Ma Photo

Dans les médias

  • Public Sénat
    13 juillet 2009 18.00
  • France Inter
    13 juillet 2009 8.20-9.00
  • Paris Match
    9 juillet 2009

Diffusion

  • Wikio
    Wikio - Top des blogs

Mentions légales

  • Directeur de la publication: Philippe Bilger
    SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS
Blog powered by TypePad

« Pourquoi pas Carla ? | Accueil | Zola à toutes les sauces ! »

Leçon de morale

Lors du dîner annuel du Conseil national représentatif des institutions juives de France (Crif), le président de la République, qui, selon le Parisien, cherchait une idée "symbolique", a souhaité que chacun des 725 000 enfants de CM 2 se voie confier, à la rentrée prochaine, le nom et la mémoire de l'un des 11 000 enfants juifs français victimes de la Shoah.

Le moins qu'on puisse dire est que cette annonce surgie, paraît-il, de la seule pensée présidentielle a suscité controverses et polémiques, rappelées notamment par le Monde. Un des travers de cette manière autarcique de procéder est de créer des antagonismes, au lieu de favoriser les accords sur le regard qu'il convient de porter sur l'Holocauste. La compétition victimaire va clairement être réactivée. Le processus solitaire n'est à l'évidence pas le mieux adapté, même à l'amplification de la sollicitude d'aujourd'hui pour la tragédie d'hier. Un certain nombre d'enseignants, d'historiens et de psychologues se sont émus devant cette proposition, pour ne pas mentionner les réactions franchement atterrées de certains politiques. On ne devrait toucher à ce sujet qu'avec un esprit tremblant et modeste.

Faut-il, d'ailleurs, que l'Etat se sente tenu, à chaque fois que son plus haut représentant intervient devant les instances et organisations juives, d'innover, de proposer, d'ajouter une pierre à toutes celles qui ont fait déjà de la mémoire de la Shoah un devoir impérieux ? Serait-il devenu impossible de communier dans le souvenir d'hier sans sortir du chapeau présidentiel une mesure puis une autre, un symbole puis un autre ? Serions-nous, puisque le président de la République parle en notre nom, d'éternels débiteurs sans le savoir, sans l'avoir mérité ?

Je trouve surprenante l'injonction faite au corps enseignant de se plier à cette nouvelle illumination présidentielle qui, après la lecture de la lettre de Guy Môquet elle aussi largement dévoyée et très discutée, prétend éclairer ce domaine complexe où l'enfance, la mémoire et l'Histoire tragique sont en jeu. Plutôt que m'abriter derrière l'appréciation négative et très autorisée de Simone Veil, je voudrais attirer l'attention sur trois points qui n'ont rien de commun avec l'apprentissage des "fondamentaux", évidemment souhaitable.

Nous l'avions remarqué avec Jacques Chirac, plus un président fait la morale, plus "il fait" dans la morale, moins le destin politique national est assuré. Comme si le coeur devenait un palliatif quand la force collective d'un pays n'est plus suffisante à elle seule pour susciter lien, confiance, communauté, espérance. Il me semble que la morale est trop importante pour être utilisée comme la "rustine" des éventuels ratés de la politique.

Devoir de mémoire. Je sais qu'il est sacrilège de remettre en cause une expression tellement ressassée qu'elle en devient lassante et presque inexploitable, comme ces mots dont la musique enchante mais que le sens véritable a fui. Pourquoi y aurait-il un devoir de la mémoire, alors que ces notions sont si profondément contradictoires ? Dans l'annonce présidentielle, il y a, poussé au paroxysme, ce "devoir de mémoire" qui nous conduirait, et les très jeunes enfants avec nous, sur des chemins fléchés, directement reliés à ce qu'il convient de sentir et de penser, à l'émotion qu'il faut éprouver. Pour ma part, j'opposerais volontiers à cet impératif absurde la liberté de la mémoire, son infinie faculté d'aller choisir ici ou là ce qui va la nourrir. On va vers la prise de conscience de l'Holocauste, vers sa perception lucide et horrifiée, par mille détours, les uns dérisoires les autres graves, qui n'ont rien à voir avec le sens unique que le chef de l'Etat estime nécessaire d'imposer aux enfants de dix ans. On y va par une chanson de Jean Ferrat ou de Jean-Jacques Goldman - par exemple "Comme toi" - ou grâce à un très beau texte de Modiano dans le Monde, on y va à tous âges par des intuitions, des nostalgies, des dessins, des films, des chansons et des récits qui offrent l'immense avantage d'autoriser l'humanité à aborder les douleurs capitales comme elle l'entend.

Enfin, qui peut croire qu'il y aurait une ligne directe entre l'école et la conscience du tragique de l'Histoire ? Je suis persuadé que, pour réaliser l'objectif évidemment légitime du chef de l'Etat - d'ailleurs, qui peut discuter un souhait dont la généralité éthique est rassurante ? -, bien plus que de contraindre l'élève de CM2 à assumer un petit juif mort et à porter ainsi sur ses fragiles épaules un enfant auquel nul lien ne le relie sinon celui que les adultes établissent à sa place, mieux vaudrait considérer que les valeurs de compassion, de respect, ne naîtront que d'un terreau social et politique qui les rendra accessibles à tous et applicables à tous les thèmes. L'apprentissage désiré par Nicolas Sarkozy viendra plus sûrement d'une République exemplaire sur tous les plans que d'une mémoire exigée aux ordres et d'un volontarisme incompatible avec le droit de pleurer ou de connaître comme on l'entend.

Je vois derrière cette idée symbolique offerte en cadeau au Crif la conséquence du fait que, par ailleurs et plus largement, la liberté d'expression n'est plus défendue comme elle devrait l'être. Autrement dit, il est plus facile de donner des leçons de morale, aussi déstabilisantes qu'elles puissent être, que de se battre pour l'essentiel démocratique.

Je serais heureux qu'on apprenne d'abord aux petits à penser librement. La morale est un royaume dont ils sont et seront les seuls maîtres.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341c86dd53ef00e5504ce08d8833

Voici les sites qui parlent de Leçon de morale :

Commentaires

Merci pour votre éclairage sur ce sujet délicat.

Votre présentation me montre des côtés de la réflexion que je n'avais pas pleinement abordés.

Ce qui est frappant, surtout, c'est la bêtise du Crif et l'ambiguïté de Sarkozy : aurait-il souhaité attiser l'antisémitisme qu'il ne s'y serait pas pris autrement.
J'en suis presque à regretter Chirac...
:-)

Je voudrais émettre deux réflexions à ce commentaire qui m'enchante :
1) De quel droit le Président de la République se permet-il d'imposer quoi que soit de cet ordre à quiconque ? Il y a un Parlement que je sache, ou une possibilité de référendum, si tel est son souhait.
2) Une telle annonce me semble éminemment électoraliste, et je ne commenterai pas outre mesure.

Je n'ajouterai rien de plus, vous avez excellemment tout exprimé, Philippe Bilger.


Bravo. Je trouve moi aussi absurde cette mémoire imposée par décret de la puissance publique. La mémoire véritable doit vivre dans la sensibilité de chacun et ne peut se réduire à des dépôts de gerbes et autres solennités stériles. Il est de plus choquant qu’on sélectionne parmi toutes les victimes de l'horreur nazie celles qui ont un droit particulier au souvenir.

Votre réflexion est pertinente mais, plus grave encore, il est à craindre que le président n'ait pas compris qu'en voulant réduire l'antisémitisme, il ne le favorise. Imposer la "présence" du souvenir d'un enfant mort tragiquement 70 ans plus tôt à des écoliers qui ont souvent -dans leur propre parcours- de graves difficultés risquent d'attiser l'antipathie plus que la sympathie pour cette jeune victime de la Shoah, particulièrement si parents et/ou enseignants se montrent hostiles à ce devoir de mémoire imposé. A l'heure d'une communautarisation rampante, le risque de voir la Shoah ne plus appartenir à notre histoire commune (à nous tous, les français) est réel. Pourvu que cette idée "lumineuse" mais inquiétante ne soit pas mise en application.
Je ne suis pas sûr que les 600000 juifs de France soient très satisfaits de cette initiative. Ils vont probablement craindre la réaction des cinq millions de musulmans dont certains se montreront rapidement hostiles à cette nouvelle mesure, favorisant ainsi des tensions supplémentaires entre membre de ces deux communautés.
Il est curieux que notre mémoire commune, dont les modes de transmission devraient faire l'objet d'un consensus après une réflexion approfondie dans des commissions composés d'historiens, pédiatres, psychologues, représentants des courants philosophiques voire religieux, etc... soient imposés par un homme seul qui n'a probablement pas imaginé les effets pervers de sa décision. Madame Veil a osé dire -et elle a une légitimité sur le sujet que personne n'osera discuter- ce que beaucoup pensent tout bas. Souhaitons qu'elle soit écoutée.

Monsieur Bilger , ne nous dites pas que vous avez découvert que monsieur Sarkozy est un communautariste ? Pour chaque communauté il fait des cadeaux, après le discours au Vatican et la nomination de madame Boutin, viendront les mosquées offertes aux musulmans, pourquoi pas le catéchisme obligatoire dans les écoles, "l'union civile" réservée aux seuls homosexuels, une étoile rose sur la carte d'identité en quelque sorte...

Oui, le sujet est très délicat.

Je ne suis pas sûr que l’appréciation de Simone Veil ne soit pas altérée par son terrible vécu. Elle reconnaît elle-même dans ses témoignages, comme beaucoup de ceux qui ont vécu ces horreurs sans nom, avoir occulté, rejeté de tout son être cette période au point même de ne pouvoir en parler que très tard et avec en plus un sentiment de culpabilité. On peut comprendre qu’elle ait senti son sang se glacer.

Je me souviens d’une interview de JJ Goldman au milieu des années 80 (si ma mémoire est fidèle). Il disait qu’il avait écrit « Comme toi » en réaction à la montée des intolérances mais qu’une relative indifférence avait prévalu. Peu ou pas d’accompagnement « pédagogique », il était un peu désabusé et triste. Ces événements, si cette idée présidentielle se concrétise au moins partiellement, devraient faire revivre cette chanson délicate et juste.

Difficile (pour moi en tout cas) de se faire une idée tranchée, définitive sur un tel sujet, tant tout s’entrechoque et se mélange.
A partir de quel moment, où et par qui faut-il commencer à graver dans les neurones de nos chères têtes blondes ces réalités alors que leur univers est de plus en plus virtuel (et ça s’accélère). On y massacre, détruit et extermine dans quasiment tout les jeux vidéo. Les images des JT sont souvent insupportables et les commentaires déshumanisés, le tout livré le plus souvent sans précaution. Quant aux films, bon, c’est vrai, il sort 2 ou 3 dessins animés de qualité par an, mais le plus souvent…

Je ne sais si cette idée a jailli de la seule pensée présidentielle mais parler d’illumination pourrait vous conduire prochainement à demander une expertise psychiatrique, à moins que vous ne considériez NS comme un gourou. Il me semble en revanche que c’est la première fois qu’un président de la République se rend au dîner du Crif, on ne peut donc parler de surenchère, pour cette occasion au moins.

Je serais également heureux qu’on apprenne aux petits à penser librement mais le chemin, leur chemin, est long et parsemé d’embûches avant qu’ils puissent ouvrir les portes du royaume de la morale.

J’ai écouté le discours de NS hier au dîner du Crif j’ai été surpris aussi avec, en plus, un sentiment d’incrédulité.

En écoutant le discours du même NS aujourd’hui à Périgueux j’y ai trouvé du sens et de la cohérence… pffft ! Allez comprendre !


Oui, le sujet est très délicat.

Non seulement, un enfant n'a pas à être confronté à l'insoutenable à cet âge, mais mes compatriotes juifs n'ont pas à supporter le poids du ressentiment, de la colère neuve, de la jalousie, de la compétition victimaire, de la mise à l'index d'un privilège permanent qui les met dans une malsaine différence. Qu'on leur fiche la paix et qu'ils puissent vivre comme tout autre citoyen de ce pays, non mis en exergue par de l'antisémitisme ou une judéophilie étouffante et disproportionnée qui se rejoindront un jour ou l'autre.

Il est évident que mon fils ne grandira pas avec une culpabilité qu'il n'a pas à porter comme ce fut le cas pour ma génération et que je refuserais qu'un enseignant lui apprenne que ses arrières grand-parents étaient des monstres et lui aussi par ascendance si de telles mesures voyaient le jour. L'Histoire, oui, mais toute l'Histoire, la compassion, oui, mais la responsabilité injustifiée, non ! J'ai, je crois, cerné l'ensemble des préjudices qu'ont occasionnés cette dérive qui date des années quatre-vingt et l'ai chassé de mon raisonnement.

Gérard Miller dans sa hargne habituelle a affirmé ce soir chez Ruquier sans humour - mais en a t-il eu un jour ? - qu'il était temps qu'on reconnaisse aujourd'hui que des collabos sous Vichy avaient envoyé des juifs dans les camps. Dans cette outrance qui désensibilise ce drame, y aurait-il encore un sourd qui ne l'aurait pas lu ? Un aveugle qui ne l'aurait pas entendu ? Un muet qui ne l'aurait pas écrit ?

Nicolas Sarkozy a menti en disant vouloir en finir avec la repentance, moi non ! Il ne fait que l'amplifier et il semble que cet homme ait décidé de privilégier les juifs sur leurs concitoyens ce qui n'est pas normal et engendrera de graves problèmes.

Il y a une anormalité dans ce traitement de la Seconde guerre mondiale qui n'échappe à personne, lorsque nous pourrons dire le mot juif comme le mot cacahuète ou tablier sans avoir cette gêne, cette peur de dépasser une limite, d'être pris pour un antisémite alors nous aurons gagné juifs comme non-juifs.

Je n'ai aucun doute sur le fait que certaines personnes pour des intérêts évidents (juifs, non-juifs, revendicateurs victimaires divers, censeurs potentiels et effectifs faisant de la reductio ad-hitlérium pour se masquer [Ardisson qui insulte mon éditeur d'antisémite, puis Finkielkraut de raciste, par exemple], manipulateurs de médias et d'opinion (BHL), petits chefs en quête d'affranchissement (Benamou), gourdasse cherchant à "s'héroïser" etc) n'hésitent pas dans leur abjection à récupérer ces morts ayant connu une fin si dramatique.
Enfin et ce n'est un affront, une attaque à l'égard de personne, d'aucune communauté, mais une réalité dédaignée, il y eut de nombreux autres morts dans cette guerre et d'autres, dans les camps qui ont la même importance.

Procès hors normes à Angers (Maine-et-Loire).

Une association chargée de placer des enfants orphelins poursuivie par un couple de parents qui demandent réparation financière.
Parce que l'enfant qu'ils ont adoptée, originaire d'Haïti, ne leur convient pas.
Déçus par le comportement de la petite Mélinda, 7 ans, ils l'ont "rendue".
Les parents adoptifs réclament le remboursement des frais d'éducation et l'expertise d'un ethnologue pour "juger si la culture de Mélinda est compatible avec la leur"
L'enfant avait été adopté en 2005 mais le conte de fées s'est vite transformé en cauchemar car la petite présentait des troubles du comportement. L'association qui a fait venir Mélinda en France est "révoltée que l'on puisse considérer cette enfant comme une marchandise livrée avec un vice caché". Les parents adoptifs n'en démordent pas : " On aurait dû nous prévenir car en Haïti, plaident-ils, le handicap est lié aux démons."
Les juges rendront leur délibéré le 31 août prochain

http://abimopectore.over-blog.com/article-16669609.html

Nouvelle histoire du droit de travers, à quand la mention satisfait ou remboursé, décidément nos sociétés occidentales sont devenues du grand nimporte quoi.

Merci pour ce billet. Tout est dit.

Bonjour,

Je partage profondément votre avis : cette débauche de bons sentiments acquis à peu de frais, même si elle peut être sincère et ne pas seulement servir à masquer d'autres évolutions détestables, risque d'avoir l'effet contraire à celui souhaité.
On ne force pas un enfant de 10 ans à commémorer d'une façon précise et continue un événement aussi tragique, dont la portée est si difficile à percevoir.
A 10 ans, que peut-on profondément comprendre de l'antisémitisme, de la violence aveugle et banalisée, des dictatures qui nient l'individu ? Du moins dans notre pays, ce sont des horreurs que l'on perçoit de plus en plus mal. Un "devoir de mémoire" chez des enfants qui en ont déjà peu pour eux-mêmes, c'est brader ce que la mémoire collective peut être, c'est populariser un génocide complexe.

J'espère profondément que notre Président retirera son idée... mais le clientélisme semble être sa motivation première, hélas.

Deux points plus précis m'alpaguaient quant à cette question :

Pourquoi toujours parler de "Shoah" ? Les journaux, je comprends, 5 caractères au lieu de "le génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale", c'est tout bénéf', et le titre est plus saisissant. Mais historiquement, c'est une erreur ; et ce mot n'est pas un mot français. Que nos politiques s'en servent, sinon pour avoir l'air de "compatir" (utiliser un mot hébreu serait déjà partager la douleur du peuple juif ?), m'étonne. Je crois que le mot "génocide" est bien plus fort que celui de "shoah", pour les oreilles françaises, et pour les historiens.

Comment notre Président compte-t-il mettre en place concrètement cette mesure ? J'en ai parlé avec des camarades de classe, étant pour beaucoup destinés à devenir professeurs, et instituteurs pour certains, et nous ne savions pas du tout comment cela serait mis en place. Si quelqu'un a des informations, je suis preneur... J'imagine que l'enfant devrait se renseigner sur "son enfant juif génocidé pendant la SGm", ou bien penser à lui régulièrement ? Ou lui écrire une lettre ?
=/ ... apprendre avec la Shoah, à dix ans.


Thibaud

"On va vers la prise de conscience de l'Holocauste, vers sa perception lucide et horrifiée, par mille détours, les uns dérisoires les autres graves, qui n'ont rien à voir avec le sens unique que le chef de l'Etat estime nécessaire d'imposer aux enfants de dix ans."

Absolument d'accord avec vous sur le sens global de votre note.

L'enseignement doit se contenter de transmettre à l'enfant, à l'adolescent, à l'adulte les repères fondamentaux de l'histoire et des méthodes fiables d'approche, d'étude et d'analyse.

Après, il y a les cheminements intimes que chacun d'entre nous fait ou ne fait pas sur une question cruciale comme celle de la destruction des juifs d'Europe.

Ce chemin se fait dans la stupeur, le chagrin, la colère, la douceur, la poésie, la musique, la littérature. Une gare désaffectée à Bobigny. L'émotion froide et déchirante d'un kaddish récité tous les ans dans cette gare longtemps abandonnée à tous les vents.

" Nous l'avions remarqué avec Jacques Chirac, plus un président fait la morale, plus "il fait" dans la morale, moins le destin politique national est assuré."

Non, Philippe.

Jacques Chirac a fait ce qu'il fallait faire. Et c'est parce qu'il a fait ce qui n'avait pas été fait que la décision de Nicolas Sarkozy, en plus de son incongruité, est une totale absurdité.


"Je trouve surprenante l'injonction faite au corps enseignant de se plier à cette nouvelle illumination présidentielle"
dites-vous !

c'est vrai qu'en saignant c'est alors une leçon d'immoral ; pour la moralité de la fable of "Faubus" ou pas (voire CHARLIE MINGUS) je vous la laisse mais j'aime bien cette faim de liberté :
"Je serais heureux qu'on apprenne d'abord aux petits à penser librement."
Sissi !
(sinon j'ai fait deux petits tours chez vos deux grands frères, mais très sobrement, je vous rassure :-) des blogs plus qu'intéressants eux aussi !)

Pour ma part, j'essaye d'imaginer ce que ça va donner dans les casbahs des cités quand le petit Mouloud et la petite Leyla, vont annoncer à la maison qu'ils ont "adopté" le petit David et la petite Sara...
"C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des enfants de 10 ans dont les parents parfois, certains, pas tous, (mais combien ?) nient l'existence même de la shoah ! (*)

Cordialement

Pierre-Antoine

(*) pour ne citer qu'une source parmi d'autres :
Le 13 novembre 2005, sur Al Ikhbariya TV, Ahmad bin Rashed, professeur de sciences politiques saoudien, a estimé que « l’Holocauste est un mythe »

On nous fait porter une étoile bleue depuis le discours du Vel d'hiv !

C'est encore un gadget sorti du chapeau par l'hyper-président qui (essaie de) nous gouverne(r). Je crois qu'on va aller droit dans le mur avec de telles méthodes. Est-ce encore une idée lumineuse de M.Guaino ? Cette manière de procéder va encore exacerber des sentiments antisémites qui sont toujours présents à l'état latent dans notre pays. Je n'ai qu'une crainte c'est qu'on obtienne l'effet inverse.

Sur la stupidité, l'indécence et la morbidité de cette idée, Simone Veil me semble-t-il a tout dit.
Faut-il pour autant ne pas faire vivre le souvenir, la mémoire ? Faut-il oublier ces millions d'hommes envoyés à la boucherie en 14 ? Un exemple parmi des dizaines d'autres... Je ne le pense pas. C'est juste une leçon, une page d'Histoire qui n'a pas plus à voir avec cette manie de la repentance que j'abhorre qu'avec une leçon de morale.
Cela dit Philippe, à propos de morale, le sens de votre dernière phrase m'échappe.
Comment un enfant peut-il "librement apprendre à penser" si personne ne lui transmet éducation, culture et morale, cette morale qui est l'ensemble des règles établies par un groupe social dont il se mettra inexorablement en marge faute de les connaître ? La liberté a besoin d'être semée, nourrie, entretenue. Elle n'est pas spontanément donnée aux petits d'hommes. Et comment ce même enfant peut-il être le seul maître d'un "royaume nommé morale" ? Je ne comprends pas, ai-je écrit quelques lignes plus haut. En fait c'est pire que ça.

Je poursuis la réflexion que j’ai déjà (longuement) engagée sur le parrainage des enfants juifs en commentant votre texte « Vraiment Maître ». Je ne reviens pas sur la question de l’âge des élèves et de la pertinence du projet que j’ai abordée avant de lire votre dernier article.
Quant au reste, je ne partage pas votre point de vue. Contrairement à vous, j’estime en effet que le cœur peut être « un palliatif quand la force collective d'un pays n'est plus suffisante à elle seule pour susciter lien, confiance, communauté, espérance ». Et je ne crois pas davantage que la morale soit, en l’occurrence, cette « rustine des éventuels ratés de la politique ». Je ne serai pas aussi sévère que vous et, selon moi, de réelles convictions servent de liant à cette rustine-là. Mais ceci n’est pas l’essentiel. On peut être en désaccord avec ce projet, sans pour autant le résumer à un vulgaire clientélisme ou à une médiocre stratégie électoraliste, comme je l‘entends ici ou là.
Contrairement à vous, je crois que le « devoir de mémoire » n’est pas un impératif absurde, bien au contraire ; je sais que le volontarisme et l’omniprésence du président de la République agacent ; je comprends bien aussi cette impression de déséquilibre entre des mémoires qui s’imaginent concurrentes, bien plus qu‘elles ne le sont en réalité ; et je sais que certains considèrent, sans doute à tort, que le politique n’a pas son mot à dire en matière d‘Histoire. Je constate cependant que, comme au Moyen Age, comme au XVIIème siècle, quelques sorbonnards s’effarouchent. Tous ces cris de sorbonnicoles indignés et autres théologiens fulminants, retranchés derrières leurs saints canons, commencent à m‘écorcher les oreilles. Ce sont les mêmes qui, depuis soixante ans, ont façonné l’histoire à leur guise, suivant l’idéologie dominante : gaullistes, communistes, socialistes, libéraux… Ce sont les mêmes qui ont dressé des autels à certains et foulé aux pieds la tombe des autres. Que ces cordonniers si mal chaussés ne parlent donc pas d’objectivité ! Oui, je crois au « devoir de mémoire » et non pas à la liberté de celle-ci, parce que je n’ai aucune confiance en l’homme, parce que, si on ne l’obligeait pas à se ressouvenir, régulièrement, si on ne lui interdisait pas de tenir tel ou tel propos, de défendre telle ou telle thèse, il ne le ferait pas spontanément, les courants négationnistes s’épancheraient, les amalgames les plus abjects se multiplieraient. Je vous jette en pagaille deux ou trois propos que j’ai entendu proférer par de « braves gens » au cours des six derniers mois. Pendant un dîner : « la télévision, le journalisme sont aux mains des Juifs ». Lors d’une discussion, un autre m’expliquait : « Ben les juifs font aux Palestiniens la même chose que les Allemands leur ont faite, ça leur a pas servi de leçon », Et je ne parle pas du complot inventé par un ignoble affabulateur suivant lequel la CIA et le Mossad avaient fait sauter les Twin Towers, complot qu’une ribambelle d’imbéciles s’est empressée de croire sur-le-champ. Je me souviendrai toujours de l’œil glauque d’une promeneuse qui me dit un jour de Noël 2001 à ce propos « il y a tout de même des choses troublantes dans cette histoire». Et puis, il y a aussi ce que beaucoup pensent et n’osent pas dire publiquement : « on parle trop des juifs, il n’y a pas que les juifs qui ont souffert » - ce qui est exact, mais cache souvent des pensées plus inavouables. Je voudrais encore, pour illustrer mon propos, prendre deux exemples plus anciens. Lorsque, après la Libération, Yves Montand a découvert aux actualités cinématographiques les premières images des camps d‘extermination, avec Edith Piaf, il a tout d’abord été horrifié, puis, raconte-t-il, il s’est un peu « accoutumé ». C’est alors qu’Edith Piaf, qui était très croyante, lui a dit en substance : si on a fait ça aux juifs, c’est qu’il y avait une raison - en d’autres termes qu’ils avaient du commettre une faute. Autre exemple, une des personnes qui m’a le plus aidé dans mon parcours universitaire, Elisabeth Labrousse, spécialiste mondiale du protestantisme, me racontait autrefois cette anecdote : alors qu’elle faisait la queue devant une boutique au lendemain de la guerre (c’était encore la période des pénuries), elle entendit devant elle un des clients éructer: « c’est encore la faute de ces sales juifs, les Boches n’en ont pas suffisamment exterminés ». Horrifiée, madame Labrousse a alors pris une bouteille dans son cabas pour assommer l‘antisémite, mais s’est évanouie sous le coup de l’émotion. Bien des choses ont changé depuis lors et je ne dis pas que la France, que l’Europe seraient antisémites, loin de là, mais qu’il faut toujours canaliser cette bonne vieille nature humaine.
Vous qui êtes procureur, le savez mieux que moi, cher Monsieur Bilger, la civilisation n’est qu’un vernis constitué, entre autres, par le « devoir » et la « morale ». Si nous sommes en Europe pratiquement les seuls au monde à avoir reconnu nos propres crimes, ce ne fut que rarement ou jamais le fruit d’une repentance spontanée. La Turquie qui n’y a pas été obligée, ne l’a pas fait. Le Japon non plus. En Serbie même, les jeunes se montrent souvent bien plus ouverts et critiques que leur parents et grands-parents, mais ils ont subi entretemps une guerre. L’Autriche, qui n’a pas fait le centième du travail de mémoire de l’Allemagne, se donne encore des allures de vierge. Et l’on pourrait prendre bien d’autres exemples. C’est parce qu’il y a eu Nuremberg, c’est parce qu’il y a eu des lois, c’est parce que nous nous sommes imposés un « devoir de mémoire » que cet examen de conscience a pu s’effectuer… et se poursuivre. Non, il n’y a là rien d’absurde dans ce devoir. Aussi belles soient-elles, les chanson de Ferrat ou de Goldman, le butinage personnel que vous préconisez ne suffisent pas. On nous dit qu’on parle trop des juifs, je sais bien que certains juifs, trop centrés sur leur tragédie, ont injustement minimisé les crimes monstrueux du communisme, et je n’oublierai pas le rappel qu’avait adressé un jour la présidente de la Lituanie à Simone Veil ; mais croire et dire que le projet de Nicolas Sarkozy revient à opposer les mémoires, qu’en d’autres termes ce serait privilégier une histoire sur une autre, c’est ne pas comprendre - et ne pas vouloir comprendre - que la Shoah a un caractère profondément universel, un peu comme si elle était le négatif de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Et, de même que c’est notre plus grande richesse que la Déclaration de 1789 n’appartienne pas seulement à la France, c’est aussi notre humanité que le génocide des juifs devienne une histoire universelle, que nous soyons Inuits ou Japonais, parce qu’au-delà de notre appartenance religieuse, ethnique, géographique, au-delà même des interminables conflits du Moyen-Orient, la Shoah interroge non seulement l’histoire de l’Europe, mais notre humanité elle-même, ses hauteurs comme ses abysses.

Quelle mémoire ressent un gamin de 10 ans devant la mort ? La séparation d'avec un proche plus ou moins perçue douloureusement, une image animée qui s'est estompée, à édulcorer par les proches qui diront de ne pas en perdre le souvenir. Au dîner du CRIF, il faut hélas le dire brutalement, le Président NS n'a fait sottement que de l'électoralisme de mauvais aloi. Rafler le vote juif. J'en suis ulcéré et déçu. J'ai sauvé ma peau il y a 65 ans grâce à des Justes qui m'ont abrité, tout en ignorant le péril qu'ils encouraient. Ils obéissaient à leur charité d'humain affligé devant ma détresse, sans rien me demander, même pas ma conversion. Ne vous en déplaise, M.Bilger, J.Chirac n'a pas failli au rendez-vous de cette tragédie, il a dit ce que les précédents Présidents peut-être plus madrés n'avaient pas eu le courage et surtout la franchise d'avouer. Après lui, la messe était dite ! Une suggestion, pourquoi ne pas demander aux gamins rescapés, vieillards aujourd'hui, de dire ce qu'ils ont vécu en rapportant l'entraide reçue, et cela dans des classes de CM2 préalablement préparées par leur enseignants. Ce serait favoriser le terreau social et politique.

Ce qui m'a choqué, c'est le dialogue entre Sarkozy et les élèves de l'école primaire. Ils avaient préparé leurs questions :
Elève : "Que détestez-vous le plus ?"
Sarkozy : "le mensonge" !! Un homme politique aussi menteur que lui, oser dire ça devant des gamins ! Quelle leçon de morale en effet...

La lecture des commentaires de cet article montre bien comment les meilleures intentions (faisons l'économie de juger les intentions) peuvent n'être que la clef de la boîte de Pandore.

Sans discuter du caractère "inopportun" de l'initiative présidentielle abondamment commentée déjà, un fait m'a surpris et choqué dans l'énoncé même de ce projet.

Les journaux, passé la première annonce, avaient coupé dans le texte. Les journaux télévisés de vendredi ont repris à plusieurs reprises les mots initialement cités. Or il s'agit pour le Président de la République que chaque enfant soit le dépositaire de la mémoire d'un enfant FRANCAIS de confession juive mort du fait du nazisme. Les enfants étrangers de religion juive arrêtés sur le sol français et livrés aux autorités allemandes doivent ressortir à une autre histoire, ils n'ont pas lieu d'être inclus dans notre mémoire.

Quelle bizarrerie.

Au-delà de ça, je ne suis pas persuadé que les enfants doivent supporter les foucades de tel homme politique qui refusant la repentance, charge les écoliers de commémorer sans comprendre des faits peut-être au-dessus de leur capacité émotionnelle et de leur possibilité de réflexion.

@francis
« Quelle mémoire ressent un gamin de 10 ans devant la mort ? » demandez-vous.

En voici deux exemples :

« Et la charrette se mit à hurler sa roue, les morts à hurler leur mort, les vivants leur vie et l’Enfant se bouche les oreilles pour ne plus entendre.

Légère, semblant glisser sur l’immatériel de l’air du matin, elle s’enfonça dans l’énorme disque du soleil levant. Alors chaque mort s’entoura d’une auréole lumineuse que les tours de roue grandissaient en cercles concentriques se coupant et recoupant telles les rides provoquées par un jet à la surface calme de l’étang.

Avec lenteur, la charrette se fondit dans l’or de l’aube naissante et il ne resta plus, imprimées sur le rose du ciel, que les mailles d’un immense filet de douleurs.

Le four crématoire, non loin, indifférent, fumait.

Proche dans un arbre, un oiseau faisait fête à la douce tranquillité de l’heure.

Déjà c’était un jour nouveau. »

Poème dédié à Claude B.
Résistant en son Temps de jeunesse, mon ami de misère
Cette image de « L’inimaginaire »
A […] un 11 février. (L’auteur)


Ma nièce était encore assez petite quand nous avons découvert dans le jardin, un papillon qui battait faiblement des ailes. Elle a demandé : « Qu’est-ce qu’il a le papillon ? » - J’ai répondu : « Il va mourir. » La petite fille est restée accroupie à côté du papillon, puis tout un coup elle a dit : « Il ne bouge plus. » - J’ai commenté brièvement : « Il est mort. Tous les papillons meurent. » - l’anecdote se situe peu après le décès d’une sœur. Nous sommes retournées à l’intérieur, l’histoire du papillon paraissait oubliée, mais quelque temps après elle a demandé à apprendre une chanson sur les papillons. J’ai fait alors le choix d’une comptine japonaise qui disait : « Le couffin où dort le papillon est une fleur de colza que berce le vent. Berce là, berce là vent, berce la fleur de colza. ». Une paire d’années après, le papillon est réapparu dans un coin d’un autoportrait de l’enfant qui s’était dessinée rêvant les yeux ouverts et avait calligraphié en caractères japonais et à une certaine distance l’un de l’autre, le mot « papillon » ainsi que son propre prénom. Je pense qu’elle avait intuitivement capté tout un certain nombre de choses graves du monde intérieur des adultes et qu’elle les avait restituées à sa manière et… en s’en libérant, ce qui est très important. J’ai conservé le dessin, tel « une fleur dans mon jardin d’hiver » comme dirait ce disparu d’hier, et profitant ainsi de l’anecdote pour lui rendre hommage.

@ Laurent

Je ne pense pas que P. Bilger exprime dans sa note une opposition ou une hostilité aux devoirs de mémoire.

Ce qui pose question dans sa note c’est que comme vous, j’y ai lu, peut-être à tort, un désaccord de Philippe au sujet de la prise de position de J. Chirac dans son discours du Vel d’Hiv.

Il y a le choix que fait un pays pour commémorer des événements qu’il juge représentatifs de ses valeurs fondamentales. Le discours du Vel d’Hiv a été fait pour nous les rappeler et savoir regarder en face les conséquences de leur transgression :

" La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. "

Ce discours, selon moi, échappe à l’instrumentalisation de l’histoire et au risque de l’impératif d’une histoire officielle que semble craindre Philippe. Le Vel d’Hiv dépasse ce débat et rejoint dans notre mémoire collective le souvenir attaché, par exemple, au Mont Valérien.

Par ailleurs, ce que vous reprochez aux historiens me semble injustifié.

Le discours du Vel d'Hiv n'a été possible que parce que préalablement des historiens ont su aborder la période de l'Occupation en s'affranchissant des lectures seulement idéologiques de cette période.

Ce sont d'abord les travaux d'historiens américains qui ont ouvert la voie: Raul Hilberg, Robert Paxton, pour les plus connus.

La particularité du film de C. Lanzmann "Shoah" est qu'à aucun moment il n'y a d'images d'archives. Le film est tout entier construit avec des témoignages. C’est une œuvre très personnelle qui parle d’un universel.

Si nous lisons R. Hilberg et si nous regardons le film de C. Lanzmann, nous prenons conscience de ce que fut cette gigantesque entreprise d'extermination - au sens industriel du terme - avec tous ses rouages à l'échelle européenne.

Maintenant, que des historiens se défendent de n'être utilisés qu’à des fins politiques ou idéologiques, je pense qu’ils expriment là quelque chose de fondamental pour le respect de leur discipline.

Enfin, concernant les lois mémorielles.

Interdire à la bêtise et à l'ignorance de s’exprimer, c’est aussi prendre le risque que trop contraintes et tues, elles ne soient jamais contestées ni contredites.

C’est aussi, très sûrement, de cette façon que les poisons, confortés, profilèrent dans les esprits et dans les cœurs.

@Laurent Dingli
«Si nous sommes en Europe pratiquement les seuls au monde à avoir reconnu nos propres crimes, ce ne fut que rarement ou jamais le fruit d’une repentance spontanée. La Turquie qui n’y a pas été obligée, ne l’a pas fait. Le Japon non plus.»

Il me paraît utile de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler de certains sujets et en l'occurrence de vérifier ses dires avant de les énoncer.

«Le Premier ministre Tomiichi Murayama a déclaré en août 1995 que le Japon « par sa domination et son agression coloniale, a provoqué de terribles dommages et souffrances pour les peuples de nombreux pays, en particulier pour ceux de nations asiatiques », et il a exprimé son « sentiment de profond remord » et présenté ses « sincères excuses ». De même, le 29 septembre 1972, le Premier ministre japonais Kakuei Tanaka avait déclaré que « la partie japonaise est intensément consciente du grave dommage que le Japon a causé par le passé au peuple chinois par la guerre et se le reproche vivement ».

Toutefois, les excuses officielles sont souvent considérées comme insuffisantes par de nombreux survivants de ces crimes et/ou par les familles des victimes décédées.»

Je crois que c'est donc là un débat qui en rejoint d'autres sur ce blog.

Ceci étant:
«Le gouvernement japonais a accepté officiellement les demandes d’indemnisation des victimes de crimes de guerre comme stipulé par la déclaration de Potsdam. »
S'agissant de ces derniers vous trouverez à cette adresse [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_guerre_japonais ] une définition de ce qu'on entend par 'Les crimes de guerre japonais'. Vous pourrez également y consulter les rubriques suivantes:
- Les réactions de l’après-guerre
4.1 Les procès de Tokyo
4.2 Les autres procès
4.3 Excuses officielles
4.4 Indemnisations
4.5 Indemnités intermédiaires
4.6 Indemnisation en vertu du traité de San Francisco
4.6.1 Indemnisations basées sur les actifs japonaises d’outre-mer
4.6.2 Indemnités aux prisonniers de guerre alliés
4.6.3 Territoires alliés occupés par le Japon
4.7 Débat au Japon
4.8 Réinterprétations controversées en dehors du Japon
4.9 Recherches ultérieures

L'article est également consultable en japonais mais sans les photos.

Je conseille accessoirement en particulier à Ludo Lefevre la lecture de ce chapitre :
"3.5 Tortures de prisonniers de guerre",
en lui faisant observer qu'il est classé parmi les 'crimes de guerre imputables aux japonais' et je lui suggère de le comparer avec ses observations à mon adresse concernant ce même sujet en réponse à un post qu'il a ultérieurement qualifié de 'frasques'.

J'ajouterai aux extraits cités ci-dessus ces deux anecdotes personnelles:
Mon père ayant effectué un jour un voyage d'agrément organisé pour les retraités de son entreprise, ce fut pour lui l'occasion de faire la connaissance de l'épouse coréenne de l'un des collègues.
Comme c'était un vieux monsieur très urbain, il a souhaité se montrer agréable et s'est présenté en ajoutant :"Ma fille fait du japonais."
Ire de la dame qui lui coupe la parole en disant : "Je suis coréenne, les japonais ont commis des crimes de guerre contre les coréennes en les réduisant en esclavage sexuel."
Interloqué par l'attaque soudaine, mon père qui ne pensait pas à mal en disant à titre d'entrée en matière que sa fille faisait du japonais, s'est excusé pour sa fille (??), n'a pas parlé de sa guerre à lui et s'est retiré dans son coin puis a cherché d'autres interlocuteurs.
Sa fille informée par la suite de l'incident et qui n'ignore pas le drame douloureux des coréennes et a suivi certains épisodes de leurs demandes d'indemnisations, a tout de même dès lors presque envie de demander qu'on lui explique la différence entre ces deux photos :

Cliché n°1 qui ne dédouanne bien évidemment en rien les tortures, manipulations et autres lavages de cerveau ainsi que l'utilisation des armes bactériologiques par la partie adverse. Il s'agit d'un cliché du massacre de Taejon commis par des soldats nord-coréens battant en retraite:
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Taejon_massacre
.jpg
On précisera également que "La proportion de pertes chez les prisonniers de guerre sud-coréens et des Nations-Unies dans les camps nord-coréens et chinois atteint selon certaines études aux alentours de 43%".

Cliché n°2:
Qui montre Hsuchow, Chine, 1938. Un fossé plein de corps de civils chinois tués par des soldats japonais:
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Nanjing_ditch.jpg

Ce cliché est en rapport avec le seconde anecdote (ou 'inverse)
J'ai eu parmi mes étudiants de japonais à l'université de Metz, une ressortissante de Chine populaire qui avait été inscrite en Lettres modernes et avait pris le japonais en langue vivante optionnelle ( 'parce qu'il n'y a avait pas chinois' - ). Mariée à un français, elle enseigne de nos jours le chinois dans cette même université après y avoir enseigné le français langue étrangère à des contingents d'étudiants chinois en stage.
L'une des premières choses qu'elle m'ait fait savoir, c'est que sa famille était originaire d'une région où avait particulièrement sévi l'armée japonaise.
Que répondre à qui tend de surcroît à vous faire également reconnaître que les japonais ont emprunté les idéogrammes à la Chine, mais qu'ils les écrivent tout de même encore mieux que les occidentaux qui enseignent le japonais ?
Enfin, ayant commencé à enseigner le chinois dans une institution culturelle non universitaire, elle m'y rencontre par hasard dans les couloirs et me fait observer avec un petit rire : "Tiens, vous enseignez aussi ici, je ne savais pas." Je réponds donc: "Ce n'est pas étonnant, cela fait seulement dix ans que j'y suis."
Donc là aussi, a un moment donné, on a envie de demander à son interlocutrice ce qu'elle pense de l'actuelle observation des droits de l'homme par la Chine et par le Japon.

Voilà. Je ne suis ni meilleure, ni pire que beaucoup d'autres, mais je préfère militer pour une meilleure compréhension mutuelle ce qui implique d'étudier avec acharnement plutôt que de passer son temps à l'ouvrir aussi largement que quiconque peut s'estimer autorisé à le faire ! Je crois que cela répond également à la question du billet du jour !

J’ai écouté ce matin l’intéressante interview du grand rabbin Serge Naim et du Primat des Gaules Philippe Barbarin qui viennent de publier ensemble un livre chez Stock. Dominique Souchier les a interrogés sur la question du parrainage des enfants juifs. S’ils considèrent que le « parrainage » individuel est une chose trop lourde pour un enfant de dix ans, ils considèrent en revanche que l’évocation de cette mémoire par une classe entière est une bien meilleure idée. Vous savez sans doute que, dans le JDD de cette semaine, Emmanuelle Mignon, collaboratrice de Nicolas Sarkozy, s’est dit ouverte à un tel élargissement. Je crois aussi que ce moyen terme est largement préférable à l’individualisation de la mémoire, car le « cadeau » risquerait alors de devenir rapidement un « fardeau ». Le grand rabbin Naïm l‘a fort bien expliqué lui-même : la confrontation de mémoires différentes est une richesse pour notre République (et non pas un danger comme le redoutent certains). Dans le JDD, Emmanuelle Mignon a utilisé par ailleurs l’exemple du journal d’Anne Frank, pour atténuer les craintes de « traumatisme », ce à quoi le cardinal Barbarin lui a répondu indirectement que les enfants avaient alors la médiation du livre. C’est exact, mais j’ajouterai pour ma part que les enfants français ont toujours été confrontés à une mémoire violente et douloureuse : ceux de l’entre-deux-guerres furent nourris dans le souvenir du sacrifice des Poilus dans un pays constellé de monuments aux morts et de pierres tombales ; avant eux, des générations furent élevées dans le culte républicain rendus à deux enfants morts : Bara et Viala. Et avant eux encore, pendant des siècles, de petits chrétiens ont appris à adorer la représentation d’un homme dont le front était sanglant, le corps déchiré de plaies et cloué sur une croix. Traumatisme ? Allons donc !
@ Véronique, je vous réponds dès que possible, mais sachez d’ores et déjà que je n’attaque pas mes pairs, les historiens, loin de là, je dis seulement que nous n‘assistons pas, comme certains veulent le faire croire, au combat du vice contre la vertu.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.