On peut apprécier ou non Nadine Morano, porte-parole de l'UMP. Pour ma part, ayant un faible pour les "grandes gueules", je la préférais aux petits maîtres tièdes et sans relief et j'avais trouvé injuste sa disgrâce temporaire.
On peut approuver ou non le parti socialiste. Pour ma part, je me suis toujours senti, en dehors d'amitiés personnelles fortes qui m'ont conduit à privilégier la gravité de gauche par rapport à la dérision de droite, en décalage avec sa philosophie pénale, sa vision de la liberté et de la responsabilité, sa conception de la justice. La société serait peu ou prou coupable quand l'auteur du crime ou du délit - sauf s'il est riche, bien sûr - ne serait, lui, que le jouet de forces qui le dépassent et sur lesquelles il n'aurait jamais aucune prise. Je caricature certes mais il y a au fond de la pensée socialiste cette idée qu'il faut diluer dans le pluriel ce qui crève les yeux et brise le coeur dans l'instant et dans le singulier de la transgression. Il n'empêche que depuis l'aveu de sa naïveté par Lionel Jospin, le parti socialiste, notamment sous l'influence de Robert Badinter idolâtré au-delà de toute mesure et d'André Vallini, parlementaire que le désaccord qu'on a avec lui n'empêche pas d'estimer et d'écouter avec beaucoup d'attention, a évolué et ne saurait aujourd'hui être réduit au culte de l'angélisme pénal.
Aussi, lisant des propos de Nadine Morano sur le site du Nouvel Observateur au sujet de la polémique née de la demande présidentielle au Premier président de la Cour de cassation, j'ai sursauté. On ne peut pas dire qu'elle fait dans la nuance ! Ces extraits vous éclaireront : "Je laisse le soin aux Français de juger le PS qui se met clairement du côté des assassins et oublie toutes les victimes. C'est irresponsable de jouer avec la sécurité des Français", et elle ajoute : "Il s'agit d'appliquer le principe de précaution", reprenant ainsi l'argument utilisé par le président de la République.
L'outrance ne sera sans doute discutée par aucune personne de bonne foi, même fortement engagée dans le combat politique. Mais je devine déjà le mouvement désinvolte par lequel l'esprit se débarrassera aisément de cet excès en le traitant de "politique". Ce serait donc cela, le militantisme, la controverse partisane, ce serait cette absurdité revendiquée et assumée ?
Qu'on ne s'y trompe pas. Cette démesure dans la dénonciation ne doit pas seulement être rejetée par ceux qu'elle cherche à atteindre mais aussi par les partisans de la politique au nom de laquelle elle est formulée. A entendre de telles outrances, qui défigurent stupidement l'adversaire et feignent de le croire complice de crimes qu'il récuse autant que vous, on finit par avoir honte des idées qu'on défend. On regrette que les moyens mis au service de la cause qu'on approuve vous rendent celle-ci insupportable. On souhaiterait que l'argumentation sur le fond et pour la forme soit à la hauteur de l'élan intellectuel qui vous pousse à adhérer à une conception pénale dont le bien-fondé ne mérite pas d'être détruit par des attaques aussi injustes. Il est clair que je ne peux pas me sentir solidaire, même en avalisant le principe de la rétention de sûreté et après les récentes péripéties nous conduisant du Conseil constitutionnel à la Cour de cassation, de propos osant imputer au parti socialiste d'être complice des "assassins" et indifférent aux victimes. On est saisi de nausée devant le caractère absurde et dévastateur d'une telle accusation. On croit se trouver dans le champ du dialogue républicain, même vigoureux, et on est tombé en réalité dans la triste mécanique politicienne qui consiste plus à démolir autrui qu'à faire l'apologie intelligente de ce qu'on soutient.
Quand Nadine Morano se laisse ainsi aller, j'ai besoin de me rappeler que la politique pénale dont il est question est, à mon sens, courageuse et lucide. Ce n'est pas la première fois que je me suis senti mal à l'aise devant des explications maladroites, pauvres, sommaires, qui venaient altérer la validité de ce qu'elles prétendaient défendre. Etrangement parfois, l'antagonisme crée plus de fraternité que l'accord apparent, si trompeur quand on cherche à l'approfondir. Les débats sur les peines plancher et la carte judiciaire l'ont démontré avant même l'irruption de la rétention de sûreté dans notre espace judiciaire. Raison de plus pour qu'on ne nous rende pas trop difficile, à force de médiocrité et de mauvaise foi partisanes, un soutien que nous ne sommes pas si nombreux à apporter.
La pire des attitudes serait, devant ce qui paraît ressembler à la politique telle que l'opinion publique se plaît à la caricaturer - un combat sans écoute, une lutte sans merci, un excès assumé -, de jeter l'éponge en acceptant ces dérives comme un inévitable fait acquis. Elles seraient l'inéluctable rançon d'un affrontement honorable et il n'y aurait pas de militantisme sans ces outrances périphériques. La tentation de prendre avec fatalisme cette perversion de la politique au quotidien est sans doute ancrée en chacun de nous, du moins chez tous ceux que la chose publique passionne. Mais une telle attitude de confort et de résignation n'est qu'apparemment raisonnable.
A l'évidence, on peut faire de la politique autrement. Il n'est pas nécessaire, pour défendre la position du président de la République et, plus largement, le texte sur la rétention de sûreté, de traîner ainsi dans une opprobre injustifiable des contradicteurs dont le seul tort consiste à ne pas avoir la même conception de l'Etat de droit que vous. Dire qu'ils se trompent et le démontrer, n'est-ce pas suffisant ? Ce qu'on ne réussit pas à signifier doit-il inévitablement être remplacé par la virulence du ton ? Quel étrange retournement que celui qui fait suivre l'ouverture politique pratiquée par Nicolas Sarkozy par une fermeture dans la forme. Il est paradoxal que des ministres dits socialistes oeuvrent dans ce gouvernement et qu'en même temps un tel paroxysme se déchaîne pour battre en brèche des contestations judiciaires, pour ne parler que d'elles. Comme si l'ouverture gouvernementale avait pour implacable contrepartie une fermeture intellectuelle ailleurs, une rigidité politique dans les échanges partisans. Comme s'il fallait compenser la souplesse d'un côté par l'intolérance de l'autre.
Je ne fais pas de politique. J'évoque, pour le bénéfice de tous, le rêve d'une tranquillité et d'un respect démocratiques.
Le dramatique problème des criminels visés par cette mesure, c'est bien l'inefficacité de notre arsenal juridique pour, tout simplement, les empêcher de nuire.
Dans une telle perspective, s'il est sans doute exagéré de dire les contestataires, vis-à-vis des nouvelles mesures proposées, indifférents à la douleur des victimes et de leur proches, se pose la question de savoir quelle responsabilité ces contestataires acceptent de prendre en exigeant l'inaction - ou tout le moins, en exigeant le maintien du statu quo, des actions courantes ayant l'efficacité que l'on sait.
Lorsque l'opposition à ces nouvelles mesures se borne à évoquer la haute idée d'Etat de droit, le scandale d'une rétention sans nouvelle condamnation (drôle de scandale, si l'on songe que les cas de rétention administrative sont rares), cette opposition peut-elle être considérée attentive à l'intérêt commun concret, alors que seul apparaît un intérêt pour une vision juridique théorique et l'envie de défendre le droit acquis des criminels dont il est question, c'est-à-dire des criminels à la dangerosité et au dol récidiviste établi ?
Rédigé par : Marcel Patoulatchi | 25 février 2008 à 11:33
"Cassez-vous, pauvres cons", tels sont l'alpha et l'omega de la philosophie politique des barbares qui nous gouvernent. Il n'y a rien à en attendre.
Quousque tandem abutere, Catilina Sarkozy, patientia nostra ?
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 25 février 2008 à 11:23
«Il est en effet des excès que rien ne justifie» a dit «le chaste Balladur» comme l'a qualifié le journaliste, donc pas même le sacro-saint principe de précaution - celui qui veut par ex. que, afin de les préserver d'une hypothétique carence en vitamine D, on fasse prendre le soleil aux «enfants de la lune», pour le cas où ce dernier ne serait finalement pas si contre-indiqué que cela à ceux d'entre eux qui n'auraient peut-être bien aucune prédisposition aux cancers de la peau, mais comme on ne peut savoir d'avance lesquels, autant exposer tout le monde - et j'ajouterai : excès que rien ne justifie donc, sinon en réalité la plupart du temps, la seule volonté de perdre et de discréditer qui ne le mérite en rien, de façon à en retirer un obscur profit personnel, combiné à une éventuelle impossibilité d'admettre ses torts, laquelle est beaucoup plus répandue qu'on ne le pense parmi les imbéciles nuisibles !!
«Il convient également de respecter les règles» a ajouté notre 'chaste ex premier ministre de trois gouvernements de cohabitation différents' ce qui témoigne d'une extraordinaire capacité à reconnaître l'existence de la différence. Au contraire donc de qui change les règles du jeu jusque sur le terrain même dès que l'arbitre lui donne un carton jaune.
Bernard1
«J'ai toujours pensé qu'une bonne réforme de l'Education nationale passerait d'abord par une réforme parentale, autant écrire que c'est utopiste.»
C'est néanmoins mis en oeuvre dans le cas de ce qu'on appelle les thérapies familiales.
Rédigé par : Catherine JACOB | 25 février 2008 à 11:06
A Bernard1 !
Bien vu !
Et entre autres, il suffirait au Président et au ministre de l'Education de regarder les manuels et les cahiers de leurs enfants pour découvrir l'important programme de Français, de Maths et d'Education civique... Et même pour le brevet qui est un examen qui ne comporte que 5 matières, on y trouve le Civisme avec le Français, les Maths, l'Histoire et la Géographie.
Rédigé par : Bulle | 25 février 2008 à 10:37
Nadine Morano représente cette France des vrais gens, que les instituts de sondages ont encensés pendant la campagne présidentielle. Le hasard a voulu que je me retrouve jurée d'assises, quel choc ! Des discussions de comptoir où le sort d'un accusé dépendait de l'affect, de la morale, où la peine de mort revenait comme une option que ces satanés hommes du pouvoir devaient remettre à l'honneur. Alors, le populisme de Nicolas Sarkozy, le suivisme de Nadine Morano ne font que mettre en lumière les pensées d'une grosse frange de la population. Il suffit de s'attabler au comptoir d'un café anodin, pour entendre les propos des clients qui ne comprennent vraiment pas pourquoi les décisions finales pour avaliser un texte de loi sont entre les mains de neuf Sages composés d'ennemis ou de mis en examen, non élus par le peuple.
Rédigé par : SR | 25 février 2008 à 10:09
Je pense que les propos de Nadine Morano sont plus faits en cette veille d'élections pour récupérer les voix de l'extrême droite qui préfèrent se reporter à gauche que sur une droite supposée gaulliste. Hélas le monde politique manque de plus en plus de subtilités et d'argumentations.
@ Bulle
Ce n'est pas aux élèves qu'il faut donner des cours d'éducation civique mais aux parents. J'ai toujours pensé qu'une bonne réforme de l'Education nationale passerait d'abord par une réforme parentale, autant écrire que c'est utopiste.
Rédigé par : Bernard1 | 25 février 2008 à 08:13
Je n'avais pas assez d'éléments pour juger de la pertinence ou non de la pétition sur la vigilance républicaine. On pouvait dans la forme être bling-bling et dans le fond respecter la République et sa Constitution.
Maintenant j'en ai une ! L'exécutif, demandant au judiciaire d'arranger une loi préparée par le législateur, et revue par le Conseil constitutionnel, piétine les cours d'éducation civique reçus à l'école. Car contrairement à ce qu'affirme le Président et le ministre de l'Education, l'éducation civique est toujours enseignée dans les écoles. Avec schéma à l'appui sur le circuit que peut emprunter une proposition de loi... On n'y voit aucune Cour de cassation et on y parle ensuite de la séparation des pouvoirs... Les jeunes vont découvrir ainsi que le Président ne respecte pas le Constitution. Et petite cerise sur le gâteau, ils vont pouvoir travailler en français (qu'on enseigne toujours aussi) sur les registres de langues et classer celle du Président dans "familier" pour les plus gentils et dans "grossier" pour les plus lucides...
Rédigé par : Bulle | 25 février 2008 à 04:38
Les coups se donnent sur des histoires de sms et de rhétorique tant ces deux partis sont porteurs du même projet. La gauche et la droite n'existent plus depuis belle lurette et une des qualités de N.Sarkozy est d'avoir rendu public le secret de Polichinelle en pratiquant l'ouverture.
Et puis le discours vrai doit bien réapparaître comme en toute veille d'élection pour mieux redisparaître ensuite. Nous sommes coutumiers de l'exercice.
J'aime bien enlever la nuance qui habille pour masquer le fond et dame Morano n'a pas tort de mener le propos à l'essentiel, de le dévêtir. Ce striptease, hélas uniquement dans la sémantique, détruit une pléthore de faux arguments.
Certains "gauchistes" ne sont pas de cet avis, sont dans le réalisme, certes, donc dans ce cas, ils ne sont pas dans ce type d'arguments.
Tous nus ? Que de laideurs se révèlent.
Rédigé par : Ludovic Lefebvre | 25 février 2008 à 02:28