Une banderole exposée durant quatre minutes par une part infime du public, lors d'une finale de coupe de football, et gravement insultante à l'égard des gens et de la région du Nord, c'est inadmissible et grossier. C'est sans doute passible de la loi pénale. Ce sont forcément des imbéciles qui ont monté ce coup infiniment blessant pour nos compatriotes nordistes. On est tous d'accord là-dessus. Mais tout de même une telle mobilisation sportive, politique, policière, judiciaire et médiatique pour des slogans et des mots, odieux certes, mais des mots, une telle indignation durable à la suite de la confection et de l'exhibition, si peu de temps, d'un minable brûlot dans le chaudron d'un stade, vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup, dépasse la mesure ? Juste avant, tout le monde plaisantait dans la tribune officielle et, la banderole remisée à la demande du PSG, c'est alors la stupeur, la colère, on va voir ce qu'on va voir, on nous annonce des interdictions, des sanctions lourdes. On en fait trop. Il n'y a pas eu viol ni mort d'homme, ce n'est pas Fourniret et ses crimes. Ce n'est jamais qu'une démarche scandaleuse du pourcentage de malfaisants - à l'écrit, ne l'oublions pas - qui existe dans toute société, grande ou petite. On a donc tellement à se faire pardonner pour se précipiter avec une telle frénésie vindicative contre un épisode qui, bien pesé, est une sale goutte de vulgarité et d'offense dans l'océan de nos maux ?
Pourquoi cette effervescence qui n'est pas loin de ressembler à une posture obligée ?
Parce que proclamer la morale pour de tels agissements est facile et confortable alors que dans d'autres circonstances nationales et internationales, c'est plus dur, plus exigeant, il faut agir, on risque quelque chose, on n'a pas forcément tout le monde avec soi. Cette banderole permet une éthique consensuelle, portative et vite dégainée consolant des grands défis moraux plus difficiles voire impossibles à affronter. Parce qu'aussi notre impuissance relative en face de la vraie délinquance et de l'implacable criminalité a besoin de trouver un exutoire commode dans ces élans collectifs de réprobation, dont l'intensité est inversement proportionnelle à la gravité des atteintes causées. Je suis persuadé que notre société va de plus en plus sécréter de telles incandescences, non à cause d'une morale collective plus affirmée mais au contraire par pulsion, par compensation. Nos défaites multiples effacées une seconde par ces protestations unanimes de vertu, pour des épisodes de moins en moins dévastateurs. La condamnation des expressions dévoyées prend la relève de notre faiblesse devant les transgressions réelles. Le langage devient beaucoup plus coupable que les actes. A la violence triste de la réalité, on ne sait substituer que la violence de nos émotions.
Ils sont épuisants, à la longue, ces justiciers d'un quotidien qui leur a échappé et qu'ils rattrapent en surestimant sa nocivité.
Je croyais pouvoir me reposer mais c'était sans compter sur la lecture du Monde. J'y trouve à nouveau une tribune libre comminatoire de Bernard-Henri Lévy et d'André Gluksmann. Une page entière par laquelle ils nous ordonnent d'accueillir l'Ukraine et la Géorgie.
Qu'ils soient seul, comme souvent, ou qu'ils nous secouent de concert, l'un et l'autre sont fatigants. A force d'emplir l'espace médiatique avec leur intimidation quasi quotidienne, on finira, si ce n'est déjà fait, par ne plus les entendre. S'ils nous lâchaient un peu l'esprit, s'ils respectaient notre droit à la désinvolture qui n'est jamais que la conscience de n'être pas nécessaire à tout et à tout coup ?
Ils sont épuisants en nous prenant pour de la chair à pensée.
De plus en plus, je songe à Raymond Radiguet qui disait qu'il avait mal à la tête depuis 1789, à force de penser.
Un peu de rémission, je vous prie. Tout n'est pas infiniment grave, partout, toujours. On voudrait pouvoir respirer entre les véritables catastrophes que la vie, le monde, malheureusement, engendre.
A mon sens, cette triste affaire de banderole ne méritait guère davantage qu'une condamnation médiatique. Seule la bêtise explique pareil débordement. Comment se fait-il que Rachida Dati n'ait pas encore songé à nous annoncer un projet de loi préconisant l'enfermement à vie de tels supporters pour éviter qu'ils ne récidivent ? A l'évidence, la Mairie du VIIème occupe davantage Mme Dati ces derniers jours...
Rédigé par : Thierry SAGARDOYTHO | 02 avril 2008 à 08:36
"AFP-020308/20h- Nouvelle affaire de banderole à Paris, dans le 10ème arrondissement : sur la façade des locaux de "L'Humanité" un calicot vient d'être déployé sur lequel on peut lire "Casse-toi de la lucarne potiche incompétente !"
On soupçonne un fleuriste décorateur, tendance néo Paul Lafargue...
Les policiers sont sur les genoux...
"Cette nouvelle affaire sera traitée sans désinvolture, assure-t-on au ministère."
Rédigé par : sbriglia | 02 avril 2008 à 04:11