qui fonde mais ce qui insupporte. L'autarcie du comportement s'assumant erratique n'est même plus brimée par la conscience d'une altérité à préserver. Ce père de famille béninois déserte parce qu'il n'en peut plus. Bartabas détruit en se posant en victime. On crache sur les morts en les hiérarchisant et en riant sur elles. Le pire est sans doute que ces dérives s'effectuent au nom d'une morale de pacotille. La liberté des jeunes gens qui, à Villiers-le-Bel, ont le droit d'être eux-mêmes. Bartabas qui s'affirme respectable au moment même où il s'égare. L'idéologie du futile et de la dérision qui est devenue médiatiquement, sauf exceptions, "le chant national de notre télévision". Non seulement la civilisation, l'art de vivre, l'exigence du respect, l'attention à autrui, la dignité des faits et gestes sont offensés mais sous un pavillon de complaisance : une éthique de rupture, des valeurs new-look. Victimes donc, et aussi ringards. C'est le sort qui est réservé à tous les "Savonarole du pauvre" peuplant notre société.
Derrière ces bouleversements, comment ne pas remarquer l'effacement de tout ce qui pouvait, tant bien que mal, structurer, hiérarchie, distinguer, discriminer ? Faute de savoir ou pouvoir imposer un ordre au monde, c'est le monde maintenant qui nous impose son ordre, donc son absence d'ordre. L'insignifiant se pique d'avoir du sens, on est qualifié d'artiste avant de l'avoir démontré, un malheureux créateur d'une ou deux oeuvrettes se voit créditer d'une Oeuvre, le rire et l'humour sont portés aux nues non plus comme l'ornement d'une intelligence mais comme le nec plus ultra d'une vie, ne plus lire démontre la modernité, la culture pèse plus qu'elle n'enrichit. Tout est mis sur le même plan et Finkielkraut, s'il ne fuyait pas Ruquier le samedi soir, serait mis, comme n'importe qui, au ban médiatique.
Puisque je viens d'évoquer la hiérarchie, l'honneur, la dignité, la tenue de soi et de ses idées, c'est avec un infini bonheur que je m'abandonne à cette volupté si rare d'estimer sans réserve, de louer sans retenue et de remercier sans parcimonie : Alain Finkielkraut, ce matin, sur France Inter m'a donné envie - et Nicolas Demorand ne m'en aurait pas voulu - de l'appeler France Finkielkraut, tant elle et lui m'ont semblé indissociables. Si elle c'est lui, si lui c'est elle, s'il met sa puissance d'être et de convaincre au service de l'action et de la politique, le pessimisme n'est plus sûr.
Il y a encore un peu de civilisation.
Bonjour
Finkielkraut sera de retour sur France Culture très bientôt.
Ce qu'il nous a manqué !
Duval Uzan
Rédigé par : Duval Uzan | 11 décembre 2008 à 18:05
Certains débordements sont indignes, soit. Mais quel rapport entre la vision développée par AF de ce que devrait/pourrait être une politique de civilisation menée par Nicolas Sarkozy et les idées d'Edgar Morin ? Il me semble que ce dernier applique le concept de politique de civilisation à une politique globale (de gouvernance mondiale ?) à la hauteur des enjeux planétaires fondés sur l'humanisme et l'écologie ! Rien à voir avec un projet purement "hexagonal" : n'y a-t-il pas là une sorte d'imposture, de la part d'AF, sur le plan intellectuel ? Voire un contre-sens, dans le message présidentiel tel qu'entendu par l'opinion, comme si la France incarnait la civilisation, et d'autres le barbare ? (d'autant plus que Morin est clairement critique à l'égard de la politique étrangère et à la politique migratoire du guvernement).
Rédigé par : Pierre L | 29 janvier 2008 à 20:47
@ Olivier
Ce que vous écrivez à mon propos est injuste.
Rien ne vous empêchait de contester ce que j'ai exprimé concernant les bibliothèques des prisons en attirant l'attention sur des conséquences ou des incidences que je ne suis pas à même de pouvoir appréhender.
Vous pouviez le dire.
Avec pondération, calme et pédagogie.
Vous ne l'avez pas fait.
J'ai mentionné, à plusieurs reprises, que ce que j'écrivais faisait suite à un rapport que je venais de lire du CNL qui met en évidence l'insuffisance de l'utilisation de l'outil informatique dans ces bibliothèques.
En aucun cas, il ne s'agissait pour moi d'imaginer même une fraction de seconde l'idée d'une traçabilité de la lecture. Et ce, quelle que soit la bibliothèque.
Pour le reste, votre propos est injurieux.
Rédigé par : Véronique | 18 janvier 2008 à 19:20
@ sbriglia :
Détrompez-vous, atterrissez : "j'y suis" - un petit peu, au moins.
Le sarkozysme n'est pas qu'une trop évidente faute de goût. C'est d'abord une méchanceté, un battement de mains à la souffrance des autres.
Rédigé par : olivier-p | 18 janvier 2008 à 19:09
@olivier
Vous n'y êtes pas du tout, Olivier...
Pour lire Véronique depuis de nombreux mois, sans la connaître particulièrement, je ressens tout le contraire de ce que vous lui imputez à tort...
Ce que vous avez écrit est excessif : Véronique est, parmi les commentateurs(trices) de ce blog, certainement la plus mesurée...
Rédigé par : sbriglia | 18 janvier 2008 à 11:32
Véronique :
Non, madame, relisez votre propre texte, et vous verrez poindre cette chose-là.
Entre vos désirs de coercition des autres, désirs noirs, mais désirs incandescents d'en découdre avec les plus pauvres et les plus fragiles, désirs de punir toujours plus, plus profondément, plus durablement, et un nombre toujours croissant de citoyens,
et votre appétence, par ailleurs, pour le perfectionnement de techniques de traçabilité appliquées à la lecture, c'est-à-dire à la pensée, et notamment dans les bibliothèques de la pénitentiaire,
et aussi, et surtout, votre désir tourmenté, et dix fois répété, d'abolir TOUT ce qui a pu façonner un ordre "avant vous", et qui aurait pu vous freiner,
c'est là, à ce croisement de la pulsion farouche, du pouvoir politique débridé et de la technologie galopante, une perspective proprement effarante que vous nous offrez.
Et Finkielkraut n'est pas, ne sera pas des vôtres.
Rédigé par : olivier-p | 18 janvier 2008 à 10:04
@ Bernard1
« Aujourd'hui on est catholique par superstition et non par conviction(s) ou alors les lieux du culte sont devenus les derniers endroits à la mode où il faut être vu. »
Permettez-moi de ne pas être de votre avis, monsieur Bernard. Je crois que l'éducation à son importance et que par ailleurs il faut, peut-être, être habité d'une petite flamme qui brûle ou qui s’éteint. La religion a eu son importance en France, certes, à une époque où l’on prédisait l’enfer à ceux qui ne recevaient le baptême. Leur interdisant, par effet, l’accès au cimetière. Aujourd’hui, il me semble que ces crédulités sont dépassées. Il y a, fort heureusement, encore des croyants même si pour quelques autres, la religion est d'abord commerciale.
Beaucoup ne connaissent pas la Bible, simplement les sacrements. En particulier pour « recevoir des cadeaux » à l’occasion de la Profession de Foi, par exemple. Cela n’empêche pas quelques-uns de se rendre aux offices les plus représentatifs : Noël, Pâques, pour les divers sacrements : baptême, mariage, (même pour une bénédiction), communions, confirmation, etc... et de vouloir faire enterrer leurs proches après un office des morts.
Cependant, la religion, en dehors d'une tradition, est aussi un engagement qui implique des devoirs. En particulier ceux de se rendre aux offices religieux (c’était d’ailleurs bien pour cela que le dimanche était journée de repos), au catéchisme et de respecter la fidélité.
Cette dernière condition a fait fuir beaucoup d'individus qui ne veulent pas se voir imposer des entraves à leur libido. Ce n'est pas pour rien que le Coq est l'emblème de la France.
Il y a quelques années, j’ai assisté personnellement au refus d’un religieux de baptiser un enfant parce que les parents ne s’engageaient pas, par la suite, à l’envoyer au catéchisme. Peut-être que depuis, ils ont contourné « l’obstacle » et qu’ils firent baptiser leur enfant : ailleurs !
Lorsque, enfant, je me rendais à l’église, dans une campagne de France, on y trouvait alors des chaises et des bancs. Sur les chaises étaient inscrits les noms des notoriétés du village qui s’y installaient lorsqu’elles allaient à l’office du dimanche. Pour se faire voir, peut-être aussi, comme vous le dites si bien. Mais n’était-ce pas à la classe dite « supérieure » de montrer l’exemple à leurs gens ou au peuple ? Les bancs étaient réservés à leurs gens ou autres paysans. Il était de bon ton, pour l’occasion, de s’apprêter et de porter ses plus beaux atours, les habits du dimanche. S’habiller pour l’office étant une marque de respect envers son Dieu. Les paysans repartaient ensuite vaquer à leurs tâches. Coutume qui remonte, certes, à bien loin dans le passé. Mais qui se pratiquait encore il n’y a pas si longtemps que cela.
Par ailleurs, je reconnais que si j’avais quelques années de moins, j’aurais aimé aller vivre dans un kibboutz, au bord du lac de Tibériade, mais hélas, il y a un âge limite pour y entrer. Le style de vie est particulièrement conforme à la solidarité. Cela change.
Désolée pour mon trou de mémoire et pour ne pas me souvenir du nom d'un certain écrivain.
Rédigé par : Marie à Bernardun | 16 janvier 2008 à 15:28
A Catherine Jacob
Merci pour votre brillante analyse. Souffrant effectivement de scotomisation, que je croyais être due à mon âge, je m'aperçois qu'en fait, en plus de mon champ visuel, mes neurones sont également perturbés. Ce qui n'est pas rassurant.
Toutefois, voulant vaincre cette affection au péril de ma raison, j'ai relu plusieurs fois votre commentaire pour enfin découvrir que l'âge n'en est pas fatalement la cause, qu'elle peut survenir également chez plus jeune et plus affiné que moi, mais aussi peut, délibérément, être une ruse consciente ou non. Ce qui me rassure.
Rédigé par : Patrick PIKE | 15 janvier 2008 à 12:05
@ Patrick Pike,
Je condamne évidemment ces imprécations qui ne font pas avancer le débat ; ce ne sont que de vains procès en sorcellerie.
Cependant, en lisant rapidement votre prose, j'ai constaté que vous n'étiez pas vous-même avare de formules excessives, pour ne pas dire simplistes. Le principe de précaution affirmé dans la charte de l'environnement, elle-même adossée à notre constitution, n'est pas "cette ânerie technocratique qui met un frein à toute découverte" - pour reprendre vos propres termes. Je crois qu'il ne serait pas correct vis-à-vis de notre hôte d'ouvrir un débat sur un thème qu'il n'a pas abordé, je me contente donc de vous renvoyer à l’article de Madame Corinne Lepage sur la question, intitulé « OGM et clause de sauvegarde », article dont je partage toutes les conclusions.
http://corinnelepage.hautetfort.com/
Rédigé par : Laurent Dingli | 15 janvier 2008 à 11:55
« Le temps de penser »
chaîne LCP
Invité : Alain Finkielkraut
Video séances de rattrapage ou rediffusion :
Vendredi 18 janvier 2008 à 20 H
Samedi 19 janvier 2008 à 9 H 30
Dimanche 20 janvier 2008 à 5 H 30
« L’homme n’est ni l’esclave de sa race, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.
Ernest Renan.
Rédigé par : Marie | 14 janvier 2008 à 22:21
"...après avoir vanté la traçabilité des lectures et des lecteurs en bibliothèques."
Figurez-vous, Olivier, que les logiciels de statistiques de prêts ne sont pas nominatifs.
Figurez-vous que ce qui nous intéresse, ce n'est pas qui lit quoi. Mais qu'est-ce qui est emprunté et ce qui ne l'est pas.
D'autre part, figurez-vous également que notre métier est encadré par une déontologie qui nous interdit de divulguer ce que consulte, écoute, lit ou emprunte un particulier.
La loi informatique et libertés existe et est appliquée.
Il n'y a pas si longtemps, une Madame m'a demandé ce que Monsieur avait emprunté. Madame voulant s'assurer que les livres qu'elle disait souhaiter emprunter pour Monsieur ne feraient pas doublon avec un emprunt précédent de Monsieur.
Madame, très en colère, a retrouvé Monsieur sans évidemment avoir obtenu la moindre information. Mais avec les informations que je viens de vous donner.
Rédigé par : Véronique | 14 janvier 2008 à 19:17
"@ Véronique
Vos commentaires sont toujours oxygénants."
nous conte Laurent !
ce doit être à cause de tous ses hooooooo-là là et ailleurs -! ( ceci étant considéré comme un compliment au fait, Dame Véronique; Sissi !!! )
Rédigé par : Cactus O. occis mais point gêné . | 14 janvier 2008 à 16:38
@Laurent Dingly
Vous me rassurez, car suite à quelques notes publiées sur d'autres blogs concernant la "diète" de José Bové, j'ai eu droit à quelques volées de bois vert de la part de certains fanatiques, comme vous dites, allant jusqu'à me prédire, ainsi qu'aux scientifiques abondant dans mon sens, un procès pour crime contre l'humanité.
Je vous jure que c'est vrai !
Dois-je me mettre sous l'aile protectrice de M. L'Avocat Général ou sous la vôtre ?
Rédigé par : Patrick PIKE | 14 janvier 2008 à 16:30
Il est amusant de lire que la soldatesque sarkozyste soutient l'idée de dissidence,
...après avoir vanté la traçabilité des lectures et des lecteurs en bibliothèques.
Rédigé par : olivier-p | 14 janvier 2008 à 15:06
@ Laurent
Merci pour votre appréciation.
Pour mes commentaires des notes de Philippe, j'essaie toujours de me rapprocher au plus près de ce que je pense.
J'écris le verbe rapprocher. Car souvent l'exercice reste périlleux : le commentaire nous renvoie à nos propres contradictions, dilemmes et insuffisances.
Nous pensons être assez au clair sur une question. La note ouvre des perspectives ou renverse les choses. Les commentaires des uns et des autres élargissent la donne.
De surcroît, je m'attache à être cohérente avec moi-même. Et là ce n’est pas gagné tous les jours. Par ailleurs l’écriture oblige à un retour sur ce que, spontanément, on peut penser d’une question.
L'oxygène, la respiration... c'est l'espace de liberté que ce blog permet. Philippe partage en live et en extérieur sa propre réflexion.
En fait, j'essaie juste d‘appliquer, au moins mal, sa méthode de réflexion.
Rédigé par : Véronique | 14 janvier 2008 à 11:04
«… On crache sur les morts en les hiérarchisant et en riant sur elles. Le pire est sans doute que ces dérives s'effectuent au nom d'une morale de pacotille…. »
La culture, la connaissance, la politesse, l'exactitude, le respect, le savoir-vivre, ne seraient-ils que rigueurs de rois ? Souvenirs d’une lointaine éducation peu à peu évanescente ?
Un bonjour ne se dit pratiquement plus, parfois même au sein d’une famille. L’annulation d’un rendez-vous ne s’excuse plus. La discourtoisie au volant est coutumière, voire agressive. Le verbiage argotique (à peine compréhensible) domine le discours cohérent d’une langue nationale. Le jeu vidéo remplace le livre et le jeu en réseau celui de la sociabilité…
La vulgarité et l’immoralité un bastion de la civilisation actuelle. Sans oublier la profanation des tombes et des cimetières qui est devenue une action presque courante.
Une langue évolue, une société aussi mais à quels prix ?
Il est loin le temps des comiques de la « boîte à sel », des Francis Blanche, Bourvil, Fernandel, Pierre Doris, Fernand Raynaud… qui, avec beaucoup de subtilité et d’intelligence, jonglaient lors de sketches avec notre belle langue française. Aujourd’hui, place est faite à la vulgarité, parfois même à la méchanceté gratuite… L’heure est à la parodie, à l’imitation caricaturale, aux moqueries… renforçant ainsi ce sentiment d’importance que se donnent leurs auteurs.
Rédigé par : Marie | 13 janvier 2008 à 14:52
@ Marie qui pense !
La religion est quelque chose de sérieux hélas déviée de son but. Aujourd'hui on est catholique par superstition et non par conviction(s) ou alors les lieux du culte sont devenus les derniers endroits à la mode où il faut être vu. La dessus j'ai comme souvenir un de mes fils me demandant si il fallait se déguiser pour aller à la messe, il faisait allusion à divers personnes qui venaient d'assister à l'office dominical et sortaient de l'Eglise. Je finis par être comme les hérétiques où les vaudois et de me dire que Dieu est partout, qu'il ne suffit pas d'être dans une église pour se bombarder catholique et avoir l'absolution, là-dessus je n'ai d'ailleurs jamais autant vu de catholiques que quand Jacques Gaillot était évêque de mon diocèse et qu'il venait dire la messe dans la paroisse sous l'oeil des caméras.
Maintenant que la religion catholique soit mise à mal... oui c'est un fait, d'ailleurs seule la religion catholique à le droit d'être mise à mal sans risquer un anathème quelconque et que celà émeuve nos "droits de l'hommiste" (je crois que c'est comme ça qu'on les appell... ironiquement bien sûr) mais ne l'a-t-elle pas cherché ? Ne paye-t-elle pas son "libéralisme" au prix fort ?
"Faut-il y percevoir une peur irrépressible, psychologique de l’avenir ?"
Nous avons de plus en plus l'impression que la démocratie est confisquée, la pensée interdite sous peine d'excommunication voire de bûcher, le débat est interdit au profit de la pensée à "sens" unique. Plus que jamais nous avons besoin d'un Savonarole (modéré) - Celui-ci bien qu'il ait donné dans l'excès fût un des inspirateurs du protestantisme.
"Par ailleurs, un écrivain dernièrement déclarait qu’il y avait encore des interdits et que l’on ne pouvait toujours pas écrire de romans ayant pour thèmes la pédophilie !!"
Il faut conseiller à ce monsieur de lire la vie supposée de Gilles de Rais peut être comprendra-t-il jusqu'où des esprits dérangés peuvent pousser l'horreur dans ce domaine. Des romans à thèmes pédophiles pourraient à mon avis créer de nouveaux Gilles de Rais dans des esprits alambiqués, nous avons déjà assez à faire avec ceux que notre société a.
Si je me doute du réquisitoire que prononcerait Philippe Bilger face à un type qui aurait assassiné plus de 200 enfants je serais curieux de connaitre la réflexion que pourrait nous donner Maître Badinter sur le sujet... C'est bien sûr une image et souhaite que jamais Philippe Bilger ou un autre Avocat Général n'aient à requérir dans un tel procès.
Rédigé par : Bernard1 | 13 janvier 2008 à 14:42
@Patrick PIKE
« C'est un peu comme ce dialogue que je viens d'entendre dans un film (je ne sais plus lequel) »
Il me semble l’avoir entendu également mais dans un dialogue de pièce de théâtre dont le titre cependant m’échappe également présentement.
« où un homme annonce à une femme l'accident de son père (je crois):
- Votre père vient d'avoir un accident mortel !
- Mon Dieu ! dit-elle, il est blessé ?
- Mortel je vous dis.
Il y a souvent discordance entre l'émission et la réception. On n'entend que ce qu'on veut bien entendre. »
Et de même, on ne lit que ce que l’on veut bien lire, ce qui est très ennuyeux dans certains cas comme on l’a vu à propos de l'article 5 de la Loi organique n°2007-287 du 5 mars 2007…
Ce phénomène s’appelle « scotomisation » [ du grec skôtos: ténèbres, obscurité ; ténèbres des enfers, cécité ; vertige, éblouissement ; infortune, vie obscure ; incertitude, aveuglement de l’esprit mais aussi ruse ≠ ‘ sodomisation ’ de Sodome, ancienne ville de Palestine]
On entend en effet par scotomisation « l’exclusion inconsciente d’une réalité extérieure du champ de la conscience. » (petit Robert - je précise pour certains passants que le petit Robert n'est pas un petit Enis mais un dictionnaire - )
On peut en voir un ex dans le célèbre - « Ce fut comme une apparition » de l’Education sentimentale où tout s’efface devant la seule perception de l' être assis au milieu du banc, et un autre exemple dans l’écoute par les élèves du cours dispensé par le maître, comme l’expliquait dans l'émission « Source de vie » de ce matin consacré au « Droits des femmes » dans le Talmud, le vieux rabbin Adin Ateinsaltz - au débit de parole très agréable quand bien même on n’entend rien à l’hébreu comme c’est mon cas et qu’on a l’attention fixée sur le sous-titrage -, qui en a publié une version moderne.
Il a dit en effet que « les gens n’entendent pas tout de certains sujets » ou encore que: « chacun entend ce qu’il veut », et a souligné le fait que, par voie de conséquence, il convenait de ne parler de certains sujets sensibles – notamment ayant trait aux questions des interdits sexuels – que devant un auditoire suffisamment restreint en sorte de pouvoir s’assurer de ce qui avait été effectivement entendu et d’éviter, dans la mesure du possible, qu’un auditeur appelé ensuite à siéger dans un tribunal rabbinique n’aie été attentif qu’à certains aspects seulement de la loi et/ou de son interprétation, ce qui me paraît la sagesse même.
Le rabbin Ateinsaltz a encore évoqué deux choses que, quitte à risquer une erreur d’interprétation – je ne suis pas en effet versée dans ‘la pensée juive’ que je n’entends que de très loin –, je souhaite néanmoins rapporter aux thématiques qui sont l’objet des discussions du moment de ce blog.
La première est : « Celui qui, outrepassant les limites de son entendement, s’occupe de qu’il y avait avant et de ce qu’il y aura après, de ce qui est en haut et de ce qui est en bas, malheur à lui. » (Je cite de mémoire, l’émission n’étant pas encore sur le site de France2)
La seconde est l’opposition au principe d’égalité abstraite dont s’occuperaient les diverses sociétés en général, d’un principe d’égalité fondé sur les besoins de chacun et qui veut que l’on tienne compte du manque – Notion qui m’a évoqué Penia, sa personnification qui intervient notamment chez Platon à propos de ‘l’ambiguïté de la nature du désir’ en ce qu’ elle est dans le Banquet la mère de l’amour : « fils d'un père savant et plein de ressources (Poros), mais d'une mère sans science ni ressources (Pénia). Voilà, mon cher Socrate, quelle est la nature du démon.» – dans la rééquilibrage de la balance en donnant plus au plus nécessiteux.
J’entends en effet présentement « ce qu’il y avait avant et ce qu’il y aura après » que la pensée juive exposée par le rabbin rapportait notamment, et avec des nuances, au tohu-bohu initial, comme ce qu’il en est de l’acte initial (passé) et de sa récidive (futur), car entre les deux il me paraît y avoir cette distance/rupture que dans l’illustration de la Genèse (1508-1512) dans le panneau central du plafond de la coupole de la chapelle Sixtine, Michel-Ange instaure entre l’Homme et Dieu. Or, c’est dans cet entre-deux, dans lequel on peut également faire intervenir les mathématiques du hasard, science éminemment compliquée, que se situerait le jugement des hommes qui nous préoccupe!
J’entends ensuite par ‘manque’, la situation qui conduira à se laisser dominer par le désir, en particulier celui du passage à l'acte dans le cadre de l’un des 'interdits sexuels', et je voudrais reproduire ci-après le passage concerné par le Banquet (comme précédemment il ne s’agit pas d’une édition papier, car je ne l’ai présentement pas sous la main, mais d’une récupération sur le web) :
« Etant fils de Poros et de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile; sans avoir jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne.
D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l'est; et, en général, si l'on est savant, on ne philosophe pas; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savants ; car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffisamment pourvu (remarque qui sera appliquée au bon sens par l'un de nos classiques). Or, quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas. »
Je voudrais donc interpeller Poros dans l’institution en laquelle ne peut que se remettre la personne détenue dont elle est responsable comme d’un enfant auquel elle doit, au sens fort du terme, davantage qu’à celui qui n’est pas né de Pénia et qu’elle prenne garde à la scotomisation dont a déjà été victime, au préjudice de ses collègues qui l’ont considérée à l’image du harcèlement au travail, le présent garde des Sceaux !
Je voudrais aussi souligner l'aspect 'ruse' de 'skotos', lequel régit les deux 'centres de gravité' dont il a déjà été fait état.
- rédigé compte tenu du fait qu'un blog est loin du lieu confidentiel requis par le rabbin mais aussi du fait que comme le dit si bien P.Pike on peut relire à loisir au besoin ce que l'on y trouve quand... la connection fonctionne et qu'enfin il s'agit d'une simple réaction/opinion/échange d'icelle et non d'une vérité d'évangile, of corse -
@Véronique
Excellent commentaire.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 janvier 2008 à 13:15
Sur ce blog depuis plusieurs billets, ce constat fut l’objet de maintes réflexions, de Bernard1, Cactus, Surcouf, de bien d’autres, au fur et à mesure que vous nous exposiez les vôtres.
Résistance. Irrésistible ? Voilà une fois encore Ce mot, monsieur Bilger.
Faut-il y percevoir une peur irrépressible, psychologique de l’avenir ?
A une époque ancienne, les œuvres que la morale réprouvait, qui dérangeaient les bonnes mœurs soit dans la littérature, soit dans l’Art, en général, publiées très souvent sous le manteau, se virent séparées des collections de la Bibliothèque Royale pour constituer ainsi une section intitulée Enfer, que les institutions ont longtemps pourchassées et condamnées, aussi bien textes et images, photos, films, estampes, saisies policières, etc.
En se transposant au XXIème siècle, il est vrai que cette chasse parait ne plus avoir aucun sens, tant la décadence se trouve engagée.
De nos jours, il est de bon ton de ridiculiser la religion, leurs représentants, particulièrement la religion catholique, souvenons nous de la pub Benetton, quant au santon de l’Abbé Pierre, il fut retiré de la collection Flore… d’altérer une certaine Morale, de vicier une Education, de fliquer à l’excès une population*
Sur un catalogue, au moment des fêtes, j’ai trouvé une BD intitulée (je restitue) : « le guide junior pour bien éduquer les prof ! » (Je ne l’ai pas compulsée, donc je ne connais pas son contenu). Par ailleurs, un écrivain dernièrement déclarait qu’il y avait encore des interdits et que l’on ne pouvait toujours pas écrire de romans ayant pour thèmes la pédophilie !!
Afin de faire croire à certains jeunes qu’ils ont une certaine « culture », le bac fut délivré pour quelques uns après des instructions aux enseignants : renoter : quota oblige. Il est vrai que cette parodie d’éducation a débuté avec le « ministère du temps libre ! »
Alors des émissions comme : « graines de star », « la star Ac », « la nouvelle star » et je ne sais quoi encore, font miroiter tant aux parents qu’à leurs enfants un monde virtuel, futile, difficile à appréhender, dans un monde où l’avenir n’est qu’un immense point d’interrogation.
* une proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil concerne les recensements de la population et du logement.
Les données statistiques actuellement disponibles sur la population et les ménages ne sont pas suffisamment complètes aux yeux des institutions bruxelloises pour « opérer des comparaisons fiables, détaillées et comparables valables entre les Etats membres » ; soit 180 compétences que détiendra l’Union après l’adoption du traité de Lisbonne : ses « compétences exclusives », qui confèrent à la Commission une quantité illimitée de « tâches », y compris dans des domaines tels que le droit des personnes, de la famille, de l’immigration ou le droit pénal.
Pour les mener à bien le projet de règlement prévoit une liste des « thèmes à couvrir dans le recensement de la population et du logement » par les offices de statistiques démographiques. Au milieu de la longue liste d’informations traditionnelles à collecter, l’on a la surprise de trouver le « thème » suivant : « Date i) de la première union consensuelle et ii) de l’union consensuelle actuelle de la femme », ce qui inclut naturellement le concubinage homosexuel. Remarquons au passage que les hommes, eux, ne sont pas visés par cette information. Il s’agit, en d’autres termes, d’un recensement des concubin(e)s, c’est-à-dire des partenaires sentimentaux/sexuels passés et actuels... des Européennes.
Le député Clark, apparemment l’un des seuls à se soucier de la préservation de l’intimité de la vie privée, a été assez efficace pour qu’une majorité de ses collègues votent avec lui un amendement de rejet de cette liste de thèmes.
Parmi les données personnelles très sensibles qui intéressent la Commission de Bruxelles, il n’y a pas que la vie sentimentale et sexuelle. La liste des « thèmes à couvrir » mise pour quelques temps à l'écart mentionne le « groupe ethnique » des personnes recensées.
Un amendement de compromis introduit nuitamment le 21 novembre 2007 par les rapporteurs socialiste (PSE) et libéral (ALDE), prévoit que la liste en question établie par la Commission, pour le moment retirée, pourra être réintroduite et annexée ultérieurement au nouveau règlement communautaire ! C’est une technique de contournement procédural.
http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article1558
Rédigé par : Marie qui pense ! | 13 janvier 2008 à 13:04
Cher Philippe,
J'ai également admiration et estime pour Alain Finfielkraut, pour son courage et sa lucidité. Il est à mes yeux l'observateur le plus pertinent de notre monde actuel. Je suis heureuse de retrouver chez vous ces mêmes impressions.
Et de grâce, suivez le conseil d'un des commentateurs : laissez Ruquier, Ardisson et consorts à leur indigence et prenez plutôt un livre. En regardant ces gens, on a l'impression que leur vulgarité nous avilit aussi.
Rédigé par : OLYMPE | 13 janvier 2008 à 12:47
@ Véronique
Vos commentaires sont toujours oxygénants.
@ Catherine Jacob,
Je ne voulais surtout pas être discourtois avec vous. Mais la réaction que vous avez eue au commentaire de M. Champion, père d’un schizophrène, m’a semblé particulièrement déplacée. Quant à la taille de votre cerveau je ne me permettrai jamais d‘en juger. Je laisse cela aux crypto-nazis. Si du moins, je devais le faire pour m‘en amuser avec vous, et en fonction de vos interventions sur ce blog, je dirai qu’il dépasse largement la moyenne et que, par ailleurs, la richesse de vos connaissances est toujours pour nous une source de réflexion.
@ Patrick Pike,
En utilisant cette formule de « Savonarole de l’Apocalypse », à propos des écologistes, j’espère que vous ne désignez pas ainsi tous ceux qui défendent cette noble cause. Qu’il y ait parmi eux des fanatiques, très proches des anciens mouvements millénaristes, je me suis souvent prononcé dans ce sens. Mais il ne faut pas cependant tomber dans l’amalgame (j’ignore si c’est votre cas) ni la caricature un peu simpliste. Cela reviendrait à dire que tous les croyants sont des fanatiques (je reprends votre analogie avec la religion). Pour ma part, je vous l’assure, en tant que militant écologiste, je n’ai jamais eu envie de brûler quiconque. Par ailleurs, je trouve la position de Luc Ferry sur le Grenelle de l’environnement très simpliste, mais ce n’est pas le moment d’en parler.
Rédigé par : Laurent Dingli | 13 janvier 2008 à 12:27
Je dois convenir que j'ai beaucoup de mal avec les mots de "civilisation" et de "dé-civilisation". Tant ces mots me semblent exprimer quelque chose de très vaste et de difficilement très définissable.
Pour l'exemple du classement de l'émission de T. Ardisson. Des abrutis parfaits désignent Mgr Lustiger comme le mort le moins important de l'année.
Ce qui m'intéresse, au fond, c'est comment une société peut porter au pinacle et se choisir comme modèle ou référence l'illustration même - ces abrutis - de l'inculture crasse et de l'imbécillité majuscule.
Tant que des intellectuels - et j'ai envie d'ajouter, tant que des gens normaux - refuseront de participer à ce type de programmes dans lesquels la moquerie et l'impudeur servent à masquer la vacuité de ces insignifiants et de ces très quelconques, alors l'idée que je me fais de la civilisation n'est pas tout à fait morte.
Tant que des médias comme France-Inter continueront de donner la parole à des A. Finkielkraut, à des M. Onfray, à des historiens, à des scientifiques, etc. à des heures d'écoute accessibles, le pire n'est pas sûr.
"Si elle c'est lui, si lui c'est elle, s'il met sa puissance d'être et de convaincre au service de l'action et de la politique, le pessimisme n'est plus sûr."
Oui. Mais d’une façon indirecte et très distanciée. Dans les marges.
Je pense que la société a plus besoin de voix dissidentes c’est-à-dire construites, charpentées par une tradition de pensée et de réflexion qui savent rester à la lisière du politique. Le monde politique ne sachant pas pour le moment instaurer des cloisons suffisamment étanches entre lui et l’univers médiatique imbécile.
Rédigé par : Véronique | 13 janvier 2008 à 07:07
J'ai toujours été caviardé sur ce blog ; j'en conclus que je suis mal vu par la justice et par la droite, c'est-à-dire que je suis mal "barré".
Je le savais déjà (à mon avis, il y a de l'erreur dans l'air, mais bon...).
Rédigé par : Thierry L | 12 janvier 2008 à 23:55
Après une relecture plus approfondie de votre article, je m'aperçois que j'ai fait totalement fausse route sur la perception que vous aviez de Savonarole.
Elle s'apparente à la mienne, et j'en suis fort aise, car ces "Savonarole du pauvre" sont bien ceux que je dénonce, au même titre qu'ils jettent l'opprobre gratuitement sur ceux qui ne pensent pas comme eux ou qui ont le malheur d'avoir une vision plus clairvoyante que leurs détracteurs.
On devrait toujours relire d'une manière plus attentive et ne pas s'arrêter sur un mot.
C'est un peu comme ce dialogue que je viens d'entendre dans un film (je ne sais plus lequel) où un homme annonce à une femme l'accident de son père (je crois):
- Votre père vient d'avoir un accident mortel !
- Mon Dieu ! dit-elle, il est blessé ?
- Mortel je vous dis.
Il y a souvent discordance entre l'émission et la réception. On n'entend que ce qu'on veut bien entendre. On n'écoute que d'une oreille. On ne lit que d'un oeil.
On s'attarde sur un mot et l'on en fait une longue digression.
Je demande à nouveau l'indulgence du procureur.
Cela dit, n'ayant peur que de ma stupidité, vous pouvez publier mon commentaire.
Rédigé par : Patrick PIKE | 12 janvier 2008 à 21:39
Merci Ph. Bilger d'avoir utilisé une métaphore que j'avais écrite un jour à propos des écologistes: "ces Savonarole de l'apocalypse".
Toutefois, si moi je l'employais dans un sens hautement péjoratif, il me semble que vous le considérez plutôt comme une nécessité.
Or n'oublions pas quand même que Savonarole, même si au début de ses prêches fustigeait la décadence de la société de son temps, il demeure pour moi l'auteur de plusieurs actions absolument injustifiables comme celles d'avoir fait brûler des oeuvres d'art et des livres dans son bûcher des vanités, d'avoir ourdi contre les Médicis afin, avec l'appui du roi de France, de devenir le maître de Florence, d'y instituer un état policier et une milice avec des prérogatives insensées (pénétrer chez les citoyens pour les surveiller), de condamner à mort ceux qui pratiquaient la sodomie, de créer une espèce de "scoutisme" avant l'heure en enrôlant des jeunes gens pour les convertir à ses principes etc...
Si c'est ce que vous souhaitez en comparant certains penseurs à des Savonarole livrés à la vindicte de la multitude, alors non, trois fois non (et même plus) quand bien même a-t-il influencé par la suite des générations d'intellectuels qui voyaient en lui comme une espèce de "Karcher" avant l'heure encore une fois.
Quel précurseur!
Que la déliquescence de la société actuelle soit réalité, je n'en disconviens pas; et l'abrutissement des masses par des émissions débiles, des prétendus penseurs, des comiques sans génie, des lectures insignifiantes ou encore par des concours stupides mûris dans des cerveaux atrophiés, y participent.
Ce n'est quand même pas une raison pour comparer ceux qui refusent cet abrutissement, à des "Savonarole du pauvre", car ce faisant vous les condamnez vous-même aux bûchers.
Autrui n'est plus respecté, dites-vous. Mais Autrui respecte-t-il lui aussi? Toute la question est là et y répondre nous entraîne dans un engrenage infini.
Sans vouloir défendre Bartabas, je comprends qu'un homme puisse s'enflammer de colère s'il se sent victime d'une injustice, et réagisse en fonction de sa personnalité et de son éducation. Et nous atteignons le point sensible de notre civilisation, l'enseignement.
Or, tant qu'une société privilégiera la répression au détriment de son enseignement, elle devra faire face à ces dérives que vous dénoncez avec justesse, et risque de périr dans les marais de l'ignorance par manque d'esprit critique.
C'est ce qu'il advint à Savonarole, dont les Florentins se lassèrent tant la dictature qu'il leur imposait devenait insupportable.
Mais nous sommes peut-être tous, vous comme moi, peu ou prou, un jour ou l'autre, des Savonarole en herbe dans ce qu'il avait de plus néfaste, l'intransigeance, et non dans ce qu'il avait de nécessaire.
Rédigé par : patrick PIKE | 12 janvier 2008 à 19:55