Comment choisir ?
Libération censure. Frédéric Beigbeder interpellé avec de la cocaïne et en train d'en sniffer. Va-t-on le traiter comme les autres justiciables ? Le PSG recrute in extremis deux joueurs brésiliens. Va-t-il continuer à remonter la pente ?
Et la promotion dans l'Ordre de la Légion d'Honneur vient dêtre publiée. Elle s'est féminisée, certes, mais aussi, si j'ose le néologisme, "copainisée". Je n'ai pas demandé cette distinction mais en 2000 je l'ai acceptée. Selon Alphonse Allais, je suis tout de même à moitié coupable et je n'ai donc droit qu'à une moitié de liberté d'expression dans ce domaine. Aussi, j'arrête là.
Cela tombe bien car au moment où certains ne doivent leur faveur qu'à la seule complaisance des Pouvoirs publics, je songe, depuis deux jours, à cet enseignant que l'opprobre n'a pas épargné. Il a été placé en garde à vue durant vingt-quatre heures et va être jugé, le 27 mars, selon la procédure de plaider-coupable, pour violences sur mineur de quinze ans.
Pourquoi ? Qu'a-t-il commis de si grave ? Un élève de onze ans lui désobéit en ne rangeant pas, le professeur projette ses affaires à terre, l'élève le traite de "connard" et il reçoit une gifle. Le père de la "victime" est gendarme et vient en uniforme demander des explications au collège. Ensuite, il porte plainte.
C'est tout ? Oui. Le procureur de la République d'Avesnes-sur-Helpe s'est justifié hier à la télévision. L'enseignant n'a jamais connu le moindre incident en trente ans de carrière, ses collègues le soutiennent, d'anciens élèves sont venus rappeler qu'il était "autoritaire mais juste" et rien n'est venu démontrer l'accusation d'avoir jamais exercé sous l'emprise de l'alcool.
Le Figaro, le Parisien et le site du Nouvel Obs, notamment, ont évoqué cette affaire scolaire mais qui dépasse largement ce cadre par le débat qu'elle suscite. Sur RTL, le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos a souligné avec bon sens qu'un fait divers, "aussi scandaleux soit-il" - seule concession au politiquement correct - ne devait pas faire "oublier la réalité" qui, "dans l'immense majorité des cas fait souvent des professeurs les victimes".
L'étonnant est déjà qu'aujourd'hui, cette péripétie entraîne un tel émoi et que le professeur, avant une heureuse réaction collective, ait d'abord été accablé. Force est de constater la perversion d'une modernité qui se croit obligée de placer sur le même plan l'enseignant et l'enseigné, le maître et l'élève. Au lieu d'examiner d'emblée, au regard des droits et devoirs de chacun, de la nécessaire hiérarchisation des situations et des comportements, de la politesse du savoir et du savoir de la politesse, qui est initialement et indiscutablement en faute - le jeune enfant de onze ans -, on s'abandonne par démagogie à un salmigondis d'où il ressort une confusion propice à l'indifférenciation des rôles et des statuts. Tout ce qui sert à combler l'écart entre celui qui apprend du maître et doit lui obéir et l'enseignant est bienvenu. Tout ce qui permet de dissoudre l'autorité dans une sorte de convivialité désastreuse - puisque l'élève y perd, comme le professeur - recueille l'assentiment de beaucoup. Les mêmes qui, dans les dîners, le verbe haut, cultivent un catastrophisme systématique en déplorant la baisse du niveau !
Quel étrange rapport à la sanction notre époque cultive-t-elle ? Pour répudier le pire, l'intolérable, l'accomplissement et la justification de tortures, l'inadmissible assujettissement d'autrui par la force, on a lâché la bonde sans savoir ni vouloir s'arrêter à mi-chemin, dans une mesure équilibrée. Tout a été jugé à la même aune, tout est évalué de manière théorique, au nom d'une égalité abstraite démentie par l'expérience. Le garnement de onze ans qui, en le regardant droit dans les yeux, traite son professeur de "connard" est plaint parce qu'il est giflé au même titre que le malheureux qui subira une insupportable agression. L'enseignant systématiquement dur dans ses gestes mérite d'être sanctionné, c'est sûr. Mais qu'une claque unique - que le vécu de la classe ne rendait ni absurde ni choquante, après trente ans d'un métier pratiqué de manière irréprochable - entraîne de telles conséquences démontre que notre monde a perdu ses repères et ne tourne plus rond. Pour ne pas évoquer ces parents absurdement traumatisés parce qu'ils ont fessé un rejeton qui le méritait ! Condamner le dérisoire n'a jamais été une bonne méthode pour blâmer l'important. Au contraire. C'est un moyen de se donner bonne conscience. L'un vous dispense de l'autre.
On ne peut pas réfléchir sur un tel fait divers sans rassembler, en soi, le citoyen, le magistrat, le père, l'élève qu'on a été, l'enseignant qu'on a pu être. Je suis frappé par ce que révèle l'attitude du père de l'enfant giflé, gendarme, - fonction qui devrait être sensible au respect qu'on doit à l'autorité -, qui va déposer plainte après avoir pourtant pris langue avec un représentant du collège. Je n'ai jamais connu une telle situation avec mes enfants mais je sais que si l'un d'eux s'était permis d'insulter de la sorte son professeur et avait reçu une gifle en retour, j'aurais d'abord avec vigueur réglé le problème avec le jeune coupable puis dialogué avec l'enseignant. En aucun cas, je n'aurais judiciarisé un incident où, pour être gentil avec le père, les torts sont au moins partagés. Cette démarche manifeste une évolution qui inspire la plupart des personnalités, quelle que soit leur fonction. La plainte est un moyen d'éviter le conflit familial, la discussion nécessaire, l'engueulade utile pour parler net. Comme il y a plainte, le coupable est forcément ailleurs et c'est le professeur ! Par le recours à la justice, on publie ce qui mérite de demeurer discret et privé et on amplifie un mouvement qui va donner aux circonstances les plus intimes un tour officiel, intimidant et pour tout dire ridicule. L'appareil judiciaire pour une claque méritée !
Il faut bien, enfin, s'interroger sur le rôle du procureur de la République qui a motivé la poursuite de l'enseignant par un possible alcoolisme et une atmosphère de violence lors de l'algarade. Je n'ai pas à formuler un avis technique sur ce qui relève de sa seule responsabilité. Je me demande seulement si dans l'arbitrage que l'autorité judiciaire doit sans cesse effectuer entre le particulier et le général, l'individu et la société, le coupable et sa victime, mon collègue n'a pas sous-estimé les problèmes spécifiques de l'enseignement, les difficultés des professeurs, la fronde des élèves. A partir du moment où aujourd'hui, et depuis quelque temps déjà, le souci n'est vraiment plus de contrôler l'autorité des enseignants parce qu'elle serait abusive mais, au contraire ,de la sauvegarder, de l'aider à se maintenir parce qu'elle se délite, il me semble que la justice elle-même, s'insérant naturellement dans le processus social, dans la sphère éducative, ne se disqualifierait pas en assurant un traitement des affaires favorisant l'ordre, la discipline, le respect et stigmatisant - en classant sans suite, par exemple - les insultes et outrages qui appellent une réaction compréhensible. L'institution, certes, appréhende du singulier mais ne peut se désintéresser de l'incidence de ses pratiques sur le cours des univers qui s'adressent à elle. On saura donc, dans l'attente de la décision du 27 mars, qu'il est plus grave, dans une action éducative, de gifler un jeune élève de onze ans que d'être traité de "connard" par lui qui refusait d'obéir. C'est un signal. Il ne va pas colmater les brèches mais probablement, à un modeste niveau, les agrandir. A chacun sa politique.
Je suis navré d'emprunter sans autorisation ce très beau titre d'un roman et d'un film mais, pour ce billet, pouvais-je choisir autre chose que Classe tous risques ?
Je rêve d'une société où les risques scolaires et judiciaires ne pèseraient pas que sur les enseignants. Où le principe de l'égalité à tout prix serait, enfin, sacrifié.
Le Conseil de l'Europe veille à ce que les enfants ne soient plus giflés, même par leurs parents. Un nouveau droit de "l'homme" : le droit à ne pas être giflé ("même si ja fé une bétise"...)
Rédigé par : Noblesse Oblige | 04 juillet 2008 à 08:30
Au fait, le professeur a-t-il vraiment été détenu pendant 24 heures, ou bien cette durée est-elle un maximum qui n'a pas été atteint ?
Rédigé par : Apokrif | 10 février 2008 à 03:52
« Aller régler un problème - mineur - concernant son enfant en uniforme, c'est inquiétant... J'ose espérer que cette faute (car elle me semble évidente) sera sanctionnée. »
Quelles sont les règles concernant le port de l'uniforme de la gendarmerie ?
« revanche je ne comprends pas comment vous pouvez défendre le père : trouvez-vous normal d'aller en justice pour une gifle, surtout quand on connaît le degré d'engorgement des tribunaux ? »
Quelles modifications proposez-vous d'apporter, sur ce point, au code pénal et au code de procédure pénale ? (la procédure ici est une CRPC, c'est-à-dire une procédure simplifiée)
« Pensez-vous que le message qu'il envoie à son fils - signifiant que c'est le professeur qui est en tort »
Si les faits reprochés sont exacts, sauf si on reconnaît un droit de correction au professeur, il est difficile de contester que celui-ci soit en tort !
« et non lui - est souhaitable ? »
Votre formulation laisse entendre qu'une seule des deux personnes peut être en tort : or ici, il semble qu'il n'y ait pas un méchant coupable et un pauvre chéri (lequel pauvre chéri serait, selon les points de vue, le pauvre professeur victime du soixante-huitisme ou le pauvre élève victime du karcherisme), mais deux méchants coupables.
« Le père aurait dû expliquer à son fils qu'il avait eu tort »
Qui vous dit qu'il ne l'a pas fait ?
« Ce que beaucoup reprochent au père, c'est de considérer que c'est son fils qui a raison, parce que c'est son fils »
A moins que le père n'ait rien compris à la procédure pénale, il considère que son fils a raison non parce que c'est son fils, mais parce qu'il est victime d'une infraction.
«, alors qu'un représentant de la loi devrait voir plus loin et inculquer à son fils le respect de l'autorité »
Qui vous dit qu'il ne le fait pas ?
Rédigé par : Apokrif | 10 février 2008 à 03:44
Jean-Dominique Reffait:
"Mais un prof, un maître quel qu'il soit, celui dont l'autorité est naturelle parce qu'elle est généreuse, parce qu'elle donne au lieu de supprimer, parce qu'elle élève au lieu d'abaisser, parce qu'elle confère des libertés au lieu de les aliéner, comment peut-on seulement accepter une milliseconde qu'il soit traité de connard ?"
Le droit pénal ne distingue pas selon que l'autorité est généreuse ou non, naturelle ou non. D'autre part, comment savez-vous que l'enseignant mis en cause répond à cette description (et pas à celle que vous donnez, au paragraphe précédent, des "imbéciles") ?
Sait-on ce qui a justifié la garde à vue ?
Rédigé par : Apokrif | 09 février 2008 à 22:56
Monsieur,
le SAGES (http://www.le-sages.org), le syndicat des professeurs agrégés, a beaucoup apprécié votre analyse.
Nous venons, de notre côté, d'envoyer une lettre au Président de la République relative à cette "affaire". En voici le texte.
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Le 6 février 2008
Monsieur le Président de la République,
Un professeur du collège Gilles-de-Chin de Berlaimont a été mis en garde à vue pendant vingt-quatre heures après qu'un gendarme parent d'élève a porté plainte contre lui, au motif que le professeur aurait commis un acte de violence à l'égard de son fils.
Les seuls faits constants à ce jour sont que l'élève a insulté le professeur, et que celui-ci, en réponse, a porté la main sur l'élève.
Dans cette affaire, un gendarme, des policiers et un procureur, personnes placées de par leurs fonctions sous l'autorité directe du pouvoir exécutif, ont fait un usage de leurs prérogatives officielles qui a abouti à une conséquence ahurissante et manifestement disproportionnée : la mise en garde à vue pendant 24 heures du professeur, avec prélèvement d'ADN, et un procureur qui, non seulement a permis qu'on en arrive à ces extrémités, mais s'est en outre laissé aller à des déclarations totalement irrespectueuses du contradictoire et de la présomption d'innocence au regard de certaines incriminations. Le résultat est terrible et injuste, à la fois pour le professeur mis en cause et pour l'École dans son ensemble. Et le jugement à venir ne pourra en aucune manière remédier aux effets désastreux de la médiatisation initiale de l'affaire. L'attitude du procureur jette d'ailleurs déjà une suspicion légitime sur la teneur des dépositions qui ont pu être recueillies de la part du professeur lors de cette garde à vue, et ce d'autant qu'il semble bien que c'est la qualité du plaignant qui a provoqué cette précipitation répressive et médiatique, et les modalités de cette garde à vue.
Monsieur le Ministre de l'Éducation Nationale, avant d'insister sur le caractère répréhensible du comportement de l'élève, a par ailleurs d'abord improprement parlé de « châtiment corporel », ce qui sous-entendait une action préméditée, relevant d'un système de sanction préalablement organisé, ce qui n'est nullement le cas.
Il est de notoriété publique que l'exercice de l'autorité est aujourd'hui très difficile dans l'enseignement français. Une telle affaire, dont l'ampleur résulte de l'attitude irresponsable de représentants d'autorités administrative (éducation nationale), judiciaire (procureur et officiers de police judiciaires ayant conduit la garde à vue), et de la force publique (le père de l'enfant est gendarme), va hélas contribuer efficacement au discrédit des institutions impliquées et ruine un peu plus les efforts des professeurs qui n'ont pas encore renoncé. Il y a là de quoi réjouir tous ceux qui rêvent de saper les fondements républicains. Ceux-là pouvaient-ils espérer meilleure circonstance, servant leurs sinistres ambitions, que de recevoir le concours zélé d'institutionnels prompts à protéger leurs intérêts et leurs crédits respectifs au détriment de l'intérêt général ? La suspension du professeur est une seconde victoire de cet élève récalcitrant. Elle va, sans aucun doute, inspirer bien des trublions qui, d'abord s'aguerriront dans les collèges, puis, ayant ainsi mûri, vivront dans l'espoir des confrontations de rue avec le père et les collègues de la prétendue victime de « châtiment corporel ».
L'ampleur et la diligence de la réaction des représentants institutionnels qui ont volé au secours du collégien, laisse place à une question prégnante : ne faudrait-il pas déférer devant les tribunaux de France et de Navarre, tous les parents qui ont servi des taloches à leur enfant ? Il y a quelques trente à quarante ans, tous les parents de ce pays eussent été consternés et humiliés d'un tel comportement de leur progéniture, et seraient venus présenter des excuses atterrées. Ces mêmes parents, non seulement eussent soutenu la position du professeur, mais l'eussent confortée en l'accompagnant d'une sanction familiale.
Pour les professeurs qui ont le mérite de ne pas céder à la démagogie, ou à la démission éducative, quelles seront les prochaines mortifications publiques ?
- être gratifiés eux aussi d'injures et humiliations subies dans l'exercice d'une mission de service public ?
- écoper d'une sanction de l'autorité de tutelle dont l'une des obligations est pourtant de leur assurer la protection et le soutien de l'institution ? Qui, dans sa mission, leur doit au contraire un droit à protection et le soutien de l'institution ?
- endurer le discrédit moral jeté sur leur action, le dénigrement de leur compétence et de leur engagement professionnel ?
- être traité à la manière d'un trafiquant de stupéfiant, voire d'un terroriste ?
Par ailleurs, le motif sous lequel le professeur est déféré devant la justice au titre de « violence aggravée » constitue une dénaturation des faits, dont la disproportion choquante n'échappe pas à l'opinion publique, laquelle est quasi unanime à s'étonner de la sollicitude dont bénéficie l'élève, et n'est pas loin d'imaginer qu'il s'agit là d'un traitement de faveur.
Enfin, si l'enfant d'un représentant de la force publique peut braver ainsi l'autorité, la piétiner en la couvrant d'injures, et trouver des soutiens institutionnels, comment expliquerons-nous à tous les autres qu'il convient de respecter ces mêmes valeurs ?
Nous espérons que ceux qui ont autorité sur eux, rappelleront au gendarme parent d'élève, aux policiers qui ont mis le professeur en garde à vue pendant 24 heures, et au procureur qui s'est laissé allé à proférer des discours incendiaires, quels sont les devoirs de leur charge, et les valeurs qu'ils ont pour mission de défendre.
Rédigé par : SAGES | 06 février 2008 à 18:25
Personnellement, je ne porte aucun blâme à l'encontre de ce prof. D'accord il a peut-être fait preuve d'un manque de pédagogie... mais il n'est pas toujours simple de rester calme en de telles circonstances ; il ne faut pas oublier le contexte, se faire traiter de connard devant toute une classe n'est pas acceptable... cela dit l'hyper médiatisation d'un incident aussi mineur me paraît démesurée. Il est temps de faire comprendre à nos rejetons que le respect commence par l'acceptation des règles sociales... et un petit retour à la fameuse "morale" de la première heure serait peut-être un bon début...
Rédigé par : domino A | 06 février 2008 à 01:07
Sur les faits à l'origine de la garde à vue, il y a des informations contradictoires, et les dires du procureur Beffy sont des allégations parmi d'autres, pas des faits constants.
Je vois mal en tout cas ce qui pouvait justifier une garde à vue aussi prompte et surtout aussi longue. Ou, pour mieux dire, je vois mal quelles considérations objectives aurait pu la justifier, car on ne pouvait raisonnablement s'attendre à ce que le professeur s'enfuie ou fasse pression sur les témoins. Je vois en revanche pas mal de considérations subjectives, mais inutile de les exposer ici, bien d'autres m'ont devancé, sur ce blog et sur d'autres.
Rédigé par : Denis ROYNARD | 05 février 2008 à 21:19
"Un élève agresse une prof pour récupérer son portable à Aubagne"
Curieux que ce fait très divers fasse moins de bruit !
http://www.laprovence.com/articles/2008/02/05/268786-
UNKNOWN-Un-eleve-agresse-une-prof-pour-recuperer-son-
portable.php
Rédigé par : Marie | 05 février 2008 à 17:02
@cactus
Pion, pionne, sur l'échiquier de l'éducation mais pour autant pas obligé de rester là où on le (la) posait. Pion plutôt que "surveillant", mot trop évocateur des gardiens de prison ; c'est assez drôle d'ailleurs ce mistigri des appelations que se refilent certaines professions : les gardiens de prison ne voulant plus seulement garder étaient promus "surveillants" alors que les concierges étaient sommé(e)s de se réjouir de devenir gardien(n)es. Comprenne qui pourra ; en tout cas pas moi. Cette manie très française de changer le mot pour ne pas dire la chose serait risible si elle ne cachait pas souvent la honte d'appeler un chat un chat. Alors allons-y pour le pion, le concierge, le balayeur et tant pis pour les tristes sires assis et rassis :-)
Rédigé par : catherine A. | 04 février 2008 à 18:09
J’ai lu Maître Eolas et ses commentateurs. Je viens de lire Philippe Bilger et ses commentateurs…
La loi, son esprit et sa lettre débordent de leurs analyses, de leurs souvenirs personnels et de leur besoin de se rassurer. Jungle ou société ? Moi d’abord ou les autres aussi ? Seul ou ensemble ? Suis-je à la page ? … et les textes dans tout ça ?
Rien qu’une anecdote pour souscrire moi aussi à cette logorrhée citoyenne.
Il y a quelques mois, mon épouse a tenté d’aider une petite famille dont la voiture était momentanément hors d’usage. Cela se passait au bord d’une route à grande circulation. Le père se démenait pour mettre tout le monde à l’abri, la mère paniquait, les enfants pleuraient, mais il n’y avait ni spectacle pour voyeurs, ni blessé en péril.
Tous les cinq ont bien du voir passer autant de bagnoles que de commentateurs-blogueurs avant qu’un brave homme ne s’arrête pour donner un coup de main.
Aujourd’hui je me demande s’il avait lu le code pénal, s’il craignait un jugement moral ou s’il avait seulement pris le temps de ne pas rouler à donf, comme les autres.
Que oui, le monde change ; mais on n’est pas tous obligés de se précipiter dans les tribunaux pour essayer d’y trouver la place de chacun. La garde à vue pour avoir laisser partir une baffe, c’est aussi imbécile que de lier une baffe méritée à un avenir de sérial-killer. Ce n’est pas très encourageant de voir que des siècles de civilisation et d’élaboration législative nous ont conduits à gaspiller notre justice en l’obligeant à trancher entre deux âneries pareilles.
Si le prof avait été gendarme, la gifle n’aurait rien déclenché ; si le gendarme avait été un peu prof, il n’y aurait même pas eu de gifle. Le prof, le gendarme et le juge réunis dans une fable moderne par un merdeux mal élevé. Je comprends que les spécialistes y voient prétexte à tribune, pour moi ça a des allures de naufrage… et ce n’est certainement pas « la faute à 68 ».
Rédigé par : Denis Ducroz | 04 février 2008 à 17:16
"Pour avoir été prof et pionne pour payer mes études" nous conte notre Grande Catherine à nous !
de lui répondre :
on se doit de dire : "surveillante" , Dame Catherine !
et pour cause et pour cause ; interne à Bellegarde dans l'Ain dur avant 68, pour avoir demandé ou était "le pion" au surveillant général de l'époque - époque générale de Gaulle c'est vrai - j'avais été "consigné" trois semaines sans rentrer chez moi :
autres moeurs, autre époque (ou j'ai par ailleurs adoré me faire latiner - ne lisez point lutiner - par un prof génial) ; je recentre mes ébats là :
- moi de répondre (tel un oeuf) une toute première fois à la question :
"Cactus ( nom d'emprunt ) vous cherchez qui ?"
"_ un pion _"
de m'entendre répondre par cet homme :
" qui ? "
et moi de répéter deux fois :
" _le pion " " le pion _"
...de m'entendre rire par ce triste sire assis :
" on va s'arrêter là , Cactus ; vous en êtes déjà à trois semaines sans rentrer chez vous !"
époque disciplinée donc bénie oui, oui, me rétorqueront certains !
aujourd'hui encore j'en ris jaune comme les mauvaises pièces de D.D. et B.C. !!
Dura lex sed lex ?
Sissi !
Rédigé par : Cactus pion sur l'échiquier de Catherine A. ! | 04 février 2008 à 16:13
Tant qu'à suivre sur le plan pénal, il aurait peut-être été plus judicieux d'envoyer plaignant et gifleur rendre visite à un délégué du procureur dans le cadre d'une médiation.
Nul doute que ce dialogue qui ne semble pas avoir eu lieu entre parents et enseignants aurait pu se faire dans ce cadre.
Rédigé par : zadvocate | 04 février 2008 à 16:09
Depuis 1968 il est "interdit d’interdire", les lobbies de gauche confondent autorité et autoritarisme.
Les enseignants ne veulent plus être que des techniciens d’enseignement livrant leur soupe comme n’importe quel commercial et refusent le volet "autorité" que doit avoir tout pédagogue.
C’est bien cette attitude-là qu’il faudra changer.
Comme en plus il est interdit de toucher les élèves, que ceux-ci le savent, qu’un mineur n’est pas responsable de ses actes et que les sanctions sur des parents ne vont jamais juqu’au bout, les "sauvageons" en profitent.
Passer au chaos est très facile, rétablir l’autorité est beaucoup plus dur.
Sur ce sujet-là aussi, la rupture se fait attendre.
Rédigé par : arthur | 04 février 2008 à 15:40
Très belle analyse : merci !
J'espère bien que la hiérarchie du gendarme lui rappellera son devoir à plus de tenue quand il porte l'uniforme...
Mais je doute.
Cette affaire-là m'en rappelle une autrement plus tragique, du temps où je portais l'uniforme au Service de Ma Patrie. Elle se racontait de chambrée en chambrée, sans que j'ai eu l'occasion de la vérifier :
On confie à un appelé un Mas règlementaire, avec ordre stricte de ne jamais s'en séparer.
Les manoeuvres se poursuivent dans la campagne et à cette occasion, un officier demande son arme à ce bidasse. Il refuse. Le coup part et l'officier est tué sur-le-champ.
Un mois d'arrêts de rigueur pour le bidasse.
Une fois purgé ses arrêts, il bénéficie et de la flamme noire et d'un mois de permission supplémentaire.
Et pendant mes classes, ils étaient quelques-uns à guetter le moment de se faire un gradé : mais nous étions bien gardés par les sous-off, qui nous faisaient compter jusqu'aux étuis après les exercices de tir...
Rédigé par : L'ignoble Infreequentable | 04 février 2008 à 11:44
Pour avoir été prof et pionne pour payer mes études, j'ai rencontré un certain nombre de profs au comportement inacceptable (par ex. mettre une poubelle sur la tête d'un gamin) et bien sûr des élèves qui auraient eu bien besoin de quelques claques (combien de fois m'a paru juste l'expression "il y a quelques claques qui se perdent"). Cela dit, n'ayant pas couvert cette histoire-là je me garderai bien de la commenter. Je m'étonne juste que le père se soit cru obligé de réagir en gendarme et non en père. Avait-il besoin de mettre son joli uniforme, l'histoire ne pouvait-elle pas se régler entre adultes dans le bureau du proviseur, si le prof est connu pour d'éventuels dérapages, qu'a donc fait jusqu'à présent sa hiérarchie ???? Nous sommes dans la judiciarisation de la vie quotidienne, suivant ainsi l'exemple américain. Que l'on ait besoin pour un oui pour un non d'appeler un juge au secours en dit me semble-t-il long sur la déresponsabilisation. Je ne suis pas sûre que, dans cette histoire, le gendarme ait rendu service au père.
Rédigé par : catherine A. | 04 février 2008 à 10:38
merci à monsieur Ludovic pour Laura Smet ;
quelle triste histoire !
(un salut à Marie pour son retour en ses hooo lieux entre deux bahhhhh ?)
sinon Beigbeder a toujours fait son ciné, à Canal, au quotidien etc etc etc :
quel triste "cir'âge" !
Rédigé par : Cactus scié . | 04 février 2008 à 09:14
Que nous sommes vite traumatisés dans notre vie confortable, il faut bien se distraire entre deux guerres... Enfin, ceci a le mérite de me faire rire !
Le cirque judiciaire a de quoi inquiéter le cirque Pinder dans la concurrence clownesque !
Que les juges acceptent d'instruire des pécadilles pareilles, que les collègues gendarmes laissent cette farce s'effectuer montrent la déliquescence de la maison française et enfin que les médias relaient, c'est le nauséabond progressisme qui a gagné. Si seulement, Muray pouvait voir la réalisation de ses prédictions... la société s'est féminisée et le gendarme tutu et non tu tues a eu son quart d'heure de gloire, il a été à la hauteur du ridicule de l'époque. C'est avec ça qu'il faudrait maintenir l'ordre, sauver la France plus quelques soldats humanitaires spécialisés dans le portage de sacs de riz... mais nous sommes morts.
Rédigé par : Ludovic Lefebvre | 04 février 2008 à 07:56
La lecture de votre article sur cette affaire m'a fait du bien.
Je regrette que vous ne puissiez pas plus franchement critiquer votre collègue Procureur.
A mon avis, il aurait dû classer sans suite. Peut-être qu'il n'a pas pu le faire parce qu'il est soumis à la pression des gendarmes et policiers avec lesquels il est amené à travailler tous les jours.
Peut-être que c'est pour ça que le Procureur compétent pour décider de la suite à donner aux plaintes devrait être le Procureur d'une autre région.
Rédigé par : EK | 04 février 2008 à 01:46
Je voudrais vous apporter le témoignage d'une jeune femme qui fut élève de ce professeur, que j'ai reçu sur un de mes blogs, suite à l'un de mes billets. Je vous le livre in extenso, sans commentaire ni correction, dans ce style abrégé propre aux jeunes habitués des SMS:
“ je tiens a faire savoir que se prof je l est eu et je lui en et fait voir des verte et des pas mure je sais de quoi je parle il me verrai il le dirai lui, meme mais jamais il ne c est permis de me giffler alors faut pas demander ce que ce fils de gendarme a fait pour pousser ce prof et moi j ai donner du meilleur de moi meme pour que mes enfant on une bonne education alors ce gendarme devrai en faire autant et enlever sa plainte qui na pas de sens desoler !!!!! car porter plainte ne fait qu inciter ce gamin a faire ce qu il a fait a ce professeur a d autre prof ”
betty à o1h28
Rédigé par : Patrick PIKE | 03 février 2008 à 21:22
Juste pour préciser que le ministre X.Darcos a précisé hier soir chez Ruquier que les premières victimes des violences à l'école étaient d'une façon générale, sans conteste les enseignants.
Rédigé par : Catherine JACOB | 03 février 2008 à 17:56
Tous ceux qui ont eu affaire à des enfants le savent. On encaisse et il y a un moment où la patience est à bout. Tant pis pour celui qui se trouve à proximité. Il paie pour lui et pour les autres. Une de mes filles, lasse de se faire traiter de "tête de bite", jette l'éponge, les enfants des "zones sensibles" n'apprendront plus les lettres avec elle. Dommage, elle avait au départ le feu sacré.
Rédigé par : Grain de poivre | 03 février 2008 à 17:27
D'après un commentaire sur le blog de maître Eolas (écrit par Lulu, un magistrate) l'affaire serait plus compliquée. Le professeur se serait emporté avant que le jeune l'insulte ce qui change tout. Il aurait un "léger problème" avec l'alcool et donc du coup la justice se doit d'intervenir. Si cette version est exacte pas lieu de victimiser l'enseignant.
Rédigé par : Jean Philippe | 03 février 2008 à 14:03
Je partage en partie le sentiment d'Eowyn.
Je n'ai cure de l'engorgement des tribunaux : on ne doit pas ignorer des infractions pénales pour la mauvaise raison qu'on ne se donne pas les moyens de les juger.
Que le gendarme ait désiré des explications, soit. Qu'il ait estimé un dépôt de plainte justifié pour une simple gifle, voilà qui semble plus étonnant. Qu'un placement en garde à vue ait été estimé nécessaire, voilà qui semble très curieux. Le tout donne l'impression d'un manque de mesure.
Mais nous ne connaissons pas toutes les subtilités locales. Et c'est souvent dans les détails que s'explique la démesure.
Le plaignant est gendarme. Cela aurait dû, dit-on, le placer du côté de l'autorité, lui faire adopter une attitude telle que celle que monsieur Bilger aurait imaginé adopter en pareilles circonstances.
Ce n'est pas si clair. Ce n'est pas tout à fait comme si une partie du milieu enseignant français n'avait pas une hostilité de principe vis-à-vis des forces de l'ordre. Ce n'est pas comme si certains enseignants n'étaient pas les premiers à ne jurer que par les mots CNDS et IGPN dès lors qu'un marmot leur déclare avoir reçu une gifle de la part d'un membre des forces de l'ordre.
Si l'enseignant visé est de cette catégorie d'enseignant, alors ce n'est qu'un retour de bâton de notre tendance générale à déconsidérer l'autorité et à se soucier des droits plutôt que des devoirs de ceux n'étant pas naturellement en position d'autorité (l'élève, le délinquant, etc).
Lorsqu'un fait paraît étrange, son explication se trouve parfois dans les détails qu'on a omis de nous narrer.
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 03 février 2008 à 10:21
Ils sont incroyables, ces gens qui se plaignent du comportement du père et applaudissent l'enseignant ... vous avez au moins essayé de vous renseigner sur le déroulement des faits?
http://www.valenciennes.maville.com/Polemique-autour-d-une-gifle/re/actudet/actu_dep-548852------_actu.html
L'enseignant veut déplacer des tables pour favoriser le travail en groupe de sa classe de sixième. Arrivé devant l'une d'elles, il balaye d'un revers de main les affaires d'un élève. « Pourquoi monsieur avoir fait cela ? », objecte alors le collégien qui se voit plaqué contre un mur. « Connard », répond l'enfant. Le mot de trop pour l'enseignant qui le gifle violemment sur la joue gauche, le traîne par le pull jusqu'à son bureau et lui fait, dans une salle proche, rédiger une lettre d'excuses. Puis revient avec l'enfant et dit à toute la classe : « La parenthèse est fermée vous n'en parlez à personne. » Comme si, pour ce professeur, l'incident était clos. Réglé. On en est loin. Deux fillettes, au bord des larmes, prennent le chemin de l'infirmerie. Elles sont choquées. Tout revient aux oreilles de la principale du collège.
Interpellé plus tard dans la matinée à son domicile avec 0,36 mg d'alcool, l'enseignant est placé en garde à vue.
Le procureur de la République justifie la conduite des poursuites et parle de « scène de violence parce que la gifle s'inscrit dans un enchaînement. Nous ne sommes pas dans le cas de rébellion d'un adolescent ». L'élève de 11 ans s'est retrouvé face à un professeur de stature imposante.
Le collégien giflé est un fils de gendarme. « C'est un élément qu'on a appris tardivement. Ça n'a eu aucune influence sur la procédure. Un fils d'ouvrier c'était pareil »
http://www.leparisien.fr/home/info/faitsdivers/articles/L-ENSEIGNANT-QUI-A-GIFLE-SON-ELEVE-IRA-AU-TRIBUNAL_296019558
« L'élève a d'abord été plaqué contre le mur et soulevé du sol ; ensuite, il y a eu la gifle. Et ce professeur l'a ensuite traîné dans la classe pour le forcer à écrire une lettre d'excuses. Au-delà de la gifle, il y a eu une vraie scène de violence. » Par ailleurs, selon le magistrat, l'enseignant a reconnu une dépendance à l'alcool.
Rédigé par : Vivian | 03 février 2008 à 09:40
Ce qui m'étonne le plus dans l'affaire, c'est l'attitude du Procureur, qui a cru devoir juger l'enseignant sur la place publique (devant les caméras de télévision). N'y a-t-il pas là au moins une faute professionnelle ? J'ai eu envie de le gifler.
Rédigé par : B.Samson | 02 février 2008 à 22:58