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France Finkielkraut

Une formidable bouffée d'air pur, d'intelligence libre, ce matin, sur France Inter. Nicolas Demorand, qu'un auditeur imbécile s'est permis d'insulter, recevait le philosophe Alain Finkielkraut (AF).

Mon enthousiasme pour ce dernier ne s'accompagne pas, je l'espère, d'une inconditionnalité sotte. J'ai conscience aussi que sa stature est d'autant plus remarquée qu'elle s'impose dans un désert français. Certes, il y a des penseurs, des essayistes, des analystes ou des polémistes mais aucun ne sait mêler comme lui, aussi intimement, la profondeur de la réflexion, le courage et l'indépendance de la parole avec la vigueur fine du langage. Sa grande force, et j'en ai souvent profité sur ce blog, c'est qu'il stimule, réveille et suscite la réplique. Il va brillamment au coeur de l'ordinaire pour en tirer des leçons essentielles. Il rayonne à part.

Avant d'aborder le fond des propos échangés, je voudrais donner immédiatement un exemple de cette personnalité singulière et des heureux effets qu'elle ne manque pas d'avoir même sur les thèmes les plus controversés. AF est parvenu à traiter du comportement public et privé du président de la République sans tomber dans la flagornerie ou la diatribe. Aujourd'hui, pour un intellectuel, une telle aptitude relève de l'exploit. Celui-ci est d'autant plus appréciable qu'ainsi, et malgré les apparences, en ne refusant d'appréhender ni les ombres ni les lumières, AF nous a offert de Nicolas Sarkozy une image infiniment plus nuancée et estimable que celle diffusée par ses thuriféraires un peu courts et, évidemment, ses adversaires monomaniaques.

Le débat a porté principalement sur la "politique de civilisation" qui a vu l'irruption d'Edgar Morin, qui semble éprouver lui-même du mal à préciser les contours de son nébuleux concept, dans l'espace politique. Je n'ose pas croire que la référence à cette pompeuse et équivoque notion puisse résulter seulement de la volonté de quitter les chemins difficiles du politique pour aborder les rivages plus riants, parce que plus flous, de la civilisation. Pour résumer, en termes infiniment moins choisis, c'est le désir de voir le qualitatif prendre sa revanche sur le quantitatif. On verra qu'AF donne, par les trois exemples qu'il choisit, un contenu plus large à cette "politique de civilisation".

Le premier concerne Villiers-le-Bel où à la suite des drames récents, un père de famille, d'origine béninoise, a été obligé de quitter ce quartier parce que la vie était devenue infernale pour tous ceux qui travaillaient, avec le vacarme nocturne et les mobylettes pétaradantes.

Le deuxième se rapporte à Bartabas qui a cassé du mobilier parce qu'on lui aurait manqué de respect en diminuant le montant d'une subvention. Il a osé téléphoner en cours d'émission en se déclarant diffamé.

Le dernier a trait à l'émission de Thierry Ardisson sur Canal Plus, "Salut les terriens". La riche idée a été proposée à des invités d'octroyer l'Alien d'or à la personnalité dont la mort, au cours de l'année écoulée, a mérité le moins de considération. Le cardinal Lustiger a "gagné" ce prix honteux, au milieu des rires gras et obscènes.

Cette triple illustration représentait, pour AF, une crise non pas de civilisation mais de dé-civilisation, un phénomène qui montrait que cette dernière ne faisait plus partie du jeu, même par une transgression qui l'aurait encore révélée présente, mais qu'elle était oubliée, abolie. Les deux premiers exemples m'ont d'autant plus touché que totalement ou partiellement je leur avais consacré des billets. Je rejoins ce désir d'AF d'aller chercher dans la quotidienneté sociale ou médiatique les signes les plus éclatants de la décadence, de la faillite de notre savoir-vivre ensemble.

Je ne suis pas persuadé que nous nous trouvions, en dépit de ces incidents ou vulgarités, dans un moment de société qui nous plongerait dans l'informe et l'imprévisible d'un monde ayant oublié jusqu'au nom de civilisation. Nous n'avons pas encore atteint ce point extrême où le fond ayant été touché et l'espoir anéanti, nous ne pourrions que remonter à la surface pour inventer un progrès à la mesure d'aujourd'hui. Je perçois plutôt que nous sommes encore dans le délitement résistible, dans l'usure molle et progressive, dans le naufrage doux et presque consensuel d'un univers qui échappe aux quelques volontés lucides pour rejoindre le désastre baptisé tôt ou tard évolution inéluctable, fil bienfaisant du temps. Camper au milieu du gué, quand tout semble encore possible mais que tout souligne notre impuissance, qu'on ne parvient plus à retenir le sable du génie national entre nos mains et par nos esprits, exige, plus que jamais, le refus d'une forme de déclinisme qui, pour être clairvoyante, briserait net les bonnes volontés et les désirs de renaissance. Parfois, il y a, dans le discours terrible et décapant d'AF, une musique sombre qui nous aspire vers la défaite en prétendant nous en préserver. Il ne faut pas qu'AF désespère tous ceux qui lui font confiance et qui ont besoin de cueillir, au sein de ce qu'il dénonce et montre, de quoi constituer le sursaut de demain. Si ce n'est pas encore une dé-civilisation mais seulement une société qui continue de se décomposer en nous laissant donc encore une chance, ne pourrait-on tenter d'identifier ce qui surgit de ces exemples et serait susceptible de nous éclairer ?

Le constat est d'autant plus aisé à établir qu'il se fonde sur des évidences ressassées à perte de vue, d'enquêtes sociologiques et de colloques. L'unité d'une communauté nationale, qui aime les différences pour les transcender, qui cultive les singularités mais pour les offrir à tous, qui permet à quiconque d'utiliser l'ensemble de sa palette humaine, de l'être intime à la vigilance du citoyen, est battue en brèche au point que mille clans se constituent, des groupes, des factions, qui viennent mordre pour arracher partie de valeurs qui devraient demeurer communes. Autrui non seulement n'est plus respecté mais dans la vie sociale qui est dénuée de sens si elle n'implique pas au moins une neutralité bienveillante à l'égard de son prochain, les solitudes sont fières de se mouvoir dans un espace où elles ont la prétention de n'avoir besoin que d'elles. Autrui n'est plus ce qui fonde mais ce qui insupporte. L'autarcie du comportement s'assumant erratique n'est même plus brimée par la conscience d'une altérité à préserver. Ce père de famille béninois déserte parce qu'il n'en peut plus. Bartabas détruit en se posant en victime. On crache sur les morts en les hiérarchisant et en riant sur elles. Le pire est sans doute que ces dérives s'effectuent au nom d'une morale de pacotille. La liberté des jeunes gens qui, à Villiers-le-Bel, ont le droit d'être eux-mêmes. Bartabas qui s'affirme respectable au moment même où il s'égare. L'idéologie du futile et de la dérision qui est devenue médiatiquement, sauf exceptions, "le chant national de notre télévision". Non seulement la civilisation, l'art de vivre, l'exigence du respect, l'attention à autrui, la dignité des faits et gestes sont offensés mais sous un pavillon de complaisance : une éthique de rupture, des valeurs new-look. Victimes donc, et aussi ringards. C'est le sort qui est réservé à tous les "Savonarole du pauvre" peuplant notre société.

Derrière ces bouleversements, comment ne pas remarquer l'effacement de tout ce qui pouvait, tant bien que mal, structurer, hiérarchie, distinguer, discriminer ? Faute de savoir ou pouvoir imposer un ordre au monde, c'est le monde maintenant qui nous impose son ordre, donc son absence d'ordre. L'insignifiant se pique d'avoir du sens, on est qualifié d'artiste avant de l'avoir démontré, un malheureux créateur d'une ou deux oeuvrettes se voit créditer d'une Oeuvre, le rire et l'humour sont portés aux nues non plus comme l'ornement d'une intelligence mais comme le nec plus ultra d'une vie, ne plus lire démontre la modernité, la culture pèse plus qu'elle n'enrichit. Tout est mis sur le même plan et Finkielkraut, s'il ne fuyait pas Ruquier le samedi soir, serait mis, comme n'importe qui, au ban médiatique.

Puisque je viens d'évoquer la hiérarchie, l'honneur, la dignité, la tenue de soi et de ses idées, c'est avec un infini bonheur que je m'abandonne à cette volupté si rare d'estimer sans réserve, de louer sans retenue et de remercier sans parcimonie : Alain Finkielkraut, ce matin, sur France Inter m'a donné envie - et Nicolas Demorand ne m'en aurait pas voulu - de l'appeler France Finkielkraut, tant elle et lui m'ont semblé indissociables. Si elle c'est lui, si lui c'est elle, s'il met sa puissance d'être et de convaincre au service de l'action et de la politique, le pessimisme n'est plus sûr.

Il y a encore un peu de civilisation.

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Voici les sites qui parlent de France Finkielkraut :

Commentaires

"L'idéologie du futile et de la dérision qui est devenue médiatiquement, sauf exceptions, "le chant national de notre télévision".....

C'est le sort qui est réservé à tous les "Savonarole du pauvre" peuplant notre société."...


Vous êtes bien loin d'avoir tout vu, monsieur Bilger. Si le futur jeu acheté par la TV française à l'Asie se trouve programmé un jour, vous verrez jusqu'où va la bêtise humaine.
Le cadre : une bibliothèque.
Le but du jeu : troubler le silence et le calme des lieux, en faisant réagir un candidat, (le faire crier si possible), en lui tirant les poils du nez !

Ce n'est pas un gag, ni un poisson d'avril.

Vive la culture des classes !

Possible aussi de visionner sur www.france5.fr l'émission de ce jour chez Calvi (c'est dans l'air) avec le même Finkielkraut, sur le même thème.


"Faute de savoir ou pouvoir imposer un ordre au monde, c'est le monde maintenant qui nous impose son ordre, donc son absence d'ordre"

Pas tout à fait. Une représentation du monde est imposée par ceux qui ont le pouvoir de la montrer, dans laquelle doit se mouler celui qui veut exister (c.-à-d. se montrer lui aussi).
Au dehors de cette représentation permanente et festive se retrouvent les cons, vieux de préférence.

Je suppose, monsieur Bilger, que vous avez écouté ce soir, AF, invité de monsieur Calvi dans "C dans l'air". Thème : "Vous avez dit "civilisation" ?

La civilisation de Sarkozy, c'est la civilisation du fric, des apparences, de l'égoïsme. Une civilisation où, selon le lapsus ô combien révélateur de Sarkozy, "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres". Tout est dit...

Lorsque Finkielkraut aura lu le rapport Attali, il aura compris que la guerre de la raison a failli. Nous confions des clefs à un homme optimiste pour un futur nomade et touristique où la procréation se fera par vagin artificiel (j'espère que je serai mort avant !).

Finkielkraut a fini son passage à vide et se remet à être bon, l'affection que je lui porte se réconcilie avec la pensée qui s'accorde à nouveau avec mon point de vue. Il y a de bons petits moments de vie comme ça.

Les égarements de Bartabas sont aussi incompréhensibles qu'inadmissibles. Incompréhensibles car un homme de cheval doué comme il l'est ne peut avoir atteint le degré de perfection qu'il obtient des animaux qu'à force de patience et de maîtrise de soi. Et s'il est un domaine où la civilisation prend tout son sens, c'est bien celui de l'équitation et plus encore de la haute école.
Moi qui suis une vieille cavalière, 50 ans de pratique, et qui ne lui arriverai jamais à la cheville, j'en sais quelque chose. Alors que s'est-il passé ? De quelque manière qu'on envisage l'événement, c'est sa survenue même qui est inquiétante.

Pour le "nébuleux concept" et la "pompeuse et équivoque notion", c'est ici qu'on peut en juger : http://www.mcxapc.org/docs/reperes/edil38.pdf

Je me permets donc de rebondir sur une cavalière de 50 ans de pratique :

rien que son nom, Grain de poivre à "Bartabas", rien que son nom donne des indices et quelques réponses à vos inquiètudes !
cherchez bien !!

sinon, moi qui suis cavalier servant pratiquant, depuis d'illustres lustres, je ne me fais aucune inquiétude : c'est quand même un homme bel et bon comme au vieux temps d'avant !

sinon, Sissi !!

"Ce n'est pas un gag, ni un poisson d'avril.
Vive la culture des classes !
Rédigé par: Marie | le 10 janvier 2008 à 17:50"

je vais plus loin encore , si vous me le permettez, Marie:
"Vive le retour de la culture en classe, comme avant !"
je sais, c'est mon côté M.L.K., un rêve !

sinon, chez cet homme, ce qui m'a toujours fasciné, c'est son nom, pas son cinéma ni ses écrits :
BHL BHL, ça sonne banal mais "Finkielkraut" c'est autre chose :
la preuve, à chaque fois je le "copie-colle" pour ne point "fauter orthographiquement" !!!
Sissi !!!!!!!!!

sinon enfin :
"Il y a encore un peu de civilisation."
concluez-vous !
que je suis d'accord, que je suis d'accord et pas que pour être raccord, croyez-moi !!

Je n’ai pas écouté France Inter mais je souhaite néanmoins réagir à ce que vous dites quand vous écrivez ceci :

« Faute de savoir ou pouvoir imposer un ordre au monde, c'est le monde maintenant qui nous impose son ordre, donc son absence d'ordre. »

En effet, « Ordonner, soumettre à un concept », penser, « c’est donner la règle ; ce qui donne la règle est le pensant » - Méditations personnelles sur la philosophie élémentaire - Johann Gottlieb Fichte

Ou encore :
« Le concept sert à ordonner la diversité du réel, mais aussi à saisir un monde qui change. »
A savoir : « pour Aristote, concevoir le réel, c'est être capable de » le formater, en quelque sorte, en catégories « en répondant aux questions : quand ? où ? comment ?


Nous faisons preuve d'un sens du concept, à chaque fois que nous ordonnons la réalité conformément aux structures qui sont les siennes. [..] si le monde d' Aristote est un monde ordonné, la science moderne fait apparaître qu'il y a des mondes cachés dans le monde. D'où la nécessité, comme l’établit Kant (1724-1804), de trouver un sens au classement du monde : celui qui consiste non plus à ranger le monde conformément à ses structures (lois de la nature), mais aux catégories de l'entendement* (qualité, quantité, relation, modalité).


Ce passage de la réalité au sujet (c'est-à-dire à l'homme considéré en termes logiques par opposition à l'objet), afin d'ordonner le monde est capital, car il fait intervenir l'imagination.» - il s'agit d'un passage que cédant à la facilité et aux impératifs du manque de temps à rédiger rapidement quelque chose de simple, j'ai récupéré sur : http://philoza.guillaume-alexandre.com/

Autrement dit, s’il n’y a pas de monde sans production de son concept, sans pensée de ce qui le constitue comme monde qu’est-ce que pourrait signifier être-au-monde dans un monde qui échapperait à la production de son concept ? Si on pose la question à Arendt et notamment à ce que dans « La condition de l’homme moderne » elle appelle ‘l’aliénation-par-rapport-au-monde' qui me paraît correspondre à ce que vous dites, on trouve la réponse suivante : « de plus en plus à cause de l’automatisation, la société des loisirs de masse (CC, p270), menace de détruire le monde: elle est liée au totalitarisme lui aussi destructeur de monde (mag litt sur Arendt citant frag 15 et 16) - Voir:http://www.philo.ac-aix-marseille.fr/formations/2005/arendt_legrand.htm - » etc. et on aboutit encore à ce que d’aucuns ont également nommé un Im-monde nous appelant à la vigilance concernant ses possibilités de résurgences, ici ou là… !

Si je n’ai pas écouté France Inter ce matin, en revanche j’ai regardé une bonne partie de l’émission consacrée hier au soir sur Arte à Simone de Beauvoir et j’ai notamment été interpellée par cette citation extraite, il me semble, d’un inédit : « J’ai usé de ma liberté pour méconnaître la vérité du moment que je vivais », sachant que ce moment désigne la Seconde guerre mondiale.

Une civilisation, la civilisation classique, qui s'évanouit, ça vaut le coup de se pencher sur la malade en fin de vie qui bouge encore, par-ci par-là. Il n'y a pas de quoi pleurer, non, l'ancienne culture meurt comme tant d'autres avant elle. Point de nostalgie, donc. Il n'est plus possible de penser comme avant, en se référant à tout un corpus d'auteurs, d'événements historiques qui nous reliait tant bien que mal aux tragiques grecs ou aux peintres de la Renaissance. Non, cela n'est plus possible parce que personne n'y comprend plus rien, à ces références. L'héritage s'effrite et disparaît des mémoires. L'histoire s'évanouit et la mémoire immédiate - celle du fameux devoir de mémoire - la remplace, faute de mieux. Le disque dur est plein, il faut reformater l'ordinateur du monde.

Privée de son histoire, la pensée étouffe : les gourous et autres mystiques terrorisent les esprits plongés dans l'oubli de ce que fut l'intelligence du passé. Il faudra de nombreux siècles pour retrouver de l'air, une nouvelle Athènes qui émergera de siècles obscurs de gestation. Nous plongeons dans l'obscurité électronique, le chaos primitif où se déterminent les nouvelles cellules. Le monde bouge, car lui n'est pas mort, il bouge même comme un foetus, de façon désordonnée et brutale. La nouvelle civilisation n'est pas née et il faut encore l'observer, myopes comme nous sommes, au travers d'une échographie brouillonne qui permet toutes les confusions. Il en sortira nécessairement quelque chose et les prémices de cette nouvelle civilisation sont peut-être déjà là, sans que nous le sachions.

Observons et témoignons de ce mouvement convulsif.

Je comprends l'enthousiasme que vous avez pour la pensée d'Alain Finkielkraut. J'apprécie pour ma part son indépendance d'esprit, son courage intellectuel, qui le fait souvent s'exprimer à contre-courant du troupeau et de ses bêlements ordinaires. J'aime cette défense de la langue française et de certaines valeurs qui - excepté pour les sots - ne devraient être ni de droite ni de gauche mais au contraire appartenir à notre fond commun, un fond bien entendu malléable, évolutif et mobile. Il n'en reste pas moins qu'avec un vocabulaire d'à peine 200 mots on appauvrit sa pensée et donc sa liberté. Il a eu raison de nous alerter depuis longtemps sur cette acceptation molle de toutes ces incivilités qui ont rétréci et parfois détruit la distance nécessaire entre l'autre et soi-même. Là encore, c’est une façon de défendre la liberté individuelle car il n’en existe pas qui ne soit bornée - nos législateurs, dans leur suprême sagesse, l’ont toujours su. Il a eu le courage lui, l'ancien intellectuel de gauche, de passer l'héritage de 1968 au crible de l'examen critique. Il l’a fait avec nuance. Seuls des esprits simples et malhonnêtes ont voulu faire croire qu'il avait changé de camp, tourné sa veste, ou autres étiquettes faciles qui substituent l‘imprécation à la pensée. Si le mouvement de mai nous a permis, fort heureusement, de réfléchir aux excès de la société de consommation, le slogan « il est interdit d’interdire » a eu en revanche des incidences catastrophiques. Le grand médiéviste Georges Duby remarquait, il y a plus de vingt ans, que les organes de transmission et de cohésion sociale n’accomplissaient plus leur fonction traditionnelle. Alain Finkielkraut a compris en outre l’urgence qu’il y avait à changer notre regard sur le vivant, celui-ci étant trop souvent réifié dans nos sociétés de consommation moderne (L’imparfait du présent, 2002). Dans ce cadre, la crise de la vache folle a joué, selon moi, le rôle de révélateur. Un sujet auquel je suis particulièrement attaché en tant qu’écrivain et militant écologiste. Je regrette seulement que, suivant l’exemple d’autres philosophes, Alain Finkielkraut néglige parfois l’apport psychanalytique et psychiatrique. Je l’ai entendu s’étonner une fois du fait que Youssouf Fofana, le meurtrier d’Ilan Halimi, n’ait exprimé aucun sentiment de culpabilité à propos de ses actes barbares. Or la culpabilité n’est pas un sentiment universel, loin de là… Enfin, la volonté légitime du philosophe de lutter contre l’angélisme et la justification idéologique du crime ou du vandalisme - dont une certaine gauche avait fait un article de foi - le conduit parfois dans l’excès inverse, c’est-à-dire à négliger peut-être un peu trop l’incidence de l’environnement économique et social sur les comportements humains.
Quant à ce Monsieur Thierry Ardisson que vous évoquez, nos maîtres ne nous ont-ils pas enseigné à ne pas parler des latrines ?

@philippe
Et si vous preniez une bonne résolution en ce début d'année : ne plus regarder Ardisson, Ruquier, Fogiel et quelques autres. Facile à tenir, je vous assure. A la place un bon livre, pas forcément d'AF dont la pensée singulière m'enchante souvent mais pourquoi pas un polar, tiens "Le Désosseur" (Bone collector) de l'américain Jeffery Deaver (je vous en parle car j'ai entendu ce matin que le film était programmé hier sur une chaîne mais n'ayant pas regardé les programmes j'ai loupé son enregistrement) ou le "Dix-huit heures pour mourir" du même auteur ou ce que vous voulez... allez, belles soirées à tous ; belles journées aussi :-)

L'idéologie nihiliste et abrasive se trouve principalement à la télévision, c'est là son antre, elle diffuse chaque jour son venin quotidien pour abrutir et désinformer les honnêtes gens. AF est là pour dire certaines vérités, il prend le risque d'être haï par le milieu qu'il fréquente et par toutes sortes de gens, sans doute est-il un homme honnête qui ne peut pas vivre dans le mensonge, au-delà de ça je le considère plus comme un polémiste ou un journaliste véritable que comme un penseur ou un philosophe.

Sans être par trop pessimiste, il faut tout de même constater que depuis plus d'une décennie les mots ont remplacé les actes, les vertus et les repères hérités de notre civilisation.
Dans une société où l'on échange peu avec ses semblables, on n'arrête pas de vanter la société de communication.
On n'ose plus parler de morale aussi célèbre-t-on l'Ethique. Dans les sociétés par actions on a créé des groupes d'éthique qui permettent de faire porter aux subordonnés la responsabilité de dirigeants que la morale ne dérange plus.
La culture disparaît au profit des millions que l'on peut gagner en faisant appel au public (qui détient la Culture).
L'éducation, je veux parler de la bonne éducation, est remplacée par l'incorrection : peu de personnes disent bonjour Madame ; un "salut" ou un "bonjour" suffisent.
Tenir la porte ouverte à la personne qui vous suit est rarement accompagné en retour d'un remerciement.
Ces gestes élémentaires de civilité sont pourtant des constituants indispensables de civilisation.
Leur disparition n'indique rien de bon.
Monsieur Alain Finkelkraut parle d'or mais il est un des derniers Mohicans.
Cela vous réconforte de l'entendre.
Je le suis dans ses constats, ses raisonnements et ses inquiétudes aussi j'en reste désolé pour notre civilisation forgée pendant des siècles et délitée en un demi-siècle.
Aujourd'hui, on n'étudie plus, on consomme, on puise de la connaissance sur le web, sans la comprendre vraiment.
Pour apprendre, il n'est plus nécessaire de faire d'efforts ; il faut du "ludique".
Lire est un luxe de ringards remplacé par les jeux télévisés et autres calamités que sont les amuseurs du type Fogiel, Ardisson, Ruquier ou Bénichou.
Alain Finkelkraut dit décivilisation ; j'irai jusqu'à parler de barbarie rampante.
Mais peut-être ne suis-je qu'un vieux grincheux, inadapté et inadaptable et qui, pour une fois, s'étend trop sur ce sujet.

Cela s'appelle la décadence d'une civilisation, tout simplement.

Bartabas confirme qu'il est une racaille.

Il casse le mobilier du ministère, puis écrit une lettre publique à la ministre de la Culture, non pas pour s'excuser, mais pour exiger d'elle des excuses !

Et il téléphone à la radio pour s'estimer diffamé.

Comment peut-on diffamer Bartabas ? Diffamer quelqu'un, c'est porter atteinte à son honneur. Comment peut-on porter atteinte à l'honneur de quelqu'un qui n'en a pas ?

Il est logique qu’un président en rupture avec l’ancienne société s’enquière plus qu’un autre des voies d’une reconstruction, car le risque est l’accélération du « délitement résistible ».

Pour autant aucune source de renouveau ne semble émerger soit que nous ne soyons pas exercés à les discerner, soit qu’elles sont absentes. Ce n’est pas que la situation est objectivement sombre, rien à voir avec l’effondrement de 1940 ou ces tensions de la fin de la guerre d’Algérie quand l’armée tirait sur les manifestants de la rue d’Isly, non il s’agit simplement d’une période cotonneuse où aucun horizon n’appelle pour aller voir l’au-delà du monde.

Ce temps produit l’ennui, d’où l’actualité des rieurs, et dans la surenchère du rire se franchissent l’une après l’autre les limites.

J’apprécie beaucoup Finkelkraut, il peut nous faire revivre les charmes du passé, mais il ne faut pas compter sur lui pour nous découvrir la trace brouillée des voies nouvelles.

Sarkozy en est-il capable ? Je ne le crois pas car la rupture bloque l’émergence de l’avenir : comparons la rupture socialiste de 81 et les politiques « conservatrices » voire « réactionnaires » qu’ont été ce progrès social si fort de la « nouvelle société » (la mensualisation notamment, il faut s’en rappeler) où les politiques de Giscard et de madame Veil. A l’inverse de ces avancées, bien des « progrès » tels les nationalisations n’ont laissé d’autres traces que l’accroissement des déficits et le déclin.

Car la rupture est une idée adolescente, plus facile que d’affronter modestement mais concrètement les contraintes et les évolutions du monde.

Je viens de trouver une solution à la crise de la restauration que je soumettrai lors d'un prochain rapport.
Il y a pénurie dans ce domaine, nous pouvons comprendre que couper les frites comme faire la vaisselle n'enthousiasment guère.
Or que nous dit ce gouvernement, d'être surproductif et inventif.

Ne peut-on donc intégrer un bac à plonge dans le pupitre de l'avocat général, faire éplucher les oignons aux avocats de la partie civile et de la défense ce qui les aiderait pour la plaidoirie, le juge pourrait concocter les menus, le président les élaborer, la greffière les servir, la gendarmerie faire un spectacle dansant...
Certains procès sont longs et ennuyeux, tout ce précieux temps gâché est une abomination à notre productivité, un secteur en crise serait sauvé.

@Jean-Dominique Reffait

". Il n'est plus possible de penser comme avant, en se référant à tout un corpus d'auteurs, d'événements historiques qui nous reliait tant bien que mal aux tragiques grecs ou aux peintres de la Renaissance. Non, cela n'est plus possible parce que personne n'y comprend plus rien, à ces références. "

Vous nous dites en somme qu'il faut que notre époque réinvente le fil à couper le beurre en matière de questionnement philosophique vu que c'est devenu trop compliqué pour nos petites cervelles nourries au maxi big mac et au donut, de lire les auteurs du passé dès lors qu'on n'y trouve pas de représentation graphique du portail temporel de 'Retour vers le Futur'. C'est oublier que cette tabula rasa que vous nous recommandez est le pur et simple postulat inaugural du cheminement individuel dans les pas des Titans qui nous ont précédés, et là devinez quel mot je viens d'écrire en évoquant 'celui qui marche devant moi'? Tout simplement celui que les pratiquants d'arts martiaux connaissent sous le vocable de 'SENSEI'!!
Vous vous rendez compte si notre belge national avait du réinventer non seulement la technique de la baffe mais aussi celle de la frite que nous devons en réalité à Ste Thérèse (la frite, pas la baffe) ??

@catherine A.

J'ai vu le film et jusqu'au bout, ce qui m'a fait louper le début de l'émission sur Simone de Beauvoir. Cette mise en boîte de l'identité judiciaire finit bien, rassurez-vous, le flic déjanté qu'est le coupable qui sème les indices en défiant ses ex collègues de retrouver le vieux polar dont ses meurtres s'inspirent de façon à pouvoir les devancer, sera battu en brèche par l'intelligence du chef de l'identité judiciaire qui est en réalité visé au départ. Ce dernier est un quasi tétraplégique mais bien équipé sur le plan robotique, il voulait qu'on l'euthanasie, effrayé par un futur de légume, mais il retrouve l'instinct de l'animal pour se défendre contre le meurtrier, finalement parvenu jusqu'à lui, en le mordant avec succès à la gorge, ce qui donnera le temps à une jolie fliquette novice d'intervenir.
Bien évidemment avec le goût du sang, il retrouve le goût de vivre grâce également à devinez qui ? Mais au nouvel élément féminin de son équipe qui applique à la lettre le manuel de police qu'il a écrit et dont son flair de vieux renard avait immédiatement discerné les qualités professionnelles qui se cachaient sous un joli minois bien sûr !

@Ludovic Lefebvre

"Ne peut-on donc intégrer un bac à plonge dans le pupitre de l'avocat général"

Savez-vous que la nouvelle tendance est à la vaisselle non pas jetable (plastique ou papier), mais qui se mange ? Le bol en pain, l'assiette en pâte, la petite cuiller en sablé au beurre ? Inspiré de la maison de pain d'épices, la Hexenhaus ou maison de la sorcière qui nous invite à l'oisiveté maximale peuplée de petits plats qui n'auront jamais besoin d'être débarrassés ? Peut-être, qui sait !

« Je vais plus loin encore, si vous me le permettez, Marie:
« Vive le retour de la culture en classe, comme avant ! »
« je sais, c'est mon côté M.L.K., un rêve ! »
Rédigé par Cactus, le 11 janvier à 9 h 26

Je crains, sieur Cactus, que vous ne vous brûliez les ailes de cire au feu ardent des illusions.


Ne prête t-on pas à monsieur Voltaire les propos suivants :

« Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas instruit.
Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. »


Et encore ceux-ci :

« Parmi ceux qui lisent, il y en a vingt qui lisent des romans, contre un qui étudie la philosophie. Le nombre de ceux qui pensent est excessivement petit, et ceux-là ne s'avisent pas de troubler le monde. »


Alors voilà ma conclusion :

« N’est ce pas bonne stratégie d’abrutir la masse
Afin de laisser à quelques ambitieux la place ? »

Marie

je vous ai compris !
vous m'avez convaincu !!
Sissi !!!

Non, Catherine J

Je ne savais pas du tout. Je trouve l'idée amusante de façon sporadique, calorigène à long terme. Quoi qu'on en dise, l'Homme cherche toujours le moyen de faire moins d'efforts. D'ailleurs le travail semble absent des divers paradis proposés, l'utopie d'absence d'effort est donc bien présent.

Juste signaler le film de Kéchiche, "La graine et le mulet" que je trouve très proche de la pensée de Finkielkraut - sans cette part "phobique" du philosophe.

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