Je n'aime pas Closer mais tout de même !
Cécilia Sarkozy, paraît-il, selon les sites de l'Express et du Nouvel Observateur, a décidé d'assigner cet hebdomadaire pour atteinte à l'intimité de sa vie privée. Pour une photographie d'elle en maillot de bain, l'été dernier, sur une plage du Connecticut, ses avocats réclameraient la bagatelle de 250 000 euros à titre de dommages-intérêts.
D'abord, je n'ai pas voulu croire à ce montant exorbitant, fou pour tout dire. Puis je me suis vite persuadé que rien n'était impossible dans ce monde qui perd la tête.
Par une démarche infiniment vulgaire, Closer avait rapproché sur sa couverture la photographie de Cécilia et celle de Carla Bruni également en tenue de bain. Une telle indélicatesse renvoyait à une absence d'éthique professionnelle mais force est d'admettre qu'ayant pu voir ces photographies avant qu'elles ne soient floutées, elles ne présentaient pas ces dames sous un jour ridicule ou indigne. En elles-mêmes, elles n'appelaient aucune critique, sauf à considérer que seule leur juxtaposition était dommageable.
L'atteinte à l'intimité de la vie privée, au regard de l'article 9 du Code civil, ne pourra qu'être constatée. Puisque dans l'espace public ou dans un lieu soumis à certaines conditions pour y accéder - une plage privée, par exemple -, une jurisprudence bien établie considère que des fragments de vie intime peuvent s'y manifester et que ceux-ci doivent être préservés. Ainsi, il suffit que Cécilia Sarkozy ait été photographiée sur une plage où elle était peut-être seule pour que l'atteinte à son existence privée soit consommée. On comprendra pourquoi, nostalgique, je rêve d'un retour à ce qui avait cours avant la loi de 1970, qui permettait de communiquer ce qui était public sauf à démontrer l'existence d'une faute et donc d'un préjudice.
Depuis la loi de 1970, ceux qui assignent n'ont plus à démontrer l'une et l'autre. Les dommages intérêts sont dus dès que l'atteinte est relevée, en quelque sorte mécaniquement. Imaginons un retour au système d'hier. Je serais impatient de lire les conclusions des avocats de Cécilia Sarkozy. Comment parviendraient-ils à persuader les juges qu'une photographie, en plein été, même d'une personne célèbre, représente un dommage pour celle-ci ? En ayant abandonné cette position ancienne fondée sur le bon sens et un droit accessible, on a autorisé par le biais de l'article 9 la création de véritables fortunes judiciaires, longtemps favorisées par la généreuse mansuétude des magistrats et le climat un tantinet élitiste et clinquant de cet univers où les mêmes retrouvaient les mêmes. On s'en donnait à coeur joie. Alors que de vraies tragédies étaient soumises à l'attention, on feignait de prendre ces minimes rançons - et encore ! - de la célébrité pour des drames authentiques appelant de l'argent, la compassion des juges et une sorte d'indignation fabriquée. Le coeur tournait à vide mais le tiroir caisse à plein.
Je ne parviens pas à percevoir pourquoi cette atteinte infime et sans conséquence, dans l'impudeur et l'indiscrétion généralisées, mériterait d'être prise à ce point au sérieux qu'on prétendrait la compenser par la somme extravagante de 250 000 euros. Ou bien faut-il admettre qu'on s'obstine à jouer un jeu que je déteste et qui fait de la justice un comptoir où s'échangeraient les marchandises, la vérité et le mensonge, la décence et l'impudeur, où le troc dominerait. Je demande le summum pour obtenir moins, mais peu importe. J'aurai au moins montré que notre cause est excellente. Il ne convient jamais de s'affirmer chichement offensé. Cela manquerait d'allure.
250 000 euros pour cela, quand les privilégiés, en face d'une multitude qui s'adonne au "dur métier de vivre", devraient au contraire avoir l'élégance de se faire discrets !
Si cette assignation va au bout, je suis sûr que mes collègues se méfieront. Nous ne sommes pas là pour ajouter absurdement à la richesse, ni pour surestimer la gravité des piqûres que parfois la notoriété appelle de ses voeux.
Dans le domaine de la vie privée et de l'image, je suis contre l'argent loi.
D'accord mais je rajoute : "ni pour l'argent roi" ("la loi c'est la loi" souvenirs souvenirs d'un film du temps jadis).
Rédigé par : Cactus plus près | 24 janvier 2008 à 18:43