J'aime les surprises, la découverte de personnalités aux antipodes de la mienne, j'aime les portraits. J'aime être obligé de sortir de mes sentiers battus.
N'ayant jamais été un fanatique du communisme français - juste un faible philosophique, il y a longtemps, pour l'italien qui tranchait - ni des communistes, quel qu'ait été leur leader, je n'en suis que plus tenté de m'aventurer sur une terre inédite pour moi.
Dans Le nouvel Economiste, j'ai lu "Camarade libéré", bel article de Philippe Plassart sur André Gérin, maire de Vénissieux (Rhône) et candidat contre Marie-Georges Buffet au poste de Secrétaire national du parti communiste français (PCF).
Ce ne sont pas tant ses idées générales, sa conception de l'avenir et sa vision de la gauche qui me sollicitent que sa personne singulière, son réalisme, son franc-parler et sa pratique de maire. Dans ce portrait où le journaliste le fait heureusement beaucoup s'exprimer, André Gérin n'hésite pas à énoncer des évidences qui n'auraient rien d'étonnant si elle n'étaient formulées par un communiste clairement en rupture sur ce plan avec le discours officiel et répétitif de son parti et de celle qui le représente médiatiquement. Ce qui frappe en particulier, c'est, dans son action municipale telle qu'il la décrit, le refus de l'idéologie. Aucune théorisation sur la distinction entre le public et le privé mais le seul souci de l'efficacité et du meilleur prix. Ce qui est bon, c'est ce qui marche pour les citoyens. Une telle position, qui place le partisan là où il doit être - dans une sphère où il ne risque pas de conduire à une politique aberrante parce que fondée sur les préjugés et non sur les faits - a le mérite d'apporter, dans l'air et l'humeur communistes, une fraîcheur et une inventivité rares. On a l'impression que pour la première fois c'est véritablement l'observation et l'écoute du réel qui font la loi.
Quand on lit les réponses d'André Gérin aux internautes sur le site du Nouvel Obs, la surprise est moindre, c'est un discours d'opposant certes, mais plus classique.
Ce sont les mots de l'édile municipal qui bousculent et stimulent.
Il souligne qu'il défend "un capitalisme des métiers, des savoir-faire et des produits(...), le discours de la gauche sur le partage de la richesse, c'est du bla-bla si on ne se demande pas d'abord comment la créer(...), il faut faire des compromis avec la réalité(...), casser les modes anciens de pensée". J'accepte de paraître naïf mais je me délecte à entendre de telles assertions signifiantes et anticonformistes sortir de la bouche d'un communiste déstabilisant ainsi son espace politique.
J'ai surtout relevé une innovation qui justifierait d'être étendue à l'échelle nationale : la création d'une ligne d'appel fonctionnant jour et nuit tout au long de l'année au service d'un office public de la tranquillité (OPT). Sans oublier l'exploit d'André Gérin d'avoir fait ouvrir certains services publics le samedi et même le dimanche.
Je ne déteste pas que l'esprit prévenu soit contraint de se tordre et de se mettre en mouvement, même contre son gré.
André Gérin, à lui tout seul, autorise qu'on fasse une exception à l'anticommunisme primaire. Si l'élection à venir dépendait de tous ceux que la chose publique passionne, je suis sûr qu'il aurait ses chances.
Alors que, depuis sa candidature, on n'évoque plus, paraît-il, son nom dans l'Humanité.
"le discours de la gauche sur le partage de la richesse, c'est du bla-bla si on ne se demande pas d'abord comment la créer(...)," dites-vous.
C'est la chose la plus importante et malheureusement, c'est le seul apport de la gauche - bien mince et inutile - alors quand ils découvrent les vertus de la gestion, comment les appelle-t-on ?
Amicalement vôtre.
Rédigé par : jacques pommeret | 14 avril 2008 à 10:40
Oui ! Gérin avait été très bon pendant la campagne en 2007, notamment lors d'un débat avec le futur président - chez Chabot sur France 2. Malheureusement, difficile de mettre la main sur ces images.
Une occasion néanmoins de le découvrir dans la longueur ici :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/g%25C3%25A9rin/video/x51s54_gerin-andre-partie-1_news
Comme on dit chez moi : "d'toute façon, y'a des mecs biens des deux côtés". C'est tellement vrai !
Rédigé par : Damien | 14 avril 2008 à 01:56
Eh oui, beaucoup de socialistes lorgnent vers le PC, car le PS n'a pas su se renouveler. Un parti de fonctionnaires CSP + qui se cooptent entre eux et à mille lieux de la réalité. Les militants du PC sont divers et plus ouverts qu'on n'imagine. Un parti qui regarde vers l'avenir sans se renier.
Rédigé par : SR | 13 avril 2008 à 18:01
Dès lors que le parti communiste saura se libérer d'une culture exclusivement syndicale et corporatiste, il me semble être le seul parti français à pouvoir attirer des esprits novateurs.
Le marxisme a fait un mal fou non seulement à des millions de gens dans le monde mais aussi à la diversité des pistes ouvertes par des Fourier, Proudhon ou Bakounine, vite refermées par la dictature de Marx et d'Engels à l'Internationale Socialiste de Londres.
Revenir au communisme d'avant Marx, c'est tenter le capitalisme des métiers et des talents, idée d'autant plus moderne aujourd'hui que l'investissement industriel s'efface devant celui des services, de la recherche et du marketing, c'est-à-dire un investissement intellectuel d'innovation.
Il y a nécessairement une place pour un courant de pensée résolument novateur, place qui n'a pas été prise par les altermondialistes engoncés dans un conformisme idéologique de petits boutiquiers. C'est à cette illusion que
Marie-George Buffet a cru et c'est pourquoi elle a échoué.
L'idée communiste n'est pas morte, loin de là, elle est à réinventer en puisant à d'autres sources que celles, taries, du marxisme.
Même lorsque j'étais militant socialiste, j'étais souvent plus proche de l'analyse très pratique des réalités de certains communistes que de l'inexpérience du réel dont faisaient preuve nombre de mes camarades du PS, pratiquement tous fonctionnaires, lesquels désignaient avec mépris les communistes du sobriquet de "stals".
Rédigé par : Jean-Dominique Reffait | 13 avril 2008 à 16:19
« André Gérin, à lui tout seul, autorise qu'on fasse une exception à l'anticommunisme primaire. Si l'élection à venir dépendait de tous ceux que la chose publique passionne, je suis sûr qu'il aurait ses chances. »
L’actualité de cet élu, maire de Vénissieux dans la banlieue lyonnaise, paraît être la guerre des arrêtés municipaux avec la préfecture.
Mais si on réfléchit à celui de ses arrêtés qui vient d’être invalidé par la Cour d’appel administrative depuis le point de vue que vous suggérez qui est celui de la chose publique, on peut peut-être émettre l’idée suivante.
Il semble qu’un arrêté municipal ressorte de la catégorie générale des actes administratifs lesquels se définissent comme actes juridiques émanant d’un organe administratif ( ex. collectivité locale) accomplis dans un but d’intérêt général.
Si l’élu n’est effectivement pas inféodé à son parti et estime effectivement les coupures d’eau, de fournitures électriques et gazières contraires à l’intérêt général de sa commune particulière dont les habitants l’ont élu sur la promesse d’un cadre de vie décent et salubre pour tous, il peut faire jouer la loi du marché.
Ce dernier est en effet désormais ouvert et non plus l’objet de monopoles. L’élu peut dès lors demander à inclure l’absence de coupures de telles fournitures aux foyers en difficulté transitoire ou alléguant un motif sérieux de contestation du volume estimé fourni, dans un contrat plus général ou global de fournitures à la commune qui inclurait à concurrence d’un volume global prédéfini, la non coupure aux particuliers, le temps pour ces derniers soit de saisir les services sociaux départementaux, soit de mettre à plat leur contestation de facture avec le fournisseur via un médiateur municipal, et, en tout état de cause, sans en avertir la commune.
Dès lors comme pour le marché des télécommunications dont les forfaits sont nettement plus attractifs qu’il y a quelques années, on serait dans du contractuel. Soit le fournisseur veut du marché municipal et accepte d’inclure à titre de clause particulière d’un contrat municipal de fournitures globales, l’absence de coupure à tout abonné de la commune raccordé à son réseau dans les conditions précitées, soit il n’en veut pas et il perd l’ensemble du marché communal au profit d’un concurrent. La préfecture qui ne sera plus concernée pourra ainsi concentrer ses efforts sur d’autres domaines de la collectivité territoriale.
Rédigé par : Catherine JACOB | 13 avril 2008 à 15:13