Pourquoi pas Carla, en effet ? Les seules personnes dont on a le droit de dire du bien sont celles dont on n'attend rien. Dans la mythologie française, je crois que c'est sous ce prénom qu'elle s'inscrira. Il y a certes, aussi, Carla Bruni, l'épouse du président de la République. Mais Carla, cela claque, détonne, étonne. Le meilleur ou le pire y sont tapis. Alors, pourquoi pas Carla ?
Des reproches me sont formulés assez régulièrement parce que les sujets dits importants ne me mobiliseraient pas assez. Lesquels ? Que soutenir sur la procédure dans laquelle Jérôme Kerviel est mis en examen, alors que ce dossier est en cours et qu'évidemment, la réserve est de mise ? Parler de la dernière prestation médiatique, dimande dernier, de notre garde des Sceaux ou de cette information selon laquelle elle aurait été, auprès du président de la République, la création conjointe d'Alain Minc et de Cécilia ex-Sarkozy ? C'est le premier qui l'affirme et qui se vante, il est vrai, avec beaucoup de facilité.
N'en déplaise à mes détracteurs, rien ne me semble plus urgent que d'évoquer Carla et son interview, la première, de "première dame de France" dans l'Express. De la même manière que célébrer Thierry Lévy n'est pas fuir l'actualité mais appréhender celle qui compte, l'indifférence à l'égard de cet entretien, au prétexte qu'il relèverait d'une pipolisation même dorénavant installée, constituerait une erreur.
J'ai bien aimé le premier CD de la chanteuse mais contrairement à certains je n'ai pas crié au génie. Aussi, avant de lire l'interview menée de manière très paisible par Christophe Barbier - on aurait souhaité plus de pugnacité devant une intelligence prête à y résister -, je me demandais si les réponses rentreraient dans la catégorie de la langue polie de bois, des bienséances convenues ou des provocations qui, de nos jours, plaisent beaucoup puisqu'elles tiennent souvent lieu d'audace intellectuelle ou de réflexion profonde. Elles ont échappé à cette déprimante catastrophe, habituelle, pour s'insérer dans un registre de bon sens signifiant, de lucidité vive, de contrition sans pleurnicherie, d'affirmation de soi sans arrogance. Une grâce de l'esprit. J'ai été impressionné par la qualité et la profondeur des propos qu'elle a tenus. Entre la volonté d'être elle-même et le désir de bien faire, elle se fraie un chemin qui n'est pas médiocre et qui pourrait laisser émerger une présidente de grand style à tous points de vue.
Il ne s'agit pas de s'interroger sur les mystères de l'amour et qui font de chaque rencontre immédiate, rapide ou plus lente une invention pour chacun. Une découverte de ce pays fabuleux et douloureux qu'est la passion, avec son intensité et la pulsion d'existence absolue qu'elle suscite.
Un sourire, tout de même. La comparaison entre Pierre Mendès-France et Nicolas Sarkozy ! Il faut oser. Et une maladresse dans cet entretien. On comprend bien que Carla Bruni cherche à dénoncer Internet et que dans sa fougue critique, elle paraît vouloir assimiler le site du Nouvel Observateur à des lieux où les délations antisémites auraient sévi. Parcourant avec attention la teneur de la réplique, on perçoit le malentendu qui légitime à la fois la réaction blessée du Nouvel OBS et la validité du point de vue développé par Carla Bruni. Elle aurait du affiner ce dernier et mieux faire saisir la portée d'une comparaison qui, ainsi limitée, était évidemment porteuse de risque.
Ce matin, lisant la rectification qu'elle a immédiatement opérée auprès de l'Express, j'ai aimé sa prise de conscience instantanée, sa peur d'offenser au cas où sa pensée aurait été mal interprétée. Le contraire de l'entêtement, une force de caractère capable de faire amende honorable, une sensibilité qui ne s'attache pas qu'à elle. De l'allure, et pas seulement esthétique.
J'espère que le Nouvel Observateur se satisfera de ses excuses et prendra la mesure d'un entretien qui, en dépit de cette maladresse réparée, ne mérite pas de n'être réduit qu'à elle.
Pourquoi pas Carla ? La réponse est évidente.
prise de conscience "instantanée", pas tant que ça Philippe puisque Carla Bruni a, comme le dit Christophe Barbier lui-même, travaillé plusieurs fois sur l'entretien et l'a même relu et amendé, cette pratique désormais acceptée par la plupart des journaux et que je trouve plus que regrettable.
J'ai bien écrit Carla Bruni et pas Carla ; Philippe appeliez-vous Mme Chirac, Bernadette ou nous avez-vous caché des liens intimes avec la désormais Mme Sarkozy. Rachida, Carla, Fadela, cette manie de nommer les femmes par leur seul prénom est moins anecdotique qu'il n'y paraît ; à quand Bernard, Hervé, Xavier, Dominique et j'en passe. :-)
Rédigé par : catherine A. | 13 février 2008 à 19:21
Madame Columbo, lisant le journal, "quelle femme courageuse cette Carla !..."
Monsieur : "oui, pas évident pour elle..."
Madame C : "tu devrais lui consacrer un article sur ton blog !"
-Tu crois ?
-Sais-tu qu'elle a failli périr en Colombie ?..
-au cours d'un concert ?...
-Mais non, dans un hélicoptère mitraillé par la guérilla !
-?...
-et puis elle officie un peu dans ton domaine !
-?...
-non, vraiment, cette Carla del Ponte, quelle femme !
Rideau.
Rédigé par : sbriglia | 13 février 2008 à 19:11