L'émission était consacrée à Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise d'origine somalienne, frappée par une fatwa à la suite d'un scénario qu'elle a écrit sur les femmes et l'islam, revenue aux Pays-Bas au mois d'octobre 2007 après un exil d'un an aux USA. Le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes lui était remis à Paris.
J'ai la plus grande estime pour le trajet de cette courageuse jeune femme menacée par l'Islam intégriste. Certes, elle a été critiquée pour telle ou telle inexactitude dans sa biographie mais cela pèse peu au regard de l'essentiel.
Il n'empêche qu'une certaine manière de vous enjoindre d'aimer, de vous contraindre à respecter, de vous disqualifier au cas où vous ne seriez pas à l'unisson de cet enthousiasme militant et médiatique, frise le grotesque. A entendre BHL intimer à Nicolas Sarkozy, à la France, à l'Europe et au monde tout entier l'ordre non seulement de défendre cette femme mais de la vénérer, j'ai la certitude qu'une telle attitude, à cause du ton comminatoire, effraie plus qu'elle n'entraîne. Sa naturalisation est exigée, le diktat sous la gorge. A se sentir excommunié s'il manque de ce boy-scoutisme du coeur, s'il manifeste le plus léger recul devant cette idéologie des droits de l'Homme proclamée, assénée, l'auditeur citoyen se rétracte et refuse qu'on lui impose le Bien avec une vigueur qui réduit sa liberté à presque rien.
Tel ou tel intervenant, qui s'avisait de formuler une question à peine critique, se voyait rabrouer par Caroline Fourest ou BHL - sur un registre plus direct pour l'une que pour l'autre - et devait se demander ensuite dans quel monde on se trouvait. Un monde où il était obligatoire de célébrer. On n'avait même pas droit à une neutralité bienveillante, c'était trop peu.
Au fond, cet hommage excité et intimidant, cette admiration totalitaire, cette autorité intellectuelle qui se voulait persuasive mais n'était qu'épuisante, me plongeaient, par un goût sans doute pervers de la contradiction, dans un état de presque inimitié à l'égard de cette personne exemplaire, trop intensément soutenue. Chez BHL, ce perpétuel désir de signifier à l'univers qui est bon ou mauvais, qui DOIT être aimé ou non devient lassant. Il est des personnes convaincues, qui se contentent avec tranquillité de communiquer leur perception des êtres et des choses. Elles ne font pas de leur monde personnel le monde, elles s'aventurent avec modestie sur les plates-bandes d'autrui. L'enflure éthique est insupportable. Elle fait disparaître l'éthique derrière l'enflure. Le discours moral est gonflé, nourri, développé, choyé, cultivé au point de ressembler à une baudruche humaniste. Cette surabondance artificielle prétendant enrichir le noyau dur de la morale rend celle-ci presque invisible et en tout cas inaudible à force d'être magnifiée.
Ayaan Hirsi Ali vaut la peine, pourtant, d'être distinguée.
Si tant est qu'un jour, d'aucuns tentent de s'attaquer aux synagogues (lieux où je n'ai jamais mis les pieds, puisque je n'ai rien à y faire) alors qu'ils sachent qu'il y aura du monde devant, derrière, sur les côtés... bref, un poème francais en perspective.
J'évoque ainsi, bien évidemment, des choses qui ne se produiront jamais.
Rédigé par: Thierry L | 10 février 2008 à 13:42
@Ludovic Lefebvre
-1 "Et jamais, nous n'avons le droit à la moindre parole dans les grands médias, la possibilité de réponse... jamais ! "
-2 "Une religion n'est jamais que quelques textes,"
Si je ne vous subodorais pas si hypocrite, je m'inquiéterais pour vous.
Concernant le point numéro 1, faites-vous inviter par Rym Brahimi, le présentateur du chapitre audiovisuel des 'chemins de la foi' consacré à l'Islam.
Concernant le point numéro2, savez-vous que le seul le papier lui-même, ce support ordinaire du texte, présente un intérêt tel que les japonais, ces grands spécialistes du papier vont envoyer des avions en papier depuis la station spatiale afin de tester la résistance de ce matériau au frottement qui pose problème dans la rentrée dans l'atmosphère d'un objet volant, parfaitement identifié en l'occurrence, vu que les derniers tests qu'ils ont effectués en laboratoire sont extrêmement probants à cet égard. Alors et vu que la papier est un autre nom pour l'article et l'article un autre nom pour le papier, imaginez donc la résistance d'un papier support de quelques graffitis !!
Rédigé par: Catherine JACOB | 10 février 2008 à 12:33
L'enflure judiciaire. Tout devient judiciaire. Une gymnaste n'est pas sélectionnée pour les prochains JO et on porte plainte pour "harcèlement moral" ! (Le Monde daté de vendredi). Ainsi va la société française...
Rédigé par: guzet | 10 février 2008 à 09:32
Ktrin,
Une religion n'est jamais que quelques textes, leur application et les comportements qui en découlent, quasiment tout le monde peut étudier une religion qui n'est pas la sienne, au moins dans ses grandes lignes et sa géopolitique.
Ce que vous dites est juste, dans le débat c'est celui qui est le plus à l'aise, qui a le plus d'arguments qui convainc, ceci ne veut dire en rien que ce soit celui qui dise la vérité, qui ait raison.
Encore faudrait-il qu'il y ait débat, je le vois peu, très peu en ce moment, je croise plutôt une parole kidnappée, c'est valable pour Ayaan Hirsi Ali récupérée, mais aussi pour tout le reste. Les journalistes parlent de l'Europe maintenant que le traité a été voté par les parlementaires, mais se sont bien abstenus avant, parlent des petits points du projet Attali, mais pas de l'essentiel, parle de la vie de Sarkozy, mais pas de son virage à 180° etc, la liste est non exhaustive. Et surtout plus rien, ni personne ne sort du format. Nous sommes dans une absence d'opinions contradictoires dramatique, qui a de mauvais relents, notre situation est exactement la même que celle des années trente décrites par de Gaulle, Aron, Marc Bloch.
Rédigé par: Ludovic Lefebvre | 10 février 2008 à 01:38
"L'enflure éthique est insupportable. Elle fait disparaître l'éthique derrière l'enflure."
Monsieur l'avocat général, dites moi que votre sens de l'éthique est influencé par les enflures en tout genre et je vous croirai... :-)
Plus sérieusement l'éthique résulte de la droiture et non du volume de la cosse, en latin 'follis', le même mot que pour 'bulle' (d'eau) ou encore que pour ce 'soufflet' auquel on doit aussi le dérivé: 'fou'!
Mais comme dit le dogme bouddhiste de l'impermanence : Shiki-soku-zé-Kû / Kû-soku-zé-Shiki = La Couleur(matière) est un autre nom pour le Ciel(Vide) et la Matière(Couleur) un autre nom pour le Vide (Ciel)
La folie est raison et la raison, folie. L'enflure est simplicité et la simplicté, enflure. Ne nous laissons pas abuser par les apparences.
Malgré tout, pris au pied de la lettre, je dois dire que du fond de mon imperfection, l'enflure me gonfle.
Rédigé par: Catherine JACOB | 09 février 2008 à 20:52
Il se trouve que je connais très bien cette dame qui fait sa fortune sur la victimisation des femmes dans la monde. Le gouvernement suédois a refusé d'entretenir (c'est le terme exact) les frasques d'Ayaan Hirsi Ali. Ses exigences sont indécentes, même si sa vie est menacée, est-il opportun de demander des hôtels 5 étoiles, des aller et retour à New York chaque week-end pour retrouver son époux dans leur loft ? Et pour faire écrire ses livres par un nègre elle ne pouvait le faire qu'à New York, car c'est dans cette ville que son inspiration lui vient spontanément, évidemment. Allons donc, derrière l'obligation qui nous est faite de pleurer le sort de quelques-uns, demandez-vous à qui profite tout ce miel ? BHL cultive l'entre soi avec une aisance confondante, posant les combats qui doivent nous faire réagir.
Rédigé par: SR | 09 février 2008 à 18:41
Bon, ben je ne sais pas quoi écrire (la sagesse voudrait que je me taise mais je n'y arrive pas)
A Pierre-Antoine :
" C'est surprenant qu'on fasse un tollé devant des "approximations" concernant le diplôme d'une beurette."
Je suis née dans les années 70 et le mot "beurette" est arrivé bien plus tard.
Je ne sais pas pourquoi, je ne le trouve pas joli (du tout). Non pas qu'il me fasse penser à des mauvaises intentions de la part de ceux qui l'emploient mais je le trouve démodé en 2008. La connotation est un peu "has been" : tout comme le mot "has been", aha!
Je préfère les mots de Molère (cf l'autre post de Philippe).
Mais vous avez toute liberté de l'employer.
Avant d'être beurette, la personne concernée a un prénom et un nom. Existe-t-il d'autres mots qui puissent désigner des individus nés dans tel ou tel pays mais d'origine étrangère ?
Et monsieur BHL, il est quoi,alors ? Dans le choix des mots que l'on attribue à une personne, il y a toujours un arrière-goût d'impudeur. On réduit une personne à n'être que cela. C'est mon sentiment mais je suis un peu rigide parfois. Y'a pas le feu au lac !
A Philippe et à Ludovic:
"La logorrhée de Fourest consiste à dire que l'extrémisme islamique et catholique sont les mêmes (faux, tout le monde le sait bien et le voit bien), "
Ce sujet de débat est beaucoup + sérieux que celui de "Il faut sauver ...Miss France !" laquelle posait sur une pseudo croix.
Qui peut se targuer de connaître telle ou telle religion qui n'est (ne serait) pas la sienne ?
La tribune libre est à celle ou à celui qui la prend. Elle aura un fort parfum de "liberté" par la longueur du bavardage, sans aucune censure.
Ce n'est pas pour autant que la Vérité s'y sera incarnée.
A+++++
Rédigé par: Ktrin | 09 février 2008 à 17:33
Je vais faire court aussi ici, désolé.
BHL ? Mouais !!!
Et après on s'étonne que la philo ne soit plus de saison.
Honnêtement Ayaan Hirsi Ali ne méritait pas un tel traitement.
Monsieur BHL voulant toujours être illuminé par les projecteurs des médias, je lui retournerai cette sentence d'Emil Cioran tirée de ses carnets :
« Rien ne compromet davantage en philosophie que le besoin d'être applaudi.»
Passez tous une bonne fin de semaine.
Rédigé par: Surcouf | 09 février 2008 à 14:41
J'ajoute : vous me pardonnerez cette publicité personnelle. Peut-être que le jacquesattalisme ou que le bernardhenrilévisme me guettent.
Rédigé par: Laurent Dingli | 09 février 2008 à 13:07
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article. Ce que vous dites sur BHL correspond tout à fait à ce qu'écrivait Romain Gary sur Marlon Brando, même s'il ne viendrait à l'esprit de personne de comparer ce nain à un géant. Mais enfin, vous y reconnaîtrez la même morgue compassionnelle, la même injonction signifiée de manière arrogante et agressive de soutenir la bonne cause (celle des Noirs américains) qui, là encore, n'était pas en question. Vous aurez peut-être l'occasion et surtout le temps de lire le texte que je mettrai en ligne aujourd'hui sur "Chien blanc" de Gary et dans lequel nous pouvons puiser bien des sujets de réflexion pour alimenter les débats actuels. Enfin, je sais que votre temps est chichement compté. Même en vous imaginant comme un bourreau de travail, je me demande souvent où vous trouvez la ressource et la discipline nécessaire pour publier tant de bons articles. Il y a bien des choses que j'aimerais moi-même commenter : la décision de la Cour de Cassation sur le foetus (non pas sous l'angle judiciaire évidemment, faute d'en avoir les compétences), l'Europe, le rapport Attali, de bonnes pièces ou de bons livres... mais il n'y a que vingt-quatre heures dans une journée. Merci encore pour votre curiosité et votre style qui élèvent le niveau.
Rédigé par: Laurent Dingli | 09 février 2008 à 13:05
C'est surprenant qu'on fasse un tollé devant des "approximations" concernant le diplôme d'une beurette, et qu'on s'extasie devant une "émigrée" qui a admis elle-même (le 11 mai dans un documentaire) avoir menti à son arrivée dans le pays pour mieux obtenir l’asile politique. Elle a changé son nom, sa date de naissance et son lieu de résidence.
Ceci étant dit, cela n'enlève rien à son courage devant lequel je m'incline bien bas.
Cordialement
Pierre-Antoine
Rédigé par: Pierre-Antoine | 09 février 2008 à 12:18
Il faut simplement la distinguer elle, alors que Poutine le boucher des Tchéchènes et l'assassin de la liberté de la presse a été très vite honoré par Chirac/Sarkozy. L'un qui le décore de la Légion d'honneur, l'autre qui se précipite pour le féliciter pour ses élections truquées et antidémocratiques.
Rédigé par: Têtuniçois | 09 février 2008 à 08:56
Parmi les nombreux écrits et déclarations de cette femme exceptionnelle qu’est Ayaan Hirsi Ali, je propose ce qui suit :
« Il n’existe pas d’islam modéré. Il existe des musulmans passifs, qui ne suivent pas toutes les règles de l’islam, mais il n’y a bien qu’un seul islam, défini comme la soumission à la volonté de Dieu. Et il n’y a rien de modéré en cela. (…)
Cette idée occidentale qui veut que si nous les «respectons», ils nous respecteront, que si nous sommes conciliants ou accommodants, le problème disparaîtra, est un leurre. Le problème [de l’islam] ne disparaîtra pas. Affrontez-le, où il deviendra de plus en plus massif. »
http://hirsiali.wordpress.com/2007/10/12/nous-sommes-en-guerre-contre-l%e2%80%99islam/
L’avantage de ce lien découvrant en particulier son visage lumineux, c’est qu’il permet l’accès à bien d’autres portraits de femmes non moins admirables et courageuses dont Nonie Darwish, Chahdort Djavann. Il est IMPERATIF de savoir ce qu’elles disent, ce qu’elles crient parfois car elles l’ont vécu dans leur âme et dans leur chair.
Oui Ayaan Hirsi Ali « vaut la peine d’être distinguée », mais sûrement pas « récupérée » par une intelligentsia à l’affût de matière pour nourrir… « l’enflure éthique ».
Je me permets de rectifier un nom à juste titre mentionné par Ludo Lefèbvre, celui de Bat Ye’or, historienne, auteur notamment d’un ouvrage essentiel à l’éclairage de chacun, Eurabia l’axe euro-arabe. http://www.dhimmi.org/
Rédigé par: Céline | 08 février 2008 à 23:16
C'est encore bien plus dramatique que cela, cher monsieur Bilger. Ces deux personnes (BHL et Fourest) font de l'escroquerie intellectuelle inqualifiable et sont en train de récupérer, d'acheter une femme libre qui a su s'affranchir, qui disait la vérité sur l'islam, il n'y a pas qu'avec des balles de revolver que l'on fait taire.
La logorrhée de Fourest consiste à dire que l'extrémisme islamique et catholique sont les mêmes (faux, tout le monde le sait bien et le voit bien), au passage, elle ne parle jamais de l'extrémisme judaïque, qu'il y a un islam modéré qui est progressiste et de gauche et un islamisme qui est de droite (donc monsieur Bilger l'islamiste, Ludovic Lefebvre un autre islamiste vous salue bien). Vous voyez le manque de scrupules et l'odieux de ces personnages et en bons agents, ils diabolisent tout contradicteur comme à leur habitude. Or il y a des gens de droite, mais aussi de gauche qui soutiennent, encouragent depuis le début le message de Ayaan Hirsi Ali à savoir, il n'y a pas d'islam et d'islamisme, mais uniquement le Coran qui est appliqué ou non et c'est Ben Laden qui est le bon musulman selon les textes.
J'ai tout appris de Ayaan Hirsi Ali, Walfa Sulfan, le père belge Samuël, les islamologues Anne-Marie Delcambre, les époux Urvoy, Bat Ye'or, Oriana Fallaci, d'amis algériens et israéliens sur place, etc. Vous réciter en lignes la centaine d'appels au meurtre contenus dans le Saint Coran prendrait trop de place, retenez simplement que l'islam est à la fois une politique, une religion, un mode de vie et un Droit qui sont indissociables les uns des autres et ne peuvent être réformer ou mis en exégèse, car c'est un blasphème : les nombreux juristes lecteurs ou contributeurs de ce blog comprendront tout de suite tout ce que cela implique donc des gens comme BHL, Fourest vous mentent sur la réalité de cette religion bien différente des deux autres monothéismes venus de la même région.
BHL a soutenu un dirigeant de l'ex-Yougoslavie islamiste et ancien dirigeant à la solde des nazis, recruteur exactement (ce n'est pas de la diffamation, mais une réalité !) et a toujours soutenu l'islam contre l'occident pour le malheur des serbes et le nôtre. Aujourd'hui il y a un nouvel antisémitisme qui monte en France et il change son fusil d'épaule et fait un virage à 180°, mais continue de nous qualifier de munichois, franchouillards, maurassiens et autres propos lassants, marquants de son racisme à notre égard (mes mots sont pesés et peuvent être prouvés). Heureusement quand cet homme donne trente points à l'antisémitisme, Elisabeth Lévy, Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Edgar Morin, Emmanuel Todd, Alain Chabat etc en enlèvent cinq cent, mais j'ai peur des tactiques de cet homme pour les juifs à terme et je suis on ne peut plus sérieux.
Quant à Caroline Fourest, elle colle une pensée occidentale à des gens qui raisonnent différemment, met une politique gauche et droite dans la Oumma qui n'existe pas puisqu'elle est éthiquement solidaire devant le kouffar. Elle dit que Ramadan a un double discours ce qui est faux et se base sur quelques cassettes audios devant des islamologues reconnus, exerçant dans des écoles de prestige, étant arabophones, docteurs en Droit français et islamique connaissant les hadiths et les sourates dans le détail et dans les textes originaux qu'elle n'hésite pas à disqualifier et diaboliser par de basses attaques basées sur le mensonge encore et toujours.
Et jamais, nous n'avons le droit à la moindre parole dans les grands médias, la possibilité de réponse... jamais !
Rédigé par: Ludovic Lefebvre | 08 février 2008 à 21:58